Le Monde de L'Écriture
Salon littéraire => L'Atelier => Cuisiner la langue : ustensiles et méthodes => Discussion démarrée par: Aslinn Adiba le 31 Août 2010 à 23:16:23
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Vous y arrivez vous à décrire une odeur ? :o
Je propose un exercice où celles et ceux qui souhaitent participer écriraient un court texte descriptif d'une odeur... Qu'elle soit agréable ou non, évocatrice ou non, libre à vous ! Mais la décrire...
hihi, à vos plumes !
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Une odeur âcre ? ^^
Ça peut être pas mal de chose, sur le coup... disons que je ne suis pas bien précise...
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Oui, mais tu as vu, c'est difficile... Essaye de décrire plus, c'est quoi une odeur acre ?
Allez, je vais essayer...
L'odeur tendre du café qui effluait jusqu'à son lit lui offrait une bonne humeur matinale. C'était une odeur à la fois tiède et suave, très légèrement sucrée qui évoquait nombre de petits déjeuners d'enfance. Une odeur qui caressait vos narines sans vous indisposer, sans se faire intrusive.
...
mouais... bof... pas très éloquent tout ça... On a inventé des mots pour les couleurs, pourquoi n'en a-t-on pas inventé pour les odeurs ? :-¬?
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« L'odeur de café le réveilla dans la nuit. Une odeur chaude et crémeuse, semblable à celle qu'il avait connu durant sa jeunesse. Il s'agissait de l'effluve du bon vieux cappuccino de son père, un homme loyal et vigoureux qui aimait se servir une boisson brûlante le matin. »
Bon, tu vois, (ceci n'étant qu'un exemple,) je ne suis pas allée bien loin, et je crois même avoir fait précisément le même chemin que toi, mais cela doit suffire à faire comprendre quel genre d'odeur le personnage perçoit.
Pour l'odeur âcre, ça peut être tout plein de choses, en effet ! Tel que le sang, pour seul exemple. Mais il faut pas mal spécifié de quoi on parle, ensuite, je dirai que décortiquer la suite ne doit pas être bien dur. Aussi, tout dépend si tu souhaites y mettre du suspense, s'entend ^ ^'
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Ouais, hé !! crémeuse, c'est mieux je trouve en effet ! Une odeur âcre, ça peut être le lait tourné aussi :P
Mais en fait, on utilise les mêmes mots pour le goût que pour l'olfaction : odeur âcre, crémeuse, sucrée, fétide, amer... Le problème, c'est pour le café par exemple, le goût ne correspond pas à l'odeur...
Bon, tout ça pour dire, on manque de mots... :mrgreen:
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On a inventé des mots pour les couleurs, pourquoi n'en a-t-on pas inventé pour les odeurs ?
Justement, ça laisse plus de liberté (enfin je sais pas comment tu décrirais une couleur rouge autrement que par le mot rouge ^ ^).
Sinon tout a l'air très subjectif, pour moi une odeur âcre ce serait plutôt le soufre, l'odeur des bougies soufflées, d'une allumette qui s'éteint, etc.
Je sais pas si on peut vraiment décrire une odeur à quelqu'un qui ne l'a jamais sentie (par exemple on m'a fait remarquer là où j'avais écrit "l'odeur de la neige qui va bientôt tomber", "ça a une odeur ça ?" : oui ça en a une, mais je saurais pas la décrire).
Enfin je pourrais essayer :
C'est presque plus une sensation qu'une odeur. C'est comme une odeur de froid. Ça vous frappe tout d'un coup, il n'y a plus que ça dans l'air - il va neiger.
Pas très concluant.
Je pense que c'est plus efficace de faire appel justement à des choses que le lecteur connaît (genre pour le café, dans vos passages ce qui me parle le plus c'est le fait que c'est surtout une odeur d'enfance, matinale, ou l'évocation du personnage du père. "Une odeur sucrée" me parle moins que "petits-déjeuner d'enfance", et pourtant le deuxième est moins descriptif, il faut ptêtre chercher à suggérer les choses, à contourner ?)
