Noir et blanc
– Je n’en peux plus de nos décisions communes, mère ! Je veux mon indépendance, ma liberté, marre d’entendre en permanence vos échos à toutes dans ma tête !
– Liberté ? C’est un mot qui n’est lui-même pas libre. Mais soit, la voici, ta liberté1.
************************************************************************
– Vous dites que vous êtes une orque ?
– Correct.
– Intéressant. Qu’attendez-vous de moi ?
– Que vous me rendiez mon corps ample, ma puissance-océan.
– Avez-vous subi un choc physique ou affectif dernièrement ?
– Toute majestueuse créature réduite en poussière humaine subirait un choc.
– Je vois.
Il remua son nez, comme si quelque chose le démangeait.
– Ça fera 100 djengi, conclut-il.
– Pardon ?
– Votre session vient de se terminer.
– Par tous les océans ! Mais vous n’avez remué une nageoire !
– Vous pouvez prendre un second rendez-vous auprès de ma secrétaire.
Je me dressai à la verticale, furieuse, et aplatis les billets sur la table qui me séparait de mon minuscule interlocuteur. Je quittai la pièce sans le saluer.
Quel charlatan ! Si seulement je possédais encore ma violence caudale, je l’aurais éjecté hors de son fauteuil et catapulté dans les airs ! Alvène m’avait averti de la réputation sableuse de ce docteur, mais j’avais pensé que mon amie était peut-être biaisée par son intolérance vis-à-vis des nains ailés.
Je m’apprêtais à ignorer la secrétaire, une elfe rachitique aux cheveux abricot, mais un geste subtil de sa main me stoppa dans ma course. Je m’approchai d’elle.
– Va voir Dimitri, marmonna-telle d’une voix chevrotante à mon intention.
– Plaît-il ?
– Tu le trouveras sur la plage, sous le pavillon turquoise.
1 Étant donné les restrictions du langage humain, cette traduction ne retransmet hélas qu’une fraction de l’information contenue dans le dialogue originel.
*
La plage était bondée en cette fin d’après-midi. Des elfes, des nains et des humains de toutes tailles et couleurs frétillaient aux vibrations de la techno, se bousculaient devant les bars ou s’exhibaient sur des chaises longues. Ponctuellement, une bagarre explosait. Les baigneurs se resserraient alors autour de la commotion et hurlaient des paroles vulgaires, oublieux des formes disgracieuses de leurs corps simiesques.
Quand, il y avait de cela quatre mois, je m’étais moi-même réveillée dans la prison d’un corps similaire, j’avais cru à un cauchemar. Empêtrée au milieu des rochers et des algues, j’avais soulevé mes longs membres pectoraux et remué leurs dix appendices filiformes coiffés de kératine. Dégoûtée, j’avais considéré les jambes noueuses qui remplaçaient ma superbe nageoire caudale et louché sur le pelage clairsemé qui me couvrait de la tête aux pieds –pourquoi abondait-il davantage dans certaines zones que d’autres, sans logique ni esthétique ? Ce qui m’avait le plus accablée était les limites qui inexplicablement isolaient mon esprit. Où était la présence chaude de ma famille, ses trémolos rassurants et les images qu’elle m’envoyait en permanence ? Qu’en était-il des émotions qui, pareilles à des tendres nœuds, nous maintenaient en contact même à distance ? Où avait disparu mon faiseur d’échos ? Comment allais-je, en son absence, décrypter les structures microscopiques de la matière et les espaces gigantesques qui s’étendaient au-delà de ma vision ?
Déséquilibrée, j’avais erré sur la plage en dissimulant avec peine mon désespoir. En frottant la sécheresse inhabituelle de mon visage, j’y avait découvert un ruissellement salé. Était-ce là les derniers fragments de ma maison me délaissant ?
L’elfe Alvène m’avait trouvée à la tombée du jour. Elle s’était approchée de moi, hésitante ; à travers mes larmes, j’avais dévisagé cette intruse décharnée à la pilosité crânienne bleue, à la nudité dissimulée sous un tissu étincelant. Elle avait émis des sons étranges ; mon esprit n’avait assimilé aucune image. Malgré l’inefficacité de son langage, son jeu facial et gestuel avait pourtant provoqué une onde de compréhension dans ma mer intérieure. J’avais quitté la surface rigide de mon rocher et l’avais suivie.
