Le Monde de L'Écriture
Salon littéraire => Salle de lecture => Romans, nouvelles => Discussion démarrée par: Geai le 02 Août 2010 à 11:17:47
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Il fallait que je vous parle de ce bouquin qui m'a véritablement ébranlée: le désert des tartares (paru en 1940), un roman de Dino Buzzati.
Pour ceux qui ne connaitraient pas le cher monsieur, c'est un écrivain italien qui a principalement écrit des nouvelles (dont la plus connue est certainement Le K ou encore les nuits difficiles...). C'est un auteur qui parle beaucoup de la vie militaire, de l'abétissement, de l'installation de la routine. Pour ceux qui auraient lu "le régiment part à l'aube" (son dernier ouvrage, qu'il n'a pas eut le temps de finir), il est aisé de voir que la vie militaire est pour lui, une métaphore de la vie que nous menons tous: faite d'attente, d'habitude, de mécanismes absurdes et d'obéissance aveugle.
Bref, le désert des Tartares: un livre magnifique, qui opère une veritable catharsis sur le lecteur. J'en suis sortie vidée, comme si ce livre avait aspiré toutes les émotions dont j'étais capable. J'en suis sortie tremblante, l'esprit vide, avec la sensation horrible d'être moi-même devenue un désert.
C'est l'histoire du lieutenant Giovanni Drogo qui est affecté à la surveillance du fort Bastiani lequel est situé dans une zone motagneuse, isolée et dans lequel les militaires vivent en totale autarcie. Il quitte donc sa ville natale, abandonnant soeurs, amis et amours pour prendre ses fonctions au fort. Il s'éloigne peu à peu du monde, pénétrant dans une zone désertique, loin de la ville qu'il a toujours connu. En arrivant au fort Bastiani, une seule pensée: il reste un an (le temps qu'il est obligé de passé là bas avant de demander sa mutation) et il s'en ira. Il n'imagine meme pas que les choses puissent être différentes. Le fort est trop isolé, les militaires qui y sont affectés sont trop étranges et surtout, leur mission est absurde: surveiller un désert (le desert des tartares) par lequel des envahisseurs sont censés arriver. Or, c'est évident, personne n'arrivera jamais par ce désert. C'est tout simplement impossible. Alors pourquoi rester plus longtemps dans ce fort Bastiani, à faire des rondes, à nettoyer son arme, à scruter l'horizon alors que tout le monde sait bien que c'est totalement inutile. Personne n'arrivera jamais.
Et pourtant... on l'avait mit en garde: au bout d'un an, il ne pourra plus s'en aller. Le désert, l'attente, la vie au fort l'aura dévoré. Il ne pourra plus jamais quitter le désert. Il guettera lui aussi, inlassablement, un ennemi qui ne viendra jamais. Le désert aura mangé son âme.
Mon avis: En lisant les premieres pages du livre, j'ai pensé "mon Dieu mais c'est loooong et c'est nuuuul". Et puis, passé la première floppée de page un peu ennuyeuses, j'ai été happée. Littéralement. Comme le lieutenant Drogo. Je n'avais jamais rien lu sur le désert et je n'ai jamais vraiment aimé les histoires qui parlent de militaires. Et paf! je tombe sur cette perle. Un roman qui parle de l'attente -désespérée, interminable, absurde- et de la solitude. Un roman dont certains passages sont d'une puissance incroyable -une scène en particulier, mais je garde le suspens-. Un roman sur l'obéissance aveugle qui conduit à commettre les pires actes, un roman sur la vie. Sur l'espoir qui massacre la vie. Un roman sur le désert. C'est grace à lui que j'ai découvert le désert, que j'ai vraiment compris pourquoi le désert fascine et terrifie autant. Bref, je sais pas comment en parler. Ce roman, c'est un chef d'oeuvre. Je me souviens, en le finissant, je me suis allongée sur le dos et je suis restée là sans bouger, à regarder le plafond. J'avais les yeux dans le vide et j'avais l'impression de m'être pris une grosse baffe dans la tete. Jamais un roman ne m'avait fait cet effet là!
voila voila, j'espere que certains parmis vous aurons envie de le lire.:) Vous me direz merci.
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Uip, j'ai envie de le lire, du coup ! (Pourquoi tu l'as mis dans la section Théâtre ?)
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Intéressant ! J'ai lu un livre de Dino Buzzati, qui comprenait le K et d'autres nouvelles, et j'ai été immédiatement convaincue par son écriture. Je vais placer ce livre sur la liste des livres à me procurer, je suis très curieuse de lire un roman de cet auteur dont je n'ai en définitive lu que des histoires courtes.
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Je n'en garde pas un souvenir ébloui, pour ma part, mais c'est si loin...
Je me souviens que, le lisant, je pensais à la chanson de Brel: "je m'appelle Zangra", dont le thème est si proche.
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Hm je l'ai donc lu sur tes conseils enthousiastes.
Je ne le serai pas autant.
Certes, la quatrième m'a paru contenir un ouvrage genre "waow". Et c'est vrai que j'ai beaucoup aimé le début, la découverte, la traversée des montagnes, la rencontre avec l'autre officier. Ca m'a un peu fait penser à Jamère. J'ai beaucoup apprécié quelques épisodes aussi, par exemple, dans la montagne, et aussi à la fin, quand une route se construit. Maintenant, j'ai trouvé le personnage principal un peu fadasse et désagréable. Et cette fascination pour le désert n'était pas aussi pleine et entière que je l'avais espérée. Néanmoins, j'ai lu Saint Ex, en ce qui concerne le désert, la solitude et euh... mm. Buzzati n'est pas aussi humain, si tu vois ce que je veux dire. Pas assez incarné, oui. Cette intériorisation impossible d'une si grande étendue, dur à exprimer. J'ai bien aimé lire le livre, mais ce n'est pas mon préféré. Peut-être qu'avoir lu le Soldat Chamane change quelque chose ? Je veux dire, plus la sensation de la nouveauté, même si le Désert des Tartares a été écrit avant ?