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Le meilleur livre en la matière ça doit être le Parfum, faudrait relire pour voir comment il fait.
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Oui j'y pensais aussi. Voilà l'incipit :
« A l'époque dont nous parlons, il régnait dans les villes une puanteur à peine imaginable pour les modernes que nous sommes. Les rues puaient le fumier, les arrière-cours puaient l'urine, les cages d'escalier puaient le bois moisi et la crotte de rat, les cuisines le chou pourri et la graisse de mouton; les pièces d'habitation mal aérées puaient la poussière renfermée, les chambres à coucher puaient les draps graisseux, les courtepointes moites et le remugle âcre des pots de chambre. Les cheminées crachaient une puanteur de soufre, les tanneries la puanteur de leurs bains corrosifs, et les abattoirs la puanteur du sang caillé. Les gens puaient la sueur et les vêtements non lavés; leurs bouches puaient les dents gâtées, leurs estomacs puaient le jus d'oignons, et leurs corps, dès qu'ils n'étaient plus tout jeunes, puaient le vieux fromage et le lait aigre et les tumeurs éruptives. Les rivières puaient, les places puaient, les églises puaient, cela puait sous les ponts et dans les palais. Le paysan puait comme le prêtre, le compagnon tout comme l'épouse de son maître artisan, la noblesse puait du haut jusqu'en bas, et le roi lui-même puait, il puait comme un fauve, et la reine comme une vieille chèvre, été comme hiver. Car en ce XVIIIe siècle, l'activité délétère des bactéries ne rencontrait encore aucune limite, aussi n'y avait-il aucune activité humaine, qu'elle fût constructive ou destructive, aucune manifestation de la vie en germe ou bien à son déclin, qui ne fût accompagnée de puanteur. Et c'est naturellement à Paris que la puanteur était la plus grande, car Paris était la plus grande ville de France. Et au sein de la capitale il était un endroit où la puanteur régnait de façon particulièrement infernale entre la rue aux Fers et la rue de la Ferronnerie, c'était le cimetière des Innocents. (...) Or c'est là, à l'endroit le plus puant de tout le royaume, que vit le jour, le 17 juillet 1738, Jean-Baptiste Grenouille. »
(Bon appétit.)
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Le meilleur livre en la matière ça doit être le Parfum, faudrait relire pour voir comment il fait.
Et admirer la remarquable traduction française- voire, comparer avec l'original.
Bis bald.
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moi j'aime l'odeur de l'herbe fraîche coupée...
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Oui mais comment tu la décrirais ?
C'est vrai que c'est dur comme exercice. Décrire un goût aussi...
Je pense que c'est plus efficace de faire appel justement à des choses que le lecteur connaît
Ouais, je pense que c'est un peu la seule solution, surtout si on veut que ce soit évocateur (il doit exister des termes techniques précis, par exemple pour l'inductrie du parfum, mais ça ne touchera pas forcément le lecteur...)
En plus j'ai l'impression que, plus que les autres sens, le goût et l'odorat ont vraiment une fonction d'évocation : quand on sent une odeur, ça nous rappelle souvent quelque chose (plus qu'une couleur ou un son). Du coup, ça semble logique de la décrire de cette façon...
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Décrire une odeur ? ayant un très mauvais odorat, ça a peu d'importance pour moi et en fait, je m'étais pas trop posée la question avant de lire ce post !
Bon, j'avoue que seul a description elle même, à part un ou deux adjectifs et dire de quoi ils 'agit, bof, je vais pas plus loin. Par contre, oui, je m'en sers comme évocateur de souvenirs. Dans les yeux de Nouria, Khalil a en horreur l'odeur de la viande avariée à cause d'une mauvaise farce de ses deux frères, par exemple...
voilou
Pour le gout, j'avoue que j'y fais pas souvent référence ! honte à moi !
edit :
bon, je triche pour l'exercice et je mets ici l'extrait en question :
"Il assura sa prise sur l’arme et entra. La fraicheur de la pièce unique le fit frissonner sous sa chemise trempée de sueur. Le contraste de la semi-obscurité, avec le soleil éclatant qui brillait au-dehors, l’aveugla. Ses yeux ne distinguèrent rien, mais ses narines se froncèrent aussitôt à l’odeur âcre et piquante qu’elles perçurent : une odeur de viande pourrie comme il lui arrivait parfois d’en sentir quelques jours après l’abattage d’un mouton, quand le sang caillait sur la pierre.
