Bonjour camarades,
Que l'on soit passé ou non par l'université, que l'on soit hostile sinon méfiant face aux modes de production des savoirs scientifiques, aux institutions de recherche, ou non, il semble que notre société voit sa population de plus en plus intéressée, pénétrée et agitée par une certaine "culture scientifique" et les connaissances qu'elle produit (j'en veux pour preuve la place des sciences dans l'éducation nationale, le succès de la vulgarisation scientifique, de Fred et Jamie, Sabine et la petite voix, aux nombreux "youtubers" qui ont fait de la médiation scientifique une activité florissante ; mais également la vivacité des intérêts, débats, discussions et controverses autour de productions et techniques scientifiques en tout genre).
Il est par ailleurs certain que les pouvoirs politico-économiques tiennent de plus en plus fermement à orienter la recherche à leurs seuls profits, dans un monde tyrannisé par les dogmes de la croissance, de la dette publique, du marché (néolibéral) et de la pseudo concurrence libre.
Je fais le lien avec une discussion amorcée dans un autre filo (je laisse la faute de frappe) par Keanu (s'il passe par là), et un "article" sur lequel je viens de tomber concernant les réformes de l'enseignement supérieur et de la recherche agissant insidieusement depuis plusieurs années maintenant. C'est un florilège de citations qui permet d'entrer dans le mode de penser de ces gens qui ne veulent pas servir le pays mais qui veulent orienter le "managment" du pays, ici sur la question de la recherche :
« L’éducation et la formation sont considérés comme des investissements stratégiques vitaux pour la réussite future de l’entreprise […]. L’industrie n’a qu’une très faible influence sur les programmes enseignés. […] Les enseignants n’ont qu’une compréhension insuffisante de l’environnement économique, des affaires et de la notion de profit » (La Table-ronde des industriels européens, réunissant les 50 plus grandes firmes européennes, 1989, rapport « Éducation et compétence en Europe »).
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« La responsabilité de la formation doit, en définitive, être assumée par l’industrie. […] Le monde de l’éducation semble ne pas bien percevoir le profil des collaborateurs nécessaires à l’industrie. […] L’éducation doit être considérée comme un service rendu au monde économique » (La Table-ronde des industriels européens, 1995).
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« Oubliée l’époque où universités et entreprises se regardaient en chiens de faïence… En quelques années, une nouvelle organisation de la recherche s’est mise en place autour de la figure emblématique du chercheur-entrepreneur » (tirée de RDTinfo, le « magazine d’information sur la recherche européenne » publié par la Direction générale de la Commission chargée de la recherche, 2002, cité par Isabelle Bruno dans son livre À vos marques®, prêts… cherchez !).
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« Pour éviter de se heurter à un front de résistance interne et externe qui conduirait à l’échec, la réforme doit être menée pas à pas, sans proclamation tonitruante » (Philippe Aghion et Elie Cohen, économistes auteurs du rapport « Éducation et croissance » dont est tiré cette citation, 2004).
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« À budget comparable, un chercheur français publie de 30 à 50% de moins qu’un chercheur britannique dans certains secteurs. Évidemment, si l’on ne veut pas voir cela – je vous remercie d’être venu, il y a de la lumière, c’est chauffé –, on peut continuer, on peut écrire… » (Nicolas Sarkozy, alors Président de la République, en janvier 2009).
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« Le CNRS dans son entier doit se placer à l’interface entre la création de valeur par ses scientifiques et le captage de cette valeur par les entreprises » (Alain Fuchs, alors Président du CNRS, en 2010).
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« La plupart des universités n’ont pas la culture d’un centre de coûts, Or, si on est autonome, si on gère son budget, on est un centre de coûts et un centre de profits. Il faut qu’elles acquièrent cette culture. Il faut savoir formater une offre et faire payer les factures. Et ne pas considérer que, lorsqu’on fait une prestation pour l’hôpital ou le CNRS, elle doit être gratuite parce qu’on fait partie du service public ! » (Geneviève Fioraso, alors ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, en janvier 2014).