Il faudra peut-être que je tente le K. La prose de Buzzati est pas mauvaise.
@u premier modo qui passe : tu peux transférer le sujet dans "romans" stp ? c'est pas du théâtre ni de la poésie.
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Je l'ai lu aussi, cet été, parce que je vivais une longue attente et que j'avais besoin de penser à autre chose. Je l'ai pris presque complètement au hasard (le nom de l'auteur me disait quelque chose) dans les rayonnages d'Emmaüs. Bref, drôle de hasard.
C'est une lecture qui me restera en tête, c'est certain. Elle me donnera assez longtemps matière à réflexion, je suppose, quoique j'en ai retiré sur le coup une sensation d'insatisfaction. Ce que je ressens généralement lorsque j'ai affaire à des personnages très faibles - sans connotation péjorative, des personnages qui, d'une certaine façon, ne se laissent même pas une chance.
Quoiqu'il en soit, je le conseille.
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Lu il y a (très) longtemps - j'étais au collège, on m'avait dit que c'était pas facile - et je dois dire que j'en ai gardé un plutôt bon souvenir. D'étrangeté, d'attente, mais d'attente maîtrisée. Ca me semble intéressant à lire de toute façon, parce que c'est spécial, bizarre, et ce genre de trucs.
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Je l'ai lu y a quelques années
sentiment plutôt positif, disons mitigé + ;
ça m'a fait beaucoup de bien comme lecture
Si vous avez des potes qui ont du mal à se sortir les doigts du cul, faites leur lire ce bouquin, ça fait toucher du doigt ce que c'est qu'une vie qu'on passe à attendre, à attendre que ceci, à attendre que celà. 8)
l'histoire d'un mec qui attend. point barre. et qui attend en vain. qui est pas foutu de passer à autre chose.
vers la fin, on en a un peu marre, on a un peu envie de dire à dino "c'est bon, on a compris" ; mais ça fait partie du trip, s'agissant d'un livre sur l'attente, etc.
le style est, je dirais, moyen +(et c'est peut-être la faute du traducteur)
bref, assez chouette bouquin quand même.
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(https://sciencefictionruminations.files.wordpress.com/2017/06/03-dino-buzzati-piazza-del-duomo-di-milano-1958-but-maybe-1952_900.jpg)
(peinture de Dino Buzatti au musée d'art contemporain de Milan)
Le désert des tartares, c'est l'histoire d'un mec qui finit ses classes militaires et attend sa première affectation. On va l'envoyer au fort Bastiano, un fort qui protège la frontière près des montagnes. Là-bas, il comprend vite que le fort est situé près d'une frontière morte, et qu'il n'y aurai rien à y faire. Là-bas, on lui parlera du désert qui se trouve au delà les murs, où des centaines d'années auparavant, les tartares auraient attaqués par là. Le désert des tartares, qu'on ne voit pas facilement, le désert mystérieux et envoutant.
Le contexte, le monde est difficile à cerner, les tartares, des mélanges de noms italiens, allemands, j'ai lu sur internet que c'était un monde imaginaire avec un empire européen, pourquoi pas. Le flou du contexte, donne une petite indication, sur l'ouverture totale de l'histoire en tant que métaphore, tellement ouverte à l'interpretation.
Pour l'écriture c'est très intéressant, il es compltètement écrit au vous, nous assimilant en tant que lecteur au personnage principal ou à un autre personnage, nous mettant presque de force dans les baskets des sentiments qu'il veut nous donner par image. C'est pas un procédé que j'apprécie d'habitude, mais faut reconnaitre que c'est admirable ici, pas si marqué (dans le sens où ca se lit bien quoi).
Sinon y'a rien d'exceptionnel non plus, si ce n'est un très bon sens du visuel. Les descpritions du désert sont le parfait ressort, ca envoute vraiment.
Mais pas que, je me souviens d'un passage ou il utilise un "vous", en disant, imaginez un soldat, de dos, sur les murailles, et ce soldat, ce pourrait aussi bien être Drogo (le personnage principal). Cet exemple, je l'ai trouvé superbe, en 3D, parce qu'il dit "ca pourrait être", si bien que j'ai imaginé que ca ne l'était pas, sur le fait que dans ce fort ils sont tous à la même enseigne, et la description était si visuelle et suggérée..
Me souviens qu'après cette phrase j'ai été vérifier si y'avait pas un film parce qu'il DEVAIT y en avoir un (sinon je l'aurais fait :D ) et oui y'en avait un qui est très bon :) (des mimiques sur certaines scènes des acteurs que je trouve géniales, le lieu de tournage est unique en sont genre -rebalance le mystère du désert à ce niveau, je trouve, puisqu'on en perd légèrement, je trouve..)
Bref ce livre c'est un livre parfait de l'attente, qui parle de la vie, de choix de la vie, de ses conséquences, de l'action et de l'attente, et du mystère envoutant qui nous meut.
Bref :coeur:
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Voici une lecture qui donne très envie, tu as su piquer ma curiosité, Ben.G.
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J'aime le théâtre, donc pourquoi pas :)
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J'aime le théâtre, donc pourquoi pas :)
C'est pas du théâtre