Il nous avait fallu quelques jours pour mieux nous comprendre. Alvène semblait à tout instant émerveillée par ma présence. Elle caressait ma peau noire et blanche – seul trait que j’avais conservé – en s’exclamant : « Comme tu es douce ! ». Ses attouchements me rappelaient l’embrassade gracieuse de l’océan ; je les recevais avec gratitude. À mesure qu’elle s’épanchait, des formes surgissaient dans mon esprit. Elles n’avaient pas la précision multidimensionnelle de mon langage, mais peu à peu, elles me parlaient. Quand, après deux jours, j’avais prononcé ma première phrase, l’elfe avait ouvert la bouche et rien n’en était sorti. Quand, après dix jours, j’avais maîtrisé le djengo, elle avait décrété que mon cerveau était exceptionnel ; moi je m’étais demandée comment ces créatures pouvaient s’accommoder d’une communication aussi rectiligne, égocentrée et floue. Je lui avais expliqué que le langage de mon espèce était systémique ; elle englobait dans un ensemble dynamique les relations qui régissaient l’environnement et les émotions qui stabilisaient la toile familiale. Nous ne nous focalisions jamais sur un seul point de vue quand nous communiquions – comment éviter les biais autrement ? – mais parlions pour toutes et tous car notre but était commun. Alvène m’avait contemplée, la bouche entrouverte, comme si je contais de la science-fiction.
Au fil des semaines, j’avais appris à mieux apprécier ma nouvelle vie, la flexibilité et la dextérité de mon corps humain, ainsi que les aspérités de ce monde étrange. Je m’étais habituée à la substance moins dense de l’air, à son étreinte plus subtile. J’avais accepté ma locomotion désormais plate, mon impossibilité de progresser à la verticale. Mais malgré cette flopée d’alternatives qui s’offrait à moi, je me sentais contrainte comme jamais. Le manque de dimensions de cet environnement terrestre ne reflétait que trop bien la nouvelle étroitesse de mon esprit. Alvène avait secoué la tête sans comprendre en m’entendant décrire mon malaise face à la distance qui me séparait des autres créatures de son genre, ma difficulté à les ressentir et la peur qui en résultait. « Vous vivez donc toujours dans la solitude ? » avais-je demandé. Moi qui avais considéré le réseau familial comme une normalité parfois contraignante, je rêvais désormais d’étendre mes nageoires et d’onduler parmi les remous tièdes de ses échos.
En progressant sur la plage encombrée, je cherchai une nouvelle fois à résoudre l’énigme de ma transformation. Quel message mère avait-elle voulu me transmettre ? Je scrutai le méli-mélo de la foule à la recherche d’un indice, ne trouvai que des bulles solitaires s’entrechoquant, des vecteurs désordonnés, et la violence de l’égoïsme. Je me souvins des récits de viol qu’Alvène m’avait raconté, un soir qu’elle était rentrée terrifiée à la maison. Et puis de ce qu’elle m’avait appris sur le réchauffement climatique et les guerres qui faisaient rage aux frontières. J’avais souhaité ma liberté, pourquoi avais-je en retour reçu ce corps prisonnier d’un monde fou ?
J’aperçus, à cinquante mètres, les tentures satinées d’un large pavillon turquoise. Je m’en approchai en examinant avec méfiance les personnes qui s’y abritaient du soleil. Mon regard stupéfait s’agrippa aux formes gargantuesques d’une créature improbable. Son magnifique corps de dragon, couvert d’écailles violettes, se subdivisait au niveau du thorax en dix longs cous couronnés trois mètres plus haut de superbes têtes de lézards.
Quand je me présentai à l’entrée du pavillon, deux nains costauds s’enquirent de mon nom avant de me laisser passer. Subjuguée, je m’avançai vers l’hydre et hasardai :
– Dimitri ?
Les dix têtes se tournèrent vers moi avec vivacité ; je reculai en protégeant mon visage avec mes bras.
– Qui es-tu ? cria une tête.
– Que veux-tu ? grogna une autre.
– Je suis là, s’exclama une troisième.
– Oh yeah, Dimitri c’est moi ! éructa la quatrième.
– Ta gueule Oscar, répliquèrent la cinquième et la sixième.
Étourdie, je sentis mes jambes fléchir.
– Ça suffit, s’écria une voix plus grave que les autres, et la tête surplombant le cou le plus long s’abaissa vers moi.
– Je suis Dimitri. Que veux-tu mon petit ?
– Je… on m’a dit de venir vous trouver. Pour euh… m’aider à régler mon problème.
Les neuf autres têtes ricanèrent. Dimitri resta sérieux et me considéra avec bienveillance.
– Tu n’es pas d’ici, constata-t-il.
– Ma demeure est l’océan.
– Oui, prononça-t-il avec gravité. Je perçois, éparpillée sur ta peau, la toile d’un maléfice ancien. À quelle famille appartiens-tu ?
