Le Monde de L'Écriture
Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: Jynzcabat le 30 Mars 2020 à 11:14:46
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Il est dit que si tu le fixes peu importe où tu sois, le Maitreya, te regardera en retour et pénétrera ton âme pour y sonder tes moindres secrets. Au confins des trois rivières, l’estuaire mythique de la rivière de la Grande Croix, du fleuve des Costumes Verts et de la rivière de la Montagne du Peuple se trouve, majestueusement assis dans le Mont du Nuage Céleste, le Maitreya Mahabodhisattva. La légende dit qu’il veille sur toi, et sur la ville de la Montagne de la Joie. Haut de 233 pieds et de quelques coudées il n’a pas besoin d’élever sa voix pour faire respecter la loi. Misère à celui ou celle qui ne croit pas la puissance de la légende du Maitreya, si tu ne le respectes pas, dans le fleuve tu finiras.
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La ville de la Montagne de la Joie est un coin de paradis dans la province des quatre préfectures, parfois aussi maladroitement nommée la province des quatre fleuves. C’est une petite ville sur l’estuaire des trois rivières où des légendes ancestrales existent et pas pour rien, si tu n’y crois pas, tu risques de finir mal en point. Il n’y fait presque jamais froid, sa flore est dense et colorée, des ginkgos et saules pleureurs se mêlent au béton des petites ruelles. Sa gastronomie est dite la meilleure de la Province et comme celle de la Province est dite la meilleure du pays, ses habitants ont vite fait de rafler tous les prix. La soupe de Tofu aux cacahuètes et à la coriandre, appelée aussi cervelle de tofu fait fuir l’étranger qui se risque à vouloir la goûter. Lorsque tu penses cervelle tu te dis que c’est cet organe que tu ne veux pas manger, de cochon, de truite ou de chameau, quoi qu’il en soit tu ne l’avaleras jamais !! mais de cervelle il n’en est que l’aspect, c’est tout un voyage dans les saveurs locales qui vous est proposé. Subtiles et parfumées. Gourmandes et épicées. Sauvages et poivrées. D’un de ces poivres qui vous emmène loin, très loin, qui vous endort le palais, les lèvres, le bout de la langue pour un moment est anesthésié. Une expérience culinaire très stylée. Si la cervelle de tofu ne t’as pas convaincu, les tripes vapeurs panées ou bien sa fondue feront de toi un convaincu. On ne manque pas d’idées au pays de la montagne de la Joie, descends dans la rue et le plaisir sera pour toi. Si jamais la cuisine n’est pas à ton goût, évite de regarder Maitreya, d’un tantra, il te ravisera.
Le temps se tue parfaitement bien dans la bourgade de la Montagne de la Joie, des ruelles, aux rivières en passant par l’estuaire, en longeant les bords de l’eau tu arriveras forcément à trouver du beau. On ne peut pas dire que les bâtiments soient d’une beauté exceptionnelle, l’ambiance, l’atmosphère, ne manqueront pas de te satisfaire. Il y a cependant une règle, lorsque tu te balades sur les berges les yeux dans le bleu. Tu n’as pas vraiment le droit de hâter le pas, la lenteur, la voilà, fait office de loi. Près des berges de la rivière de la Grande Croix, tu peux voir, si et là, des baigneurs, des nageurs qui, affrontent le courant si violent sous le regard de Maitreya. Comme un défi à la vie, ils se jettent dans le remous et essaient de ne pas sombrer dans les tourbillons de l’estuaire, religieusement gardé par le Mahabodhisattva. Le défi gagné est un signe du destin, désormais la chance suivra à jamais ton chemin. Il est dit que les cœurs lourds et les âmes damnées qui se jettent dans le fleuve en défiant Maitreya auront l’honneur de goûter la vase du fond du fleuve dans leur trépas.
Dans la ville de la montagne de la Joie, derrière Maitreya, tu peux marcher des heures et des heures dans des jardins, des parcs conçus sur le mont du nuage céleste. Tous en l’honneur du maître des lieux, parsemés de monastères, de couleurs, et de spiritualité, cet endroit, peu connu des guides et hors des sentiers, est une merveille sans nom et tout aussi dénuée de protection. Il n’est pas dangereux de s’y promener, quasiment rien de peut t’arriver, accessible seulement le jour, il est dit que la nuit, cet endroit perdrait son gout de paradis. Mais pourquoi donc? Le jardin du mont céleste se trouve derrière Maitreya, quoique tu fasses et qui que tu sois il ne te voit pas, la journée encore, il est à l’affût, des voleurs, des méchants, même dans son dos, s’iiiiil te prend. La nuit, jouissant d’un repos harmonieux, il raccroche sur l’horizon son costume de Dieu. A l’Est de Maitreya, au fond du parc par là-bas, après le village des pêcheurs mais aussi du pont du Bonheur, se trouve sur la colline, tout en haut près des chants de pavots, un monastère, grandiose, peuplé de moines peu moroses. Son jardin exotique, sous la bienveillance de Maitreya est tapissé de mille Sariputtas. Aux visages différents, aux allures uniques, ils sont là imprégnés d’amour pour un Bouddha platonique. Beaux. Majestueux. Angéliques. Impétueux. Tel se doit être un Sariputta en respect de son Dieu.
