Le Monde de L'Écriture
Salon littéraire => L'Atelier => Le petit amphithéâtre => Discussion démarrée par: Cyr le 26 Janvier 2020 à 20:08:09
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Comment apprendre la littérature ? Ma question me paraît très floue et hasardeuse. Je lis depuis longtemps et écris de temps à autre depuis une dizaine d'années mais de formation scientifique, les commentaires et les "travaux" de certains sur le forum ont éveillé de plus en plus ma curiosité sur ce que je pense être l'étude de la littérature. Mais par où commencer ? Et qu'est-ce que je souhaite plus précisément ?
J'ai pensé que peut-être certains d'entre vous pourrez me conseiller des livres ou autres ?
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Salut !
Ca fait plusieurs fois que je lis des inquiétutes au sujet d'être de formation scientifique, et je pense que y'a aucune inquiétude à avoir de ce côté ^^ Je veux dire, ce n'est en rien un handicap (y'a d'ailleurs beaucoup de gens qui sont de formation scientifique sur le forum ^^)
Après, tout dépend de ce que tu recherches, en fait ?
Personnellement, j'aurais tendance à te dire que si tu veux "étudier" la littérature, tu peux le faire toi-même simplement en lisant, en plaçant plus d'attention sur les constructions des phrases, en étant attentif aux phrases qui te font de l'effet (et donc à te questionner à ce moment là sur pourquoi ça te fait de l'effet) et je pense que de cette façon tu t'imprègneras plus facile des structures de phrases ou de petits tours que jouent certains écrivains, tu en repéreras aussi que tu voudras réutiliser etc, tout ça dans la quête de trouver ce qui te correspond. Par exemple un des livres qui m'avait vachement marqué dans "l'étude" littéraire c'était un livre que weg m'avait conseillé, Les souterrains de Kerouac, parce qu'il était écrit quasiment intégralement avec des tirets cadratins, et c'était vraiment un sacré tour de force d'écriture et m'a fait réfléchir de façon accelérée à l'utilisation de ces tirets.
Après, si ce qui t'intèresses c'est plus une approche historique ou académique (là je saurais moins te conseiller, déjà huhu), ça existe aussi. Je ne sais pas si des témoignages d'écrivains sur leur pratique t'aiderait ? (auquel cas, Profession romancier de Murakami est intéressant, journal d'un écrivain en pyjama de Lafferière aussi, Confession d'un jeune romancier d'Umberto Eco aussi, mais bon, tout ça c'est plus des astuces de méthodes d'écriture plus que d'étudier vraiment la littérature, la construction des phrases etc)
En tout cas il n'y a pas une façon de faire, et j'ai jamais fréquenté le chemin purement académique pour ce faire, être curieux et se questionner sur ce qu'on est en train de lire me parait être l'élément essentiel (et tes deux questions par où commencer et qu'est ce que tu veux précisement sont les meilleurs points de départs ^^ lire les gens sur le forum m'a également beaucoup aidé, à voir des choses qui ne fonctionnaient pas pour moi, ou au contraire identifier des façon de faire que j'apprécie mais ne me correspondent pas forcément dans mon écriture, bref, ça aide à se questionner et identifier ce qu'on veut pour soit - et surtout par la suite essayer et se planter, aussi)
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Bonjour Cyr,
Te rapprocher d'une troupe de théâtre et monter sur scène si tu veux écrire pour le théâtre.
Aller visiter le patrimoine national ou mener des recherches en bibliothèque si tu veux écrire sur un sujet historique.
Consulter les revues scientifiques d’actualité si tu veux écrire de la science-fiction.
T'intéresser aux arts, musique, peinture ou danse, lorsque tu veux maîtriser ton langage poétique.
T'intéresser aux mythologies, aux légendes et aux mystères du monde si tu veux travailler sur des contes ou de la fantasy.
Connaître les différents partis politiques sur le bout des doigts si tu veux écrire une satire.
Te créer un carnet de contacts, rencontrer des gens populaires ou t'intéresser aux dernières rumeurs si tu veux écrire une autobiographie, un récit fantastique ou une romance.
Feuilleter les faits divers et les grandes affaires criminelles si tu veux te lancer dans un bon gros polar...
Tous les genres ont leurs particularités, il faut savoir s'y adapter, faire un lien entre ce que tu aimes et des activités autour du livre. Les gens qui veulent bosser sur leur style ont forcément besoin d'écrire sur un sujet en particulier, et c'est en alimentant des sujets de discussion passionnants que tu trouveras de quoi nourrir tes écrits de choses passionnantes. Même si tu veux apprendre à écrire bien, étant donné le temps que cela prend de façonner la langue, il va falloir nécessairement que tu bosses sur des trucs qui t'intéressent (l'ennui étant le meilleur moyen d'abandonner ton boulot en cours de route...).
En espérant que ces conseils te soient utiles, à bientôt ! ^^
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Hello,
Pour apprendre la littérature, je te conseille les anthologies, qui sont aussi des ouvrages d'histoire littéraire. Certaines sont très bien faites avec des analyses d'extraits de textes, et une présentation de l'auteur et de son style.
A la fac, on m'avait conseillé la "Collection littéraire Lagarde et Michard" de chez Bordas. Il y a un ouvrage par siècle.
Les préfaces, par exemple celles de recueils de poésie, sont également excellentes pour comprendre le style d'un auteur.
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Merci pour vos retours intéressants.
Ben G. Je note :
- savoir différencier les astuces de méthodes d'écriture de l'étude de la littérature à proprement parler
- être curieux et se questionner sur ce qu'on est en train de lire
- pratiquer l'écriture, faire son expérience, il n'y a pas une méthode qui s'applique à tous
Alan Tréard Je note :
- faire des recherches
- écrire sur des sujets qui nous intéressent ou nous passionnent (pour encourager et faciliter l'investissement)
Angieblue Je note :
- explorer les styles des auteurs à travers les anthologies et les préfaces des oeuvres.
A vrai dire, j'ai pensé qu'il était intéressant d'apprendre des concepts de manière un peu artificiels, plutôt que seulement par sa propre expérience. C'est je crois une manière de mieux avancer.
J'ai beaucoup apprécié les essais de Bachelard sur l'imagination dans la littérature. Je lisais aussi un "que sais-je" par exemple sur l'imagination pour essayer de comprendre confusément comment la création artistique opère t-elle et peut être dans l'idée de maîtriser un peu plus cela.
Mais ça ne fait pas tout. J'ai lu aussi un temps le livre "l'art d'écrire enseigné en vingt leçons" par Antoine Albalat. Je crois que cela s'inscrit dans les astuces de méthode d'écriture.
Par ailleurs, on m'a conseillé les livres de vulgarisation ce qui me convient peut-être mieux. Mais pouvoir consulter quelques ouvrages qui référencent des procédés peut aider à l'occasion.
J'écris cela pour compléter vos remarques.
Posts fusionnés par la modé
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Oui si tu estimes que ça te seras plus utile les notions académiques je comprends ^^
Les Que sais-je sont très bien oui ! La collection 128 (les rouges pour la littérature) chez Armand Colin aussi, dans le même genre de format mais très académique (j'ai en attrapé deux, celui sur l'Autofiction était intéressant, un autre sur l'écriture de dialogue)
(après moi ça me saoule vite mais bon :mrgreen: )
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Cyr,
Si tu lis des anthologies, il est plus probable que celles-ci t'informent en tant que profane plutôt qu'en tant que personne qui « apprend la littérature » pour se spécialiser car les anthologies sont destinées au tout public (elles ne sont pas faites pour donner des leçons mais pour divertir ou informer) ; ça peut t'aider, mais si ça ne t'aide pas tu pourras toujours rechercher d'autres méthodes.
