Essai : Les lois sociales
Extrait du chapitre 1 : La ferme du petit pot
Auteur : James (CM)
"Aucune reproduction, même partielle, autres que celles prévues à l'article L 122-5 du code de la propriété intellectuelle, ne peut être faite de ce site sans 'autorisation expresse de l'auteur".
Bonjour à tous,
Mesure de précaution,
Ce texte est court, mais dangereux. Je vous préviens, ce n’est pas du divertissement. On n’est pas dans le domaine du publiable. C’est du non-retour en arrière et ça pique sévère. Comprenez bien que les sentimentaux ne peuvent accéder à cela, d’ailleurs, c’est pour cela qu’ils n’ont rien-à-dire et raison de couiner. Prenez le temps de réfléchir avant de vous lancer.
Avant,
Les lois sociales est un projet en deux tomes. Le premier livre concerne la terre et sa culture ; le deuxième : l'exclusion sociale. Dans le premier, j'ai voyagé en Europe dans des fermes et centres de recherche et le deuxième sera un voyage dans la sympathique école des margin/border de la société.
Après,
Je vous partage cet extrait de mon essai LS. Je ne cherche pas de niaiserie, mais des mots sincères. Vos émotions seront les bienvenues ainsi que ce qui m'aiderait à mieux regarder le monde. Evidemment, si l'intention est de me cacher la vue, ça ne va pas me plaire... Mes textes me font tous souffrir, mais je l'accepte.
Merci, bonne lecture et bonne chance,
James
Nihil est in intellectu nisi prius fuerit in sensu.
Il n'y a rien d'intelligence, qui n'est pas d'abord passé par les sens.
(Saint Thomas d’Aquin, Quaestiones disputatae De veritate de Thomas d'Aquin [1225-1274])
Sud-ouest de France, Mont-de-Marsan est le nom donné à une cité où vivent des êtres étranges. Je dis « étrange », parce que j’aimerais ne pas croire avoir de lien avec une espèce qui se suffit d’un tel désœuvrement. « Même l'ourse finit par sortir de sa tanière, encore que, faut-il qu’il en ait une ou qu’il soit. Autrement dit, si l’ourse n’existe pas ou n’a pas de tanière, dans les deux cas, il ne peut en sortir. » Je dis « désœuvré », parce que toutes et tous sont carencés par la pratique répétitive d’une foi anémiante, provoquant un souffle au cœur et un souffle court. Essoufflés et esseulés, ils se désœuvrent, s'effritent, se dissolvent... Le silence engloutit les quelques râles rendus sourds par le nihilisme du monde à leur égard. Comment peut-il en être autrement, lorsque la présence d’un pappus de pissenlit apporte plus d'espérance que celle de ces créatures étranges. Il faut tout de même savoir que dans cette ville, des industries importantes emploient un grand nombre de ses habitants dans des conditions suffisantes pour transformer l’humain en un animal dément. Introduire dans une économie une industrie avec ce que cela implique en différents termes, demande l'examen des destins sans y convier les désirs de festin. Aliéner la vie, son temps et ses forces grâce à la convergence des dons humains, honorant ainsi l'humanité qui porte ces créatures depuis le temps des nuits et mets à portée de mains dans la lumière des jours tant de bien en appliquant avec fanatisme un taylorisme joyeux. Fondre des ressources énergétiques, élémentaires et précieuses dans les hauts fourneaux du bon sens et à la lumière que nous sommes les usufruitiers en partage des objets de ce monde. À moins qu’un événement obscure à ma connaissance eut fait que le nu-propriétaire soit décédé en couchant sur son testament un ordre nouveau, _ soit dit en passant : il est plutôt bruyant pour un mort ! Déclarer le Pater Noster mort et enterré