Il avait toujours détesté cette odeur.
Il avait le spectacle sanglant de l’abattage des animaux en horreur. Poulet ou mouton, il ne pouvait soutenir la vision du sang et de la mort donnée.
Cette sensibilité étonnante remontait à sa petite enfance. Khalil ne s’en souvenait guère, mais sa mère lui avait raconté de nombreuses fois comment ses deux frères aînés – aujourd’hui morts, exécutés devant ce mur – l’avaient traumatisé en glissant sous sa couverture un cou de poulet tranché depuis plusieurs jours, au fumet pestilentiel. Le petit garçon avait hurlé à son réveil. Surpris par leur mère, Salah et Khaled n’avaient pas ri longtemps de la frayeur de leur jeune frère. Furieuse, la femme avait donné à chacun une fessée mémorable. La justice maternelle n’avait cependant pas effacé la peur et l’horreur intenses ressenties par le garçonnet qui, depuis, associait ces sentiments à ces relents de viande avariée.
Khalil ravala une nausée et se força à ne plus respirer par le nez. "
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Décrire des odeurs est très difficile parce qu'on n'a pas assez de vocabulaire. Et aussi parce que c'est dur de parler d'une odeur à quelqu'un qui ne l'a jamais sentie. C'est comme parler du rouge à un daltonien qui ne voit que du marron. Tu peux lui parler avec un vocabulaire technique : "c'est rouge", ce sera précis mais ça risquera de tomber à plat. Ou alors on peut faire par comparaisons, évocations, voire descriptions de choses qui n'ont rien à voir (comme le petit-déjeuner d'enfance déjà évoqué).
Mais la solution du vocabulaire technique est quand même pas mal à mon avis, on gagnerait à employer des termes spécifiques (parce qu'on est sûr de transmettre le bon concept, et puis avec un peu de chance le lecteur ira se renseigner sur le terme et pourra le rapprocher précisément de sa propre expérience). Pour cela j'utilise pas mal le vocabulaire œnologique (même si ça se rapporte pas mal au goût, et c'est beaucoup une affaire de comparaisons).
Un petit exemple :
L'odeur du pin est fabuleuse elle aussi [...]. C'est une odeur indéfinissable, pleine ronde et accueillante, un peu épicée et un peu comme du lait au miel.
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*Déterre le topic du fond du forum*
Il existe dans certaines langues des mots pour décrire des odeurs... pas en français.
Je suis pour ma part anosmique, et il m'arrive fréquemment de demander à mes amis "Mais ça sent quoi ? Ca veut dire quoi sentir bon ? Ca a quelle odeur une boule puante ? Est-ce que vous pouvez reconnaitre l'odeur d'un fruit spécifique (une orange parmi plusieurs par exemple) ? Explique-moi ce que c'est, l'odeur du gaz !", les mettant dans un bel embarras !
Pourtant, j'aimerais tellement savoir ce qu'est une odeur...
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Une odeur, c'est un peu comme un esprit qui traîne dans l'air, avec son caractère, son histoire, son désir, il t'appelle ou te repousse; Une odeur de vieille chaussette, c'est acide et presque amer (ça devrait te parler si tu ne souffres pas d'agueusie non plus ^^), ça piquerait un peu, t'as envie de t'en aller vite, vite et d'engueuler ton petit frère qui a laissé traîner ça après son match de foot !
