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Alôôrs... d'un empressement un peu pressé, j'ai déjà effectué le délicieux voyage proposé par Lo à bord du Décembre-Express ! Le résultat ? Un calendrier de l'avent, 31 textes en gourmandises à déguster au jour le jour de chacun du dernier mois de l'année...
Je crée donc ce fil, comme je l'ai dit par empressement un peu pressé, alors que je ne dois pas poster le texte... oulalou ! Pas avant le premier du mois prochain il va falloir attendre ! En attendant, donc, le sommaire :
Sommaire
le train à l'envers 1/12 - le train allant droit 2/12 - abords du train 3/12
gare du quotidien 4/12 - rail de la carte 5/12 - wagon-rue 6/12 - en double piste 7/12
train à pas peur 8/12 - tchou blanc tchou noir 9/12 - aiguilleur de montre 10/12
demain de fer 11/12 - horaire damné 12/12 - la locomotive d'un songe d'hiver 13/12 - partant de pluie le train 14/12
écoute le guichet 15/12 - fer de cheminée 16/12 - phare en tunnel 17/12
procession aux carrés 18/12 - fenêtre sur couloir 19/12 - vie de train 20/12 - soute et cale 21/12
v'là l'train 22/12 - tournent les rails 23/12 - départ en ligne 24/12
ailes de train 25/12 - tube de cubes 26/12 - courbe directe 27 /12 - le conducteur absolu 28/12
partance transitoire 29/12 - avant cet itinéraire tout tracé 30/12 - un dernier pour le rail 31/12
Calendrier sans vent
(des petits portails pour accéder aux chapitres)
(qui a dit 'des portaux' ? j't'ai entendu Nexwall !)
| | | | | | (https://remyrevel.files.wordpress.com/2019/12/chocoporte.png) 01 (https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=32887.msg527321#msg527321) |
(https://remyrevel.files.wordpress.com/2019/12/chocoporte.png) 02 (https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=32887.msg527500#msg527500) | (https://remyrevel.files.wordpress.com/2019/12/chocoporte.png) 03 (https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=32887.msg527660#msg527660) | (https://remyrevel.files.wordpress.com/2019/12/chocoporte.png) 04 (https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=32887.msg527812#msg527812) | (https://remyrevel.files.wordpress.com/2019/12/chocoporte.png) 05 (https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=32887.msg527924#msg527924) | (https://remyrevel.files.wordpress.com/2019/12/chocoporte.png) 06 (https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=32887.msg528105#msg528105) | (https://remyrevel.files.wordpress.com/2019/12/chocoporte.png) 07 (https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=32887.msg528322#msg528322) | (https://remyrevel.files.wordpress.com/2019/12/chocoporte.png) 08 (https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=32887.msg528390#msg528390) |
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(https://remyrevel.files.wordpress.com/2019/12/chocoporte.png) 30 (https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=32887.msg531589#msg531589) | (https://remyrevel.files.wordpress.com/2019/12/chocoporte.png) 31 (https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=32887.msg531822#msg531822) | | | | | |
Bouchées sans vent
(et puis na ! comme ça je l'ai mon vrai calendrier en spoilers !)
| Lun | Mar | Mer | Jeu | Ven | Sam | Dim |
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J'aime ce genre de projet, alors je m'installe confortablement au wagon bar en attendant la suite !
L'idée est belle, j'ai hâte de voir ton esprit se torturer pour trouver de nouvelles destinations jour après jour en restant sur les mêmes rails ;)
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OUI !
BRAVO !
et MERCI !
grâce à toi j'ai un commentaire sur un texte associé qui n'est pas encore posté, c'est un sacré item de la vie à cocher, ça 8)
++ à toi letooouriste, merci d'avoir osé, et j'espère que te ne seras pas déçu de la petite histoire concoctée...
(oui car histoire il y a, malgré l'apparent surréalisme des titres ! je n'en dis pas plus...)
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dans quelques jours !
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owi...
le pire impossible, c'est que j'oublie de me le rappeler !
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j'y songerai tqt haha
édit : ah mince j'avais pas vu qu'on était dans les textes courts, j'aurais pas floodé comme ça ^^'
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Ce matin j'ai failli craquer
Et faire une petite avant-
Première en chocolat
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
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I - Le train à l'endroit
La voix de l'enregistrement a résonné alors que je courrais dans le hall. Elle annonçait ce que je craignais :
- Suite à des perturbations, le train TER numéro, huit-cent quatre-vingt quatorze, départ prévu à dix-huit heure trente-six, partira à dix-huit heure trente-cinq, voie A. Nous vous prions de vous excuser pour votre retard.
