Être dans une perpétuelle discontinuité, ça ne donne pas quelque chose d'épanouissant, c'est plutôt une faiblesse, un handicap, une incertitude ou une souffrance, ce n'est pas fertile en matière d'écriture.
? ? ?
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
Pour prendre trois exemples d'un point de vue littéraire, souvent chez Dostoïevski, ce qui aurait pu être dit en un paragraphe, recouvre plusieurs pages; cette maladresse, entendons-nous- n'est pas voulue par l'auteur ( quoiqu'à l'époque, beaucoup d'auteurs publiaient par l'intermédiaires de journaux- feuilletons-) cela se transforme en une écriture convulsive, acharnée. De même que F.S Fitzgerald ( que j'ai lu il y a fort longtemps, en anglais ), il y a des tournures de phrases complètement alambiquées, parfois on se demande s'il le fait exprès. Alors, que c'est un grand écrivain.
Modiano, qui a obtenu le Nobel de littérature, possède une " écriture blanche ". Ceux qui lui ont décerné, tous ceux qui le lisent, y compris moi-même, sommes totalement aveugles ?
Toute phrase est maladroite à moins de la tirer vers le niveau zéro de l'écriture Barthésien.
–Aujourd'hui, il pleut.
La maladresse, c'est celle de l'autre, jamais la sienne. Etablir un jugement définitif revient à ne rien dire du tout.
–Tout du long des allées, se déversent des torrents d'eaux boueuses, charriant sur leur passage des morceaux de branches et des petits cailloux blancs.
La seconde est maladroite ou pas ?
Pour ma part, hors contexte, je la trouve maladroite. Remise dans son contexte, peut-être pas.
Alors,
Être dans une perpétuelle discontinuité, ça ne donne pas quelque chose d'épanouissant, c'est plutôt une faiblesse, un handicap, une incertitude ou une souffrance, ce n'est pas fertile en matière d'écriture.
? ? ?
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
J'ai le sentiment que la définition que tu as de la logique est assez limitée. Il ne s'agit pas d'imposer les règles d'autrui, mais de se donner une régularité (le temps d'un roman) dans un sens soi-même établi. La logique est celle qui permet de se distinguer d'autrui, à partir d'une même règle définir un idéal propre à l'auteur.
Le rôle de la logique, c'est la continuité, on ne parle donc pas de rythme (ce sont deux sujets distincts).
Un rythme rapide/un rythme lent, ça n'a de portée logique que dans une certaine mesure (dans le sens où la question du rythme est souvent indépendante de la logique en elle-même).
Une même logique peut être appliquée selon un rythme rapide ou un rythme lent (c'est comme la justice : la procédure peut être plus ou moins longue mais la loi appliquée restera la même).
De même que F.S Fitzgerald ( que j'ai lu il y a fort longtemps, en anglais ), il y a des tournures de phrases complètement alambiquées, parfois on se demande s'il le fait exprès. Alors, que c'est un grand écrivain.
Ça, c'est un bon exemple, je trouve, alors je vais essayer d'y réfléchir car c'est un exemple qui me parle.
La complexité et la simplicité sont effectivement des questions de style ou de narration : une histoire peut être complexe avec des rebondissements nombreux, des personnages multiples, des hypothèses contradictoires ; le style peut être complexe avec des tournures alambiquées, des phrases longues, des idées tortueuses.
Si l'on aime un style pour sa complexité, on peut lui reprocher par ailleurs sa simplicité (comme si elle devenait une maladresse). J'ai souvent entendu des lecteurs de Proust dire qu'ils s'étaient ennuyés à la lecture : le style est complexe, oui... mais l'histoire d'une simplicité affligeante !!
Je crois qu'on est un peu plus que dans une histoire de goût, lorsqu'on parle de maladresse ; même s'il y a un jugement sur la continuité qui est en question, un avis personnel ; il y a bien l'appréciation d'un des éléments du texte (un mot, un passage tout entier), qui serait en nette contradiction avec le reste du récit. Parler d'un livre maladroit (parce que tout le livre ferait le même « accident » tout du long), j'ai le sentiment que ce n'est plus la même chose que de parler d'une tournure maladroite.