D'ailleurs les facs de lettres n'ont pas vocation à définir les modes (elles ne jouent qu'un rôle d'archivage et de mémoire ; qui est un rôle important, entendons-nous ! mais pas celui recherché pour une recherche plus actuelle).
La littérature est suffisamment large pour que chaque spécificité (que j'ai évoquées dans mon précédent post) soit représentée dans sa diversité, apprendre des méthodes d'écriture, c'est avant tout apprendre un style en particulier (le comique ne sait pas faire de tragique et vice versa). Théâtre, autobiographie, histoire, poésie n'ont rien à voir entre eux, et apprendre à les distinguer te permettra déjà d'apprendre des choses qui te sont utiles (ensuite il faudra te tourner vers les spécialistes d'un genre en particulier, ces spécialistes étant les auteurs avant tout). Ce que j'entends par ces mots, c'est que tu auras constamment des auteurs qui s'imposent de par leur style dans un genre (il existe des genres très différents les uns des autres) sans être passés par les écoles d'un autre genre, que chacune de ces façons de faire est différente en fonction du rôle de l'écrit (et de la maison d'édition qui s'y intéresse). Tu apprendras des choses absolument inutiles si tu te plonges dans des livres d'éducation qui ne te concernent pas (malheureusement, apprendre à écrire, c'est un acquis qui prend du temps et qui demande beaucoup d'investissement personnel et d'intérêt).
Si tu veux tu peux acheter des livres qui expliquent la versification en poésie, mais cela ne servira jamais pour une autobiographie.
Si tu préfères tu peux acheter des livres qui expliquent les règles de la narration pour écrire un récit héroïque, conte ou fantasy, mais cela ne te servira jamais pour écrire un récit biographique ou historique.
Si souhaites créer des personnages à la psychologie complexe, tu devrais pouvoir trouver des ouvrages théoriques récents qui offrent de quoi alimenter un roman policier à la psychologie complexe, mais tu ne pourras pas exploiter la personnalité de tes personnages dans une satire (qui est par définition ridicule, simpliste et caricaturale).
C'est ce que j'essayais d'exprimer précédemment en évoquant le fait que, au-delà d'une recherche individuelle (qui est nécessaire pour se construire en littérature), il y a aussi besoin de savoir définir ses affinités, de se sentir comme affilié.e à un genre et de s'intéresser à tout ce qui gravite autour de ce genre-là seulement (de mettre de côté le reste comme par abstraction). Apprendre « toute la littérature » n'existe même pas chez un professeur de fac (qui se spécialise dans un domaine en particulier de l'histoire voire même ne maîtrise que quelques rares auteurs, mais les connait sur le bout des doigts), il n'y a pas de « chemin prédéfini » pour se spécialiser en littérature, notamment concernant la littérature actuelle, se spécialiser demande donc d'abord de faire des choix et de s'y tenir.
Pour te donner un exemple précis qui t'encourage à te sensibiliser à un domaine de la littérature en particulier (à faire un choix assumé), il existe en ce moment des questions sur la place des femmes ou sur les inégalités dans la société : la romance à la mode traite de ces questions, autrice & auteurs s'intéressent à ça pour écrire leurs histoires d'amour passionnées, il faut absolument connaître tout le contexte de notre époque pour écrire aujourd'hui de la romance. Il s'agit de connaître les modes, les débats autour des relations homme-femme pour pouvoir soi-même être autonome dans un récit fictif, créer un récit qui s'ancre dans notre époque. Si tu veux écrire de la romance, c'est comme pour le reste (théâtre, conte, polar, etc.), tu as besoin de chercher des auteurs qui s'inscrivent dans ce mouvement et qui font loi. Chaque époque a ses autrices & auteurs qui font loi, et ses sujets de prédilection selon les genres et les domaines de prédilection.
Quelque part, je synthétiserais mes conseils de la manière suivante : la littérature est trop large pour être contenue dans un seul livre, c'est la raison pour laquelle définir des affinités dans un premier temps permet de faire le tri entre différents livres, de choisir en fonction de ses préférences. Ensuite, quand tu sauras définir tes thèmes de prédilection, il sera plus simple de t'orienter vers des livres de référence (plus simple pour celles & ceux qui connaîtraient tes affinités et auraient des accointances avec toi car ils sont eux-mêmes intéressés par le sujet en particulier). Il ne s'agira jamais que d'un domaine de la littérature en particulier.
Si jamais tu souhaitais t'orienter en particulier vers la poésie (car tu postes souvent dans la section poésie, donc j'imagine que cela pourrait te plaire de te spécialiser), je te conseillerais personnellement de faire des recherches du côté de Victor Hugo, Baudelaire, ou encore Lamartine qui ont beaucoup théorisé la poésie et sont encore très influents de nos jours ; je te conseillerais également d'aller visiter de expositions d'art ou des concerts (qui permettent de sensibiliser sa perception des sons et des couleurs, notion de rythme, de beauté et de nuances). Pas de poésie sans les arts, sans quoi tu ne comprendras jamais rien à la poésie !! Lire Virgile resterait un incontournable, mais plus de la moitié des poètes ont contourné Virgile et ne s'intéressent pas à ce qu'il a écrit... Et sinon, lire de la poésie d'actualité (dans les librairies, les libraires te proposeront de la poésie d'aujourd'hui car les libraires connaissent la poésie de notre époque). Tu peux aussi consulter la Salle de lecture : poésie (http://monde-ecriture.com/forum/index.php?board=27.0) du forum pour voir ce qui se fait actuellement, voir ce qui plaît aujourd'hui et pourquoi. Des ouvrages de références permettent d'apprendre à versifier, les anthologies s'adressent quand même plus à des profanes, et sont souvent pauvres en contexte (elles sont utiles dans l'exploration, mais cela demande de savoir faire ses propres recherches soi-même, pas facile à faire, effectivement), c'est la raison pour laquelle je pense que les libraires sont la meilleure réponse à tes questions (il apportent un éclairage humain qui offre de véritable perspectives à mes yeux).
La psychanalyse joue un rôle extrêmement marginal dans la littérature, c'est une bulle à part, je te déconseille effectivement de t'y tenir pour te faire une idée de la chose, car cela peut t'amener dans un cul-de-sac et avoir l'effet inverse de te décourager et de t'amener à ne plus voir la littérature que sous l'angle de l'analyse (l'analyse n'étant qu'un domaine ultra-marginal de la littérature... et donc appauvrissant par nature). L'analyse, ça fait moderne dans l'expression, mais ça ne produit rien de sensationnel malheureusement, et ça concerne très peu de littératures (le polar à la limite, et encore...). Le problème avec l'analyse, c'est que cela ne respecte pas le cadre que ça s'était imposé au début : un cadre purement théorique, et soudainement les hypothèses deviennent des connaissances absolues dans un basculement inexplicable et mettent de côté vérification et expérimentation (c'est l'un des problèmes de notre siècle malheureusement). Les vrais analystes savent reconnaître les limites de leur théorie, mais les lectrices et lecteurs ne savent plus faire la part des choses malheureusement (en gros, il n'y a qu'un analyste qui comprend l'analyse, les autres n'étant jamais que des profanes sans rien apprendre ; ce n'est utile qu'à des chercheurs, et ça ne sert pas les acteurs/c'est donc utile, mais seulement pour certains domaines scientifiques). N'hésite surtout pas à t'affranchir de ce genre de cadre, je te le conseille en toute sincérité (surtout qu'il existe de nombreuses autres méthodes qui sont bien plus riches et diversifiées et qui se sont imposées dans l'histoire).