– Aux Delphinidés.
– Bien sûr, acquiesça-t-il.
Je m’apprêtai à répondre, mais l’agitation enfla sans crier gare parmi les autres personnalités de l’hydre et détourna mon attention. D’un même mouvement brusque, les neuf têtes se retournèrent vers un nain dont les ailes battaient avec frénésie et qui, un instant plutôt, avait étalé d’une main tremblante une pâte jaunâtre et épaisse sur la peau rugueuse de la bête. De sa voix multiple, l'hydre déclara sèchement qu'elle avait assez de crème solaire dans le dos.
Dimitri n’avait pas cillé. Il m’observait toujours avec bonhomie.
– Oublie ces crétins, me conseilla-t-il. Écoute mon petit. Je ne peux moi-même te défaire de ce maléfice. Il faut, pour cela, beaucoup de silence et d’introspection, et affublé de ces imbéciles, je ne pourrai être un bon mentor.
Je sentis des larmes s’étoffer au coin de mes yeux.
– Ne désespère pas. Je connais quelqu’un qui saura exactement comment t’aider.
– Ah oui ?
– Pars à la recherche de l’ermite Antéa. Mais sache qu’elle n’accepte l’intrusion que de celles ou ceux dont le cœur est doux comme du lait de coco.
Je déglutis avec difficulté. M’inclinant devant le corps géant de Dimitri, je pris congé en le remerciant.
*
– Antéa ? murmura Alvène, allongée à mes côtés sur le lit de sa chambre. Oui, j’en ai entendu parler. Elle demeure dans la grotte, au fond de la crique du Diable.
– À quelle espèce appartient-elle ?
– Et bien justement, les récits de s’accordent pas. Certains parlent d’une elfe-mage, d’autres d’une naine à peau diaphane. Une fois, j’ai même entendu le témoignage d’un nain ailé qui affirmait avoir entrevu une ourse à dents de cristal.
– C’est curieux.
– Oh, je ne sais pas, les nains ailés sont connus pour leurs divagations. C’est l’opium, tu sais.
– Oui mais… et les autres ?
– Ne t’inquiète pas…
Sa main commença à esquisser des symboles invisibles sur les reliefs de mon buste. Ses iris pourpres se fardèrent de faisceaux bleutés et piquèrent ma peau. Un frisson dégringola le long de ma nuque, contourna mes épaules et se propagea dans le reste de mon corps.
La première fois que je lui avais découvert ce regard azur et qu’elle m’avait immergée dans ses caresses, je m’étais laissé inonder, abrutie. Depuis, je m’abreuvais de ses tsunamis affectifs comme s’ils étaient l’unique bonheur terrestre qui me retenait de me noyer chaque matin.
Ses doigts glissèrent sur mes hanches et allumèrent des étincelles dans mon entrejambe. Après notre première nuit ensemble, j’avais expliqué à Alvène que le sexe chez les orques ne servait qu’à la procréation. Tout autre caresse physique ou mentale était réservée aux membres de la même famille. Elle m’avait considérée, tour à tour étonnée et consternée. « Vous faites l’amour en famille ? », elle avait demandé en déguisant mal son dégoût. « C’est différent pour nous. Nos caresses servent de ciment, elles nous apaisent et renforcent nos liens. Elles peuvent être physiques, mais comme nous ne sommes pas manuelles, elles sont le plus souvent mentales. Nous apprenons dès notre plus jeune âge à manipuler la fréquence, le volume et le timbre de nos modulations pour provoquer les effleurements les plus subtils dans les esprits des autres. L’expérience est bien plus efficace que vos attouchements, mais elle y perd en… Eh bien, elle n’a pas ce même goût d’aventure ».
Elle déboutonna la longue robe qui voilait ma peau et laissa retomber les pans souples de l’habit sur les draps. Ses lèvres dévalèrent la cascade de ma gorge et attrapèrent la pointe durcie d’un téton. Je sentis son mordillement et gémis. Une de ses mains avait entretemps écarté mes jambes et esquissait à présent des rondes électriques autour de mon sexe. Plus le rayon de ses circonvolutions diminuait, et moins je retenais mon plaisir.
Alvène s’arrêta net. Je redressai la tête, déboussolée.
– Comment t’as fait ça ? demanda-t-elle, les sourcils arqués.
– Pardon ?
– C’est moi qui te caressais et tout d’un coup j’ai senti une main qui… comme une pression contre… comme si tu me touchais aussi.
– Oh !
Elle me regarda, son expression indéchiffrable.
– Et ça t’a dérangée ?
