Le Monde de L'Écriture
Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: Le nuage goéland le 04 Juin 2020 à 23:28:27
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J'étais timide au temps de mon premier amour. Je me promenais, je m'avançais, je tâtonnais sur des iris bleus. Des lèvres pourpres gonflées de sang découvraient des dents blanches comme le lait. Allai-je me faire croquer ? Je survolais des pommettes bien accentuées, bien dessinées. Comme si mes yeux dansaient sur le visage ! J'étais attiré par l'abîme des deux pupilles noires, malicieuses comme des yeux de chatte. Et larges ! Rétines réfléchissantes. Regard-miroir profond. De là je glissais sur le petit bout du nez. La pointe. Ou bien j'allais à l'aventure dans la toison d'une opulente chevelure. Une longue chevelure qui couvrait les épaules et battait les reins. Quelle promenade ! Balançoire sur une mèche oubliée le long du cou. Palpitation des cils. Frémissement des ailes du nez.
Un visage aux expressions mobiles et indéchiffrables. Etai-je bienvenu en ce pays baignant dans la clarté des yeux bleus ? Les fentes des pupilles s'ouvriraient-elles pour me livrer le passage jusqu'aux rêves les plus précieux, les plus secrets ? Je n'écoutais pas les mots qui franchissaient ses lèvres ! Je m'en remettais à un instinct en-deçà du langage quotidien. En un survol je passais du front haut, des sourcils finement arqués à un petit menton triangulaire. Mais l'intimité vivifiante de ses songes me resta insaisissable. Cent fois, mille fois je revins voler vers ce visage. Mon premier amour était un visage-paysage où mon regard épiant n'en finissait pas de butiner ! J'en nourrissais toutes mes ardeurs ! Un visage beau et grave et tendre comme celui des madones italiennes. Mon coeur en connaissait tous les chemins mais n'arrivait jamais à en faire le tour !
Il resta tatoué dans la profondeur sacrée de ma chair. Il y prit racine et m'apparaît encore aujourd'hui, au moment où j'y crois le moins, dans la lueur des souvenirs primitifs. Comme sa canine, lorsqu'elle souriait, était aiguisée et sauvage. Mais ce visage tant aimé ne brûle plus ma peau. D'autres Je T'aime ont écarté les barreaux de la cage. Et j'ai cueilli le nectar d'autres lèvres !
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Bonjour. Joli texte d'un premier amour "à l'ombre des jeunes filles en fleurs". Juste relevé "un mèche". J'ai bien aimé mais je suis un grand sentimental. À +
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J'ai beaucoup aimé cette évocation d'un premier amour. Tout y est dit si joliment, avec une délicate poésie, un brin d'humour aussi..."Quelle promenade ! Balançoire sur une mèche oubliée le long du cou." J'ai adoré.
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Merci à tous les deux pour votre lecture et vos encouragements. Cela me va droit au coeur.
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Hello,
Tout est dit en finesse, très poétique ... On se sent si proche, collés l'un à l'autre dans le texte ... On s'en remet à nos souvenirs ... des premiers sentiments amoureux, des personnes qui restent proches de notre cœur.
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Merci de ta lecture. Content que tu aies apprécié. Ce visage c'est peut-être une sorte de madeleine de Proust. Toute proportions gardées, bien sûr !
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Lu !
J'ai bien aimé. :)
Le début est légèrement lourd d'adjectif à mon goût (souvent 3 par substantif :p ), mais ça peut être un choix, un style.
ça peut aussi être une piste de retravail si tu veux essayer, mais si non, je te rassure, c'est très charmant et évocateur comme ça !
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Merci de ta lecture et de ton conseil. J'ai réussi à enlever deux adjectifs dans le début.
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Ce texte est très fort,en émotion,en finesse,en poésie.
Bravo!
Jocelyne
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Merci de ton passage et de ton appréciation. Cela me fait plaisir.