C'est très difficile de donner des conseils sur une littérature « en général » (comme s'il existait une littérature uniforme), j'espère sincèrement que les différents points que j'ai abordés seront suffisamment enrichissants, je fais de mon mieux.
Au plaisir. ^^
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J'ai fait des études de lettres, donc je pourrais bien te conseiller quelques textes qui sont, à mon avis, de bonnes introductions ou des classiques des études littéraires.
Antoine Compagnon, par ailleurs professeur au Collège de France, a écrit Le Démon de la théorie, qui est une très bonne introduction aux théories littéraires du XXe siècle. Ça se lit très bien et permet de saisir le paysage intellectuel qui a gouverné les études littéraires, les débats qui les ont animées, au cours de ces dernières décennies.
Une excellente histoire de la littérature française, et pas trop longue mais tout de même érudite, c'est La Littérature française. Dynamique et histoire, en deux tomes, dirigée par Jean-Yves Tadié. Chaque siècle a été confié à un·e grand·e spécialiste, ça se lit comme un roman et donne plein de pistes de lecture.
Sinon, aller voir du côté de Genette, qui est l'un des meilleurs théoriciens de la littérature, à mon sens, et qui décrit de très près les phénomènes stylistiques. Peut-être ne faut-il pas commencer par ses gros essais, intimidants, mais aller piocher dans Figures I, recueil de courts articles, peut être un bon début.
Il y a quelques années, j'avais découvert avec émerveillement les courts essais de Julien Gracq consacrés à la littérature et à ses lectures. Il est aussi bon essayiste qu'écrivain. On trouve des choses magnifiques dans En lisant en écrivant, recueil de notes.
Un autre classique du genre, plus ancien mais néanmoins fondateur, c'est le Contre Sainte-Beuve de Proust, qui y développe sa très belle théorie de la création littéraire. On en est un peu revenu depuis, c'est une sorte de mystique qui désocialise beaucoup l'acte d'écriture, mais c'est très beau. Dans le même genre, on a les Lettres à un jeune poète de Rilke, le poète allemand, qui proposent une réflexion éthique sur l'écriture poétique, l'engagement existentiel qu'elle suppose.
Un bon essai, et accessible, sur la poésie contemporaine, écrit par un poète d'ailleurs, c'est la Caisse à outils de Jean-Michel Espitallier.
On dit que les essais d'Umberto Eco sont stimulants et se lisent comme du petit lait mais, à ma grande honte, je n'en ai aucun lu aucun qui porte spécifiquement sur la littérature. Calvino aussi a écrit des essais sympas.
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Bonjour Miettes,
J'ai fait des études de lettres, donc je pourrais bien te conseiller quelques textes qui sont, à mon avis, de bonnes introductions ou des classiques des études littéraires.
Très honnêtement, la moitié des ouvrages que tu cites sont étudiés dans le cadre non pas « d'étude de la littérature » mais bien « d'étude d'histoire de la littérature » ; donc je dirais que si la vocation de Cyr n'était pas d'étudier le style des autres mais de travailler le sien, il n'ont pas une vocation de « management » ou « d'apprentissage de l'écrit » mais bien d'étude de l'histoire des réflexions autour des ouvrages qui ont marqué d'autres époques.
Un autre classique du genre, plus ancien mais néanmoins fondateur, c'est le Contre Sainte-Beuve de Proust, qui y développe sa très belle théorie de la création littéraire. On en est un peu revenu depuis, c'est une sorte de mystique qui désocialise beaucoup l'acte d'écriture, mais c'est très beau. Dans le même genre, on a les Lettres à un jeune poète de Rilke, le poète allemand, qui proposent une réflexion éthique sur l'écriture poétique, l'engagement existentiel qu'elle suppose.
Ici, toute la difficulté va se poser pour n'importe qui qui voudrait apprendre à écrire : ces ouvrages sont-ils des références d'actualité ? Concernant Rilke, étant donnée la faible influence du symbolisme dans la poésie actuelle, je trouve que le choix est un peu risqué et demande quand même un certain mûrissement. C'est toujours difficile de faire le lien entre des œuvres du passé et celles du présent, donc je pense que les choix d'ouvrages doivent prendre en compte cette difficulté.
Après, c'est une question ouverte, mais ça permet de bien s'apercevoir que – sur le seul sujet de la poésie – les orientations peuvent rapidement décourager ou éloigner l'attention (avoir un effet contre-productif). Personnellement, je ne donne des références, ouvrages ou citations qu'au compte-goutte (pour éviter d'égarer quelqu'un qui demande de l'aide).
Je donne un exemple d'un ouvrage difficile d'accès qui est celui de Verlaine qui ouvre les Poèmes saturniens :
« Le monde que troublait leur parole profonde,
Les exile. À leur tour ils exilent le monde !
C'est qu'ils ont à la fin compris qu'il ne faut plus
Mêler leur note pure aux cris irrésolus
Que va poussant la foule obscène et violente,
Et que l'isolement sied à leur marche lente.
Le Poète, l'Amour du Beau, voilà sa foi,
L'Azur, son étendard, et l'Idéal, sa loi ! »
Je n'en voudrais pas à quelqu'un de ne pas comprendre les vers ci-dessus, et d'autres le disent aujourd'hui avec beaucoup plus de modernité. D'ailleurs l'influence de Verlaine sur la poésie actuelle est plus faible que celle d'autres poètes, je dois bien l'admettre, et c'est la raison pour laquelle ces simples mots qui disent tout du poète ne suffiraient malheureusement pas à enseigner la poésie à quelqu'un.
Je ne suis pas sûr que Rilke soit d'actualité, et je pense que la référence a plus valeur de mémoire que d'enseignement (même si j'admets que c'est une opinion qui se défend).
Un bon essai, et accessible, sur la poésie contemporaine, écrit par un poète d'ailleurs, c'est la Caisse à outils de Jean-Michel Espitallier.
Je dois avouer que la poésie contemporaine suscite beaucoup ma curiosité : moi qui ne connais pas cet ouvrage, je dois dire que ça me donne envie de le découvrir ; je te prie de nous en dire un peu plus au sujet de ce livre, si tu en as la patience, je t'en serai vraiment reconnaissant.
Et merci à toi pour ton aide. ^^
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Alain Tréard, je ne sais pas ce qu'est ton expérience de la question, mais aujourd'hui, dans l'Université française (je n'en sais pas plus pour les universités étrangères ou pour ce qui concerne les traditions universitaires du passé), on ne distingue pas études de lettres et histoire littéraire. Par ailleurs les bouquins de Compagnon ou Genette ne relèvent pas de l'histoire littéraire, mais pour l'un de l'histoire des théories littéraires (qui ont trop souvent eu des approches déshistoricisantes d'ailleurs), et pour l'autre de la poétique.
Par ailleurs je ne crois pas que Cyr ait demandé des bouquins pour améliorer son style, mais davantage des essais pour mieux comprendre le littéraire – ce qui passe aussi bien par l'histoire littéraire que par la poétique ou la théorie littéraire.
