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Impossible réel
Il y a les choses que nous ne savons pas. Elles nous survolent, prédatrices ou indifférentes, et parfois nous tombent dessus comme des massues. J’ai envie de vomir. La dernière m’a heurté en plein ventre et je ne peux la digérer. L’avaler. Ne peux la mâcher, elle se tord, forme des nœuds dont la résolution m’est étrangère. Meurtrière.
Cancer.
Ça n’arrive toujours qu’aux autres. La mort d’ailleurs n’est qu’illusion, mirage des esprits fous. Et puis elle me rattrape, me tape sur l’épaule, coucou c’est bien moi ! elle ne pue même pas. Elle choque de par son entrée dans la vie absolument lisse. En fait, elle était déjà là. Ce n’était pas une irruption, mais mes yeux qui tout d’un coup l’ont reconnue.
J’ai peur.
J’aimerais crier : ça ne m’arrivera pas à moi ! Ni à lui. Surtout pas à lui. J’ai beau m’énerver contre lui, essayer d’amoindrir ses humeurs-océan, montagnes russes mais vraiment italiennes – ce dont je suis sûre, c’est qu’il se doit d’exister. Me le doit. Quand l’expérience fracasse la théorie, c’est là que ça cogne dans le coeur. J’avais mes histoires, mes croyances – si un jour ça m’arrive, je penserai ci, ferai cela. Que nenni. Ne reste que la violence de l’impossible devenu réel, et t’as envie de le crever, t’as surtout pas envie qu’il meure.
Ils trouveront une solution. Elle ne le laissera pas tomber malade. Il ne se laissera pas disparaître.
C’est ridicule, dégueulasse. Toutes les pensées nauséabondes qui s’infiltrent, curieuses, dans mon esprit. Foutez-moi la paix. Je ne veux pas me projeter, imaginer. Mais je ne peux plus oublier. J’ai posé une question, et je ne m’en mords pas les doigts, car la réponse, prononcée ou pas, grossissait déjà dans la maison. C’est la réalité que j’aimerais mordre, déchiqueter avec mes dents et mes ongles. Atomiser.
Tabou.
Nous ne parlons pas de ces choses-là. Parce qu’elles sont trop laides, parce que notre pudeur, parce que l’exposition de nos émotions les plus brutes n’est pas un exercice dont nous avons l’habitude. Alors je le regarde retourner du jardin et l’écoute parler au chat comme si rien n’était – je joue au piano pour lui envoyer mon amour. Mais tout est. Différent.
Je prie.
Pas Dieu et ses chimères. Je supplie la nature, l’acide désoxyribonucléique, la force de l’esprit. Je fléchis devant ses cellules démentes qui subissent trop de mitoses. Qui s’oublient se multiplient. Arrêtez ! Je vous en prie, cessez. Il est à moi.
Mon papa.