Je cours, d'autant plus vite que ma montre trotte dangereusement vers sa position fatale, mais d'autant plus lentement que je galère à porter mes multiples manteaux, bonnets et écharpes, tout en maintenant le cap de ma valise à roulettes, avec un énorme sac-à-dos dans le dos et une peluche d'adieu en guise de sombrero.
Il pleut.
Le hall de la gare est traversé par moi, qui fend la foule un peu pressée mais pas trop, un peu disparate mais pas suffisamment pour me laisser le loisir de ne renverser personne. Je cours, je souffle, et le plafond gigantique me renvoie à une impression de minuscule.
Les escalators se dégringolent, se remontent, et pilent au moment où rien ne s'y attend. Je grimpe, je déverse, je rebondis et m'entrechoque avec la réalité si stable et si inerte que mon empressement n'est qu'une oppression. Un rictus sur ma barbe grasse, je suis fatigué, à bout, saturé de l'effort qui n'a rien de terminé. Mes yeux cherchent des larmes et mon regard rencontre le vent de ma course, alors je sue des paupières, je cerne à peu près où je suis et, d'effort supplémentaire, j'arrive à quai.
La dernière marche me coupe littéralement le sifflet, mes mains me posent sur mes genoux, tandis que celui du chef de train annonce le départ.
Il me faut repartir, courir, vite ! Trente-quatre ! Ils exagèrent, tout de même !
Je saute dans la portière, elle se referme sur moi mais l'oppressement se libère dans ma tête avant que j'en subisse les effets cardiaques.
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Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
Procédons donc...
J'ai pour habitude de te lire, mais comme la plupart du temps je ne comprends pas tout, je préfère m'abstenir de commenter, même si j'aime bien (sans savoir pourquoi, comme quand on regarde un tableau, qu'on n'y voit que des couleurs mélangées mais qu'on apprécie juste pour ce qu'il cache). Il faut lire, parfois relire et encore relire entre les lignes... mais là ! Ô miracle ! J'ai tout compris ! Oui ! Oui ! Je te jure, et j'aime bien. Méthode tarabiscotée ou pas, les phrases qui disent à l'envers ce qui est vu à l'endroit... bah voilà !
Le vent te pousse vers l'avant, et à plus tard si j'arrive à choper le train à l'heure.
:mrgreen: :mrgreen:
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merci de merci Claudius
je creuse pluss de réalisme
dans l'incarnation spatiotemporelle
effectivement c'est plus distinct
quoique... pour teaser une phrase qui m'a fait rire à la relecture d'un des chocolats, on voit bien le taux hallucinatoire de surréabstraction de mes scrivitionnages :
"...le train se désarticule par pichenette et tombe sur ses deux rails, les oreilles en pointe et la truffe curieuse." - Ep. ?
(edit : à edit-quote... je voyage dans le temps : lorsque j'aurais mis le code d'accès dans ce message antécédant vers un message suivant hinhin)
(edit : edited :
...
)
mais vous découvrirez en temps et en heure...
selon excuse !
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mais tu as posté trop tôt ! je l'ai lu en mangeant du chocolat. et c'était bien, je t'y reconnais sans aucun doute. y a un seul bout de phrase qui a l'air d'être écrit par quelqu'un d'autre que toi : "celui du chef de train annonce le départ."
à la prochaine jusqu'au 2 décembre ? :D
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eh bien ce bout de phrase m'a effectivement posé problème à la relecture :
y'a pas de chef de train x)
un chef de gare
un conducteur de train
et le pire c'est qu'aucun n'est :
celui qui a le sifflet pour annoncer le départ '-'
en tous cas la question se pose :
un chocolat par jour ou chaque chocolat à son jour ?
pour gérer de l'avance et donc la pénurie, il convient de s'organiser !
moi j'y ferais spontanément, donc je suppose que on verra bien ^^
faudrait qmm que le dernier soit mangé sur son 31...
il y aura disette, m'est avis !
à moins que... Oo ?
edit dans l'éternité :
"hmm j'aime bien ces chocolats...
j'ai envie d'en manger un autre...
juste un tout petit c'est innocent...