Pour la suite, tout pareil, Cyr n'a pas demandé des bouquins pour "apprendre à écrire", mais pour apprendre "la littérature", formulation qui laisse la porte ouverte, me semble-t-il, à des approches réflexives qui ne me semblent d'ailleurs pas inutiles pour les écrivain·es.
Pour Rilke, Les Lettres à un jeune poète continuent d'être une référence pour ce qui concerne les récits d'entrée en littérature / de vocation, et leur portée éthique est encore lisible aujourd'hui. Sur le forum Jeunes Écrivains où je suis plus active, nous sommes plusieurs pour qui ce texte a eu une importance capitale. Je suis également dubitative sur la manière dont tu minores les influences de la poésie de Rilke dans la poésie contemporaine.
Et si j'ai donné une liste de 4 (+2 ) ouvrages, ce n'est pas pour décourager Cyr, mais parce que j'ai eu l'impression que sa question n'avait pas reçu de réponse, du moins pas de réponse complète. La discussion a vite dérivé sur "apprendre à écrire", ce qui ne me semblait pas fondamental dans le post d'origine. Je n'ai par ailleurs donné que des références très accessibles, le genre de classiques fondamentaux qu'on conseille en début d'études de lettres, sinon j'aurais conseillé du Maingueneau, Jauss, ou de plus gros bouquins de Genette ;)
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Merci pour ta réponse, Miettes,
En fait, la section de l'Atelier sert généralement à avoir quelques avis, conseils ou références pour retravailler sur ses propres textes tandis que la section du Petit Salon (http://monde-ecriture.com/forum/index.php?board=34.0) sert d'avantage à parler de grands classiques ou de sujets autour de la littérature ou de l'histoire des lettres (et on y trouve plein de belles citations, c'est beau...).
En ce qui concerne la séparation entre la littérature d'hier et celle d'aujourd'hui, c'est la capacité des modes et mouvements à révolutionner le paysage littéraire qui fait que les ouvrages du passé ne sont pas la seule et unique voie pour apprendre et s'inscrire dans un paysage d'actualité (ils sont un noble moyen mais pas toujours le meilleur). C'est parfois difficile d'apporter des clés de compréhension à quelqu'un, et souvent plus simple de commencer avec un domaine spécifique. Ensuite, l'histoire de la poésie est quand même bien lointaine de l'histoire de l'autobiographie, et mélanger les deux genres sous une bannière historique me semble explosif et risque d'induire en erreur tout un chacun. Peut-être une réflexion théorique sur le sujet mériterait d'être observée, car je pense que mélanger les différentes histoires littéraires peut s'avérer épineux à « étudier ».
Si tu as la patience de m'en dire plus sur cet ouvrage de Jean-Michel Espitallier que tu évoques avoir lu, alors je t'en serai reconnaissant, cela m'aidera à comprendre ce qui t'a donné cette idée en particulier. J'aime bien découvrir la poésie contemporaine, et ce me serait pour moi-même d'une grande aide, merci à l'avance.
En ce qui concerne Rilke, j'attends éventuellement un argumentaire, quelque chose que l'on retrouverait dans la poésie actuelle (qui fasse le pont entre hier et aujourd'hui) qui me permette de comprendre la valeur de son actualité.
L'Université n'a pas vocation à définir les modes présentes, l'Université a besoin déjà de se concentrer sur les épineux sujets d'histoire et cela prend du temps. J'essaie d'éviter la confusion entre mémoire et savoir-faire, comme pour rappeler que l'on n'a pas toujours le temps de faire un point sur les évolutions des précédents courants, et que l'on peut préférer la pratique et l'expérimentation à l'étude du passé. Si le sujet s'oriente plus vers l'histoire des littératures, alors je pense effectivement que l'on quitte la dimension pratique de l'apprentissage et que l'on entre dans le domaine de l'archivage et de l'ancien.
Bien sûr, cela demande de choisir ses priorités, je m'en réfère donc à l'utilisation habituelle qui était faite de la section de l'Atelier jusqu'à aujourd'hui.
Merci à l'avance pour ta patience. :mafio:
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Peu importe la section, les membres postent parfois dans un endroit inadéquat : c'est au message de Cyr que je me réfère.
J'ai parlé de séparation entre époques littéraires ? l'excellente histoire littéraire que j'ai recommandée à Cyr a été écrite par de grand·es spécialistes, qui savent très bien distinguer l'évolution des genres (qui ne sont d'ailleurs pas imperméables, et qui sont des catégories historiquement mouvantes).
Jean-Michel Espitallier prend pour point de départ cette constatation : la poésie contemporaine semble un domaine flou, divers et morcelé pour les néophytes, parce que s'y inscrivent une grande diversité de pratiques, d'écritures, d'institutions, de groupes et de revues. Partant de ce constat, il dresse non pas un paysage exhaustif (c'est un essai court), mais une boîte à outils, littéralement, en partant de quelques concepts et idées qui permettent de débroussailler cette impression de profusion. Il a tenté un travail de vulgarisation grand public pour donner des clefs à un public qui ne maîtrise pas forcément l'histoire poétique du XXe siècle, qui s'est beaucoup appuyée sur de houleux débats ultra-théoriques dès les années 60-70. Je crois que c'est le premier bouquin que j'aie lu sur la poésie contemporaine, et de tous le plus accessible. Il donne aussi pas mal d'aperçus sous forme de citations de poètes et poétesses. Après, comme tout ce genre d'essais, il écrit depuis son propre point de vue. Certain·es pourraient lui reprocher son manque d'exhaustivité.
Pour découvrir la poésie contemporaine, il y a aussi l'anthologie (massive, et encore une fois pas exhaustive...) de poésie contemporaine conçue par Isabelle Garron et Yves di Manno, Un nouveau monde, un pavé de 1500 pages et qui s'ouvre sur les années 60 pour se terminer aujourd'hui – elle est consacrée je crois à la poésie française. C'est un travail anthologique remarquable : iels ont tenté de contextualiser les mouvements, les poètes, avec donc un travail de présentation des textes qui permet de s'y retrouver. Mais c'est déjà le niveau au-dessus par rapport à Espitallier !
Sinon, il y a l'essai de Roubaud, déjà un peu daté (2000), La Vieillesse d'Alexandre, qui est un essai brillant sur le vers de son temps (en gros, les évolutions qui ont mené de l'alexandrin hégémonique au vers de Denis Roche).
L'actualité d'un poète ou d'une poétesse, l'actualité d'une pensée, se mesure à plein de facteurs. Pour moi, que sa réception soit si vive sur Jeunes Écrivains en est un. Pour la réception de sa poésie, il n'est pas rare que je le voie cité par des poètes contemporains (sans compter les JE). Hocquard me semble-t-il, par exemple. Il reste très lu, étudié dans le secondaire, très édité, de nouvelles traductions sortent avec régularité : autant de signes de la vitalité d'une œuvre dans le champ contemporain.
