Le Monde de L'Écriture
Salon littéraire => Salle de débats et réflexions sur l'écriture => Discussion démarrée par: Obofix le 28 Février 2020 à 15:51:47
-
Pour changer un peu de la rime, depuis janvier j’utilise en priorité l’assonance et la contre-assonance.
Dans la première on fait rimer deux mots ayant la même vocalique (monde/quelconque) mais des consonnes différentes, dans la seconde, c’est l’inverse (livre/poivre ;
poireau/héron).
Par exemple dans ce quatrain
Ce goût d’orange dans la bouche
n’a que des vertus, que l’on sache.
Que le citron n’en prenne ombrage.
Ni le pruneau, ni la pomme rouge.
les vers 1 et 2 contre-assonent, 2 et 3 assonent, 3 et 4 contre-assonent et 1 et 4 assonent
Pour le fun, les assonances de la jouent rimes embrassées.
:noange:
-
en fait la contre-assonance c'est une allitération de fin de vers, je ne connaissais pas !
-
En effet. Je l’ai utilisée dans ces deux poémes
https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=33780.0 (https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=33780.0)
https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=33752.0 (https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=33752.0)
-
Hello,
Je ne connaissais pas la contre-assonance en fin de vers.
ça me semble assez moderne comme procédé, et ça doit sûrement appartenir au vers libre.
Peux-tu me donner des noms de poètes qui utilisent régulièrement ce procédé, ou des exemples de poèmes? ça m'intéresse, et j'aimerais étudier ça de plus près.
Merci d'avance ;).
Edit: Appremment, Laforgue, Rimbaud et Verlaine.
Je viens de trouver ce lien:
http://fripou.forumgratuit.org/t703-la-contre-assonance-prosodie
-
Salut Angleblue.
Jusqu'en 2020, j'ignorais aussi ce substitut à la Rime.
Je l'ai découvert chez Tristan Derême un poète oublié de "l'école fantaisiste". Mais comme chez les poètes cités dans le topo dont tu m'as donné le lien, il ne le faisait pas de façon systématique.
Comme j'étais en panne d'inspiration ( mon truc c'est la poésie néo-classique ) j'ai expérimenté la technique. Et je continue sur ma lancée;
:-¬?
À mi chemin entre la poésie classique de chez classique et le vers libre, c'est un paysage quasiment vierge qui s'offre à ceux qui souhaitent sortir de leur zone de confort.
Plus que tout autre forum, le Monde de l'Écriture me parait être un vivier où se nichent de tels aventuriers.
:noange:
Un poème de Tristan Derême
http://www.paradis-des-albatros.fr/?poeme=dereme/ni-les-roses-ni-l-air-morose-que-tu-siffles (http://www.paradis-des-albatros.fr/?poeme=dereme/ni-les-roses-ni-l-air-morose-que-tu-siffles)
Je n'en suis pas encore là. :'(
Mais c'est l'idée.
;)
-
Je te remercie vraiment pour ce partage. c'est ce genre d'échanges que je recherche sur le forum.
C'est du haut niveau ce poème de Tristan Derême, et on se rend compte que l'emploi de la contre-assonance est pertinent dans un texte où l'auteur joue également de l'assonance et de l'allitération à l'intérieur des vers. Ainsi, le texte ne perd pas en musicalité.
Oui, c'est vraiment moderne, et ça inspire la tentation d'utiliser cette nouvelle technique.
Rien ne me tentait vraiment dans la poésie moderne et expérimentale, mais ça, ça me plaît vraiment, j'ai bien envie d'expérimenter :).
Sur le forum, on s'était amusé, dans la partie poésie et dans l'aire de jeux, à écrire des haïkus modernes. Je pense que se lancer dans l'écriture de quatrains mêlant contre-assonances et rimes classiques seraient un exercice fort intéressant.
Encore merci :mrgreen:.
Bon, je ne peux pas m'empêcher de souligner, dans ce célèbre poème de Rimbaud, l'emploi de cette subtilité:
L’Eternité
Arthur Rimbaud
Elle est retrouvée.
Quoi ? – L’Eternité.
C’est la mer allée
Avec le soleil.
Ame sentinelle,
Murmurons l’aveu
De la nuit si nulle
Et du jour en feu.
Des humains suffrages,
Des communs élans
Là tu te dégages
Et voles selon.
Puisque de vous seules,
Braises de satin,
Le Devoir s’exhale
Sans qu’on dise : enfin.
Là pas d’espérance,
Nul orietur.
Science avec patience,
Le supplice est sûr.
Elle est retrouvée.
Quoi ? – L’Eternité.
C’est la mer allée
Avec le soleil.
-
Ce poème de Rimbaud illustre bien ce passage du topo que tu signales :
La contre-assonance ne fait pas partie de la versification traditionnelle que nous portons tous en nous. Nos habitudes ne nous permettent pas de la percevoir immédiatement, à l'audition, comme nous le faisons de la rime. Mais nous sentons, plus ou moins consciemment, qu'on a utilisé un système cohérent, différent de l'habituel. Il introduit toujours une espèce d'étrangeté, un subtil décalage qui se manifeste sans être forcément reconnu.