posa des difficultés aux avares, car comment investir sa cassette et profiter d'une déflation entendue sur les valeurs foncières avec des ayants droit légitimes, les usufruitiers des biens de ce monde, les fils de la terre et cela sans : corps, tombeau et testament. La vue dégagée sur le jardin était insuffisante pour ces mécènes de la rente, ils leur fallaient la liberté d'entreprendre et la force de travail des expropriés. Autant le dire, ils convoitaient l'ensemble de la création. Un ordre nouveau devait naître sans parents, _ aux chiottes Théos ! Plus aucune solution à trouver, car plus aucun problème à résoudre et plus aucune personne sur terre, mais rien que des individualités, des objets redéfinissables en quête perpétuelle d'identité. De quoi se perdre si le monde n'était pas monde, mais grâce au néant tout devient possible et l'athéisme resplendit. _ Quel con se Sartre ! toute une vie à faire chier son monde pour qu'il puisse prier la raison afin de sanctuariser l'athéisme. Un maçon vous en aurait autant appris et sans cirque, qu'une brique ne flotte pas et qu'il serait inutile d'essayer et encore moins d'y passer sa vie. On n'aura jamais vu autant de chiens enragés s'entendre pour gazé cet athéisme dans les douches de l'humanité. Combien de cauchemars sur parricide et inceste ? N'est-ce pas l'expression d'un déicide plutôt que d'un désir charnel ? Intéressant pour la boutique du désordre, une aubaine pour les faibles d'esprits bien-nés, une manne pour un Freud, une médecine pour des charlatans du législatif, un collet pour les sadiques de l'exécutif, du savon pour les bourreaux du judiciaire. Une nouvelle arche, la République, qui noient ses rescapés en criant : a voté ! Une nouvelle alliance sans amour, c'est-à-dire sans consentement, sans culotte, sans dentition ; mais que cela ne tienne, il sera obtenu par « bon ou mal gré ». Pour patrimoine, un texte d'une page offrant à tous, en échange de leur demeure, un devenir de citoyen du monde souterrain ou de l'exile, dégageant la vue aux nouveaux proprios sur le jardin d'Éden. Depuis, un parfum d'égalité et de liberté embaume les esprits des corps errants, _ à condition toutefois d'appuyer régulièrement sur l'asperseur déclaratif : « Les hommes naissent et demeurent esseulés, affamés, désespérés, essoufflés, mais libres et égaux en droits. Ceci pour vous dire qu’un fleuron de l'activité locale de Mont-de-Marsan et des Landes fut créé, portant son humble fondateur au prytanée pour lustrer la bague de ce nouvel ordre du progrès. Mesdames et messieurs, en France et depuis 1890, dans le bon pays Landais, des personnes enfermés dans une boite, mettent du foie gras dans des boîtes. A votre avis, de quelle qualité sont ces créatures de la ligné du nouvel ordre ? Comprenez mon désarroi d'appartenance, il est une plaie ouverte et béante, ou j’ai pour choix comme médecine : tristesse et colère. Comme mon alliance est d’un autre ordre, par amour je ne peux que m'éloigner d’eux le plus possible. L'impression générale que m'a procurée la traversée de cette ville est qu’elle est le reflet d’une expérience ratée. Pourtant, les bâtiments anciens montrent une voie plus intéressante, mais les réalisations modernes ou ce que l'on peut attendre de la modernité, une fois que la surprise s'estompe, accablent. Il faut vraiment avoir troqué tout son bon sens pour engendrer un tel résultat.
( Commentaire de l’auteur : T’es neurones chauffent, non ! C’est déjà courageux d’être arrivé jusque là et ce n’est que les premières lignes du livre.)
