Le Monde de L'Écriture

Salon littéraire => Salle de débats et réflexions sur l'écriture => Discussion démarrée par: Miromensil le 25 Novembre 2019 à 17:14:07

Titre: Lire et écrire la joie
Posté par: Miromensil le 25 Novembre 2019 à 17:14:07
Parce qu'on en a parlé y a quelques jours avec ben.g... :

- est-ce que vous lisez des livres qui font se sentir bien ? en cherchez-vous ?
- est-ce que ça vous attire/parle d'écrire un texte non dramatique/grave ? si non, pourquoi pas ? est-ce que ça sonnerait faux ou pas forcément ?

Titre: Re : écrire la joie
Posté par: Elk le 25 Novembre 2019 à 17:55:45
Citer
est-ce que vous lisez des livres qui font se sentir bien ?

Oui, je crois, des fois, même si j'ai du mal à en citer spontanément.

Citer
en cherchez-vous ?

Oui, souvent.

Difficile de répondre en fait sur mes lectures récentes parce qu'il y en a peu, mais le fait que je lise peu justement n'est pas sans lien avec la difficulté à trouver des livres qui me plaisent et qui "font se sentir bien".
Si on parle des romans et qu'on considère qu'un roman est un truc complexe en termes d'émotions produites, qui peut naviguer sur un large spectre entre "fait se sentir majoritairement mal" et "fait se sentir majoritairement bien", je crois que j'ai de plus en plus de mal (depuis plusieurs années en tout cas) à lire et à finir des romans qui tendent un peu trop du côté du négatif. J'ai beaucoup aimé par exemple Beloved de Toni Morrison, mais je n'ai toujours pas réussi à le terminer (même si techniquement je pense que j'ai dépassé les passages les plus difficiles du bouquin). J'ai lu mes premiers Zola et Dostoievski y a pas si longtemps et j'ai beaucoup aimé aussi, mais j'arrive pas à en lire/finir d'autres. Le dernier bouquin que j'ai commencé (Écoute la ville tomber, de Kate Tempest) a du potentiel (malgré une traduction de qualité inégale il faut le dire :mrgreen:) mais pareil, je bloque après les premiers chapitres notamment parce que je sens bien que ça va être la dégringolade pour les personnages.
Bref, voilà pour les textes plutôt négatifs : plein de trucs à lire mais pas tout le temps l'énergie de le faire.

Côté plutôt positif, j'en cherche souvent, mais j'ai vraiment du mal à trouver des romans qui me conviennent et me plaisent dans cette gamme-là. J'ai l'impression qu'on me propose surtout du pseudo-développement personnel, de la romance stéréotypée et... euh... voilà. Visiblement je ne sais pas bien chercher, aidez-moi :mrgreen:
En général je me lance plutôt dans de la littérature jeunesse en considérant que le ratio positif/négatif final sera plus équilibré pour une qualité qui me conviendra. Pour le ratio positif/négatif, clairement, ça ne marche pas à tous les coups. Je lis pas mal de BD sinon, où j'arrive mieux aussi à trouver des trucs globalement positifs.

Après check de mes lectures 2019, hors BD et nouvelles, côté positif de la balance, j'ai lu "Les tribulations d'Arthur Mineur" qui était sympa (ça parle de chagrins d'amour et de crise de la cinquantaine), et les deux premiers tomes de "Sauveur & Fils" qui étaient chouettes aussi (jeunesse, et malgré les cochons d'inde sur la couverture, il y est bien question de scarification, de tentatives de suicide et de deuil, entre autres, bref comme quoi les thèmes ne définissent pas forcément le résultat émotionnel).

Et donc, pour en venir à ce qui a l'air plus au cœur de la question ^^ cf le titre

Citer
est-ce que ça vous attire/parle d'écrire un texte non dramatique/grave ? si non, pourquoi pas ? est-ce que ça sonnerait faux ou pas forcément ?

Je pense que c'est hyper important de réussir à écrire des textes qui ne font pas se sentir mal. Pas forcément d'écrire que ça, mais d'arriver à le faire, justement sans que ça sonne faux, y compris en abordant des thèmes "graves". J'essaye globalement de faire ça ^^.
(Je dis plutôt "qui ne font pas se sentir mal" que "qui font se sentir bien" parce qu'encore une fois ça me parait trop connoté développement personnel/positivisme/whatever, c'est dommage mais bon, j'imagine que c'est ça que tu as en tête quand tu parles de "sonner faux" ? ou pas ?)

Sur toute cette question j'ai l'impression qu'il y a pas mal de rapprochement à faire avec le cinéma, où j'ai l'impression que c'est un peu admis que les meilleurs films sont souvent les plus dramatiques, que c'est plus difficile de faire une bonne comédie qu'un bon drame, etc.
Titre: Re : écrire la joie
Posté par: Miromensil le 25 Novembre 2019 à 18:24:45
Ah c'est intéressant le côté "je n'ai pas l'énergie pour lire des trucs trop négatifs" oO perso je ne m'étais même pas rendu compte que je ne lisais presque que ça. Quand je vois ma PAL, tous sont très deep niveau psychologique.

Citer
J'ai l'impression qu'on me propose surtout du pseudo-développement personnel, de la romance stéréotypée et... euh... voilà.
Idem, et pour le coup je trouve que ça sonne faux... j'ai un recueil de nouvelles à lire, je crois que certaines sont pas trop portées vers la tristitude, on verra si c'est le cas huhu

En vrai j'ai probablement mal formulé le premier post d'emblée mais c'est parce que j'ai du mal avec la pure dichotomie joie/tristesse. J'essaie d'en parler autrement mais c'est sans doute bancal. Il y a des livres qui se terminent mal (mort d'un perso) qui m'ont fait me sentir heureuse à la fin, c'était le cas pour Le zéro et l'infini. C'est peut-être bizarre. Des romans à connotation triste, ou juste "profonds", me font sentir plus léger qu'un truc purement guilleret qui pourra plus m'agacer.

Citer
(Je dis plutôt "qui ne font pas se sentir mal" que "qui font se sentir bien" parce qu'encore une fois ça me parait trop connoté développement personnel/positivisme/whatever, c'est dommage mais bon, j'imagine que c'est ça que tu as en tête quand tu parles de "sonner faux" ? ou pas ?)
Mmmmm j'ai du mal à m'exprimer :mrgreen: Quelque chose qui te donne pas envie de déprimer quand il est fini, quoi ? aprèèèèès encore une fois... j'aime bien déprimer sur certains sujets que j'ai lus, j'en ressors mieux après, justement - et j'aime vraiment, comme quand je lis Cioran. Oui ça met dans un état pas très heureux mais ce qui succède à cet état-là c'est une sorte d'éclat très curieux que je ne rallie pas à de la tristesse.

Je voudrais arriver aussi à écrire des textes qui ne font pas se sentir mal après... et je pense que j'ai déjà essayé, mais justement, je ne crois pas avoir su écrire un passage de "joie pure", ni même avoir essayé, en fait, d'écrire un truc comme ça. Je crois que c'est parce que je me dis qu'il faudrait écrire un texte qui ne soit QUE joyeux alors que c'est probablement pas possible en soi

édit :  par le "sonner faux" je crois que c'est parce que j'ai participé à un atelier d'écriture où une consigne justement c'était d'écrire un texte hum pas négatif, disons. après, tout le monde a lu son texte. les gens souriaient et rigolaient en écoutant les textes. j'étais pas du tout dans le délire, j'arrivais pas à participer à la béatitude générale, après c'est peut-être parce que je suis trop exigeante sur la qualité des textes qui ont été lus, et moi-même j'étais pas très fière de ce que j'avais écrit à ce sujet. Je crois que la consigne c'était de raconter un souvenir heureux

(et oui je mélange clairement lire et écrire huhu)
Titre: Re : écrire la joie
Posté par: Milla le 25 Novembre 2019 à 19:21:22
parce qu'on en a parlé y a quelques jours avec ben.g... : est-ce que vous lisez des livres qui font se sentir bien ? en cherchez-vous ?
oui ! j'adore quand je finis un livre avec la sensation d'un coup de fraîcheur douce au cœur, en général derrière je l'offre à tout le monde ! J’apprécie aussi énormément les livres qui me font rire, et pour le coup c'est pas forcément les romans qui se veulent humoristique qui y arrivent, si c'est un peu gros ou cliché ça marche pas du tout pour moi (on m'avait passé un Legardinier j'ai trouvé ça nuuul, ou le super connu "vieux qui fêtait son anniversaire" pareil j'ai déteste, etc), il me faut un truc plus dans la finesse ou l'autodérision je dirais.
Du coup, je regrette de pas trouver si facilement que ça des livres qui me donnent cette sensation. ça m'arrive + souvent dans les BD (comme disait Elk) ou bien dans les romans jeunesse que dans les romans "adultes" je dirai :\?