– Ça m’a surprise. C’était effrayant parce que je n’avais aucun contrôle dessus. Mais… c’était aussi super grisant.
– Continue, murmurai-je.
Elle m’enjamba. Ses lèvres s’accrochèrent aux miennes, sa langue s’enfonça dans ma bouche au moment où son doigt pénétrait mon sexe. Nous gémîmes en cadence et nos yeux se lièrent avec férocité et émerveillement. À mesure que mon plaisir s’intensifiait, les faisceaux azur de ses iris se démultipliaient, ses pupilles grossissaient et m’avalaient. Quand je sentis la frontière de mon orgasme se déchirer, je me laissai choir toute entière dans la mer turbulente de son regard. À la surface, je l’entendis jouir.
*
Lorsque je m’introduisis dans la grotte d’Antéa, un parfum écœurant de fraises m’accueillit. Je m’enfonçai, troublée, dans les ombres lilas de la caverne en décelant sous la couche sucrée, une odeur familière que je n’avais perçue depuis plusieurs mois.
Au détour d’une rangée opaque de stalagmites, je me retrouvai soudain devant une source d’eau translucide. Antéa se tenait sur un îlot de roche argentée qui perçait la surface lisse de la source. Je pensai tout d’abord qu’elle était bien une elfe-mage, mais deux secondes plus tard, ses contours s’étaient fluidifiés puis figés dans la forme d’une ourse. Ainsi, elle s’adressa à moi :
– Enfin, tu m’as trouvée.
Mais ce ne furent pas des paroles djengienne qui quittèrent ses lèvres ; elle parla mon langage, et en même temps que ses vocalisations affirmaient que je l’avais trouvée, elle me montrait les pluies qui avaient creusé la montagne, la source qui rejoignait l’océan, les organismes qui y évoluaient, tout en enroulant des fils soyeux autour de nous.
– Mère ? compris-je enfin.
– Dis-moi, que penses-tu de la liberté à présent ?
Je réfléchis à mon expérience d’humaine et répondis en djengo :
– Elle engendre le chaos qui en retour la contraint.
Elle me montra, écho par écho, la liberté sous forme de bulle individuelle qui s’entrechoquait à d’autres bulles de taille similaire et qui, à force de rebondir en avant et en arrière, ne progressait pas.
– Elle crée la violence, poursuivis-je. Trop insignifiante pour récupérer ses propres conséquences, ces dernières foudroient au hasard de la foule.
Elle me montra ensuite la bulle spacieuse et harmonieuse de notre famille qui se mouvait d’une seule et même force dans la direction souhaitée ; tous ses membres profitaient ou souffraient ensemble des vagues provoquées par leur mouvement commun.
– Mais… N’a-t-il aucun moyen d’apprendre la coopération à ces pauvres créatures terrestres ? demandai-je.
– Tu connais déjà la réponse, répondit ma mère.
Ma pensée appauvrie d’humaine m’éclaira :
– À cause de leur système de communication restreint et biaisé, elles sont réduites à ne voir qu’une pièce du puzzle et à essayer, dans leur aveuglement, de l’imposer aux autres. La coopération parfaite leur est inaccessible car elles ne pourront jamais se regrouper sous la bannière de la pensée commune. Mais… mère, n’existe-t-il donc pas de solution réunissant liberté et égalité ? Car il faut le dire, il y a une liberté humaine d’une rare beauté. Nous autres, orques, n’avons hélas pas la possibilité du laisser-aller le plus total. Nous nous noierions autrement. Je… je regretterai les caresses d’Alvène.
J’inspirai longuement et puis ajoutai :
– Mais c’est ainsi et j’ai compris ma leçon. Tu peux me rendre ma forme d’orque à présent.
– Tu es de la forme que tu veux, ma chère. Cherche dans ta mer intérieure, et tu réaliseras que les barrières qui t’entravent ne sont que le fruit de ton obstination.
Intriguée, je plongeai en moi-même et scrutai mes horizons. J’avais cru leurs lignes immuables, mais sous l’incitation de ma mère, je regardai mieux et fus étonnée de déceler un ondoiement. J’essayai de percevoir le monde à travers mon ancienne forme, de ressentir mon corps aquatique au-delà de mon humanité. Surprise, je sentis les contours de mon moi précédent m’enrober, mon corps actuel s’y glisser comme dans un habit fait sur mesure, et en même temps, je découvris le frétillement d’une infinité d’alternatives. Une lumière bleue illumina mon esprit et il crût, crût, crût, et de ses confins me parvint la symphonie familiale :
– Maintenant que tu connais le prix de la liberté, nous te souhaitons la bienvenue dans le vrai monde des orques !