ça me coûterait pas mon avance...
pis au pire je rachète un calendrier..."
reedit dans la reéternité :
indéniablement inspiré par une autre version de ce terrible sketch (https://youtu.be/tIoWK7olqbM) (Un train peut en cacher un autre - Coluche)
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II - Le train allant vers
La voix de l'enregistrement recommence.
- Bienvenus à bord du TER numéro, huit-cent quatre-vingts quatorze, départ prévu à dix-huit heure trente-six...
Je pose mon pantalon entre moi et le siège, ma montre indique trente-six ; cette petite minute est passée comme de rien ; je n'y étais pas.
- ... Ce train est à destination de, Nivens Nord, il desservira, Entre-les-flux-sur-mer, Biseaux Princial, Lentête & Mimolette, Far-les-bedaines, et, Nivens Ouest. Nous vous invitons à veiller sur le bon déroulement du voyage en n'obstruant que ce qui parait à obstruer.
Je respire. Fort.
J'ai balancé mon bagage dans le tas de valises, mon sac-à-dos avec, et mes loques de vêtements d'urgence vont se loger au dessus des sièges dans les rangements fourre-tout. Affalé, je reprends de l'oxygène.
Un gamin approche.
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III - Abords du train
La voix du gamin est presque robotique, comme enregistrée et qu'il aurait juste appuyé sur le bouton play. Je m'exaspère d'avance.
- Dis, monsieur, pourquoi t'es habillé en rouge ?
Je n'ai à peine le temps d'ouvrir la bouche que la sienne s'est rouverte pour continuer.
- Mes parents ils disent que ce monde est gris, que tout le monde s'habille en gris, même mes parents. Ils disent aussi qu'il manque de couleurs dans ce monde, mais dès qu'ils en voient un petit peu ils ont cette attitude bizarre, comme si elles leur faisaient un petit peu peur.
Cette fois je ne sais pas trop quoi répondre, alors il continue d'autant plus que, visiblement, il a besoin que je le laisse parler. Ce que je m'empresse de faire. C'est un peu comme si, parfois, alors que les adultes ne savent pas écouter, les enfants n'en avaient même pas besoin.
- Les gens qui s'habillent en couleurs, pour moi, c'est des gens qui ont pas trop écouté mes parents. Ils se plaignent chez les autres de choses dont ils sont coupables également, comme s'habiller de gris. Toi tu as eu des parents qui s'habillaient de quelle couleur ?
Le voyant s'intriguer de moi, son interlocuteur, je saute sur l'occasion d'une réponse facile pour équilibrer la conversation. Je lui dis que mes parents à moi... c'est compliqué. Mais qu'il vaut mieux écouter les siens s'il veut grandir comme il faut.
Ce à quoi il reste pensif quelques instants un peu courts.
- Ils me font croire en quelque chose d'important, je crois.
Je lisse ma barbe, attentif.
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IV - Gare du quotidien
Ils sont flous, flous et gris, presque trop indistincts, mais terriblement assombris par la lumière blafarde de l'hiver. Je ne discerne en eux qu'un visuel informe, et pourtant ils sont là, et ils s’assoient en face de moi.
Les parents du gamin ont une voix distante. Ils se sont bredouillés des politesses à moi-même, entre eux, à leur enfant, et puis ils se sont tus.
Par la fenêtre, des paysages immaculés se transforment en immobilisme rapide, doux, serein et quiet, un peu coton si une matière pouvait être usée en adjectif pour définir cette impression nuagesque de flotter dans le plus pur vide de la saison blanche. Parfois, la silhouette d'un arbre mort, anthracite, terriblement assombri par la lumière blafarde de l'hiver. Je les discerne pourtant dans leur forme arachnéenne, tentaculaire angulaire, griffant la réalité comme mes sens, là, perdue entre pas d'horizon.
Et puis de cette inertie, se lève une onde.
C'est la mère qui engage la conversation.
- Vous prenez souvent le décembre-express ? Nous c'est la première fois.
Alors je rétorque, tout naturellement.
- Oui, bien sûr, c'est toujours la première fois que l'on prend le décembre-express. Peut-être nous sommes-nous croisés dans un avenir hypothétique ?
Elle semble partager le sentiment de doute que je lis sur sa silhouette grise. Elle tend un regard vers celle de son époux. Celui-ci, impassible et sans regard, perçoit l'occasion d'exister dans notre jeu, et tente de s'y insérer.
- Vous avez l'habitude des premières fois, dirait-on. La blancheur de votre barbe nous honore de votre expérience que je sens prolifique. A quel arrêt vous dépose-t-on ?