Citer
est-ce que ça vous attire/parle d'écrire un texte non dramatique/grave ? si non, pourquoi pas ? est-ce que ça sonnerait faux ou pas forcément ?
hmmm on peut avoir un contenu pas uniquement positif et joyeux, qui aborde du grave, dramatique, des problèmes, mais que ça baigne quand même le lecteur dans un sentiment de bien-être au final, non ?
je crois que j'ai globalement plutôt envie de mettre le lecteur sur une pente émotionnelle ascendante quand j'écris. Et d'ailleurs quand je lis, j'aime la tristesse, le drame, etc. quand c'est intense mais pas quand c'est glauque ou plombant.
Ou tu veux dire écrire du que joyeux où tout va bien ? La difficulté c'est plutôt l'ennui par manque de péripétie, rebondissement, réflexion, problème qui fait que quelque chose se passe, arrive... Sur un tableau ça peut sans doute être doux, mais sur la longueur :\? Mais du coup je trouve que ça c'est autre chose que "livres qui font se sentir bien"
Titre: Re : écrire la joie
Posté par: Dot Quote le 27 Décembre 2019 à 23:31:45
je dirais que la joie est le produit émotionnel positif ressenti à la résolution d'un problème perçu grâce aux capteurs-à-problèmes que constituent les émotions négatives...

dans le cadre d'un livre, le lecteur se calquerait donc en partie sur la perception qu'il se fait de l'émotion que doit lui susciter ce qu'il lit. Du genre il se poserait la question empathique symbolique : 'Paul du bouquin est joyeux, suis-je joyeux avec lui ?' Si oui alors le bouquin et le lecteur communiqueraient bel et bien de la joie, ce qui est la réponse à une autre question que la tienne Miro... si non le lecteur dira que le bouquin est mauvais, ce qui ne répond toujours pas...

la joie, c'est la seule émotion positive en psychologie j'ai l'impression, d'où que j'affirme qu'en tant que truc à poursuivre, cela s'articule forcément avec les quatre autres qui m'apparaissent quand même un peu négatives, et qui donc viennent en contre-poids

- la tristesse d'un décès dans l'histoire justifie-t-elle la joie de la mélancolie, ou de la réapparition miracle du personnage ?
- la colère d'un meurtre dans l'histoire justifie-t-elle la joie de la vengeance, ou de la justice rendue en péripéties ?
- la peur d'une action dans l'histoire justifie-t-elle la joie d'un sursaut, ou de la tension palpable face à l'éboulement des valeurs de confiance ?
- le dégoût envers un élément de l'histoire justifie-t-il la joie de la pureté, ou de la satisfaction tirée de l'éradication de l'impur ?

du coup ma vision dans tout ça, c'est que chacun trouverait de la joie différemment selon ses goûts, mais que ce serait intrinsèque à toute lecture un temps soit peu affectée... genre la joie ce serait pas vraiment juste un bond happy les bras au ciel avec un sourire éclatant et les yeux plissés... ça serait plutôt un pleur contre une épaule un jour de tristesse... ça serait plutôt un poing dans la tronche un jour d'énervement... ça serait plutôt la sécurité amniotique d'un abris un jour de crainte... ça serait plutôt une baffe dégoûtée...

non ?

après y'a les feel-good-trucs...
où ouais
c'est juste un smile les bras levés
je comprends un peu moins comment ça marche, mais d'un côté j'adore et d'un autre côté je voudrais pas que y'ait que ça
Titre: Re : écrire la joie
Posté par: Yuugure le 28 Décembre 2019 à 00:45:15
Récemment j'ai découvert les livres de Tesson. Je n'avais pas l'habitude de lire ce genre de choses. Je m'étais fait la réflexion que c'était rafraichissant de changer un peu de thèmes et qu'il était agréable parfois d'oublier suspense, intrigue et personnages pour quelque chose de plus simple tels que des carnets de voyage.

Cela restera forcément anecdotique par rapport à mes habitudes et à la production littéraire mais mine de rien... c'est sympa, ça change!
Titre: Re : écrire la joie
Posté par: Julien-Gracq le 04 Janvier 2020 à 10:04:31
Je ne sais si ça répond à la question, mais de base lire un livre bien écrit, peu importe le thème traité, me fait me sentir bien presque directement.

En vrac quelques auteurs qui me font un bien particulier :

 - Céline me fait crever de rire à chaque fois. Pour le caractère loufoque de ses scènes, l'oralité bien entendu, l'éloge de la lâcheté et de nombreuses valeurs généralement négatives, la provocation allant parfois jusqu'à l'indécence dans ses écrits après la 2nde guerre mondiale, où il affirme amplement être victime des gaullistes pleins de haine... Un pur régal.

 - Sinon, un autre maître de l'humour : Rabelais, pour qui aime les légendes à base d'intestins qui gargouillent, et de panse qui se vide sur les ennemis.

 - Pour qui aime le roman "classique", il y a Tolstoï qui met plutôt de bonne humeur avec son "Anna Karénine" d'où il ressort une tendresse assez phénoménal envers chacun des personnages.

 - Un policier de Conand Doyle ou d'Agatha Christie, le premier plus aventureux et rigolo, le second plus une énigme où il faut se creuser les méninges pour la résoudre. Une lecture rapide, sympathique, qui fait réfléchir et passionne, idéal pour se plonger ailleurs l'espace d'une soirée.

 - Puis sinon : Epictète, Sénèque, et même Pétrarque sur sa maladie de l'âme, sont de bon ton si vous êtes un peu déprimé.

Pour ma part j'avais entamé une nouvelle particulièrement loufoque et dégoulinante de guimauve, il y a quelques mois. Elle est très longue et je ne l'ai jamais terminé, mais j'y reviendrais un jour.
Titre: Re : Re : écrire la joie
Posté par: Meilhac le 04 Janvier 2020 à 11:07:03
Je ne sais si ça répond à la question, mais de base lire un livre bien écrit, peu importe le thème traité, me fait me sentir bien presque directement.

ouais moi pareil

un livre où tous les personnages sont très très très très malheureux, si c'est bien écrit, je me sens bien

un livre où tous les personnages sont très très très heureux, surmontent formidazblement de  formidables épreuves, en sortent grandis, si c'est mal écrit, ça me fout la gerbe :--)

donc bon  :D

quelqu'un a lu le livre de gefen sur les livres qui soignent (réparer le monde) ?
Titre: Re : Re : Re : écrire la joie
Posté par: Milora le 11 Janvier 2020 à 21:52:21

un livre où tous les personnages sont très très très très malheureux, si c'est bien écrit, je me sens bien

LOL.
Sadisme ou catharsis ?  :D


parce qu'on en a parlé y a quelques jours avec ben.g... : est-ce que vous lisez des livres qui font se sentir bien ? en cherchez-vous ?

C'est rigolo comme questions, je me les étais jamais posées ! C'est pas un critère que je recherche quand je choisis un livre à lire, je me pose pas la question de ce qu'il va me faire ressentir. J'ai tendance à éviter les histoires où quand on lit la 4e de couverture, on se dit "ouh la, quel drame", mais j'ai rien contre un livre grave, c'est juste qu'en général, quand c'est annoncé dans le 4e de couverture, c'est que ça tend vers le larmoyant plus que dans le profond...
J'ai lu beaucoup de livres qui m'ont mise de bonne humeur, qui m'ont fait rire, qui m'ont donné la pêche. Mais y en a un qui est un "livre doudou" depuis l'adolescence, et que j'ai beaucoup beaucoup relu pour son effet "il rend heureux". Pourtant c'est pas un grand livre, j'ai jamais compris pourquoi il avait cet effet, mais pour en avoir discuté abondamment il semble que ça soit loin d'être limité à mon cas. C'est le roman de fantasy jeunesse Le château de Hurle, de Diana Wynne Jones. Quelqu'un sur le forum - je sais plus qui, je crois que c'était Baptiste - avait dit que ce livre démontrait qu'il était faux de dire que les gens heureux n'ont pas d'histoire... C'est assez vrai. C'est pas niais et bisounours, mais les personnages affrontent les péripéties avec tranquillité, quotidiannité et désinvolture, du coup ça fait se sentir bien, je crois.
J'ai eu un petit peu cette sensation avec un roman de SF que j'ai lu cette année, L'espace d'un an (Becky Chambers), qui aborde pas mal de thématiques sociétales mais qui laisse avec cette impression de "cocon".