FIN
Salut Gamy :miaw:
Comme d'hab, au fil du texte :
Le titre me laisse présager une orque :coeur: :coeur:
1 Étant donné les restrictions du langage humain, cette traduction ne retransmet hélas qu’une fraction de l’information contenue dans le dialogue originel.
:mrgreen:
vous êtes une orque ?
ouiiii :coeur: comme moi :miaw: (et de 1 point pour le placement d'orque !)
ma puissance-océan.
:coeur:
– Toute majestueuse créature réduite en poussière humaine subirait un choc.
:D
et catapulté dans les airs !
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
par son intolérance vis-à-vis des nains ailés.
:mrgreen:
– Va voir Dimitri, marmonna-telle d’une voix chevrotante à mon intention.
hahaha je sais pas si c'est un quote ou une coïncidences mais :
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
Empêtrée au milieu des rochers et des algues
pardon, je peux pas m'en empêcher mais :
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
dix appendices filiformes coiffés de kératine
:mrgreen:
sans logique ni esthétique
hahaha
Ce qui m’avait le plus accablée était les limites qui inexplicablement isolaient mon esprit.
Je crois que j'aurais introduit cette phrase par un "mais". Mais j'ai l'habitude d'utiliser trop de mais :mrgreen:
Où était la présence chaude de ma famille, ses trémolos rassurants et les images qu’elle m’envoyait en permanence ? Qu’en était-il des émotions qui, pareilles à des tendres nœuds, nous maintenaient en contact même à distance ? Où avait disparu mon faiseur d’échos ? Comment allais-je, en son absence, décrypter les structures microscopiques de la matière et les espaces gigantesques qui s’étendaient au-delà de ma vision ?
:coeur:
Était-ce là les derniers fragments de ma maison me délaissant ?
j'aime bien l'idée, un peu moins la construction de la phrase. Je l'aurais peut-être écrite de manière plus directe : "Les derniers fragments de ma maison me délaissaient-ils ?".
dissimulée sous un tissu étincelant.
ça fait beaucoup le son "s" ^^
Elle avait émis des sons étranges ; mon esprit n’avait assimilé aucune image
j'aime bien !
ma mer intérieure.
:coeur:
une communication aussi rectiligne, égocentrée et floue.
:coeur:
Je lui avais expliqué que le langage de mon espèce était systémique ; il englobait dans un ensemble dynamique les relations qui régissaient l’environnement et les émotions qui stabilisaient la toile familiale. Nous ne nous focalisions jamais sur un seul point de vue quand nous communiquions – comment éviter les biais autrement ? – mais parlions pour toutes et tous car notre but était commun.
oh, j'aime bien cette idée :coeur:
J’avais accepté ma locomotion désormais plate, mon impossibilité de progresser à la verticale
j'aime bien !
Alvène avait secoué la tête sans comprendre en m’entendant décrire mon malaise face à la distance qui me séparait des autres créatures de son genre, ma difficulté à les ressentir et la peur qui en résultait.
Mmmh, j'aurais plutôt placé "Alvène avait secoué la tête sans comprendre" en fin de phrase
« Vous vivez donc toujours dans la solitude ? » avais-je demandé
:coeur:
et d’onduler parmi les remous tièdes de ses échos.
:coeur:
des bulles solitaires s’entrechoquant, des vecteurs désordonnés, et la violence de l’égoïsme
j'aime beaucoup !
Je me souvins des récits de viol qu’Alvène m’avait raconté, un soir qu’elle était rentrée terrifiée à la maison. Et puis de ce qu’elle m’avait appris sur le réchauffement climatique et les guerres qui faisaient rage aux frontières. J’avais souhaité ma liberté, pourquoi avais-je en retour reçu ce corps prisonnier d’un monde fou ?
ça aussi ! J'aime bien la noirceur que ça introduit
– Qui es-tu ? cria une tête.
– Que veux-tu ? grogna une autre.
– Je suis là, s’exclama une troisième.
– Oh yeah, Dimitri c’est moi ! éructa la quatrième.
– Ta gueule Oscar, répliquèrent la cinquième et la sixième.
Étourdie, je sentis mes jambes fléchir.
:mrgreen: et après la noirceur, le comique
– Aux Delphinidés.
hahaha (je sais pas trop pourquoi ça me fait rire, je m'attendais à un nom de famille, ou genre "oh orquoïde", mais pas à la famille de la classification biologique)
De sa voix multiple, l'hydre déclara sèchement qu'elle avait assez de crème solaire dans le dos.
haha et de 2 points !
est doux comme du lait de coco.
hahaha et de 3 points !
une ourse à dents de cristal
Waah elles doivent être belles :miaw:
C’est l’opium, tu sais.