D'allure presque trop aimable, je me prends d'affection pour le gris personnage du père. Sa parole respectueuse m'enjoins cette réponse :
- Au moins jusqu'au terminus. Peut-être avant, même.
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V - Rail de la carte
Lorsque le contrôleur passe, son vêtement marine a l'air anthracite. Sa voix, quant à elle, se perd dans le cliquetis de la machine à perforer les billets que nous lui tendons, respectueux de son autorité dans ce voyage, qui nous aura coûté rien du tout. Nous avons pourtant nos billets, à notre nom, avec une place indiquée et quelques autres traces d'identité. Les sièges ne sont pas tous remplis, mais le Décembre-Express affiche toujours complet.
Comme un restaurant de montagne, ambulant par effet glissant. A la gare du départ, vers l'afin de la fin. Ses wagons transporteraient la neige elle-même si l'univers avait un transit régulé par chemin de fer. Hélas non, seul notre petit monde de rêve incarné nous offre cette possibilité, et non celle d'un traîneau à rennes.
- Qu'allez-vous faire au moins jusqu'au terminus ?
Le père du gamin est fin, doux, serein, mais son fils le regarde avec un mélange d'effroi et de dégoût. Une odeur de cendre se dégage comme d'une locomotive à vapeur dans les radiateurs électriques. C'est un peu l'occasion pour moi de pratiquer la traduction, de rouge vers anthracite.
- Une affaire de pompom. Ce n'est pas très clair veuillez m'excuser, je suis moi-même dans l'embarras quant à la chose. On m'a proposé un poste qu'il est difficile de refuser, et pourtant... Alors je vais voir de quoi il en retourne, et si ces lutins ne me convainquent pas j'y retournerai éternellement. Vous voyez ce que c'est...
Le gamin trépigne un coup. Je sens qu'il n'ose pas être celui qu'il était avec moi, sans cette figure parentale grise qui lui a assombri le visage. Il voudrait dire quelque chose, mais le ravale. Ce quelque chose qu'il sait hors circonstance, quoique.
Moi je voudrais bien demander ce que font les silhouettes grises dans ce train qui mène au-delà d'une banquise imaginaire, mais à chaque fois que je l'ai fait à bord du Décembre-Express, j'ai vu ces ombres humaines s'évaporer comme cendre au vent.
Alors je réponds aux questions, et lorsqu'ils n'en ont plus, généralement c'est que nous sommes arrivés.
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VI - Wagon-rue
C'est un homme un peu pressé.
Il est anthracite, et lorsqu'il s'excuse auprès du chariot-repas, c'est avec une voix grésillante. Il sautille, il sursaute. Il vibre dans le flou de sa silhouette. Nulle part il est indiqué que sa valise pourrait être remplie de billets ; ou d'explosifs. Moi je le vois et par-delà de boutons imaginaires d'une manchette de coton, je discerne un costume, une bague, mais pas de menottes.
Il réajuste un nœud.
Ses lunettes sont nettes.
Ses lunules brillent sur ses ongles manucurés. Des phalanges de pianiste, de prostitué, ou, des deux. Je lorgne sa montre, elle indique peut-être la même heure que la mienne.
L'enfant ne s'est pas endormi, mais c'est tout comme. Le wagon l'est à sa place, et dans une ambiance feutrée de siège voyageur, l'hôtesse propose sa toque contre quelque estomac.
En l'occurrence je n'ai pas faim.
Les parents sont un peu comme un couple.
Et l'homme un peu pressé a vite disparu.
Lorsqu'il passe à nouveau, dans l'autre sens, il n'a pas à s'excuser. Son pas est plus assuré, mais plus détendu. Ses lunettes émettent un iris bleuté en dessous d'un sourcil ébène.
Des lèvres anthracites se pincent sensuellement.
Il est pressé, il ne repassera pas.
Pendant ce temps l'hôtesse propose des jambes rectilignes, des mains en feu-follets qui papillonnent au service du service.
Moi j'ai un regard un peu anxieux. Pourquoi n'est-on pas encore parvenus à la première station ? Mon sens de l'imprévu se charge de se réaliser, et le capitaine du train prend alors la place vocale par les haut-parleurs.
- Chers voyageurs du Décembre-Express. Nous profitons aujourd'hui d'une offre exceptionnelle fournie inopinément par les autorités incidentes. Nous ferons donc un petit détour conséquent et touristiquement accessoire, qui j'espère vous plaira autant que l'intérêt qui l'incombe en réalité.