Finalement, à la réflexion, j'ai pas non plus lu tant que ça des livres qui font se sentir mal. Le premier exemple qui me vient à l'esprit c'est le tome 3 de Hunger Games, où vraiment j'étais mal en le fermant. Mais la plupart des livres me font vivre diverses émotions, sans laisser un sentiment univoque à la fin...

C'est drôle parce que les exemples que je viens de citer, ce sont finalement pas les livres les plus profonds que j'aie pu lire  :\?

Citer
est-ce que ça vous attire/parle d'écrire un texte non dramatique/grave ? si non, pourquoi pas ? est-ce que ça sonnerait faux ou pas forcément ?
Oui à la première question, je trouve pas que le non-dramatique sonne plus ou moins faux que le dramatique, ça dépend comment c'est écrit, non ?
Enfin, pour moi, non dramatique c'est pas la même chose qu'écrire la joie. Un texte peut-être par exemple léger ou humoristique, et donc pas dramatique, sans pour autant dépeindre la joie des personnages. Je sais pas dans lequel des deux sens tu poses la question, du coup, MIiro ^^
Titre: Re : écrire la joie
Posté par: Miromensil le 12 Janvier 2020 à 10:57:22
J'ai eu du mal à cerner ce dont je voulais parler, je pense ! Je crois que j'ai voulu définir la joie comme non-tristesse, par la négative, ce qui est au final très large - et recouvre le pas dramatique, le léger, le joyeux, l'humour, etc. Donc au sens très large, "qui fait se sentir bien" à la fin de la lecture.

J'avais déjà envie de lire le Chateau de Hurle depuis que tu en parles, mais j'en ai encore plus envie maintenant ^^ Par contre si je te suis bien tu le classes dans le "pas profond", ce qui m'interloque un peu. Alors l'allégresse, le sentiment de bien-être, ne pourrait pas être profond, ou je n'ai pas suivi ?

C'est assez rigolo parce que j'ai entendu parler à la radio d'un livre qui s'appelle La joie est plus profonde que la tristesse, faudrait que je le lise pour ce fil :mrgreen: (https://www.philomag.com/la-joie-est-plus-profonde-que-la-tristesse-40901)

Aha. Ce qu'ils en disent sur le site :

 
Citer
« Tout est foutu, soyons joyeux », « Rassurons-nous, tout va mal » : Voilà les maximes préférées de Clément Rosset, telles des remèdes à notre époque contemporaine angoissante. Il nous apprend à nous foutre de tout et à rester joyeux malgré notre condition de mortel, à être capable d’embrasser gaiement l’existence pour accéder à la sagesse et au bonheur, à écarter toute raison de désespérer.

Entre 2006 et 2017, Clément Rosset a accordé une quinzaine d’entretiens à Alexandre Lacroix pour Philosophie magazine. Ils ont fourni la matière de ce livre en huit chapitres, qui permettent de faire un premier pas dans la pensée de ce grand homme. Philosophe de la joie et du tragique, mais non pessimiste, Clément Rosset défendait une vision incarnée de la philosophie, loin de l’image du penseur dans sa tour d’ivoire. Il défendait surtout un réalisme absolu et radical. Pour lui, seul le réel existe.

(Je trouve ça intéressant perso)
Titre: Re : écrire la joie
Posté par: Dot Quote le 12 Janvier 2020 à 11:27:24
j'en invoquerais bien à des psychologues/psychiatres si y'en a qui trainent, parce que j'ai pas la rhétorique qui délie les dénis...
mais j'ai pensé à ta réaction Mir, que y'avait un truc intéressant à soulever, dans mon délire en tout cas, qui n'implique que moi mais que j'aime saigner ici...

- joie, peur, tristesse, (dégoût?), colère... je les classe en la première contre les trois ou quatre autres ; positif contre négatif
- dramatique (construction à caractère triste avec des tissages de nuances des autres émotions), léger (à interprétation, mais qui ne présente pas trop de poids anxiogène, ou énervant, ou attristant, ou dégueulasse... au contraire, comme un poids à l'inverse... d'où que... la suite d'après !), joyeux (qui relève de la joie), humour (heu...jesèche ^.^)

d'où que, je me dis que... le distinctif officiel des émotions en tant que modèle approximé serait peut-être à réaffirmer !

mais quelques recherches plus tard et je vois que je partais un peu hâtivement :
- mes expériences autour du monde psy et sciences humaines me faisaient croire que le modèle se limitait là...
- or là je tombe sur un truc qui dément pas mais ajoute des élément et complexifie la question
Robert Plutchik - méthode de classification des réactions émotives générales - wikipédia (https://fr.wikipedia.org/wiki/Robert_Plutchik)

Dans tous les cas je m'arrête à une ontologie epistémologique relative à la psychologie (la joie relève quand même un peu de la discipline, on est d'accord ?), mais je voulais surtout rebondir sur ton intervention @Miro, là où tu vas plus loin :

- une méthode appliquée à la recherche d'un mieux émotionnel, voilà ce que tu nous déniches probablement ici, et ça a l'air oui, très curieux et intéressant...

(sinon j'ai pas parlé des idées que je dis que je vais en parler, mais c'pas grave je repars en fermentation ^.^)
Titre: Re : écrire la joie
Posté par: Alan Tréard le 12 Janvier 2020 à 14:19:38
Bonjour tout le monde,


Clément Rosset, je ne connaissais pas, c'est une découverte très intéressante ; cela me fait penser aux épicuriens pour lesquels bonheur et amitié sont un objet qui mérite d'être recherché avec sagesse et curiosité à chaque instant de la vie. J'y découvre un regard différent sur le monde, c'est très contemplatif.


Plus généralement, sur le sujet des livres « qui font se sentir bien », j'y réfléchis et je ne sais pas exactement la position exacte à prendre ni celle que je ressens vraiment face à mes propres lectures ; peut-être qu'en ne m'étant jamais vraiment posé la question, je trouve aujourd'hui bien des difficultés à y répondre de façon sensée ou sincère. Ce sujet m'oblige à porter un réel regard sur moi-même et mes choix de lecture.


Un sujet fort passionnant, j'ai lu toutes les participations, et je lirai les prochaines !! :bouquine:
Titre: Re : écrire la joie
Posté par: Aléa le 13 Janvier 2020 à 00:42:37

un livre où tous les personnages sont très très très très malheureux, si c'est bien écrit, je me sens bien

LOL.
Sadisme ou catharsis ?  :D


Ahaha
Mais y'a une différence meilhac entre une bonne écriture sur des trucs tristes (la joie de découvrir une belle plume) et écrire la joie, c'est pas la même chose


Citer
C'est le roman de fantasy jeunesse Le château de Hurle, de Diana Wynne Jones. Quelqu'un sur le forum - je sais plus qui, je crois que c'était Baptiste - avait dit que ce livre démontrait qu'il était faux de dire que les gens heureux n'ont pas d'histoire...
ah tiens, je vais me le noter alors parce que ça a l'air d'aller complètement vers mes interrogations ^^




Citer
est-ce que ça vous attire/parle d'écrire un texte non dramatique/grave ? si non, pourquoi pas ? est-ce que ça sonnerait faux ou pas forcément ?
Oui à la première question, je trouve pas que le non-dramatique sonne plus ou moins faux que le dramatique, ça dépend comment c'est écrit, non ?
Enfin, pour moi, non dramatique c'est pas la même chose qu'écrire la joie. Un texte peut-être par exemple léger ou humoristique, et donc pas dramatique, sans pour autant dépeindre la joie des personnages. Je sais pas dans lequel des deux sens tu poses la question, du coup, MIiro ^^
[/quote]

En fait ma réflexion venait que, en librairie on a plusieurs fois des clients qui demandaient des livres "bien écrits mais qui ne soient pas tristes, qui ne plombent pas le moral", et on s'est retrouvés assez con en regardant l'étal des nouveautés, à fouiller dans nos rayons, parce que la grande majorité des livres traitant de choses graves qui arrivent dans la vie, de drames, de thématiques lourdes (et même si pour certains ça faisait quand même relever une part de bonheur ou d'espoir, ça se basait toujours pas mal là-dessus). Alors oui, ensuite y'a les livres feel good, mais ça n'intéressera pas forcément quelu'un qui recherche de la bonne qualité littéraire. Ensuite voilà, les livres humouristiques, enfin livres faits pour être décalés et bien écrits. Mais du coup je trouvais ça dommage de devoir se rabattre là-dessus.