Dans le pays des montagnards joyeux, une langue est parlée, bien différente de celle de la vallée. D’une langue tonique, déjà, bien dure à maîtriser, ce dialecte, impossible, remet une couche d’insanité. Si tu n’es pas linguiste, geek ou passionné, la langue tonique jamais tu ne pourras maîtriser. Ça monte. Ça descend ça remonte. Ça descend. C’est tout plat ou absent, telle est la façon que je décrirai ce dialecte tonitruant. Ce n’est pas tout, je suis sûr que pour beaucoup, ce que je dis est sûrement le fruit, d’une démence latente qui depuis des années me suit. C’est donc dans la vallée, que cette langue tonique, très spécifique, quatre plus un est la règle, de tons actifs et d’un neutre espiègle. Dans la montagne, un ton en plus est amendé, une ellipse, une bulle, se rajoute au dominant, d’un son en “ule”. Mais ne t’inquiète pas mon copain, je sens très bien, qu’à cette heure-ci, comme moi t’es cuit, oublie de ce pas mon cours de langue, “ule” ou pas, neutre ou actif, rien de bien jouissif. Quoi qu’il en soit, dans le Mont de la Joie, règne un Maitreya, que tu “ules”, bulles ou pullules, pour une virgule, il t’articule. Mais si jamais en dérision tu te moques de ce ton, le Maitreya, aussi grand qu’il soit, n’aura aucune pitié de toi.
Une enclave de sourire, une île de fous rire, de gens beaux et fiers, le Mont de la Joie se trouve sur Terre. Il est dit que de là-bas, les plus belles du Royaume naissent et portent la fierté du peuple de la gaieté. Pour y avoir été plus d’une centaine de fois, contre une valise de diamants, je le garde pour moi. Même dans cet hommage, du fond de mon âme, à tout un peuple, nulle part tu ne verras, pour des raisons qui me sont propres, un nom, une mention de son identité cachée. Jardin secret, royaume mystère ou paradis, ma discrétion je vous le dis me sert de bouclier contre mon inconscience ahurie. Il ne suffit que d’une fois, même si tu n’y es pas, de réveiller la colère du Maitreya, et de s’en mordre les doigts.
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Sublime,
c'est un terme suffisant pour ce récit?
J'adore la richesse des termes utilisés.
Je me demande aussi...
Maitreya est-il inspiré d'une idéologie/religion en particulier?
Et la Montagne de la Joie, que symbolise-t-elle?
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Bonjour Castor Iconoclaste
Merci pour ton commentaire.
C'est en effet inspiré du Bouddhisme, je tiens à dire que ce lieu existe, c'est la ville de naissance de mes deux Amours.
La Montagne de la Joie, un peu comme tous les noms dans ce récit est la traduction personnelle que je fais de noms propres dans une langue étrangère. Je n'en dirai pas plus mais quelque part il est facile de trouver la clef de l'énigme, le nom de cette petite ville.
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Merci, Jynzcabat, pour cette invitation au voyage dans un pays qui semble mythique mais que tu identifies à un lieu réel.
Je suis assez déstabilisé par ce "je" qui parle, qui n’est pas très bien défini. On aurait envie de dire que c’est un genre de maître ou de guide, un genre de voix-off – surtout que le "tu" est donné en premier. Cette position est assez bien tenue pour une partie du texte, on entre dans un genre de relation où on s’imagine assez sur les berges d’une des rivières ou sur un promontoire de la montagne et on écoute un vieux sage parler, c’est renforcé par ces inversions verbe/ complément qui donnent un effet Yoda.
Cette position est totalement détruite au fil du texte. Des formules orales importunes (la voilà, ci et là, "s"iiiiil t’attrape", etc.), à un propos qui ressemble à un genre de promesse ("tu ne l’avaleras jamais !!"), et le truculent "si tu n’es pas linguiste ou geek"). Bon. Tout de suite ça fait penser à un genre de récit d’ami, d’égal, qui délégitime totalement les tournures qui faisaient sens un peu plus haut. En plus, je suis juste stupéfait par quelques unes des constructions qu’il y a dedans. C’est de la course à la rime, quitte à faire des infamités (un catalogue de mots en "ule" ; un double usage de "convaincu", "au bord de l’eau, tu trouveras du beau", un "Bouddha platonique" ?, etc.)
La remarque sur les langues n’est pas vraiment... appréciable ? C’est juste insister sur la différence alors que ça n’enrichit personne. "Regardez comme ils parlent bizarrement, c’est bizarre hein". Alors que l’effet merveilleux et dépaysant est déjà atteint dans ces noms étrangers, des parcs et jardins près des nuages célestes, cette montagne-présence-humaine, cette recette exotique, c’est très efficace. Peut-être voulais-tu juste mentionner que les autochtones parlaient une langue que tu ne comprenais pas ; fais référence à ce que ces sonorités te font penser, par exemple.