:mrgreen:
Ses iris pourpres se fardèrent de faisceaux bleutés et piquèrent ma peau
:coeur:
Depuis, je m’abreuvais de ses tsunamis affectifs comme s’ils étaient l’unique bonheur terrestre qui me retenait de me noyer chaque matin.
:coeur:
« C’est différent pour nous. Nos caresses servent de ciment, elles nous apaisent et renforcent nos liens
ici, j'aurais précisé que c'est l'orque qui répond. C'est pas clair, on pourrait croire que c'est Alvène qui poursuit.
Eh bien, elle n’a pas ce même goût d’aventure ».
j'aime beaucoup !
– Comment t’as fait ça ? demanda-t-elle, les sourcils arqués.
– Pardon ?
– C’est moi qui te caressais et tout d’un coup j’ai senti une main qui… comme une pression contre… comme si tu me touchais aussi.
– Oh !
Elle me regarda, son expression indéchiffrable.
– Et ça t’a dérangée ?
– Ça m’a surprise. C’était effrayant parce que je n’avais aucun contrôle dessus. Mais… c’était aussi super grisant.
– Continue, murmurai-je.
du coup elle a encore un peu ses "pouvoirs" d'orque ?
nos yeux se lièrent avec férocité et émerveillement
:coeur:
Quand je sentis la frontière de mon orgasme se déchirer, je me laissai choir toute entière dans la mer turbulente de son regard. À la surface, je l’entendis jouir.
:coeur: (t'as beaucoup de phrase introduite par "quand", tu pourrais peut-être varier un peu)
un parfum écœurant de fraises m’accueillit.
beark :mrgreen:
puis figés dans la forme d’une ourse
j'aurais plutôt écrit : en forme d'ourse
Elle engendre le chaos qui en retour la contraint.
:coeur:
Trop insignifiante pour récupérer ses propres conséquences, ces dernières foudroient au hasard de la foule.
oh, j'aime beaucoup cette idée !
elles sont réduites à ne voir qu’une pièce du puzzle et à essayer, dans leur aveuglement, de l’imposer aux autres.
'-'
la liberté d’une personne se paie au prix de l’oppression des autres.
je crois que c'est pas nécessaire d'ajouter ça, c'est dit et redit, et puis ça n'ajoute rien à ce qui a déjà été dit
et scrutai mes horizons
:coeur:
Voilà, fini !
Bon, j'ai beaucoup aimé ! J'ai apprécié le mélange fantasy douce et puis plus noir, et aussi les moments comiques :D
L'écriture est fluide, il y a des belles tournures de phrases, un peu de poésie. Peut-être que la fin est un peu précipitée, mais je suis pas sûre, faudrait que je relise sans interruption pour mieux la sentir. Bon, et surtout surtout, c'est une histoire d'orques :coeur:
Par contre, il faudrait ajouter la mention "explicite" au texte !
Voilà, bon travail en tout cas !
Bonjour,
Merci pour ce beau texte. J'ai adoré le style fluide et l'originalité du récit. J'admire le fait d'avoir saisi l'occasion de la playa fantasy pour introduire une réflexion sur la perception nécessairement limitée du monde par l'être humain. Et non, la playa ce n'est pas que boire l'apéro sur le sable XD.
Du coup, sur un texte court, ce n'était pas forcément facile à amener, peut être que plus d'évolution sur le ressenti du personnage aurait été nécessaire pour servir vraiment le propos de fond.
J'apprécie l'introduction d'humour dans tout ça, surtout dans le dialogue savoureux avec l'hydre ! ET tous les points lait de coco, crème solaire… orque évidemment :)
Bien joué !
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
Bonne soirée
Merci GameMaster, pour cette réflexion… orquesque (orquestre ?) sur le monde des humains (quel monde ?)
Tout d’abord, je dois dire que je suis assez peu fan des débuts en dialogues – surtout aussi longs. On n’a pas vraiment d’idée de ce qui se passe – même si tu fais un assez bon travail de replacement du contexte à l’intérieur des répliques. Le décor n’est posé que par indices, les descriptions, états d’esprits, sont soit transparents soit à imaginer.
Donc on commence sur un genre de … thérapie ? un rendez-vous pour de la chirurgie réparatrice ? Déjà là on est pas au clair sur ce qui se passe – au moins, on sait que l’enjeu c’est qu’on lui rende sa puissance-océan.
Réputation sableuse, je trouve ça intéressant, je connaissais pas cette image, mais elle est efficace, je trouve.