Une fois en visitant le musée Fragonard à Grasse, le guide nous avait expliqué qu'une cliente qui mettait le même parfum depuis des années appelait ça un "Suivez-moi monsieur", parce que l'odeur se développait en panache derrière elle (elle devait en mettre des tonnes, d'ailleurs !), un peu comme la longue traine d'une mariée, et appelait toute personne se trouvant dans son sillage à en rechercher l'origine. Tu peux penser à la pub Chanel 5, où le mec à la fin, il se souvient juste de l'odeur de Nicole Kidman.
Et juste pour remettre les points sur le i, voici quelques notions et explications intéressantes (autant que les cours que je me suis sauvagement ingurgités récemment servent à quelque chose) :
L'agueusie c'est le fait de ne pas avoir de goût. La dysgueusie, c'est d'avoir le goût modifié. L'hypogueusie c'est d'avoir le champ gustatif diminué.
Un jeune bébé a des récepteurs du goût un peu partout : les lèvres les joues le palais le plancher de la bouche en plus de la langue, et même le pharynx (la partie interne à la gorge par où passe la nourriture juste avant l'oesophage).
Un adulte a des récepteurs du goût sur le palais, le dos de la langue et un peu sur l'épiglotte (mais ça on s'en fout : c'est un petit cartilage qui se trouve au niveau du carrefour aérodigestif).
Les vieux quant à eux ont un territoire gustatif très restreint : parfois seulement la pointe de la langue. C'est pourquoi ils salent à fond parce que tout simplement ils ont moins de récepteurs au salé que vous, et c'est aussi pour ça qu'ils surkiffent le sucré, parce que c'est surtout sur la pointe de la langue qu'on a les récepteurs au sucré.
Mais le goût, c'est quoi ? "Ce qui est perçu en situation d'anosmie, soit en absence de toute odeur", au niveau de la bouche en général.
4 goûts : sucré salé acide et amer, et parfois un cinquième "l'umami" pour décrire la sensation que les asiatiques perçoivent lorsqu'ils consomment de l'acide glutamique.
Pourquoi tout baratin sur le goût alors qu'on parle d'odeur ?
Parce que goût et odeur sont souvent en liaison, pardi ! Et d'ailleurs ce que dans le langage souvent on appelle le goût c'est en fait la "flaveur" mélange justement des deux sens.
Maintenant quelques informations concernant l'odeur en tant que telle :
Les récepteurs à l'odeur sont situés directement dans la muqueuse nasale et sont des branches du nerf olfactif. C'est un système très primitif (moins complexe par rapport à d'autres sens comme le goût, par ex), qui se projette directement dans la partie la plus profonde de notre cerveau appelée rhinencéphale.
L'intérêt de cette histoire c'est que c'est dans le rhinencéphale que naissent également les rêves et que sont stockés nos souvenirs. C'est pourquoi on dit souvent qu'une odeur ou un goût réveillent plus facilement la mémoire, et surtout plus fort que le reste.
.... :mrgreen: :mrgreen: :mrgreen: :mrgreen: Vous avez survécu ?
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Wouaoh Menthe Oo Bah vraiment... merci ^^ Tu es la personne qui m'en a le plus appris sur les odeurs pour l'instant !
Sinon, pour le goût : je suis bien renseignée sur le sujet, en effet le sujet de mon TPE de cette année était... Le Goût ! Toutes les liaisons Goût/odorat non donc plus de secret pour moi, de plus j'ai évidemment fait des recherches sur l'anosmie, et souvent elle est reliée à l'agueusie. Bref.
Le plus lourd dans l'anosmie, c'est que tout le monde s'en fout. "Ouai, c'est pas grave, c'est pas comme d'être aveugle" ! Evidemment que c'est beaucoup moins grave ! Mais c'est facile de dire ça quand on possède ses 5 sens ! Encore hier j'ai mangé presque la moitié d'un sachet de parmesan... moisi. Malheureusement ce n'est pas perceptible au goût, et il a fallu qu'une amie sente le sachet et me prévienne pour que je le sache, et arrête d'en manger (un peu tard...). Ou encore la fois ou j'ai failli me faire exploser, ben oui c'est pas pour rien que le gaz sent mauvais... Et encore foule de choses comme ça, je ne connais pas mon odeur, pour les vêtements, savoir s'ils sont sales, aussi c'est compliqué... Et puis à chaque fois que j'entends "Oh, ça sent bon, c'est tel parfum ?", "Oh, cette odeur me rappelle quelque chose !", ça fait toujours mal... Je ne connais pas cette dimension du monde. Pour moi une fleur bah c'est des pétale de couleurs, c'est joli, point. Un parfum c'est un truc archi-cher avec des pubs pourries. Un déodorant c'est un truc qu'il faut pas que j'oublie de mettre quand je sors du sport. L'odeur d'un bon petit plat c'est l'expression de contentement des autres quand il arrivent dans la maison et qu'ils crient "Tient on mange ça ce midi !".