Et le train décolle.
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Ok je vais venir lire, en fait je suis venu pour ça mais je viens de voir ton CALENDRIER FAIT EN SPOILERS et j'halluciiine c'est une bombe interplanétaire °o_o° ça s'appelle le génie.
J'ai tellement envie de faire mon calendrier aussi !
je vais GRAVE le faire !
je suis trop chaud, bon je finis mon nano, ensuite je fais mon calendrier, ensuite je viens profiter du tien (:
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Coucou Dot, quelques broutilles...
II
- Bienvenus à bord du TER numéro, huit-cent quatre-vingts quatorze, départ prévu à dix-huit heure trente-six...
Je pose mon pantalon entre moi et le siège, ma montre indique trente-six ; cette petite minute est passée comme de rien ; je n'y étais pas.
:coeur:
Bienvenue - huit-cent-quatre-vingt-quatorze - heures
- ... Ce train est à destination de, Nivens Nord, il desservira, Entre-les-flux-sur-mer, Biseaux Princial, Lentête & Mimolette, Far-les-bedaines, et, Nivens Ouest. Nous vous invitons à veillez sur le bon déroulement du voyage en n'obstruant que ce qui parrait à obstruer.
Principal - à veiller - parait
III
- Les gens qui s'habillent en couleurs, pour moi, c'est des gens qui ont pas trop écouté mes parents.
qui n'ont pas trop écouté leurs parents ?
Ils se plaignent chez les autres de choses dont ils sont coupables également, comme s'habiller de gris. Toi tu as eu des parents qui s'habillaient de quelle couleur ?
s'habillent ? je suppose qu'ils sont toujours de ce monde :P
IV
Lorsque le contrôleur passe, son vêtement marine a l'air anthracite. Sa voix, quant à elle, se perd dans le cliqueti de la machine à perforer les billets que nous lui tendons, respectueux de son autorité dans ce voyage, qui nous aura coûté rien du tout.
cliquetis
A la gare du départ, vers l'afin de la fin.
À
V
Il réajuste un noeud.
espace en trop après un
Ses lunettes sont nettes.
Ses lunules brillent sur ses ongles manucurés. Des phalanges de pianiste, de prostitué, ou, des deux. Je lorgne sa montre, elle indique peut-être la même heure que la mienne.
L'enfant ne s'est pas endormi, mais c'est tout comme. Le wagon l'est à sa place, et dans une ambiance feutrée de siège voyageur, l'hôtesse propose sa toque contre quelque estomac.
:coeur:
Pendant ce temps l'hôtesse propse des jambes rectilignes, des mains en feu-follets qui papillonent au service du service
.
propose
Bah ben voilà, j'ai pris le train en route et je suis arrivée à la station V sans souci, la voie est libre, le temps dégagé, et j'ai fait connaissance avec ces gens un peu (beaucoup) gris foncé, j'ai écouté la voix de ce gamin et, pour l'instant, le voyage est ma foi agréable !
:mrgreen: :mrgreen:
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ahah merci @Lo, et bon courage pour tes projets !
@Claudius, merci pour ta scrupuleuse ambition de correction, je m'en vais appliquer celles qui nécessitent, mais je me permets sans offense les remarques sur les suivantes :
Pour les heures :
On met un trait d'union entre les termes désignant les dizaines et ceux exprimant les unités. Le trait d'union remplace et.
dix-neuf (dix et neuf) ; soixante-douze (soixante et douze).
Il n'y a pas de trait d'union dans les autres cas.
cinq cent quatre ; trois mille neuf cent douze.
Si Stendhal écrit des plus logiquement, dans Le Rouge et le Noir, que « onze heures sonnèrent », Roger Vailland, dans 325 000 francs, n’hésite pas à lui opposer un « dix heures sonna ». À l’inverse, c’est bien le singulier que l’on attend après « midi » et « minuit », ce qui n’a pas empêché Zola d’écrire, dans L’Œuvre, que… « minuit sonnèrent » !
Pour les noms :
Princial = bèh c'moi qui choisit princialement l'orthographe de mon nom propre, qhemem !
Pour les habits des parents :
hmm ma formulation me semble plus pertinente, vu la teneur du personnage à barbe habillé de rouge, en tous cas en ce qui concerne ce que pourrait penser un gamin des parents de ce personnage... (chut !)