Le traitement de la complexité est fréquent dans la littérature américaine, mais aussi dans tous les arts US. C'est lié à un véritable mouvement de pensée qui dénote un certain contexte, une certaine aspiration à la complexité. Cependant, je dirais, de mon point de vue, que la complexité est une thématique aussi riche que ne l'est celle de la beauté, de l'utilité ou de la vérité : on s'y engouffre et l'on cherche toujours une continuité plus aboutie, une plus grande continuité (un sentiment de beauté, d'utilité, de sophistication ou de vérité toujours plus poussé). Dans ce genre de cas, je pense bel et bien que des auteurs au style complexe sciemment étudié, sophistiqué, n'hésitent pas à mettre de côté leurs idées les plus restreintes, comme une sorte de perpétuel élargissement de leur champ d'expérimentation.
Modiano, en revanche, j'ai plutôt eu le sentiment que c'était une recherche de style liée à la beauté et à la contemplation qu'on trouvait dans sa démarche (mais je me trompe peut-être, mon jugement n'est pas idéal à ce sujet), la beauté amenant naturellement des enjeux différents, une tout autre logique, un autre idéal.
Opposer/confondre sophistication et beauté, ça ne me semble pas logique, je fais la distinction entre les deux valeurs comme si c'étaient des grilles de lecture totalement différentes.
On s'éloigne effectivement du thème de la simple maladresse qui désigne l'erreur ou l'accident, la désillusion ou l'irréalisme, l'imprudence ou l'immoral, l'inélégant ou encore l'inexpliqué (selon l'intention de l'auteur) : des valeurs instinctives qui sont facilement accessibles au jugement ou à la nuance. Je crois qu'une lectrice ou un lecteur qui trouve une continuité dans un récit (par exemple : il trouve ça beau) pourra facilement désigner des éléments du récit (un passage assez moche) qui lui a donné un sentiment de discontinuité dans le récit (argumenter/expliquer en quoi la tournure peut sembler en dehors d'une certaine logique, inharmonieuse, insatisfaisante).
En revanche, si l'auteur n'avait pas l'intention d'avoir « un beau style » et préfère la complexité ou l'utilité à la notion de beauté, je ne pense pas que l'on puisse parler de maladresse, mais plutôt d'une erreur de jugement de la part d'une lectrice ou d'un lecteur. Je pense à des auteurs comme Houellebecq qui n'hésitent pas à peindre des situations dans leur plus immonde représentation (au point parfois d'en rire), mais dont la qualité est ailleurs (dans la sophistication/complexité du genre). C'est normal, pour un auteur, d'aspirer à un style et d'être renvoyé à cette recherche plutôt qu'à celle d'un autre.
Et pour finir, et ouvrir le sujet, je dirais, en tant que lecteur, qu'avoir une juste appréciation ou une appréciation nuancée, ce n'est pas du tout la même logique. La question, donc, que je me pose à ce propos, c'est ce qui naturellement oriente ma propre lecture et me fait apprécier un certain type de maladresse plutôt que l'autre.
Peut-être que la question de nuance est sous-jacente à la question de la maladresse (est-ce que le contraste est vraiment très appuyé, maladroit ? ou au contraire légèrement nuancé ?) Ça m'oblige à voir la prouesse d'écriture d'un œil nouveau.
Et ce n'est pas désagréable. ^^
Merci de ce développement détaillé et argumenté. Il me permet de mieux avancer, de goûter aux joies de ton discours et de tes connaissances. :)
Moins brutal et définitif que ton avant-dernière réponse que j'avais pris pour un peu de suffisance. Nous sommes remplis de contradictions, j'en suis l'exemple typique car je n'ai jamais voulu faire partie d'un mouvement de pensée unique, penser contre soi est nécessaire, utile, fondamental.
HS complet mais j'ai vu l'autre fois sur un fil que tu en parlais:
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.