Et du coup oui, j'ai l'impression (c'est vera qui disait ça dans son hiver je crois) qu'on a plus tendance à prendre la plume quand on va mal. Que c'est plus facile de ces moments là d'écrire et que du coup, dans les moments où on va bien, où des bonnes choses se passent pour nous, on n'aura moins le reflexe de se mettre sur le clavier pour écrire une histoire autour de ça. Et c'est bizarre, quand même, comme réflexe. Quelque part je me dis que c'est pas mal alimenté par le cliché de conscience collective de l'écrivain malheureux, du poète spleenesque, d'un certain romantisme à outrance du malheur (et pas que hein, souvent écrire des drames ou des choses comme ça, c'est utile, soit pour dénoncer des rouages de la vie qui se cassent la gueule, soit par besoin naturel de se rapprocher des autres pour savoir/et lire qu'on n'est pas tout seul à vivre ce genre d'épreuves.)
Mais re-du coup, j'en sais rien, est-ce que comme la tristesse ça déborde et c'est solitaire on a besoin de se rassembler ? Et ça veut dire quoi, que la joie on a moins besoin de la partager ?

Y'a peut-être une espèce de pensée jalouse aussi, qui ferait qu'on n'a pas envie de lire des gens heureux ? Ou, et tu le dis mil, que la joie ça parait plat à écrire et à lire (ce qui est à mon avis extrêmement cliché) ? Bref, quand tu regardes les étals des nouveautés en librairie, c'est assez révélateur la place que prend le drame ou le malheur. Dans une société où tout le monde a l'air d'être à la recherche du bonheur illusoire, c'est révélateur aussi  :mrgreen:  Tiens c'est marrant aussi, je me souviens là en écrivant du livre Le zèbre d'alexandre Jardin, bah c'est un livre qui essaye de surtout se baser sur des moments de joie, qui en ressort beaucoup de joie, alors que le sujet c'est le cancer... Encore une fois, aller chercher ce qu'il y a de plus joyeux en contraste avec des évènements difficiles.

(Mais sinon, oui, personnellement je pense qu'un bon livre c'est quelque chose qui en ressort une impression de "c'est la vie", pas manichéen, avec une représentation un peu de tout ce qui est triste et joyeux, de trop vaste à aborder et à la fois très concret, et des actes qu'on aurait du mal à qualifier de bien ou de mal, c'est un peu ce que je pense, n'empêche que je peux pas m'empêcher de m'étonner qu'il y ait beaucoup plus de livres qui écrivent la tristesse que de livres qui écrivent la joie, et je sais pas si c'est une question de l'oeuf ou la poule entre les lecteurs et les écrivains )

En tout cas quand tu vis une série d'événements qui te produisent de la joie, je doute que ce soit très plat et c'est plein de rebondissements, mais je sais pas dire pourquoi si tu me parle d'un livre avec un tel pitch, je serai pas emballé (hors critères de bonne écriture) alors que si tu me parles d'une descente aux enfers, je vais m'y intéresser un peu plus (enfin je sais pourquoi, c'est un peu ce que je dis sur le mythe de l'écrivain maudit, on allègue sans doute plus de qualité littéraire, inconsciemment, à ce genre de texte à cause de ça)
Titre: Re : Re : écrire la joie
Posté par: Meilhac le 13 Janvier 2020 à 05:27:41


En tout cas quand tu vis une série d'événements qui te produisent de la joie, je doute que ce soit très plat et c'est plein de rebondissements

mmmh ça dépend ce qu'on appelle joie

la joie, pour la plupart des grands courants philosophiques qui en parlent, c'est largement indépendant des événements

(et c'est en ce sens que je maintiens - tant que le titre du fil n'aura pas été changé  :mrgreen:- que me rendent joyeux les livres bien écrits, quels que soient les sujets dont ils traitent)
Titre: Re : écrire la joie
Posté par: Aléa le 13 Janvier 2020 à 07:26:33
Et je maintiens que tu te trompes. Le sujet c'est écrire la joie, pas est que les livres te rendent joyeux
Titre: Re : écrire la joie
Posté par: Marcel Dorcel le 13 Janvier 2020 à 08:23:36
Ecrire la joie, je crois bien que ça, je ne sais pas faire.
En revanche, j'ai lu des livres qui me mettaient en joie, un bouquin sur le boudha, Bergson, Henry Miller me procure de la joie, une joie énorme, indescriptible.
Et puis c'est pas facile d'écrire la joie:  :mrgreen:
Titre: Re : Lire et écrire la joie
Posté par: Miromensil le 13 Janvier 2020 à 10:03:18
(J'ai modifié le titre du fil pour qu'il soit raccord avec le contenu :noange:)
Titre: Re : Lire et écrire la joie
Posté par: Alan Tréard le 13 Janvier 2020 à 14:55:19
Pardonne-moi, Meilhac,


Mais je suis sceptique sur cette affirmation :

la joie, pour la plupart des grands courants philosophiques qui en parlent, c'est largement indépendant des événements


Ce que tu dis-là me semble éventuellement être vrai pour une certaine forme de nihilisme ou de stoïcisme, c'est un point sur lequel pourraient se rejoindre ces deux grands courants de la philosophie ; et encore, je ne suis pas sûr de ce qu'il en est réellement (j'ai plutôt le sentiment qu'il y a une imprécision sur ce que tu affirmes).

Ainsi, je connais d'autres courants philosophiques (tout aussi grands) qui ont un regard sur la vie tout à fait différent et pas du tout inintéressant.


Un exemple absolument explicite à mes yeux, celui de Montaigne (que tu évoques avoir lu par ailleurs...) :

Citer
Chapitre 18 Il ne faut juger de notre bonheur qu’après la mort.

« Il faut toujours attendre la dernière heure d’un homme et de personne on ne peut dire qu’il a été heureux avant sa mort et ses funérailles » [Ovide, Métamorphoses, III, 135]

1.Les  enfants  connaissent,  à  ce  propos,  l’histoire  du  roi Crésus ; capturé par Cyrus et condamné à mort, sur le point d’être exécuté, il s’écria : « Ô Solon, Solon ! ». Cela fut rapporté à  Cyrus,  lequel  s’enquit  de  ce  que  cela  signifiait.  Crésus  lui  expliqua  qu’il  vérifiait  maintenant  à  ses  dépens  l’avertissement  que  lui  avait  donné  autrefois  Solon,  selon  lequel  les  hommes,  quelle que bonne figure que leur fasse le destin, ne peuvent se dire heureux  avant  d’avoir  vu  s’écouler  le  dernier  jour  de  leur  vie,  tellement  les  choses  humaines  sont  incertaines  et  diverses,  au  point  qu’une  variation  minime  peut  les  amener  à  passer  d’un  état à un autre complètement opposé.

2.Et  pourtant  voici  ce  que  répondait  Agésilas,  à  quelqu’un  qui  disait  le  roi  de  Perse  heureux  d’être  parvenu  fort  jeune  à  une  situation  si  importante  : «  Oui,  mais  Priam,  à  cet  âge, n’était pas malheureux non plus. » Parmi les rois de Macédoine  successeurs  du  grand  Alexandre,  on  trouve  tantôt  des  menuisiers  et  des  greffiers  à  Rome,  des  tyrans  de  Sicile,  des  maîtres  d’école  à  Corinthe.  Un  conquérant  de  la  moitié  du  monde,  général  de  tant  d’armées,  devient  un  misérable  suppliant  aux  pieds  des  médiocres  fonctionnaires  du  roi  d’Égypte  :  voilà  ce  qu’a  coûté  au  grand  Pompée  la  prolongation  de  sa  vie  pour cinq ou six mois...