La plage était bondée en cette fin d’après-midi. Des elfes, des nains et des humains de toutes tailles et couleurs frétillaient aux vibrations de la techno, se bousculaient devant les bars ou s’exhibaient sur des chaises longues. Ponctuellement, une bagarre explosait. Les baigneurs se resserraient alors autour de la commotion et hurlaient des paroles vulgaires, oublieux des formes disgracieuses de leurs corps simiesques.
La première marque réelle de où on l’on se trouve. C’est assez marquant, il y a de la techno-musique. Corps simiesques ? pour rabaisser un humain on dit de lui qu’il est simiesque, mais pour rabaisser l’espèce entière, surtout de la part d’une non-humaine... j’aurai dit "de primate", ce qui aurait été plus correct.
Quand, il y avait de cela quatre mois, je m’étais moi-même réveillée dans la prison d’un corps similaire, j’avais cru à un cauchemar. Empêtrée au milieu des rochers et des algues, j’avais soulevé mes longs membres pectoraux et remué leurs dix appendices filiformes coiffés de kératine. Dégoûtée, j’avais considéré les jambes noueuses qui remplaçaient ma superbe nageoire caudale et louché sur le pelage clairsemé qui me couvrait de la tête aux pieds –pourquoi abondait-il davantage dans certaines zones que d’autres, sans logique ni esthétique ?
Elle veut la liberté, elle est surprise de se trouver humaine. Moi aussi ! Pourquoi elle devient humaine, et pas un nain ailé ? Ils doivent aimer la liberté… Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
Du coup la caractérisation de ses nouveaux attributs, auxquelles elle ne semble pas s’attendre du tout, est assez étrange. des membres pectoraux ? Une orque ne dirait pas membres "supérieurs" ? j’ai trouvé cette description un peu comme le travail de nathanwpyle, Strange Planet : c’est un humain qui sous le couvert des aliens questionne les habitudes de et ce qui fait qu’être humain (https://www.instagram.com/nathanwpylestrangeplanet/).
En vrai, tout le texte se base sur cette prémisse pour toute une réflexion sur ce que c’est la liberté des humains vue par une orque enfermée dans un corps "limité". Je n’ai pas trouvé ça très à-propos, surtout avec la difficulté de l’orque à vivre comme une humaine, qui s’ajoute.
Plus platement, la même question est aménée par deux situations très différentes qui ont l’illusion de se rencontrer : la condition humaine, vécue par l’orque d’une part, puis expliquée par elle d’autre part. Et autant j’apprécie la première situation – c’est cocace, on se reconnaît à travers un regard extérieur, un peu comme das Strange Planet – autant je reste dubitatif sur la légitimité (pour Quaedam c’est l’utilité) de la seconde.
C’est très valide de lui faire dire "ah, l’écholocation ne fonctionne plus, c’est vraiment nul d’être un humain >.<" mais pas totalement de sortir un genre de "conscience de la Ruche" qui explique pourquoi les humains qui ne l’ont pas faillissent. Je veux bien comprendre la différence de nature du langage des orques itou, mais faut pas pousser sur l’inefficacité du langage humain non plus :P
Pour donner des exemples : il y a une grosse grosse différence entre ça (elle vit quelque chose qui lui est étranger et qui nous est habituel) :
Ce qui m’avait le plus accablée était les limites qui inexplicablement isolaient mon esprit. Où était la présence chaude de ma famille, ses trémolos rassurants et les images qu’elle m’envoyait en permanence ? Qu’en était-il des émotions qui, pareilles à des tendres nœuds, nous maintenaient en contact même à distance ? Où avait disparu mon faiseur d’échos ? Comment allais-je, en son absence, décrypter les structures microscopiques de la matière et les espaces gigantesques qui s’étendaient au-delà de ma vision ?
Et ça : (c’est probablement le langage des humains qui fait ça mais ça m’a l’air d’être biaisé comme discours :-\)
je m’étais demandée comment ces créatures pouvaient s’accommoder d’une communication aussi rectiligne, égocentrée et floue. Je lui avais expliqué que le langage de mon espèce était systémique ; il englobait dans un ensemble dynamique les relations qui régissaient l’environnement et les émotions qui stabilisaient la toile familiale. Nous ne nous focalisions jamais sur un seul point de vue quand nous communiquions – comment éviter les biais autrement ? – mais parlions pour toutes et tous car notre but était commun. Alvène m’avait contemplée, la bouche entrouverte, comme si je contais de la science-fiction.
Moi qui avais considéré le réseau familial comme une normalité parfois contraignante, je rêvais désormais d’étendre mes nageoires et d’onduler parmi les remous tièdes de ses échos.