Je ne sais pas d'où tu tiens que l'Université n'aurait pas vocation à définir les modes présentes. Est-ce un postulat moral ou pragmatique ? S'il est moral, je serais curieuse de ton argumentaire, mais sur le plan pragmatique ça ne tient pas. L'étude de la littérature contemporaine n'est pas du tout minoritaire à l'Université (d'ailleurs j'en suis un bon exemple, puisque je fais mon doctorat sur un corpus contemporain), et la valeur prescriptive et réflexive du travail de recherche n'est plus à prouver. Les programmes du secondaire, rien qu'eux, sont faits à partir de ce travail de recherche ; ce qu'on donne à étudier en fac de lettres, en littérature contemporaine, c'est ce qu'on retrouvera ensuite dans les classes du secondaire. Ce qu'on édite, éditions critiques ou nouveaux tirages, ou ce qu'on conserve dans des corpus numérisés, est aussi tributaire de ce pouvoir de prescription. Les catégories à partir desquelles on pense la littérature contemporaine sont en partie forgées à l'Université (mais aussi par les acteur·ices du champ littéraire, bien sûr).
Il n'existe d'ailleurs pas d'écriture littéraire sans mémoire. La seule possibilité de penser la "littérature", ou les genres littéraires (roman, poésie, nouvelles etc), c'est déjà un acte mémoriel. Genette en a mieux parlé que moi, c'est sûr (dans Palimpsestes), mais toute la production littéraire est un immense palimpseste, nous réécrivons sans cesse par-dessus notre bibliothèque, et même pour celleux qui ne lisent que de l'ultra-contemporain, eh bien, cet ultra-contemporain n'est pas né par génération spontanée, et souvent, une réflexivité sur les lieux communs que l'on utilise (codes du genre, poncifs thématiques, contraintes formelles et narratives) donne du pouvoir, et la capacité d'écrire de bonnes – meilleures ? – choses.
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Pardonne-moi, Miettes,
Mais je pense qu'il y a besoin de faire la part des choses.
Jean-Michel Espitallier prend pour point de départ cette constatation : la poésie contemporaine semble un domaine flou, divers et morcelé pour les néophytes, parce que s'y inscrivent une grande diversité de pratiques, d'écritures, d'institutions, de groupes et de revues. Partant de ce constat, il dresse non pas un paysage exhaustif (c'est un essai court), mais une boîte à outils, littéralement, en partant de quelques concepts et idées qui permettent de débroussailler cette impression de profusion. Il a tenté un travail de vulgarisation grand public pour donner des clefs à un public qui ne maîtrise pas forcément l'histoire poétique du XXe siècle, qui s'est beaucoup appuyée sur de houleux débats ultra-théoriques dès les années 60-70. Je crois que c'est le premier bouquin que j'aie lu sur la poésie contemporaine, et de tous le plus accessible. Il donne aussi pas mal d'aperçus sous forme de citations de poètes et poétesses. Après, comme tout ce genre d'essais, il écrit depuis son propre point de vue. Certain·es pourraient lui reprocher son manque d'exhaustivité.
Cette théorie est enrichissante, elle démontre une volonté de définir un idéal poétique
mais
rien ne démontre effectivement qu'elle s'inscrira dans l'histoire et qu'elle survivra à son temps. Parfois, forcer la volonté n'est pas la meilleure chose à faire, il faut aussi laisser la pratique expérimenter, questionner, douter et éventuellement voir les choses autrement. Ma curiosité pour des théories d'actualité n'en fait effectivement pas des lois fondamentales. Ce ne sont pas les universitaires qui décideront pour les artistes mais bien les artistes eux-mêmes qui définissent leurs priorités.
Et ce n'est ni une prérogative morale ni une contrainte pragmatique, c'est la libre expression de la poésie qui est de laisser aux poétesses & poètes définir leurs propres enjeux comme ils le souhaitent sans avoir d'autorité qui leur impose des injonctions formelles.
Je te remercie pour ces explications qui sont un éclairage nouveau sur notre époque et me donnent personnellement envie de me plonger dans ces lectures enrichissantes ; tout en rappelant qu'elles ne sont pas des fondamentaux de l'actualité poétique.
Je ne sais pas d'où tu tiens que l'Université n'aurait pas vocation à définir les modes présentes. Est-ce un postulat moral ou pragmatique ? S'il est moral, je serais curieuse de ton argumentaire, mais sur le plan pragmatique ça ne tient pas. L'étude de la littérature contemporaine n'est pas du tout minoritaire à l'Université (d'ailleurs j'en suis un bon exemple, puisque je fais mon doctorat sur un corpus contemporain), et la valeur prescriptive et réflexive du travail de recherche n'est plus à prouver. Les programmes du secondaire, rien qu'eux, sont faits à partir de ce travail de recherche ; ce qu'on donne à étudier en fac de lettres, en littérature contemporaine, c'est ce qu'on retrouvera ensuite dans les classes du secondaire. Ce qu'on édite, éditions critiques ou nouveaux tirages, ou ce qu'on conserve dans des corpus numérisés, est aussi tributaire de ce pouvoir de prescription. Les catégories à partir desquelles on pense la littérature contemporaine sont en partie forgées à l'Université (mais aussi par les acteur·ices du champ littéraire, bien sûr).
L'Université ne joue aucun rôle de prescription sur le secteur ni de l'édition poétique, ni de la musique, ni des arts en général ; et il y a aujourd'hui de graves difficultés à définir une histoire de l'art contemporain qui dépasse effectivement la poésie elle-même. Commencer par comprendre l'histoire de la poésie, c'est long ; alors n'allons pas dire aux poétesses & poètes qui réinventent la poésie ce qu'ils doivent écrire. Réussir à éviter les « gros pavés » de 1500 pages (des fourre-tout) et apprendre à synthétiser les archives et déjà un long et pénible travail que ne réalisent plus suffisamment les universitaires. Les poétesses & poètes laissent les universitaires définir les modes et mouvements passés, alors aux universitaires de laisser les poétesses & poètes définir la mode présente.
Aucune poétesse aucun poète, ni aucune éditrice aucun éditeur n'a à rendre de compte à une institution prescriptive, les choix de création, de publication artistique et de diffusion des contenus ne sont soumis à aucune autorité qu'elle soit universitaire ou autre. Et si s'intéresser aux auteurs qui font de la théorie de l'histoire est important pour des historiens, il n'est en aucun cas une condition à la création artistique.
Enfin je remarque que tu prétends que le seul statut universitaire permettrait de justifier une validation immédiate de la prescription... Or, ce n'est non seulement pas le rôle institutionnel de l'Université (ce n'est pas son statut), mais en plus les universitaires eux-mêmes ne sont pas tous remarqués dans l'histoire, et de nombreuses historiennes & historiens sont remis en question, oubliés, dépassés quand d'autres sont à la mode ou plaisent au plus grand nombre (sont populaires). De ce fait, les différentes théories elles-mêmes que tu cites ont bien une vocation d'information et non de prescription, elles jouent bel et bien un rôle d'étude et non de juridiction ; tes goûts pour ces anthologies sont légitimes mais ne peuvent en rien représenter une prescription sine qua non.
Chaque institution joue un rôle précis, et rien ne donne à des universitaires le droit de dicter les bons ou les mauvais enseignements, notamment en matière d'art.
Je me permet de rappeler que ce sont des bases légales de la création artistique et de la liberté d'expression qui ne peuvent pas être remises en question par une institution marginale.
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Aucune poétesse aucun poète, ni aucune éditrice aucun éditeur n'a à rendre de compte à une institution prescriptive, les choix de création, de publication artistique et de diffusion des contenus ne sont soumis à aucune autorité qu'elle soit universitaire ou autre. Et si s'intéresser aux auteurs qui font de la théorie de l'histoire est important pour des historiens, il n'est en aucun cas une condition à la création artistique.