3.Et  du  temps  de  nos  pères,  Ludovic  Sforza,  dixième  duc  de  Milan,  qui  avait  si  longtemps  agité  l’Italie  contre  nous,  finit ses jours prisonnier à Loches, mais après y avoir passé dix ans,  ce  qui  est  bien  le  pire.  La  plus  belle  reine, veuve  du  plus grand roi de la chrétienté, ne vient-elle pas de mourir par la main  du  bourreau  ?  Indigne  et  barbare  cruauté  !  On  pourrait  citer  mille  exemples  de  la  sorte.  Car  il  semble  que,  comme  les  orages et les tempêtes sont piqués au vif par l’orgueilleuse allure de  nos  bâtiments,  il  y  ait  aussi  là-haut  des  esprits  jaloux  des  grandeurs  d’ici-bas  :  «  Tant  il  est  vrai  qu’une  force  cachée  renverse  les  puissances  humaines,  foule  aux  pieds  l’orgueil  des  faisceaux  et  des  haches  impitoyables,  et  s’en  fait  un  objet  de  dérision. »

4.Il  semble  que  le  destin  guette  précisément  le  dernier  jour de notre vie, pour montrer qu’il est capable de renverser en un  instant  ce  qu’il  avait  bâti  de  longues  années  durant,  et  nous  fasse crier après Laberius :
« Certes, ce jour est de trop dans ma vie. » – [Macrobe, Saturnales, II, vii]

5.Ainsi  peut-on  prendre  l’avertissement  donné  par  Solon.  Mais  comme  c’est  un  philosophe,  et  que  pour  les  philosophes les faveurs ou les disgrâces du sort ne sont ni des bonheurs ni  des  malheurs,  que  la  grandeur  et  la  puissance  sont  des  accidents dont la valeur est pour ainsi dire négligeable, je considère comme  vraisemblable  qu’il  ait  pu  voir  un  peu  plus  loin,  et  qu’il  ait voulu dire ceci : le bonheur d’une vie, qui dépend de la tranquillité et de la satisfaction d’un esprit bien né, de la résolution et  de  l’assurance  d’une  âme  bien  trempée,  ne  doit  jamais  être  attribué à un homme avant qu’on ne l’ait vu jouer le dernier acte de sa comédie, qui est sans doute le plus difficile.

6.Car   dans   tout   le   reste,   il   peut   y   avoir   du   faux-semblant  :  ou  ces  beaux  discours  de  la  philosophie  ne  sont  en  nous   qu’une   attitude,   ou   bien   au   contraire,   les   avatars   de   l’existence  ne  nous  atteignant  pas,  nous  pouvons  conserver  un  visage  serein.  Mais  quand  vient  la  dernière  scène  entre  la  mort  et  nous,  il  n’est  plus  question  de  feindre,  il  faut  parler  français ; il faut montrer ce qu’il y a de bon et de net dans le fond du pot.
« Car alors seulement, des paroles sincères nous sortent du fond du cœur, et le masque enlevé, la réalité demeure. » [Lucrèce, III, v. 57]

Montaigne, Les Essais traduction en français moderne par Guy de Pernon (https://www.argotheme.com/montaigne_essais_traduction_1.pdf)


De cette façon, je ne crois pas que l'auteur qui écrit la joie serait « hors des événements » et celui qui écrit la tristesse serait « conscient des événements ».


Pour moi, la distinction, elle se joue sur le fait que l'on puisse faire un choix philosophique qui serait d'aspirer au bonheur, ou un choix d'écriture qui soit de parler de la joie, mais que ceci ne serait pas un choix « hors du temps », ni « détaché de la réalité » et qu'il pourrait être aussi un levier pour faire bouger les lignes, redonner de l'espoir, avoir une action optimiste ou volontariste, changer le monde, donner de nouvelles perspectives, etc.


Donc :

Et je défends une pensée qui n'est pas tellement la mienne : c'est parce que j'estime qu'il n'y a pas de raison de confisquer la thématique de la joie en prétendant que toutes les écoles philosophiques s'entendraient sur la question ; et puis c'est aussi parce que je suis curieux de lire des gens qui pensent différemment de moi, c'est une source d'interrogations qui me semble essentielle. Je vois donc que la joie peut être liée aux événements, et même avoir une action tout à fait remarquable sur leur actualité. La joie est, à mes yeux, aussi une source de doutes sur l'apparente fatalité de la mélancolie...


Voici pour une réponse on ne peut plus construite. ^^
Titre: Re : Re : écrire la joie
Posté par: Milora le 16 Janvier 2020 à 20:55:29
Et du coup oui, j'ai l'impression (c'est vera qui disait ça dans son hiver je crois) qu'on a plus tendance à prendre la plume quand on va mal. Que c'est plus facile de ces moments là d'écrire et que du coup, dans les moments où on va bien, où des bonnes choses se passent pour nous, on n'aura moins le reflexe de se mettre sur le clavier pour écrire une histoire autour de ça. Et c'est bizarre, quand même, comme réflexe. Quelque part je me dis que c'est pas mal alimenté par le cliché de conscience collective de l'écrivain malheureux, du poète spleenesque, d'un certain romantisme à outrance du malheur (et pas que hein, souvent écrire des drames ou des choses comme ça, c'est utile, soit pour dénoncer des rouages de la vie qui se cassent la gueule, soit par besoin naturel de se rapprocher des autres pour savoir/et lire qu'on n'est pas tout seul à vivre ce genre d'épreuves.)
Mais re-du coup, j'en sais rien, est-ce que comme la tristesse ça déborde et c'est solitaire on a besoin de se rassembler ? Et ça veut dire quoi, que la joie on a moins besoin de la partager ?
Sur ce point, je pense que t'auras autant d'avis que de gens qui écrivent !
Je sais que, perso, c'est le contraire : si ça va pas, j'arrive pas à écrire. Et même, j'arrive plus à inventer des textes (c'est même pas le fait de pas avoir la motivation de les écrire). Par contre quand ça va bien, j'écris, et du coup ça va encore mieux ^^
Du coup ouais, je pense que le paradigme de l'écrivain malheureux, c'est beaucoup une imagerie romantique qu'on en a, et qui en fait est pas du tout une règle générale...


Citation de: Ben
Bref, quand tu regardes les étals des nouveautés en librairie, c'est assez révélateur la place que prend le drame ou le malheur. Dans une société où tout le monde a l'air d'être à la recherche du bonheur illusoire, c'est révélateur aussi  :mrgreen:  Tiens c'est marrant aussi, je me souviens là en écrivant du livre Le zèbre d'alexandre Jardin, bah c'est un livre qui essaye de surtout se baser sur des moments de joie, qui en ressort beaucoup de joie, alors que le sujet c'est le cancer... Encore une fois, aller chercher ce qu'il y a de plus joyeux en contraste avec des évènements difficiles.
Ouais mais (*mode historienne on*) est-ce que c'est pas un fait social, ça, plutôt qu'une vérité universelle ? Notre époque actuelle est vachement sujette au désenchantement. C'est une sorte de "mode" (enfin, plutôt qu'une mode, c'est une "mentalité" sous-jacente qui ressort dans les oeuvres d'art). Je sais pas, faudrait regarder à d'autres époques pour comparer.
Pour ce qui est des séries télé et des films ça se voit pas mal (ça montre ce qui marche en touchant un très grand public). Si tu regardes dans les années 1990, ce qui marchait c'était des choses légères, du divertissement ; maintenant, on est beaucoup plus dans le sombre, dans le profond, le sociétal... Est-ce que ce serait pas pareil en littérature ? (j'aime bien, sur ce genre de questions, regarder ce qu'il en est du côté de la SF parce que, paradoxalement, c'est peut-être le genre littéraire qui reflète le plus les évolutions des grandes thématiques qui préoccupent une société, bizarrement).


Sur le rapport du : écrire la joie/être profond -->

Citation de: Miro
J'avais déjà envie de lire le Chateau de Hurle depuis que tu en parles, mais j'en ai encore plus envie maintenant ^^ Par contre si je te suis bien tu le classes dans le "pas profond", ce qui m'interloque un peu. Alors l'allégresse, le sentiment de bien-être, ne pourrait pas être profond, ou je n'ai pas suivi ?
Alors pour le coup, Le Château de Hurle c'est pas profond, non ^^ Mais je pense pas que ce soit intrinsèque au fait d'écrire la joie. (Je voulais juste dire que dans les trois bouquins que je citais, je m'étonnais de constater que c'était pas mes lectures les plus profondes qui m'avaient le plus profondément marquée).

