Le Monde de L'Écriture

Coin écriture => Poésie => Discussion démarrée par: Dot Quote le 25 Décembre 2019 à 08:25:24

Titre: Trkkst
Posté par: Dot Quote le 25 Décembre 2019 à 08:25:24
Trkkst
On aurait dit qu'il faisait vent.
Et puis on a grimpé jusqu'à ce que non. En haut tout était fluide, tout était frais. Alors on s'est dit qu'on allait redescendre et que toutes ces inclinations à la causalité de nos êtres nous menaient à sourire, essoufflés d'avoir couru, sauté, sué et pollué l'air de notre carbone...
Quand la météo s'invite à la table de nos émotions, généralement on aime prendre la dégustation au millimètre ; mais là nous en avions un autre aspect qui n'aurait pas dégelé le moindre poulet fermier un peu trop déplumé pour se retrouver vraiment dans une assiette faisandée par nos javelismes. Dans ce cas là je n'aurais vu aucune autre solution à la situation désespérément hostile à notre entente, que ce grimpage d'une cascade, et donc nous rîmes d'eau à la montagne, et nos pagnes s'en rappellent.
On aurait dit qu'il faisait vent, oui, car il ne faisait pas faim. On aurait presque deviné la morsure, mais froid ou chaud, le cuisinier de nos ventres à sites, n'aurait eu qu'à molletonner des estomacs aux talons un peu à chiller... à rien faire, en somme.
Et puis on a soufflé, bien sûr. Parce que quand je l'entends lui murmurer à l'oreille, cette montagne qui en a sans avoir de murs pour autant, on se serait imaginé qu'elle nous répondait. Moi petit taille-pierre, j'aurais voulu être le soleil qui m'aveugle ? Qui me brûle ? Qui... me fait vivre pourtant.
On a soufflé sur le soleil pour qu'il refroidisse un peu, tu te rappelles ? Toi et moi, sans qu'on s'interpelle devant la loi calendaire, on se serait grimpé une montagne pour aller gratter le ciel. De construction, nos cîmes à espoir, nos cônes qui respirent, nos gênes démentiels, il y a ce nuage, en dessous, qui assombrit l'atmosphère, tu l'as senti avec moi lorsque nous avons grimpé alors qu'on disait qu'il faisait vent, peut-être...
La voile de nos yeux devant de dos, on avance, on surfe sur la vague minérale d'un relief de récifs que les terriens appellent des montagnes. Tu les vois, comme moi n'est-ce pas, rouler et couler, tanguer, ou dans un rouli, chavirer... Ces vagues de terre, figées dans l'immensité de leur monstruosité qu'on aurait à grimper. Tu les vois et on surfe, inlassablement car la voile de nos yeux, dans le dos, droit devant !
On s'est époumonés à oraliser notre oxygène.
On a soupiré avec hâte, cette apnée forcée.
Et puis...
Rien, car il n'y avait plus rien, et pourtant. Lorsque nous rîmes, c'en fut fini d'autres trucs plus ou moins à finir ; on suffoquait presque, on avait besoin de globules rouges supplémentaires, mais non ; y'a pas.
Hâletant, nos grimpes-montagne, tu souviens-tu ?
Moi je crois.
Une course à la vie.
Titre: Re : Trkkst
Posté par: AdrienBD le 25 Décembre 2019 à 17:38:47
Jolie course à bout de souffle et d'aventure.
Je ressens quelque chose de très véritable, voir, attenant au conte du terroir.
Je ressens que le rythme du phrasé est à fleur de pic, alternant entre le péril d'une phrase qui n'a de fin, et le secours d'un souffle de vers.
Il m'a fallu plusieurs lectures pour bien cerner, même si certains points sont encore obscures.
Peut être que quelques une de ces rimes glissantes en rebutera d'autres ?

Titre: Re : Trkkst
Posté par: Dot Quote le 25 Décembre 2019 à 18:31:50
délicatement tien,

je salue ici ton arrivée précautionneuse, et te remercie pour cette impression riche en honnêteté et que tu signes d'une singularité qui m'interpelle...

sans vraiment oser interpréter franchement ton verbe, je lui discerne une auscultation méticuleuse dans son propos qui bien que m'apparaissant lui aussi obscur, me renvoie à des consciences de mon travail que je te remercie de soulever !

le terroir est on ne peut plus humain ici, je le puise dans l'idéal d'une relation à moitié hallucinée et retranscrite par un amour de l'incarnation du toi et d'un moi à la poursuite d'un unisson

tu me flattes à évoquer ce que j'aime trouver dans le rythme, attention j'ai déjà les chevilles de plomb huhu

la complexité que tu sembles affronter est également contre moi, je te remercie de me la déterrer afin que je prenne en compte une trajectoire vers plus de clarté...

pour conclure, je reste ouvert à l'effort de lecture qu'impose ma prose, mais si d'hasard tu avais trop raison sur les rimes glissantes et leur rebut, je me verrais contraint mais non contre gré, de changer les causes de cet effet.