J'ai le goût, j'ai de la chance. Mais je n'ai pas faim. Jamais. C'est assez étrange, et quand j'y repense c'est pas si vieux que ça. pas aussi vieux que le fait que je ne sente pas, car ça c'est valable depuis mes plus ancien souvenirs.
Enfin bref. C'est pas cool. Vraiment. C'est un handicap dans la vie de tous les jours, et surtout, les gens ne s'en rendent pas compte, et c'est blessant.
Je me suis rendue compte de cette différence en primaire, quand on jouait au "jeu des odeurs", et que moi je ne comprenais pas pourquoi les autres arrivaient à reconnaitre quoi que ce soit alors que les petits pots étaient tous pareils.
Et surtout, je subis chaque fois que je dois "avouer" que je n'ai pas d'odorat les regards étonnés, et toujours la même phrase "mais c'est pas possible, sinon t'aurais pas de goût"... Ce qui a le don de m'énerver au plus haut point. Comment peuvent-ils dire ça ? Remettre ainsi en cause ce que je dis, comme si j'allais mentir sur ce point!, et se murer dans l'incompréhension alors que je voudrai juste qu'on comprenne pourquoi non je ne sens pas cette "trop bonne odeur, dis t'en penses quoi" !
Enfin bref, désolée du pavé :-[ Mais bon c'est vraiment pas facile, et les gens ne le savent pas, et au pire s'en foutent un peu... alors c'est pas très facile :-\
Enfin, bravo si vous avez tout lu ! ^^
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:D LU !
Et ce qui est un problème dans ton quotidien, tu pourrais le mettre en scène dans une histoire je pense, ça pourrait être intéressant et te permettre de prendre peut-être un peu de distance par rapport à ce que tu vis, même si c'est vrai que c'est pas cool du tout... Ou alors à l'inverse faire un personnage super sensible aux odeurs, et laisser courir ton imagination, peut-être que tu saurais mieux définir ce qu'est une odeur d'après les informations que tu as recueillies à droite à gauche ? Des fois on se rend pas compte de ce qu'on a tant qu'on l'a.
Enfin, je veux juste dire que tu pourrais en tirer quelque chose. Littérairement parlant, et pourquoi pas, humainement aussi. ? (même si je m'aventure peut-être là où je ne devrais pas... mais ça part au moins d'un bon sentiment !)
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J'ai souvent pensé à en tirer quelque chose ;) Mais en fait... par exemple pour l'idée d'écrire là-dessus, je pense qu'il faudrait que je fasse ça avec quelqu'un qui a de l'odorat, pour que je sache mieux ce qu'il en est pour la plupart d'entre vous, et mieux vous faire comprend mon point de vue du monde, privé d'odeurs.
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Je trouve assez compliqué de décrire une odeur sans faire de comparaisons ou citer le nom du produit qui la dégage.
L'exemple qui me vient de suite est l'odeur dégagée par une arme à feu : on évoque souvent la cordite. Maintenant, pour que le lecteur sente, il faut qu'il connaisse l'odeur de la cordite, ou alors, il faut qu'il ait déjà utilisé une arme à feu pour imaginer l'odeur qui se dégage quand on tire, même s'il ne sait pas ce qu'est la cordite... Mais s'il n'a jamais utilisé d'arme à feu et qu'il ne sait pas ce qu'est et ce que sent la cordite, il ne sentira rien. Pas évident, tout cela...
