Voici, très à l'heure, ma réponse à un défi de Lo du 5 janvier 2009. :-¬? Par contre, je lisez l'intitulé qu'après le texte :Mil', je te défie d'écrire un texte dans lequel l'héroïne tombe amoureuse d'un gnou.
Bon, alors, il faut savoir que c'est quasiment du premier jet, c'est n'importe quoi et c'est vraiment, vraiment, vraiment pas transcendant. Il aurait fallu que je le laisse reposer, que je le retravaille et tout. Je vais d'ailleurs regretter de l'avoir posté dans cet état environ 4 secondes après avoir cliqué sur "Envoyer", mais bon. Bref, n'en attendez rien de génial, mais ça me fait un défi de moins ! :D
Voici :
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Monologue d'une fin de mariage
Ça fait longtemps que je voulais te parler. Les mots tournent dans ma tête, tu sais, ça se mélange comme si mes tripes et mon cœur et mes larmes, ça formait qu’une seule bouillie, et c’est douloureux, et ça veut sortir. Mais tu m’écoutes pas. J’ai l’impression que tu m’écoutes jamais. T’es là, devant la télé, à mâchonner ton repas comme un bovidé. Ho, tu m’entends ?
Je comprends pas. Au début c’était formidable ! T’étais magnifique, fort, splendide, tu me regardais avec tes grands yeux noirs, et ça faisait comme une décharge en moi. Une décharge de tendresse qui me rentrait directement dans le ventre. Tes yeux, c’était le reflet d’un monde caché, merveilleux, un monde où on s’était connus et où tu m’ensorcelais juste par ta présence. Tu me criais « passion » sans avoir à ouvrir la bouche.
Maintenant, tu cries juste « scrountch scrountch » en mâchouillant les croutons de ta salade, devant un documentaire sur la chaîne Odyssée. Ça me scie. J’ai raté quelque chose. C’est peut-être parce qu’on a déménagé, parce qu’on est revenus chez moi en laissant derrière nous le pays où t’as toujours vécu ? La télé en parle, tiens. L’Afrique. C’était beau, beau à tel point qu’on peut pas faire rentrer dans le mot tout ce qu’il signifie là-bas. Tu te rappelles quand on s’est rencontrés ? Hein, tu te rappelles, ou y a juste cette fichue salade composée qui t’intéresse ? C’était un soir. Je me rappelle, moi. Je m’étais éloignée de l’hôtel, même s’ils avaient dit qu’il fallait pas, que c’était dangereux. Il faisait moite et la nuit tombait vite, mais ce coucher de soleil, ça valait le risque de faire banquer l’assurance. J’avais marché jusqu’au bord du lac, sans personne. Et c’est là que je t’ai vu. J’ai jamais compris ce que tu faisais là, c’était peut-être le destin, mais d’un coup, paf ! il y avait tes yeux si noirs, le cercle parfait de leurs iris, et ta silhouette qui se découpait dans le rayon de soleil moribond.
(Silence)
Ça te fait rien ? C’est joli cette phrase, pourtant ! Je me suis entraînée devant la glace. « Moribond », je l’ai trouvé dans le dictionnaire. Je trouve qu’il a la classe ce mot. Non ? Peut-être que je devrais demander leur avis aux zombies-vampires qui sont en train d’entrer dans la maison et de tout faire exploser dans le jardin, parce qu’ils veulent que le gouvernement ouvre un culte officiel pour la soupe à la tomate, et que dans les écoles, les petits gamins commencent la journée par la Prière au Solanum Pimpinellifolium. Ça te dérange pas, la prière au Solanum Pimpinellifolium ? Non bien sûr : tu m’écoutes toujours pas, c’est prouvé.
(Silence)
J’aurais dû faire confiance à ma famille. Ils m’avaient prévenue ! Je revois mon père, qui était venu en safari avec moi à l’époque. Quand je lui ai dit que j’étais amoureuse et que j’allais t’épouser, il m’a regardée comme si je lui annonçais que je voulais intervertir la place du Canada et de l’Inde pour que ça rende mieux sur les planisphères. Il m’a mis sa main sur l’épaule, et il m’a dit : « ma chérie, tu te rends compte de ce que tu veux ? Ton fiancé n’est pas fait pour toi ! Vous n’êtes pas du même milieu ! ». Et ma mère, qui aurait sangloté si elle avait pas mis du mascara de luxe et qu’elle voulait pas qu’il coule parce que ce serait du gaspillage, ma mère a ajouté : « tu comptes le ramener chez nous, en France ? Les gens ne comprendraient pas, mon cœur ! Personne ne comprendrait, et vous seriez malheureux ».
Mais je les ai pas crus. Faut comprendre : on m’avait bourré le mou toute mon enfance avec cette idée idiote que l’amour triomphe toujours. Pourtant, je pense que ta famille aussi, elle s’est doutée que ça irait pas. Quand on est montés dans le camion pour aller à l’aéroport, je les ai vus qui se tenaient sur le côté de la route, alignés, comme une haie d’honneur sauvage et solennelle. C’est évident qu’ils ont un air de famille avec toi, surtout au niveau des yeux. Et ils ont rien dit. Ils nous ont regardés partir, sans ouvrir la bouche, juste en nous fixant d’un œil vide, vide mais qui présageait tout.
Ah ! Tu pourrais m’écouter, à la fin ! Parfois, j’ai l’impression que je parle à un mur, ou, je sais pas, à une de ces stupides vaches noires et blanches qui ruminent comme toi, sauf que c’est pas devant la télé, elles, c’est devant l’autoroute. Enfin, mon bébé, mon ange, ma vie, mon amour ! Regarde-moi au moins !
Tu te lèves ? Où tu vas ? C’est parce que ce que je dis t’intéresse pas ? Qu’est-ce que tu fais ? Non ! Non ! Je te l’ai dit mille fois ! Pas la plante verte ! Je t’ai mis ta laitue préférée, avec des feuilles de mâche, ça te suffit pas ? Mais arrête, purée, arrête ! Je te l’ai expliqué : ça se mange pas ! Ah, j’aurais dû les écouter. C’était stupide d’en faire qu’à ma tête ! J’aurais dû écouter ma mère. Jamais, jamais j’aurais dû épouser un gnou !