Du coup :
Citation de: Miro
J'ai eu du mal à cerner ce dont je voulais parler, je pense ! Je crois que j'ai voulu définir la joie comme non-tristesse, par la négative, ce qui est au final très large - et recouvre le pas dramatique, le léger, le joyeux, l'humour, etc. Donc au sens très large, "qui fait se sentir bien" à la fin de la lecture.
Pour moi c'est vachement différent !
Tu peux avoir de l'humour qui porte sur des trucs graves (je me rappelle même d'un bouquin avec une scène finale qui m'a fait simultanément rire et pleurer (à la fois grosse joie et grosse tristesse), j'avais trouvé ça trop fort :D), tu peux faire du divertissement/aventure qui a des réflexions profondes, tu peux faire une histoire sur un truc aussi dramatique que tu veux mais qui, à la fin, arrive à apporter une sensation de paix et de bien-être parce qu'elle apporte une résolution aux états dramatiques qui ont été traversés...

En fait, je trouve que ta question, elle ne s'applique vraiment que si on parle de l'écriture de la joie en elle-même, et pas juste d'un texte "léger".
Parce qu'en fait, dans les histoires (autant les textes que les films, contes, etc.), en fait la joie, le bonheur, c'est souvent l'état vers lequel tend la résolution de l'intrigue. En gros, la très grande majorité des histoires, ça part du schéma "une série de péripéties viennent troubler l'état initial du personnage, et à la fin la résolution de l'histoire amène le personnage à un état final. Si c'est une happy end, l'état final est le bonheur, la joie ; si c'est pas une happy end, la fin est douloureuse justement parce qu'elle ne conduit pas à un état de bonheur/joie du personnage".

En somme, le "retour à la joie" c'est l'enjeu de l'histoire. Donc on a du mal à penser une histoire qui s'affranchirait de ça pour faire que la joie soit le coeur du récit et non plus son enjeu.
Même les téléfilms de Noël à l'eau de rose, il faut qu'il collent des péripéties tragiques (oh mon dieu, le petit chat de l'héroïne s'est coincé dans un arbre ! *musique dramatique*) pour créer de l'enjeu.

Après, ça veut pas dire qu'y a pas des livres où les personnages sont heureux à certains moments. Et justement, je trouve que c'est là que ça devient intéressant à observer. Parce qu'écrire la joie, c'est pas facile-facile sans tomber dans le ridicule. Ça demande une sorte de justesse, de sincérité, qui est pas évidente à écrire, je trouve.
Et, à lire, ça peut être profond, aussi...

(mais après, c'est un peu comme dans la vraie vie, je pense pas qu'on puisse dire que la joie soit un état constant, c'est par définition passager).

(et comme la joie, ça fait partie de la vie, je trouve pas qu'on puisse l'éliminer de la littérature sérieuse qui dit des choses sur la vie ! Le malheur, c'est surfait :huhu: )
Titre: Re : Lire et écrire la joie
Posté par: Aléa le 16 Janvier 2020 à 22:44:15
Citer
Je sais que, perso, c'est le contraire : si ça va pas, j'arrive pas à écrire. Et même, j'arrive plus à inventer des textes (c'est même pas le fait de pas avoir la motivation de les écrire). Par contre quand ça va bien, j'écris, et du coup ça va encore mieux
Oui c'est vrai ^^ Et c'est cool, après ça dépend aussi ce que t'écris et dans quels projets tu te lances, donc oui il peut y avoir tout types de réponses.. Mais j'ose quand même celle-là haha, est-ce que quand tu vas bien tu écris pour autant des histoires "joyeuses" (bon, ça peut être neutre en fait), mais je sais que même quand ça va bien, j'ai tendance à écrire des trucs tristes pour vider ce qu'il y avait avant, en gros..

Citer
Je sais pas, faudrait regarder à d'autres époques pour comparer.
c'est marrant mais (biais), la première à laquelle je pense c'est confessions d'un enfant du siècle, les rimbaud les baudelaire et toute la sensation d'industrialisation qui était pas joyeuse joyeuse sur bien des aspects
Et je sais pas, si on prend la période nouveau roman, ou les surréalistes, dans des périodes post guerres où y'avait des choses à reconstruire et commençait à aller mieux, y'a beaucoup d'expérimentation, de nouveauté apportées. Du coup oui, t'as raison là-dessus, c'est pas mal témoin de notre époque actuelle... (et pour la littérature contempaine des années 80 à maintenant, je ne sais pas trop quoi en retenir, l'avènement du je, de l'exploration interne presque psychanalythique ? Tiens, Coehlo, ça c'est "lumineux", qu'on aime ou pas, Jacottet en poésie aussi, pas mal de littérature légère aussi mais ça je pense que c'est pas forcément témoin d'un époque légère, que y'a un peu toujours eu des romans "faciles", romance ou de gare (enfin sur les deux derniers siècles)
(et en SF la grosse mode actuelle de l'effondrement, ouaip c'est clair que ça marque quelque chose ^^ )




Citer
En somme, le "retour à la joie" c'est l'enjeu de l'histoire. Donc on a du mal à penser une histoire qui s'affranchirait de ça pour faire que la joie soit le coeur du récit et non plus son enjeu.
Exactement ! Et c'est marrant du coup comme beaucoup de bouquins se basent sur ce retour à la joie (j'adore l'expression gosh, j'adopte) sans pour autant au final la faire vivre vraiment au lecteur, sous pretexte souvent de montrer que la joie c'est un peu une illusion (hm, devrait dire "le bonheur" sur cette phrase plutôt en vrai) souvent fantasmée
Parce que oui comme tu dis, la joie comme le bonheur de toute façon c'est passager, mais c'est souvent traité sous forme de quête et assez peu vécu en tant que tel.
Mais ouaip, du coup cette question de donner de l'enjeu à la joie, à un récit qui serait majoritairement empreint de joie (sans créer des péripéties forcément pour créer cette tension, mais en en présentant quand même parce que bah, a fait partie de la vie. Mais genre, un perso qui en fait ne se fait pas détruire par les soucis, je me demande comment on donne de l'enjeu à ça, un personnage qui a un bon moral quoi et pas chiant ni lassant pour autant hm. Je veux dire, le récite baigne de toute façon dans un état d'esprit, il peut être sombre, il peut être neutre, mais un truc qui, indépendament de ce qui se passe, baigne dans un état lumineux -j'arrive pas à trouver d'autre terme qu'un exemple synésthésique un peu manichéen, déso ^^ )


Titre: Re : Re : Lire et écrire la joie
Posté par: Milora le 16 Janvier 2020 à 23:36:03
Citer
Je sais que, perso, c'est le contraire : si ça va pas, j'arrive pas à écrire. Et même, j'arrive plus à inventer des textes (c'est même pas le fait de pas avoir la motivation de les écrire). Par contre quand ça va bien, j'écris, et du coup ça va encore mieux
Oui c'est vrai ^^ Et c'est cool, après ça dépend aussi ce que t'écris et dans quels projets tu te lances, donc oui il peut y avoir tout types de réponses.. Mais j'ose quand même celle-là haha, est-ce que quand tu vas bien tu écris pour autant des histoires "joyeuses" (bon, ça peut être neutre en fait), mais je sais que même quand ça va bien, j'ai tendance à écrire des trucs tristes pour vider ce qu'il y avait avant, en gros..
Non, c'est indépendant, des fois j'écris des trucs joyeux, des fois des trucs qui se veulent moins joyeux, ça vient pas de mon état d'esprit au moment où j'écris. Par contre, ouais, quand ça va pas, j'emmagasine sans m'en rendre compte le malaise qui peut ressortir comme "matériau" dans un autre texte. Mais je crois que ça fait pareil avec la joie.
Enfin bon, j'écris tellement pas beaucoup ces derniers temps que je ne me sens plus de légitimité à dire ce genre de trucs. Faut que je m'y remette ><


Citation de: Ben
Citer
Je sais pas, faudrait regarder à d'autres époques pour comparer.
c'est marrant mais (biais), la première à laquelle je pense c'est confessions d'un enfant du siècle, les rimbaud les baudelaire et toute la sensation d'industrialisation qui était pas joyeuse joyeuse sur bien des aspects
Et je sais pas, si on prend la période nouveau roman, ou les surréalistes, dans des périodes post guerres où y'avait des choses à reconstruire et commençait à aller mieux, y'a beaucoup d'expérimentation, de nouveauté apportées. Du coup oui, t'as raison là-dessus, c'est pas mal témoin de notre époque actuelle... (et pour la littérature contempaine des années 80 à maintenant, je ne sais pas trop quoi en retenir, l'avènement du je, de l'exploration interne presque psychanalythique ? Tiens, Coehlo, ça c'est "lumineux", qu'on aime ou pas, Jacottet en poésie aussi, pas mal de littérature légère aussi mais ça je pense que c'est pas forcément témoin d'un époque légère, que y'a un peu toujours eu des romans "faciles", romance ou de gare (enfin sur les deux derniers siècles)
(et en SF la grosse mode actuelle de l'effondrement, ouaip c'est clair que ça marque quelque chose ^^ )
Ouais mais, justement, tu cites pile la période désenchantée de la littérature mi-XXe siècle post 2e guerre mondiale ! Littérature que j'aime pas du tout d'ailleurs, haha. J'ai pas assez de recul pour apporter une analyse précise sur le détail décennie par décennie (je trouve ça plus facile à faire pour les films ou les séries, parce qu'y en a moins et que c'est plus directement mainstream, plus facile à isoler comme objet d'analyse que la littérature où y a pleiiiiin de publications chaque année). Par contre, c'est clair que la littérature reflète (et paradoxalement, formate aussi) les esprits du temps.
Après, c'est indéniable que la souffrance a alimenté beaucoup de ressorts littéraires (la grande époque des tragédies, les poètes maudits de Baudelaire, les élégies, etc.). Mais y a aussi toujours eu des comédies, des satires, des réflexions... (faudrait une analyse plus précise pour répondre, en fait...)