Merci à vous deux, j'espère vous profiterez encore jusqu'à la fin du voyage !
(edit :
pour le concept de bienveni, il y aura toujours des conflits non pas de langue, mais de choix de langue :
je vous souhaite 'la [nom]' (toujorus au féminin donc)
ou
['être' conjugué à l'impératif] [article accordé en fonction] '[adjectif accordé également]' (en fonction du sujet désigné)
fin de l'edit)
-
VII - En double piste
Partir au frais. Se laisser emporter par la douce chaleur du train, dans un wagon anonyme en direction de l'éternel précédant, qu'il touche sans jamais rattraper. La voix des rails crisse dans quelque tournant un peu givré, et les moins fous des passagers ont un peu peur que cela dérape. Mais non. Le train se maintient. Il file, silencieux sur les rails aux crissements de voix neigeuse. C'en est fini d'un hiver éperdument vivant, de ce côté du baromètre, il n'y a plus rien qui tarde...
On sent tous, que le vent dehors, immobile comme le paysage, est pourtant mordant et glacial. Une légère pointe de bleu viendrait refroidir l'anthracite blancheur immaculée, ce qui ne saurait nous réchauffer les coeurs, quoique.
A l'intérieur du train, nous sommes confortables.
Choyés par le transport de nos corps, nous matérialisons notre environnement, ce qui nous limite dans un endroit vaste et infini de froid, d'eau solide et de cristaux organisés.
J'imagine, l'espace d'un instant, la zone immense, mais imperceptible, qui sépare les habitations de là où nous emmène le train. Un territoire plus que sans limite.
Je m'endors peu à peu.
Une excursion surprise et inattendue dans un voyage gratuit et perdu. Il ne m'en faut pas plus pour épuiser les rares ressources que j'aurais dépensées autrement si tout avait été autrement.
Lorsque je me réveille, je suis seul dans le wagon.
-
VIII - Train à pas peur
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
Je me lève, réajuste mes manches rouges aux poignets blancs.
Sans savoir vraiment que je cherche les autres, non pas pour leur compagnie mais parce que leur absence n'est pas attendue, je me demande où me diriger dans la dimension unique du train. Vers l'avant ? Vers l'arrière ?
Je m'attends à ce qu'il change de sens au moment où je me déciderais, ce maudit destin qui me joue des trains. Alors je retarde mon implipcation dans le choix. Non, pas devant parce que c'est le sens de la marche, mais pas derrière parce que c'est son inverse. Non, pas devant pour ralier la locomotive, pas derrière pour le dernier wagon. Alors je tangue ; mon oscillation se veut neutralisante. Je ferme presque mes yeux vides. Et puis je pars devant.
Devant.
Alors je rattrape le paysage. Ou disons plutôt que je le dépasse encore plus rapidement que permis, à peine ; subrepticement. Grâce aux barreaux de ma cage mouvante, je distingue à travers mon passage devant les fenêtres.
Un extincteur de secours.
Un marteau brise-vitre.
Il faut bien tout ça pour ne pas risquer trop d'imprévus. J'imagine des bulles gelées remonter le long des vitres, un train en guise de sous-marin, ce serait presque rigolo. Je verrais alors des poissons à fourrure pour se porter chaud sous la banquise, et des ours molaires aux dents carnassières. La nage des pingouins, les méduses de glace.
Je ne sais plus vraiment où me mène le détour du capitaine.
Quand arrivera-t-on à Entre-les-flux-sur-mer ?
Je ne sais.
-
Bon, j'ai lu...
J'aime bien, toujours, mais là ou je cherche vainement une image nette et claire c'est :
- Le vent immobile
et
- l'anthracite blancheur immaculée...
Je visualise... sans succès.
Mais c'est tout toi... et humm, je me demande si tu n'as pas un peu flooder là ! non ?
Edit sans éditer : Bienvenue en début de phrase et vous êtes les bienvenus dans le corps de la phrase... mais c'est toi qui vois (comme toujours).
;) ;)
-
On sent tous, que le vent dehors, immobile comme le paysage, est pourtant mordant et glacial. Une légère pointe de bleu viendrait refroidir l'anthracite blancheur immaculée, ce qui ne saurait nous réchauffer les coeurs, quoique.