Je quitte rapidement ce traumatisme en suivant une voie pour cyclotourisme aménagée le long d'un chemin de fer. Malgré la maltraitance incessante que nous lui infligeons et l'inconnaissance que nous en avons, la flore offre de quoi se rassurer sur l'existence. Dire qu'il suffit d'observer et de suivre le mouvement pour comprendre. Mais non, le bipède à des idées nouvelles sur des phénomènes plus anciens que lui, qu'il entend soumettre à ses désirs. Comme la merveilleuse invention de la tapette à mouche, qui aurait dû aboutir sur la tapette à con, mais conscient de sa bêtise, faut-il croire qu’il inventa des lois pour freiner ses grandioses idées, dommage !, car s'il appliquait le même traitement à tout ce qui le fait chier, il se serait auto-exterminé, mais ce n'est que partie remise, à moins qu'il en soit sauvé. Arrêt-déjeuner sur une aire de repos aménagée le long de la voie. Un couple en promenade, surpris par mon équipement, un vélo attelé d'une remorque parée pour un tour du monde, s'arrête et m'interroge sur l'objet de mon voyage. À vrai dire, l'homme est surtout attiré par l'objet qui me transporte et la femme est restée à quelques mètres de lui. Je ne bouge pas afin de leur laisser installer la distance qui leur convient. Une fois fait, je veille à respecter cette mesure. Ce n'est pas tous les jours qu'un couple s'approche de si près. Je pense qu'un élément a permis cela. Avant l'arrivée de ce couple, un homme, habillé de vêtements de travail floqués, indiquant qu'il est employé par le service d'entretien des espaces verts, s'est installé pour déjeuner à quelques mètres de moi, sur une des tables avec bancs en bois. La présence de cet individu doit les rassurer suffisamment pour user de tant d'audace. Heureusement pour eux que je ne suis pas un prédateur, ils sont si fragiles, si peureux, si faibles… L'homme semble être dépassé, son désir curieux qui l'a poussé à s'arrêter et à m'entretenir s'est tu, le laissant seul, abandonné par sa femme, lui piquant du rappel des liens qui les unissent. Après un silence suffisant pour imposer ma partition, j'explique ma démarche d'écriture à travers un voyage de cinq mois dans cinq fermes en Europe. Ces lieux choisis ont une éthique environnementale favorisant la biodiversité en s'inspirant de la permaculture, de l'agroécologie, de l'agroforesterie et de l'éco-construction. Certains possèdent, pour la commercialisation de leur production, le label Bio et d'autres non. Le couple m'écoute sans intérêt, ce qui ne m'étonne nullement. J'avoue que je suis hésitant à définir ces concepts de biodiversité, de permaculture, etc. C'est pourquoi j'entreprends ce voyage immersif. Je libère le couple, en n’y ajoutant rien de plus. Ils partent affichant un sourire imbécile, ce qui est l’expression courante des cerveaux secs. Je sors une demi-baguette chargée de saucisson et de beurre que j’avale prestement. L'homme des espaces verts faisant sa pause-déjeuner me propose une pomme. Son offre, aussi surprenante soit-elle, ne m'intéresse pas, mais je suis curieux de ce qui le pousse dans ma direction. La discussion avec le couple précédent lui avait été audible. Après avoir échangé sur ces sujets, il me confie, qu'il a beaucoup de difficultés à terminer ce qu'il entreprend et cela lui pose des problèmes avec ses relations sentimentales. J'ai conseillé de voir ce qu'il l'empêche plutôt que de croire à un manque de volonté. Il semble être immunisé contre la folie des grandeurs, ce qui lui procure une vie stable, mais cela fait "peu rêver" cette espèce qui en a besoin pour se reproduire et ou obtenir quelques faveurs. Il est temps de reprendre ma route. Après avoir parcouru trente kilomètres, j'ai passé la nuit entre deux arbres, dans une aire de repos pour promeneurs. Pour mes nuits en extérieur, j'ai opté pour un hamac qui s'entoure d'une moustiquaire et pour me protéger de la pluie, une toile imperméable que je tends au-dessus.
Détends-toi, l’ambulance arrive. Je te félicite de ton courage et surtout de ton audace. Maintenant soit tu recraches ou soit tu veux en être, dans tous les cas : c’est juste en dessous, suis le lapin blanc.