Du coup tu veux plutôt dire que sa famille est "une contrainte habituelle", parce que "ses échos" se réfère au sujet du bout de phrase précédent, et donc ça fait plus sens que ça se rapporte à "contrainte" qu’à "normalité". Peut-être même que c’est ça qui est à la base du malaise de l’orque – le sentiment d’isolement dont la question "Mais vous vivez comme ça tout le temps ?" est vraiment l’emblème le plus brillant.
Je scrutai le méli-mélo de la foule à la recherche d’un indice, ne trouvai que des bulles solitaires s’entrechoquant, des vecteurs désordonnés, et la violence de l’égoïsme. Je me souvins des récits de viol qu’Alvène m’avait raconté, un soir qu’elle était rentrée terrifiée à la maison. Et puis de ce qu’elle m’avait appris sur le réchauffement climatique et les guerres qui faisaient rage aux frontières. J’avais souhaité ma liberté, pourquoi avais-je en retour reçu ce corps prisonnier d’un monde fou ?
Au moins elle s’est disputée aves sa mère pour venir là ; moi je pourrais me disputer avec ma mère pour m’avoir mis là. ;D
– Dimitri ?
Les dix têtes se tournèrent vers moi avec vivacité
Chaque "mitri" se tourna vers elle XD
– Oui, prononça-t-il avec gravité. Je perçois, éparpillée sur ta peau, la toile d’un maléfice ancien. À quelle famille appartiens-tu ?
– Aux Delphinidés.
Deux jolies phrases coup sur coup x) J’aime beaucoup l’idée de filet invisible de maléfice sur la peau.
– Pars à la recherche de l’ermite Antéa. Mais sache qu’elle n’accepte l’intrusion que de celles ou ceux dont le cœur est doux comme du lait de coco.
Je déglutis avec difficulté. M’inclinant devant le corps géant de Dimitri, je pris congé en le remerciant.
J’aime bien la présence du lait de coco sans qu’aucune coco ne soit blessée pendant le tournage 8)
– À quelle espèce appartient-elle ?
– Et bien justement, les récits de s’accordent pas. Certains parlent d’une elfe-mage, d’autres d’une naine à peau diaphane. Une fois, j’ai même entendu le témoignage d’un nain ailé qui affirmait avoir entrevu une ourse à dents de cristal.
Je ne suis pas à l’aise avec "et bien justement", je pensais plutôt à "personne ne le sait". Comme si Anthéa s’attendait à cette question, ou qu’elle anticipait quelque chose, ça me semble pas naturel.
Ses iris pourpres se fardèrent de faisceaux bleutés et piquèrent ma peau. Un frisson dégringola le long de ma nuque, contourna mes épaules et se propagea dans le reste de mon corps.
Le reste de la séquence est un savant mélange de sensualité humaine et bizarrement, non-humain, dominé par le champ de l’eau et l’océan (immergée, tsunamis affectifs, me noyer dans le matin, mer turbulente…), bizarrement aussi on y parle d’étincelle et pas de remous ou quoi. D’ailleurs, je fais remarquer qu’elle arrive à la "télékinésie" (ou en tout cas à un genre de manipulation mentale) en fore-shadowing de son faux-emprisonnement.
Lorsque je m’introduisis dans la grotte d’Antéa, un parfum écœurant de fraises m’accueillit. Je m’enfonçai, troublée, dans les ombres lilas de la caverne en décelant sous la couche sucrée, une odeur familière que je n’avais perçue depuis plusieurs mois.
Au détour d’une rangée opaque de stalagmites, je me retrouvai soudain devant une source d’eau translucide. Antéa se tenait sur un îlot de roche argentée qui perçait la surface lisse de la source. Je pensai tout d’abord qu’elle était bien une elfe-mage, mais deux secondes plus tard, ses contours s’étaient fluidifiés puis figés dans la forme d’une ourse.
Ça a l’air assez symbolique comme scène. pourquoi ? pourquoi les fraises ? Quelle est l’odeur familière ? celle de sa mère ? est-ce que "les pluies qui avaient creusé la montagne [...] des fils soyeux autour de nous" sont cellent qui font "sa mer intérieure" ? j’aime bien l’idée d’ondoiement dans l’horizon même si je ne vois pas vraiment le lien avec la mer intérieure et son corps aquatique.
Comment finit-elle ? arrive-t-elle à changer le monde ? elle arrive "dans le vrai monde des orques !" ; est-ce que ça veut dire que c’est un passage que tous les orques doivent suivre même si ça semble être une crise fortement personnelle ?