Je pense qu'il faut plutôt suggérer des situations qui "se feront sentir" à la majorité.
Par exemple : si je décris une pièce sombre dans laquelle un ventilateur brasse les miasmes de stupre, je pense que même les lecteurs qui n'ont jamais mis les pieds dans ce genre d'endroit sentiront aisément et visualiseront un bordel !
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Par exemple : si je décris une pièce sombre dans laquelle un ventilateur brasse les miasmes de stupre, je pense que même les lecteurs qui n'ont jamais mis les pieds dans ce genre d'endroit sentiront aisément et visualiseront un bordel !
Ah, euh, non, moi pas, mais je suis une innocente brebis. :noange:
C'est vrai que les description des odeurs (et des goûts) sont souvent codifiées. Les romans parlent souvent d'un goût de fer, voire d'une odeur métallique, et le lecteur sait que c'est sans doute la présence de sang. Mais, honnêtement, vous trouvez un goût ou une odeur métallique au sang, vous ?
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C'est vrai que les description des odeurs (et des goûts) sont souvent codifiées. Les romans parlent souvent d'un goût de fer, voire d'une odeur métallique, et le lecteur sait que c'est sans doute la présence de sang. Mais, honnêtement, vous trouvez un goût ou une odeur métallique au sang, vous ?
C'est peut-être surprenant, mais oui, mon sang a un goût métallique :D
Je n'ai pas grand chose à apporter à la conversation, mais j'en profite pour poster un petit entrainement que j'avais fait en essayant d'insister sur les odeurs. A vous de juger si ça vous semble efficace ou non ;) J'ai réussit à remplacer le mot "âcre", ça doit bien être l'expression la plus employée pour décrire une odeur !
De vieilles mains calleuses parcouraient un livre ancien à la lumière d'une bougie. Les pages se pliaient en craquant ; elles libéraient une poussière d'une autre âge porteuse d'une odeur acidulée, entêtante, que seul un érudit savait apprécier. [...] Ces livres n'attendaient seulement qu'on les consulte pour répandre leurs terribles secrets. Leur seule vue nous rappelait la sensation de la poussière pénétrant dans nos narines, du parfum sec et boisé propre aux ouvrages oubliées, aux pages qui ont elles même oublié la caresse des mains.
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@Mil :
Ah, euh, non, moi pas, mais je suis une innocente brebis.
:mrgreen:
@Almeus :
C'est peut-être surprenant, mais oui, mon sang a un goût métallique
C'est normal, t'es pas humain ! Ah merde ! Fallait pas le dire... Désolé.
Ta description est efficace, j'ai senti ! Tu sais la première chose que je fais quand je prends un livre chez un bouquiniste ?
Je hume les pages ! J'adore cette odeur.
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Oui, moi aussi j'ai bien senti ta description, Al !
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Oui, moi aussi j'ai bien senti ta description, Al !
Ta description est efficace, j'ai senti ! Tu sais la première chose que je fais quand je prends un livre chez un bouquiniste ?
Je hume les pages ! J'adore cette odeur.
Merci Fred et Mil ;) avant je ne pouvais pas supporter cette odeur, mais maintenant, elle est pleine de signification :)
Sinon, si vous voulez pousser un peu plus la description des odeurs, je vous conseillerait d'aller faire un tour du côté du Père Goriot de Balzac, on aime ou on aime pas, mais la description sensorielle de la chambre du père Goriot est vraiment convaincante !
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C'est pour ça qu'une tablette numérique ne pourra jamais remplacer un bouquin... Vivent les livres qui ont une âme !
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Quand la terre se parfume, Jean Vautrin
Mercredi
Cinq heures du matin.
Mexico dort sur le ventre.
Maquillée de néons, crêpée de buildings, couchée sur le limon de la vallée, les mamelles de ses marais asséchées par les premiers occupants, elle dort dans son lit de lave, les yeux grands ouverts sur le passé. Jardins flottants, terre obsidienne , fresque maya, au centre de la cité, la dormeuse est coloniale – beauté aztèque au sexe fouillé par les enfants de Cortez.