Non mais, la personne qui a crée ce fil demande des références universitaires et miettes lui explique ce qu'elle sait avec des références
Va ptet falloir se calmer, tu extrapoles et je vois venir le quiproquo de trois pages inutiles gros comme un mammouth. :o
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Non mais, la personne qui a crée ce fil demande des références universitaires et miettes lui explique ce qu'elle sait avec des références
Va ptet falloir se calmer, tu extrapoles et je vois venir le quiproquo de trois pages inutiles gros comme un mammouth. :o
Les propos de Miettes sont mensongers : l'université ne joue aucune autorité prescriptive sur la création artistique et poétique, je te prie de remarquer ce détail qui n'est pas sans conséquence.
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Donner son avis sur un milieu qu'on ne connait pas comme toi, me parait complètement biaisé, surtout quand on comprend les mots des autres de travers avant de s'assurer de leurs sens qui au premier abord te heurtes toi.
Je ne sais pas d'où tu tiens que l'Université n'aurait pas vocation à définir les modes présentes.
définir au sens analyse de l'existant
Ce qu'on édite, éditions critiques ou nouveaux tirages, ou ce qu'on conserve dans des corpus numérisés, est aussi tributaire de ce pouvoir de prescription.
à partir du moment où des professeurs et des chercheurs choisissent d'intégrer tel ou tel ouvrage ou auteurs dans leurs analyses, ça a de fait un pouvoir prescripteur auprès des étudiants et personnes suivant de près le monde universitaire, et c'est indéniable. Elle n'a d'ailleurs pas dit que ce pouvoir s'exerçait sur la création (ce qui serait évidemment déconnecté de la réalité puisqu'un immense nombre d'auteurs n'ont jamais fait d'études de lettres universitaires, mais ça serait également déconnecté de la réalité de dire que ces études n'influencent pas certains auteurs ou éditeurs qui les suivent). Bref, encore une fois, arrête de monter sur tes grands chevaux ::)
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Je suis parfaitement d'accord avec ta clarification, Ben.G, et je la trouve suffisamment claire pour définir un juste milieu.
Je te remercie d'ailleurs de dire quelque chose que je n'arrive effectivement pas à exprimer correctement : la loi française qui veut qu'aucune autorité n'a l'ascendant sur la théorie poétique, et qu'il en découle donc que la prescription universitaire n'a qu'un effet marginal (aux marges de l'actualité artistique), ce qui d'ailleurs est sa vocation première (l'université étudie les archives et phénomènes depuis l'extérieur avec un regard supposément distant et froid : objectif, elle n'est pas censée défendre des intérêts directement impliqués dans l'actualité artistique/sans quoi elle ne jouerait plus le rôle qu'elle s'est donné). Bien entendu, si la loi est celle de la liberté, mon opinion sur l'université d'aujourd'hui (ses contours flous et ses prétentions illégitimes...) m'appartient et est à l'évidence un regard depuis l'extérieur (je ne suis moi-même pas universitaire) sur son actualité.
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Salut,
Donc, pour revenir à la question de Cyr, pour apprendre la littérature, il faut connaître son histoire, les différents mouvements littéraires qui se sont succédés, et bien sûr, les techniques propres aux différents genres et aux différents styles.
On n'apprend pas la littérature en écrivant sans aucune culture, ni aucune base théorique. Il faut lire un peu de tout, mais également se documenter pour que la lecture fasse sens.
Après, on écrit en étant guidé consciemment ou inconsciemment par ses influences, et c'est cette richesse, cette connaissance qui permet de se créer son propre style.
Le génie et le don existent, on peut avoir une prédisposition, mais sans travail et culture, on n'évolue pas.
Edit: Merci à Miettes pour les références, j'en ai noté quelques-unes.
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On n'apprend pas la littérature en écrivant sans aucune culture, ni aucune base théorique.
là dessus je suis beaucoup moins d'accord ::) Oui, lire beaucoup est important pour écrire, les bases théoriques, tu peux les rélféchir toi-même, tu n'as pas nécessairement besoin de t'appuyer sur une culture ou des théoriciens pour créer, si tu te poses des questions et que tu es curieux tu peux faire beaucoup de choses ^^ (en fait je suis contre limiter la littérature à un milieu culturel ou à des pratiques, parce que écrire c'est quelque chose d'ouvert à tous, qui nécessite du travail, mais qui n'a pas cette obligation que tu décris)
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Oui, mais notre ami veut apprendre la littérature...
On peut avoir un bon instinct littéraire, l'oreille poétique, une prédisposition, mais la connaissance d'au moins quelques bases, je ne parle pas d'une culture exhaustive, permet de mieux comprendre ce que l'on fait, et ainsi de "travailler" son style, et de progresser.
La littérature c'est quand même très technique à la base, non?
Mais, je comprends ce que tu veux dire :) :).
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Ah ! Bon ?
Si l'on met de côté la grammaire, la narration, la versification, la philosophie, l'édition, les annexes et contextes, la littérature n'est absolument, mais alors absolument pas technique !! …
:D Je rejoins la théorie de la curiosité d'Angieblue, il faut être avide de tout, et ne jamais hésiter à piocher dans les connaissances de ses contradicteurs pour soi-même se les approprier. Après tout, quand une théorie parle de curiosité, c'est qu'on ne sait pas ce qui nous attend derrière.
Avec surtout le plaisir de lire, lire et lire encore.
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bon j'ai la flemme de tout lire ce soir, je le ferai demain, mais me faire mecspliquer mon métier, c'est bien la première fois que ça m'arrive ! ;)
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J’essaie de répondre point par point.
Le bouquin d’Espitallier n’est pas une théorie et ne tente pas de définir un idéal politique. Si tu veux en parler, je te conseille de d’abord le lire. Espitallier EST un poète qui tente, pour décrire les pratiques existantes, de trouver des points de convergences, des forces, des flux. Il ne s’agit pas de dire aux autres poètes ce qu’iels doivent écrire, mais de décrire ce qu’iels écrivent déjà. Et si, c’est un des fondamentaux de l’actualité poétique (pour peu que ça veuille dire quelque chose). Les poètes et poétesses ont toujours réfléchi sur leur pratique, publié des ouvrages théoriques, leurs correspondances, des critiques sur d’autres poètes, et tout ce paratexte-là fait partie, depuis toujours, du dynamisme de la poésie. On ne crée par hors-sol. Même sur ce forum, on discute « autour » de la poésie, on réfléchit à ce qu’on fait. Le bouquin d'Espitallier est un classique du genre, bien que récent. Il a entraîné des réponses, des débats...
En fait je crois que la confusion dans tes propos résulte de ce que tu as l’air de croire que l’Université explique aux artistes quoi écrire : non ! La recherche sur le contemporain a un double rôle : décrire, expliquer l’existant, d’une part. Discriminer, établir des hiérarchies d’autre part (ce qui est indispensable pour par exemple établir des programmes, décider ce qui recevra des financements, décider quoi archiver / éditer). Mais bien sûr, et ça je l’ai dit aussi, les chercheur·euses ne sont pas les seul·es à effectuer ce boulot : les écrivain·es, les éditeur·ices, les critiques, les lecteur·ices, les libraires, et même les algorithmes ont aussi un pouvoir de description / prescription. Quand on décrit un champ – le champ littéraire – on est bien conscient qu’il existe une pluralité d’acteur·ices, détenant chacun des pouvoirs spécifiques.