+++ !
Titre: Re : Trkkst
Posté par: Meilhac le 27 Décembre 2019 à 04:18:28
Trkkst
On aurait dit qu'il faisait vent.
Et puis on a grimpé jusqu'à ce que non. En haut tout était fluide, tout était frais. Alors on s'est dit qu'on allait redescendre et que toutes ces inclinations à la causalité de nos êtres nous menaient à sourire, essoufflés d'avoir couru, sauté, sué et pollué l'air de notre carbone...
Quand la météo s'invite à la table de nos émotions, généralement on aime prendre la dégustation au millimètre ; mais là nous en avions un autre aspect qui n'aurait pas dégelé le moindre poulet fermier un peu trop déplumé pour se retrouver vraiment dans une assiette faisandée par nos javelismes. Dans ce cas là je n'aurais vu aucune autre solution à la situation désespérément hostile à notre entente, que ce grimpage d'une cascade, et donc nous rîmes d'eau à la montagne, et nos pagnes s'en rappellent.
On aurait dit qu'il faisait vent, oui, car il ne faisait pas faim. On aurait presque deviné la morsure, mais froid ou chaud, le cuisinier de nos ventres à sites, n'aurait eu qu'à molletonner des estomacs aux talons un peu à chiller... à rien faire, en somme.
Et puis on a soufflé, bien sûr. Parce que quand je l'entends lui murmurer à l'oreille, cette montagne qui en a sans avoir de murs pour autant, on se serait imaginé qu'elle nous répondait. Moi petit taille-pierre, j'aurais voulu être le soleil qui m'aveugle ? Qui me brûle ? Qui... me fait vivre pourtant.
On a soufflé sur le soleil pour qu'il refroidisse un peu, tu te rappelles ? Toi et moi, sans qu'on s'interpelle devant la loi calendaire, on se serait grimpé une montagne pour aller gratter le ciel. De construction, nos cîmes à espoir, nos cônes qui respirent, nos gênes démentiels, il y a ce nuage, en dessous, qui assombrit l'atmosphère, tu l'as senti avec moi lorsque nous avons grimpé alors qu'on disait qu'il faisait vent, peut-être...
La voile de nos yeux devant de dos, on avance, on surfe sur la vague minérale d'un relief de récifs que les terriens appellent des montagnes. Tu les vois, comme moi n'est-ce pas, rouler et couler, tanguer, ou dans un rouli, chavirer... Ces vagues de terre, figées dans l'immensité de leur monstruosité qu'on aurait à grimper. Tu les vois et on surfe, inlassablement car la voile de nos yeux, dans le dos, droit devant !
On s'est époumonés à oraliser notre oxygène.
On a soupiré avec hâte, cette apnée forcée.
Et puis...
Rien, car il n'y avait plus rien, et pourtant. Lorsque nous rîmes, c'en fut fini d'autres trucs plus ou moins à finir ; on suffoquait presque, on avait besoin de globules rouges supplémentaires, mais non ; y'a pas.
Hâletant, nos grimpes-montagne, tu souviens-tu ?
Moi je crois.
Une course à la vie.

ah excellent j'adore !! :)

j'aime bien le titre, j'adore le il faisait vent, je suis fan du tout et de plein de formules et expressions
en comparaison avec les plus belles expressions, le "on polluait l'air avec notre carbone" a un côté moins poétique et moins élégant et plus trivial (c'est peut-être un moment du poème où tu t'es laissé "détourner" par l'envie de faire un truc à message?)
à ce détail près je suis carrément fan ! :)
mille merci !  :)
je vais aller voir tes autres poèmes Dot Quote!!
j'adore ce format aussi. petit poème en prose
et vraiment tu as un ton quoi !! :)
Titre: Re : Trkkst
Posté par: Dot Quote le 27 Décembre 2019 à 06:56:41
waw merci Meilhac, j'espère avoir un peu ensoleillé ton éveil nocturne !