Cinq heures trente.
L’air raréfié des montagnes est immobile.
Très haut, au-dessus des sommets enneigés du Popocatepeti, stagne un nuage de mort recraché par l’industrie des hommes. Sur les collines de San Angel flotte encore parfois comme une odeur de terre mouillée. A Coyocacàn, les riches respirent d’un sommeil léger le parfum des jaracandas. Dans la Zona Rosa, des centaines d’hôtels et de palaces internationaux, des restaurants, des discothèques affichent bonheur complet. Quality inn, filles à gogo, bronzage mexicain, vitraux Tiffany, steaks de chihuahua, c’est l’embarras du choix. A l’est, tout se fâche. Poussière, grouillement, férocité : un âpre goût de vie suinte et sirote, bouge et tousse à l’approche de chaque masure. A l’horizon, le bidonville de Netzahualcoyoti dévore la pente des volcans.
Six heures du matin.
La course harassante des éboueurs.
Dans les faubourgs, Mexico se retourne sur sa couche aux draps sales. Ses paupières hermétiquement closes sur la révolte des pauvres, elle déglutit imperceptiblement et avale ses propres excréments. Les bennes scatophages s’éloignent avec un bruit repu de goinfres mécaniques qui font grincer leurs mâchoires. Dans la lumière gyrophare, les citernes arrosent lentement les trottoirs.
Six heures trente.
Mexico se dresse sur son matelas.
Tenochtitlàn, capitale engloutie, recule dans la mémoire des hommes. Belle lurette que le dieu Tlaloc ne fait plus la pluie et le beau temps sur le Templo Mayor. Labyrinthe d’autoroutes embouteillées, d’échangeurs saturés d’hydrocarbures, au fil du temps, Mexico a pris le goût des amours interlopes . Et puisque tant de conquérants ont laissé leur semence dans ses flancs, elle a choisi, terre d’asile, d’aimer tous ses fils, produits d’une alliance forcée par le feu et par le sang. Dix-huit millions d’âmes au tribunal de l’injustice.
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Hello,
Merci pehache pour ce texte, merci aussi à Menthe pour ces quelques explications.
J'apporte également quelques éléments pour répondre aux questions de illigh si elle repasse par ici, ou pour les questions de tout le monde aussi...
La tête au carré (http://www.franceinter.fr/emission-la-tete-au-carre-odeurs-et-parfums) a récemment consacré une émissions aux odeurs et parfums, qui était fort intéressante.
Il y présentent notamment deux ouvrages qui semblent intéressant mais que je n'ai pas eu le temps d'acheter :
- « Les parfums, histoire anthologie et dictionnaire », Elisabeth de Feydeau, Ed. Robert Laffont,
- « Eloge de l’odorat », André Holley, Ed. Odile Jacob
Je coirs avoir eu l'occasion dans un texte ou deux de décrire des odeurs ou des goûts et c'est vrai que la tâche est difficile.
Mais je comprend les problèmes soulevés par illigh. De mon côté, j'ai un léger strabisme depuis tout petit et je ne vois pas le relief. Quand j'en parle avec des amis, nous sommes bien incapables, les uns et les autres, d'expliquer ce qu'est le relief ou le non-relief.
Je fouillerai et je vous posterai les extraits de ces textes où il est question d'odeurs ou de goûts.
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Votre conversation est très interessante ! Et tout les essais de description d'odeur sont supers ;D J'ai appris pleins de choses notamment sur les techniques & tout. 'Fin bref ^^
Et illigh ton message en début de page est très touchant. En plus tu écris bien, on dirait que tu nous raconte une histoire, ou plutôt un bout d'histoire de ta vie, j'adore :)
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C'est tout bête et pas très académique, mais voici un site qui pourrait apporter du vocabulaire et des idées. On y décrit les parfums, souvent d'un point de vue critique (pas toujours pertinent, mais foin de subjectivité, soyons pratiques.)
http://www.auparfum.com (http://www.auparfum.com)