Citation de: Ben
Citer
En somme, le "retour à la joie" c'est l'enjeu de l'histoire. Donc on a du mal à penser une histoire qui s'affranchirait de ça pour faire que la joie soit le coeur du récit et non plus son enjeu.
Exactement ! Et c'est marrant du coup comme beaucoup de bouquins se basent sur ce retour à la joie (j'adore l'expression gosh, j'adopte) sans pour autant au final la faire vivre vraiment au lecteur, sous pretexte souvent de montrer que la joie c'est un peu une illusion (hm, devrait dire "le bonheur" sur cette phrase plutôt en vrai) souvent fantasmée
Parce que oui comme tu dis, la joie comme le bonheur de toute façon c'est passager, mais c'est souvent traité sous forme de quête et assez peu vécu en tant que tel.
Mais ouaip, du coup cette question de donner de l'enjeu à la joie, à un récit qui serait majoritairement empreint de joie (sans créer des péripéties forcément pour créer cette tension, mais en en présentant quand même parce que bah, a fait partie de la vie. Mais genre, un perso qui en fait ne se fait pas détruire par les soucis, je me demande comment on donne de l'enjeu à ça, un personnage qui a un bon moral quoi et pas chiant ni lassant pour autant hm. Je veux dire, le récite baigne de toute façon dans un état d'esprit, il peut être sombre, il peut être neutre, mais un truc qui, indépendament de ce qui se passe, baigne dans un état lumineux -j'arrive pas à trouver d'autre terme qu'un exemple synésthésique un peu manichéen, déso ^^ )
Dans les exemples que je citais dans mon autre post, là, ceux qui m'étaient venus directement en tête, c'était un peu ça ! Dans L'espace d'un an (space opera de Becky Chambers) on suit un équipage multi-espèce à bord d'un vaisseau qui part pour une mission d'un an à l'autre bout de leur galaxie, et les personnages traversent des péripéties (attaque de pirates, passé douloureux, maladie, choc de cultures) mais l'ensemble du livre c'est surtout sur comment ils s'accommodent de tout ça pour vivre leur vie. C'est du space opera sans aventures en fait - enfin, il y a ce qu'on appellerait des aventures, mais les personnages les vivent comme des moments de leur vie, au même titre que les moments où ils nouent des amitiés, où ils se comprennent alors qu'ils viennent de cultures super différentes, où ils échangent des moments de vie quotidienne. C'est un livre vachement tendre, sans pour autant être niais. Je trouve qu'il réussit bien cet équilibre de montrer la vie de personnages heureux, ce qui veut pas dire qu'ils ont pas de problèmes, mais l'enjeu de l'histoire est finalement le plein développement de l'harmonie entre eux. ...ok ça fait ultra hippie new age quand je dis ça :D Mais le livre est pas niais, et il pose de vraies questions (comme : comment vivre avec la peur après avoir vécu une agression, par exemple). C'est pas un graaand livre, mais il est pas non plus superficiel...


Par contre, je constate qu'à plusieurs reprise dans ce fil il est question de "feel good litterature" et je crois que j'en ai jamais lu. Et que j'ai pas envie d'en lire. J'associe ça à du blabla gnangnan, peut-être à tort. Comme les tvfilms de Noël à la télé. En tout cas, je crois qu'il ne me viendrait pas en tête de choisir un livre en fonction de ce qu'il est censé me faire ressentir, surtout ; du coup je suis méfiante sur les romans qui s'affichent d'emblée comme tels :\?
Titre: Re : Lire et écrire la joie
Posté par: Dot Quote le 17 Janvier 2020 à 07:17:22
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


Hmmm j'avais réagi un peu enthousiaste de l'aspect indéniablement psycho du sujet...
Je vois que vous partez plus sur des ressentis personnels appuyés d'un peu de philosophie...

Personnellement je vois pas comment essayer d'avoir un discours qui se tient sur les émotions sans parler de leur science, mais soit, je veux bien essayer quand même, par contre sur ce sujet j'ai l'impression que la philo est encore plus floue que ce que peut fournir notre Moyen-Âge psychologique, parce qu'on se construit nos valeurs psychiques dans les déterminismes de la liberté de pensée, du coup chacun définit, cherche et trouve la joie un peu où il peut quoi...
Après, comme tout terme philosophique à pondération métaphysique, le mot "joie" se travestit de plusieurs sens au cour de l'histoire, chose qu'on reprocherait surement à la science de vouloir fixer. Mais vous-même ne cherchez-vous pas à fixer des repères, aussi flexibles soient-ils, par le biais de ce fil ? Autant qu'à l'inverse, ne préférez-vous pas votre propre définition à la divergence de celles des autres, et ce quoi que celle-ci vous apporte ? Durdur, en somme, d'en parler ensemble, je trouve.
Etant personnellement contre le fait de s'aliéner à un auteur en particulier, je suis allé voir wikipédia, et comme ça je peux me faire ma vision à partir du recul que je peux avoir du panel le plus large, qui se rapproche parfois du sentiment commun partagé, même si ce dernier peut se justifier de manière non-confiante auprès de sources comme wikipédia... Quoique !

Ce que dit la philosophie académique à propos de la joie, en grandes lignes wikipédiesques :
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


Après, je n'ai pas abordé le lien qui semble t'intéresser Miro, celui avec la littérature bien sûr !
Eh bien pour synthétiser ce que je pense, j'imagine que en tant qu'émotion complexe et personnelle, chacun pourra lire et écrire de la joie sur tous les sujets possibles, avec toutes les formes possibles, tant que ça parle à ses émotions personnelles... Mais du coup j'en reviendrais à un discours psychologique tout-du-moins, psychanalytique pour ceux qui s'y sentiraient plus au courant que moi, et ce afin de démêler ce qui n'est pas certain ni unanime, je veux parler de la théorie des émotions, que j'ai un peu présomptueusement affirmé sans trop d'appui, lors de mon premier post...

Personnellement, pour l'écriture (puisque je n'éprouve plus de joie à lire) la joie c'est quand j'ai fini un texte et que j'en suis content... le bonheur c'est d'être écrivain... le plaisir c'est d'écrire...

Un peu comme si je considérais :
- la joie en tant qu'émotion, c'est-à-dire un ressenti psychique sur les effets de la réalités en fonction d'actes : ma satisfaction d'écrire...
- le bonheur en tant qu'état global de poursuite de mes satisfactions et mes joies... Genre mon bonheur serait un peu ce qu'ajoute la joie à mon capital de valeurs sur moi-même...
- le plaisir en tant que produit personnel et moteur de mon écriture...