Donc, à aucun moment la recherche n’impose des contraintes formelles aux écrivain·es, ça je ne l’ai pas dit et ne le pense pas. Par contre, il y a des interactions fortes entre université et écrivain·es. Je vais donner l’exemple du petit champ de la littérature numérique francophone (c’est mon domaine de thèse) : les chercheur·euses sont parfois elleux-mêmes écrivain·es, les écrivain·es du domaine sont régulièrement interviewé·es, invité·es à des colloques pour parler de leurs pratiques d’écriture… on leur envoie les articles / thèses / ouvrages qui leur sont consacrés, iels répondent en retour sur leurs blogs, un débat s’installe… très concrètement, la réflexivité universitaire interagit avec leurs écritures, les influence, et elleux-mêmes l’influencent en retour. Il n’y a pas de pureté de la création, qui se situerait dans un domaine séparé, ni de pureté de la science, qui resterait dans son coin sans jamais interagir avec son objet. Ce n'est pas comme ça que fonctionne une société.
J’ai déjà expliqué en quoi l’université interagissait avec les milieux éditoriaux, mais je ne le répèterai pas… tu sembles sourd à tout argument, y compris à celui de mon expérience (je suis chercheuse, donc j’observe de près le fonctionnement de cette institution, qui n’a d’ailleurs rien de marginal).
Le « fourre-tout » de 1500 pages dont tu parles si légèrement est, de fait, la meilleure anthologie de la poésie contemporaine française qui existe, elle est le résultat d’un travail colossal (ses auteur·ices sont deux poètes), et le fruit d’un gros travail de synthèse (on peut difficilement faire tenir 60 ans de création poétique foisonnante dans 100 pages, là on n’en serait plus à de la synthèse). On peut à la rigueur critiquer certains de ses choix (même en 1500 pages, impossible de rendre compte de tout l'existant), mais pour cela, encore faut-il l'ouvrir.
« Aucune poétesse aucun poète, ni aucune éditrice aucun éditeur n'a à rendre de compte à une institution prescriptive, les choix de création, de publication artistique et de diffusion des contenus ne sont soumis à aucune autorité qu'elle soit universitaire ou autre. » Tu te trompes… (soupirs) ces gens-là travaillent ensemble, interagissent, et, surprise ! Beaucoup de poètes sont universitaires et vice et versa. Et crois-le ou non, à une heure de massification éditoriale (on édite des quantités astronomiques de textes, ce n’était pas le cas il y a encore 20 ans), le rôle joué par l’université n’est pas des moindres. Que Michon, Roubaud, Quintane ou Cadiot aient obtenu le statut de « classiques contemporains », est le fruit d’un travail réalisé en collaboration avec l’université, l’institution éditoriale, et bien sûr les écrivain·es et les critiques. Ce n’est pas « la méchante université » contre « les gentils poètes », c’est un travail collectif, avec parfois il est vrai des enjeux de pouvoir un peu moches, mais surtout des interactions très chouettes et enrichissantes pour tous les bords. Mon directeur de thèse avait par exemple organisé un cycle de rencontres avec des écrivains contemporains, pour ses étudiants de master ; avant chaque rencontre, les étudiants lisaient plusieurs ouvrages de l’écrivain reçu, pour préparer des questions, des pistes de réflexion. Voilà comment ça marche, concrètement. Avec la possibilité de numériser de grands corpus pour les pérenniser, la question se pose aussi de manière brûlante : que numériser, que conserver, comment et à qui donner accès.
En fait je crois que ton deuxième problème, c’est que tu ne comprends pas l’usage que je fais du mot « prescription ». Je ne me place pas sur le plan moral (plan où l’on dirait que l’université a un devoir de prescription, et qu’elle est la plus légitime à le mettre en œuvre) mais pratique : je décris ce qui se passe, pas ce qui doit se passer. Et la prescription ne s'impose pas au domaine de la création, mais à celui de la réception (même s'il y a évidemment des rétroactions).
Et oui, merci Ben G. : définir l’existant, pas donner des indications sur ce qui devrait exister à l’exclusion de toute autre chose. L’Université n’est pas une avant-garde, elle n'écrit pas des manifestes, mais, a priori, de la science ;)
Angie Blue : ravie si tu as pu trouver des titres intéressants, n’hésite pas si jamais tu as envie de creuser plus certains thèmes, j’ai encore des références en tête !
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Bonjour Miettes,
Je te remercie chaleureusement pour tes clarifications qui me semblent vertueuses et permettent de rappeler que la poésie s'affranchit depuis toujours des contraintes institutionnalisées...
En ce qui concerne le livre d’Espitallier, je le lirai car je prends tout à fait au sérieux tes propos autour de son influence et je serai effectivement obligé de me plonger dans le livre pour adhérer à son idéal ou au contraire en faire une critique acerbe. Il faut bien avoir lu un livre pour prendre position sur sa portée.
En ce qui concerne la confusion que tu fais entre une prescription institutionnalisée et le travail prescriptif du libraire, j'ai moi-même fait des recherches sur le sujet et je sais quelles sont les limites de cette recherche universitaire. Bien souvent, les librairies s'affranchissent de ce genre de contrainte universitaire et vont chercher une poésie d'actualité en méprenant totalement les réseaux universitaires. Bien entendu, les librairies diffusent aussi des anthologies, et c'est pas plus mal, mais la librairie est typiquement le lieu d'émancipation des arts et lettres et ce depuis toujours. La prescription du/de la libraire repose sur ses goûts, ses plaisirs, des opinions et idéaux. Cette opinion sur un livre peut très bien être intéressée, politisée, militante, ou genrée... La librairie a ce droit et c'est bien la raison pour laquelle son indépendance joue le gros de sa qualité.
L'Université publique n'a pas ce droit, et si les professeur.e.s adorent se pavaner sur un bon bouquin, les contraintes institutionnelles font que tout ne peut pas être conseillé ni aux élèves ni au public et que tout une partie du domaine éditoriale ne sera jamais diffusée dans le cadre universitaire : c'est normal, c'est l'institution qui veut ça, et ça entraîne des enjeux différents. Je me permets notamment de rappeler qu'à leur début Baudelaire ou Victor Hugo n'étaient conseillés par aucun professeur à ses élèves car c'étaient des littératures interdites, proscrites, et qu'il fallait sortir de son enclot pour en découvrir les secrets. Voici pourquoi nous avons établi des lois qui préservent les libertés, tout simplement parce que celles-ci sont fondamentales.
Aujourd'hui les principes universitaires sont effectivement fondés sur l'objectivité (je te remercie de le rappeler), et dès lors qu'il y a un débat un peu virulent ou un scandale, les profs n'ont pas le droit de faire du prosélytisme pour ou contre, ils sont tenus à un devoir de réserve. De cette façon, de nombreux sujets sont soigneusement contournés par les profs (et on les en remercie) et c'est ce qui explique que leur regard sur l'actualité soit « filtré » par leur devoir de réserve. Tout le travail universitaire évite ainsi soigneusement les scandales et n'aborde les sujets d'actualité que quand ils sont communément admis.