- le vent est un mouvement, je concède que je pars de cette image pour essayer d'en décortiquer une réalité plausible, et ici : le vent se perçoit pluss qu'il ne se voit, surtout en hiver où tout est rigide, surtout un paysage rachitique et neigeux... de fait, depuis un train climatisé et hermétique, le vent aura beau être aussi fort qu'il veut dehors, on pourrait le dire immobile car si on sait qu'il est là, on en a aucune sensation palpable, et en tant que mouvement intracé, il est donc nul, immobile :)
- l'anthracite m'évoquait ce goût de cendre que je cherche souvent et dans ces textes tout particulièrement, c'est, en tant que couleur comme en tant que texture, cela fait écho au bleu de la banquise si ténu que la neige parait toujours blanche... pareil, il y a des minéraux naturels dans la neige, et je les imagines gris...
J'espère t'avoir éclairé autant que moi-même :)
Merci !
Pour le bienvenu, sans chipoter, le féminin de début de phrase est bien un raccourci de 'je vous souhaite la...', enfin j'imagine... mais je me rappelle plus le bout de texte litigieux et j'ai la flemme de regarder x) je note qmm nos petites expérimentation autour de ces interprétativités linguistiques, quoique fondamentalement rattachées à un sens propre de la locution !
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-
IX - Tchou blanc tchou noir
Dans les compartiments, des chapeaux vides.
Des écharpes dénudées.
Des parapluies secs.
La trace d'un quelconque passé, un voyage inattendu qui tourne à l'extrême sensation d'une déperdition. Les âmes de ce bâtiment, disparues, absentes, fantomisent encore. Hantant l'intrigue de ma conscience, elles se permettent que je ne les connaisse pas. Des anthracites, des gris un peu perses.
J'ai l'impression de tourner en rond, surtout lorsque cela fait quatre fois que je débarque par l'arrière du wagon où sont entassées mes valises. Les places assises se ressemblent, mais les possessions posées dessus les distinguent, et je repère facilement la mienne, sur laquelle j'ai laissé en cadeau à ce qui découvrirait mon départ de l'intérieur du train. Comment a-t-il pu se reboucler sur lui-même, ce satané train ?
Et diable où sont les autres ?
Non, plus sérieusement, suis-je dans un anneau convexe ou concave ? Ou alors tourné-je sur la droite ou sur la gauche ? A moins que vraiment, telle que mon impression me délivre, la linéarité n'impose pas de discontinuité à la procession rebouclée...
Toujours est-il que je ne sors pas d'un train en marche, et que pourtant je n'ai rien à faire d'un voyage infini et solitaire.
Alors je cours, dans un sens, dans un l'autre, à la recherche d'une faille. C'est alors que je les trouves.
Les autres.
Ils sont sur le quai devant lequel passe, et repasse, ce train rebouclé. La voix du capitaine résonne alors et annonce l'imminente arrivée en destination de Lenfer-des-autres.
-
Tchou ! Tchou, chouchou !
D'abord, j'ai bien compris qu'anthracite est ton fil rouge >:D
Une intériorisation qui tourne en rond, c'est pas toujours facile de rompre le cercle, mais je lis toujours.
;) ;)
-
Noble passenger
La fuite de l'honneur
En direction des longueurs
Ne saurait être pluss que pour-l'heure
Et en retard
J'officierai quelqu'autre art
Sensible à l'expression de ton regard
Que j'estime évidemment comme un phare
merci !
-
X - Aiguilleur de montre
Je m'attends à ce que monte le gamin.
Mais c'est trois types qui encadrent la porte à son ouverture. Elle les laisse passer un-à-un, et moi qui m'étais préparé à demander un peu de présence, je me recule et les laisse passer tout aussi un-à-un, mais de parts-et-d'autres de mon pantelant encombrement ponctuel. Une fois qu'ils m'ont dépassé et qu'ils se trouvent dans le couloir qui m'agitait d'un trait juste auparavant, ils s'arrêtent et se retournent.
- Suivons-nous réellement l'étoile du Sud ?
Je m'interloque d'autant plus que leurs silhouettes anthracites sont barbues. Anthracites.
Et ne sachant pas vraiment si je peux me permettre une réponse assurée, je bredouille entre mes lèvres.
- Moh.
Les trois types scintillent du crâne, comme si une couronne les avaient affublées d'un titre. Pendant ce temps les portes se ferment, et il n'y a pas le gamin. Ses parents ne sont pas là non plus, par effet, ni aucun des précédents passagers. Aurais-je dormi jusqu'avant le terminus ?