Mais alors du coup pour moi rien de tout ceci n'est à lier directement avec un sujet, une thématique, un intérêt particulier, et on se rejoint peut-être sur ce genre d'indicision/ouverture de l'esprit sur son propre jugement.
Titre: Re : Re : Lire et écrire la joie
Posté par: Milora le 17 Janvier 2020 à 10:04:13
En fait j'suis total HS... j'ai répondu à 'lire et écrire avec joie'... rien à voir Oo tant pis, je laisse

Tu veux que je sépare ton post pour créer un nouveau fil sur cette question-là ? Comme ça ça fait plus propre dans cette conversation et ça peut lancer la discussion sur ta question à toi, en parallèle ?
Titre: Re : Lire et écrire la joie
Posté par: Dot Quote le 17 Janvier 2020 à 12:20:21
as you want Mil
mais je suis pas sûr d'avoir l'énergie à suivre un tel fil, donc s'il ne fait pas trop déborder la discussion il peut rester là je pense, n'étant pas totalement sans liens non plus... ou alors tu le supprimes :)
as you want

j'ai éprouvé de la joie à écrire cette réponse à ta cordialité... c'est dans le sujet ? x')
Titre: Re : Lire et écrire la joie
Posté par: Selkie le 31 Janvier 2020 à 16:29:55
Sujet très intéressant, merci de l'avoir ouvert ! Lire vos échanges donne du grain à moudre.

Citation de: Miromensil
est-ce que vous lisez des livres qui font se sentir bien ? en cherchez-vous ?

Des livres qui font se sentir bien, oui, mais ça n'implique pas nécessairement que ces livres soient joyeux. Se sentir bien, ressentir le plaisir du lecteur, ça peut venir de tout autre chose : une prose à la beauté juste, un récit qui transporte dans l'ailleurs, l'expérience de l'altérité.
Je ne pense pas chercher des livres qui font se sentir bien, au sens "feel-good" du terme ; pas que je considère ça comme inférieur, simplement je ne m'étais jamais posé la question de cette manière.

En fait, presque à l'inverse, je me demande si lire l'histoire de personnages heureux n'est pas une source de tristesse à un certain niveau : une fois le temps de la lecture et de l'identification passé, le retour à la réalité de soi et de sa vie peut être douloureux. Et vice-versa.

Citation de: Miromensil
est-ce que ça vous attire/parle d'écrire un texte non dramatique/grave ? si non, pourquoi pas ? est-ce que ça sonnerait faux ou pas forcément ?

Je pense qu'un moment de pure joie a tout à fait sa place dans un récit dramatique/grave. Que la joie, d'ailleurs, est bien plus complexe qu'elle n'y paraît et peut être terrible et dévastatrice aussi bien qu'elle peut être légère et apaisante. Et je pense que la joie n'est jamais aussi poignante qu'associée à une forme de cruauté plus ou moins lointaine. Quelque chose pour contrebalancer, donner à la joie toute sa mesure.

Pour développer un peu cette idée d'équilibre entre joie et non-joie (disons, peine), je pense même qu'il peut s'agir de deux facettes d'une même réalité ; que la joie relève plutôt du passé là où la peine relève du présent, et c'est quelque chose que certaines études tendent à montrer. On est immédiatement intéressés par les mauvaises nouvelles car ça relève quelque part de notre instinct de survie ; on a en revanche tendance à oublier les douleurs pour garder les bons souvenirs, et là c'est plutôt la résilience.
Je me suis peut-être un peu éloignée du sujet d'origine.

Pour en revenir au fait de "sonner faux," j'ai eu l'impression qu'on était tous plus ou moins d'accord pour dire que c'était effectivement un risque plus grand qu'avec une scène dramatique. Sans doute parce que la joie relève d'une forme d'intériorité, de l'ineffable, et que la retranscrire demande donc une réelle retenue, une forme de pudeur. Ca vaut aussi pour le drama, je pense, mais avec une plus grande latitude.
Il y a également le fait qu'on a généralement besoin de parler des sujets qui font mal, de ne pas les garder pour soi — qu'ils soient vécus ou redoutés. La dimension cathartique et exutoire du récit n'est pas négligeable. Les émotions positives, en revanche, ont moins tendance à générer ce besoin d'extériorisation. Il y a peut-être donc une question d'habitude : on serait moins 'entraînés,' dans un sens, à générer et recevoir ce type d'informations positives.

Je trouve le terme de @Milora, "retour à la joie", très pertinent ; et pour autant je pense que dans certains récits, l'enjeu inverse serait peut-être de ne pas perdre cette joie. Je ne suis pas certaine que ça puisse fonctionner à l'échelle d'un roman (quoique !), en revanche à celle d'un personnage, oui. Ça me donne l'occasion de prendre un peu de recul sur un de mes personnages, d'ailleurs, qui a objectivement tout pour être malheureux (orphelin, mutilé, ostracisé), et qui pourtant ne l'est pas, sans ce que soit un choix revendiqué.
Et quelque part au milieu du spectre, il y a aussi la résignation ; non pas accepter le malheur mais accepter, peut-être l'absence de joie. Ça pourrait donner des personnages et des récits très intéressants, subtils.

Après avoir écrit tout ça, j'arrive au post de @Dot Quote, qui nous propose une définition de la joie comme étant "une émotion agréable ou un sentiment de satisfaction ou de plaisir à durée limitée," et je pense qu'une bonne partie de nos réflexions se heurte justement à cette notion de limitation temporelle, même si on ne la formule pas explicitement. Il paraît difficile de concevoir la joie autrement que comme un interstice, et là peut-être se situe la limite entre écrire la joie, et écrire la mièvrerie : cette conscience de la finitude.

Bon, c'était un sacré pavé. Déso pas déso :mrgreen:
Titre: Re : Lire et écrire la joie
Posté par: Miettes le 01 Février 2020 à 15:53:25
Je vais dire une chose très banale sans encore avoir lu les réponses au topic (promis, je le ferai !) mais il me semble qu'écrire la joie et écrire le bonheur sont deux choses différentes, et que si le bonheur va avec une forme d'apaisement et de douceur, la joie peut posséder un fond d'amertume, ou de tristesse, voire de gravité.

Je pense au splendide L'Art de la joie, de Goliarda Sapienza, qui est pour moi LE livre de la joie. Je ne veux rien spoiler ici, je ne sais pas si vous l'avez lu, mais si c'est le cas je trouve qu'il donne beaucoup, beaucoup à penser sur l'expression / la représentation de la joie en littérature (une joie qui monte, qui monte, puis qui finit par vous tordre la gorge)
Titre: Re : Re : Lire et écrire la joie
Posté par: Meilhac le 03 Février 2020 à 23:14:05

Je pense au splendide L'Art de la joie, de Goliarda Sapienza, qui est pour moi LE livre de la joie. Je ne veux rien spoiler ici, je ne sais pas si vous l'avez lu, mais si c'est le cas je trouve qu'il donne beaucoup, beaucoup à penser sur l'expression / la représentation de la joie en littérature (une joie qui monte, qui monte, puis qui finit par vous tordre la gorge)

vas y Miettes, spoile !  :)
Titre: Re : Re : Lire et écrire la joie
Posté par: Meilhac le 03 Février 2020 à 23:21:23
Sujet très intéressant, merci de l'avoir ouvert ! Lire vos échanges donne du grain à moudre.

Citation de: Miromensil
est-ce que vous lisez des livres qui font se sentir bien ? en cherchez-vous ?

Des livres qui font se sentir bien, oui, mais ça n'implique pas nécessairement que ces livres soient joyeux. Se sentir bien, ressentir le plaisir du lecteur, ça peut venir de tout autre chose : une prose à la beauté juste, un récit qui transporte dans l'ailleurs, l'expérience de l'altérité.
Je ne pense pas chercher des livres qui font se sentir bien, au sens "feel-good" du terme ; pas que je considère ça comme inférieur, simplement je ne m'étais jamais posé la question de cette manière.
fondamentalement les livres qui me rendent joyeux sont les livres que je trouve bons (peu importe s'il arrive des choses trèèèèèèèèèès tristes  aux personnages) et les livres qui me rendent malheureux sont les livres que je trouve mauvais (peu importe s'il arrive des choses trèèèèèèèèèèèès chouettes aux personnages).
genre j'ai relu si c'est un homme (primo lévi), livre excellentissime et saisissant et prenant et puissant et élégant, et qui raconte des atrocités, et la lecture de ce livre a eu des effets plutôt positifs sur mon moral

cependant : je m'aperçois que ça m'arrive parfois, moi qui passe beaucoup plus de temps à relire qu'à lire, (même si relire c'est lire : et, parfois, lire, c'est relire ; on peut en causer si vous voulez mais vous comprenez probablement ce que je veux dire), de choisir de lire un livre dont je sais à l'avance qu'il va m''apporter de la rigolade (lucky luke. proust), ou  de la sérénité (yourcenar. montaigne).

ouèp. ce qui compte c'est que ça fasse de l'effet quoi

y a des livres (et chacun a son genre de livres qui lui fait ça), ça fait un seul truc : rien. là faut laisser béton :--)