Ils aimeraient participer à tous ces débats, les profs, mais quand les élèves s'en mêlent, c'est le bazar, c'est la raison pour laquelle ils évitent soigneusement d'aborder des sujets polémiques. Et ça se comprend... Et c'est la raison pour laquelle la prescription universitaire, de par son devoir de réserve et d'objectivité, ne peut proposer qu'une prescription limitée et ne pourra jamais répondre aux besoins d'urgence (urgence, polémiques ou sujets brûlants) ; et on les remercie de rester à l'abri, c'est bien pour eux, bien pour nous, et bien pour leurs élèves. Chacune & chacun a des contraintes minimums à respecter, et c'est en vertu de ces obligations que les devoirs peuvent être assumés dans le respect du droit et de façon responsable. L'université doit maintenir un cadre qui ne s'intéresse qu'à l'intérêt général, et elle ne peut en aucun cas utiliser ses moyens pour prendre partie dans des sujets brûlants, c'est son engagement formel.
Voici pour un résumé de la situation actuelle. ^^
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Ce que je ne saisis pas bien c'est le "apprendre" la littérature. La littérature ne s'apprend pas, elle se lit. Elle se pratique, se vit.
On lit d'abord puis on en vient aux théories.
Un jeune auteur assez connu se vantait l'autre jour de n'avoir jamais lu Dostoievski. Il n'existe à mon sens aucun romancier digne de ce nom qui n'ait pas lu les grands auteurs.
Lire d'abord, en discuter ensuite. Bon, l'anthologie peut revêtir un certain intérêt mais ne faire que la parcourir pour glisser sa culture à table n'a franchement aucun sens. C'est une porte d'entrée principale sur d'autres portes qui s'ouvrent et tu fais ton choix. Les théories ne t'apprendront rien de plus que les romans, sinon tendre vers la linguistique, l'acte de création sous l'angle de la philosophie etc...
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Ce que je ne saisis pas bien c'est le "apprendre" la littérature. La littérature ne s'apprend pas, elle se lit. Elle se pratique, se vit.
On lit d'abord puis on en vient aux théories.
Un jeune auteur assez connu se vantait l'autre jour de n'avoir jamais lu Dostoievski. Il n'existe à mon sens aucun romancier digne de ce nom qui n'ait pas lu les grands auteurs.
Lire d'abord, en discuter ensuite. Bon, l'anthologie peut revêtir un certain intérêt mais ne faire que la parcourir pour glisser sa culture à table n'a franchement aucun sens. C'est une porte d'entrée principale sur d'autres portes qui s'ouvrent et tu fais ton choix. Les théories ne t'apprendront rien de plus que les romans, sinon tendre vers la linguistique, l'acte de création sous l'angle de la philosophie etc...
c'est vrai qu'apprendre à lire, je vois à peu près (apprendre à lire attentivement, à lire lentement parfois)
apprendre à écrire, aussi (apprendre à former les lettres au stylo et:ou à bien taper sur le clavier, à ne pas faire de fautes d'orthographe ou de grammaire, etc.)
mais se forger un style... on peut avoir des maîtres, des modèles, des références, des expériences, et des gens qui vous aident pour tout ça.
apprendre l'histoire de la littérature, là oui je vois. mais c'est autre chose.
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Merci pour ton retour Miettes.
Effectivement, il ne s'agit pas seulement d'apprendre pour écrire et je suis plus lectrice qu'"auteur". Je ne lis pas la plupart du temps pour écrire mais ce que je lis parfois donne envie d'écrire et me rend curieuse de la recherche des autres, ça pourrait apporter ou ne rien apporter à l'écriture. Il y a peut-être un mélange d'esprit pratique et de pure curiosité dans la démarche. Je ne suis pas vraiment à l'aise avec l'écriture mais cela m'oblige à être active d'une toute autre manière que dans la lecture.
J'apprécie beaucoup ces auteurs : Proust et Rilke (pour ses poèmes français) qu'ils soient dans l'air du temps ou non. Je pense que malgré le changement de forme, de pratique on peut trouver des accroches universelles dans nos lectures, qu'il s'agisse de textes antiques ou contemporains.
Alan Tréard Bachelard se situe parfois à la frontière avec la psychanalyse dans ses essais mais cela reste toujours des essais philosophiques. Il l'écrit lui même, me semble-t-il. Je pense que c'est une approche qui n'est ni celle des critiques littéraires, ni celles des psychanalystes...
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J'ai bien noté ta réaction, Cyr,
Dans les analyses dont je te parlais, je pensais particulièrement à des héritiers de Saussure ou encore de Lacan qui analysent le langage avec parfois une certaine rêverie ; il est vrai que ces théories n'ont pas valeur de certitude absolue, et qu'elles sont explorées par certains chercheurs en tant que théories et hypothèses du langage.
En ce qui concerne Bachelard, je dois bien admettre que je n'en sais pas plus à son sujet, simplement que dans certains cas « l'étude du langage » (qui peut tout à fait être assimilée à une étude de la littérature – à juste titre d'ailleurs) aborde généralement des questions marginales, analytiques et ne permettent pas nécessairement de progresser sur des questions pratiques comme celles de la narration, des mœurs ou de l'esthétique. La partie théorique n'est effectivement pas la seule façon de pratiquer la littérature, on peut s'y intéresser ou bien la laisser tomber selon ses besoins et ses désirs ; je ne connais pas suffisamment la théorie de Bachelard pour m'en faire une idée claire.
En espérant toujours t'apporter quelques éclaircissements sur ces volets. En ce qui concerne « l'universalité des accroches », étudier des courants contradictoires de la littérature te démontrera que c'est dans la distinction que se joue la littérature, que ce qui était affirmé hier ne l'est plus aujourd'hui, et que c'est la raison pour laquelle les mœurs d'hier sont longues à être comprises, étudiées et appréciées (car les mœurs évoluent vite). L'étude de l'histoire de la littérature demande un certain cadre protégé, une sorte de cocon qui fasse fi des préoccupations actuelles (l'actualité ne doit pas effacer les vérités d'hier, celles qui ont été démenties par la suite mais font partie de la mémoire collective).
Si tu souhaites rechercher une forme de ligne directrice dans toutes ces tendances, tu peux toujours te plonger dans d'anciennes littératures et y chercher tout simplement toi-même des liens avec aujourd'hui : la littérature gréco-romaine regorge de sources et tu pourras toujours essayer de faire un lien entre hier aujourd'hui à la recherche d'une vérité universelle (quelque chose que la littérature aurait gardé aujourd'hui). En théorie qui évoque « les accroches universelles » de l'histoire, je connais Hegel qui cherche dans l'histoire une signification profonde ; c'est très intéressant, et il faut ajouter qu'il s'inspire des philosophies anciennes ; Hegel, c'est encore un autre domaine de la littérature, assez rigoureux (les Allemands sont très, très rigoureux, pour le coup) et ça fait beaucoup écho à Aristote dans l'idéal (Aristote qui a également écrit La Poétique). Pour le coup, tu resteras dans de l'ultra-théorique, mais c'est une lecture conséquente qui peut influencer ton regard sur tes lectures.
Et voici pour quelques ouvertures !! ^^
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J'ai appris beaucoup de chose en lisant ce post. J'ai moi même une formation scientifique, c'est difficile... :/ mais j'apprend en lisant, en écoutant... Il m'arrive aussi de prier les muses qu'elles m'insufflent la magie des mots . :-¬? Je n'aurais jamais la plume et l'encrier d'un grand écrivain pour exprimer d'un premier jet ; je me contente d'un papier, d'un crayon et d'une gomme ;).