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« Il faut bannir du vocabulaire les mots de concurrence et d’excellence, détestés par les syndicats d’enseignants et d’étudiants. Remplacer ces mots systématiquement par ouverture et diversité. Dans un système ouvert et divers, on répond aux demandes des jeunes et des familles, on permet à chacun d’aller aussi loin que ses capacités le permettent. La sélection ne signifie pas exclusion mais plutôt orientation. En contrepartie les universités devront ouvrir des formations adaptées aux étudiants mal préparés, issus des séries de bac techno ou pro. Il n’y aura aucun rationnement, aucune exclusion » (Robert Gary-Bobo, professeur d’économie à l’ENSAE, conseiller de Macron pour l’enseignement supérieur, note à l’adresse du candidat Macron transmise en novembre 2016).
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« On peut imaginer maintenir dans chaque université quelques formations de licence quasi-gratuites dans les grandes disciplines à côté de formations payantes. L’ancien système à côté du nouveau. Ces formations gratuites seront bientôt désertées, sauf par les militants de l’UNEF, qui mettent 6 ans à faire une licence » (Robert Gary-Bobo, professeur d’économie à l’ENSAE, conseiller de Macron pour l’enseignement supérieur, note à l’adresse du candidat Macron transmise en novembre 2016).
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« Cette loi [de programmation pluriannuelle de la recherche] doit être à la hauteur des enjeux pour notre pays. Il faut une loi ambitieuse, inégalitaire – oui, inégalitaire, une loi vertueuse et darwinienne, qui encourage les scientifiques, équipes, laboratoires, établissements les plus performants à l’échelle internationale, une loi qui mobilise les énergies » (Antoine Petit, PDG du CNRS, décembre 2019).
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Bonus track
« La vie, la santé, l’amour sont précaires, pourquoi le travail échapperait à cette loi ? » (Laurence Parisot, alors présidente du MEDEF, août 2005).
Et, 2016 : Fuite sur le projet de sélection et privatisation du conseiller éducation de Macron
"A peu près tout ce qui est proposé ci-dessus est politiquement sensible. On sait que les groupes syndicaux étudiants peuvent aller assez loin dans la protestation.Celaa laissé des traces dans l’histoire. La prudence peut être exagérée du personnel politique de la droite traditionnelle (le Chirac d’après Noël86)s’explique sans doute en partie par l’idée que les étudiants peuvent catalyser le mécontentement.Il y a peut-être tout de même des astuces qui permettent de faire passer ces réformes,avec un peu de courage. Nous soumettons cequi suità votre jugement."
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La note complète publiée sur médiapart : (https://tendanceclaire.org/contenu/autre/Note_EM_GaryBobo2016-1.pdf)
Si le savoir intéresse la société, comment, lui, s'intéresse-t-il à elle ?
Qui recherche, qui profite des recherches ? Pourquoi rechercher ?
Qui consulte les travaux ? Pourquoi consulter ? Pourquoi transmettre ? A qui transmettre ?
On sait que le savoir cache souvent son pouvoir et que le pouvoir cherche toujours à savoir, même qu'il met en scène son savoir.
Aussi que qui convoite un pouvoir a intérêt à chercher un savoir et lorsqu'il le possède, à le faire savoir. Que qui détient un savoir se retrouve bon gré mal gré avec un pouvoir entre les mains.
Il y a donc une double implication pour le groupe qui possède un savoir qui tient :
- dans le savoir lui-même. On peut interroger l'utilité du contenu du savoir.
- dans le pouvoir inhérent à la position du détenteur d'un savoir. La répartition du savoir (en dehors de son contenu) est-elle utile, doit-elle l'être tenant compte du pouvoir qu'il octroie aux "sachants" ? etc
Plus généralement. Qui décide de ce qu'il est bon de savoir/rechercher pour lui-même et surtout pour les autres, c'est à dire pour l'ensemble de la société ? Quels intérêts, quels profits même, s'assurent à travers l'orientation de "la recherche scientifique" ? Le savoir est-il une marchandise comme les autres, une marchandise tout court, alors même que celui qui donne ne perd rien au profit de celui qui reçoit ? Chercher à savoir, est ce une perte de temps ? Le temps, monnaie du savoir comme le prétendent certains théoriciens d'une "économie du savoir" ?