Je regarde l'heure, mais il est bien évidemment trop tard. Elle ne marche déjà plus. Alors je retourne à ma place en laissant les trois à leur mission discrète.
Dans un champ une vache observe la passage immobile de la gare. Bientôt elle ne nous verra plus partir.
Et le train redécolle.
Je m'installe, lisse à nouveau et par habitude, une barbe réconfortante.
-
XI - Demain de fer
- Arrive-t-on à Entre-les-flux-sur-mer ?
Ma voix a demandée, timide.
Un peu plus loin, des cous se tendent, des regards se lèvent et me cherchent. Les trois types me répondent qu'ils n'en savent rien, qu'ils sont là pour ne pas déranger, et que jamais il n'y aurait quelque chose de plus miraculeux que ces paysages blancs.
J'acquiesce, mais reste sur ma faim.
C'est alors qu'un accident arrive.
Il n'arrive pas bien plus vite que nous. Il est même immobile, en fait, mais nous le rencontrons à la même vitesse. Le train s'entrechoque. Les wagons font un bruit d'accordéon en se repliant. Moi et les trois types valdinguons dans l'habitacle, rebondissant comme des gommes, glissant comme des glaçons, et toujours dans ce paysage blanc, aussi blanc qu'anthracite est le train.
Lorsque tout se stabilise, les têtes sont à l'envers et les plafond en bas. Il n'y a plus de silence, le bruit est à l'absolu.
Les vitres sont brisées sans l'aide des marteaux, et les extincteurs percés se déversent de mousse, imperceptiblement dans la neige. Nous nous relevons tant bien que mal, à peine surpris que le Décembre-Express puisse se crasher d'une part, mais surtout que nous en sortions indemnes.
Une fois extraits du cadavre, nous nous rassemblons en wagons. Je retrouve le gamin et ses parents, le contrôleur, l'hôtesse et l'homme pressé. Mais alors les trois types ont disparu, eux et leurs couronnes scintillantes.
Le capitaine fait chauffer sa casquette.
Il s'apprête à dire quelque chose.
-
Du mal à me concentrer, donc je viens ici
Ma voix a demandée, timide.
Demandé
que jamais il n'y aurait quelque chose de plus miraculeux que ces paysages blancs.
<3
Lorsque tout se stabilise, les têtes sont à l'envers et les plafond en bas. Il n'y a plus de silence, le bruit est à l'absolu.
<3
Les vitres sont brisées sans l'aide des marteaux, et les extincteurs percés se déversent de mousse, imperceptiblement dans la neige.
Ils se déversent pas dans le train ?
Une fois extraits du cadavre, nous nous rassemblons en wagons.
<3
(ça me rappelle la fois où au dernier meeting on a fait ça sur une route pendant la nuit)
Et j'aurais pu mettre des coeurs partout. Le Décembre-Express ! J'aimerais bien vivre dans ton train-calendrier et ne plus en ressortir. Ce serait une fuite assumée. Tu sais ce qui serait dingue ? Que le "Bouchées sans vent" du premier post contienne des liens vers les textes à grignoter par jour (:
bisou
-
Les vitres sont brisées sans l'aide des marteaux, et les extincteurs percés se déversent de mousse, imperceptiblement dans la neige.
Ils se déversent pas dans le train ?
Une fois extraits du cadavre, nous nous rassemblons en wagons.
<3
(ça me rappelle la fois où au dernier meeting on a fait ça sur une route pendant la nuit)
Et j'aurais pu mettre des coeurs partout. Le Décembre-Express ! J'aimerais bien vivre dans ton train-calendrier et ne plus en ressortir. Ce serait une fuite assumée. Tu sais ce qui serait dingue ? Que le "Bouchées sans vent" du premier post contienne des liens vers les textes à grignoter par jour (:
bisou
- j'imaginais tout sans dessus dessous et débordant du train tout cassé
- mince j'hallucine le train du meeting c'était pas pendant la journée ? Oo
- les bouchées à la place du sommaire veux-tu dire ?
merci de ta présence par décentration :)
-
.
-
- les bouchées à la place du sommaire veux-tu dire ?
que quand on clique sur un petit carré-menu-déroulant, un jour carré, on tombe sur un lien vers un des textes, tuwa ?
-
hu miro je voulais pas forcément mélanger les bouchées et le conte trentéhunchapitré... mais j'espère ce que j'ai fait pourrais te satisfaire ?
merci manu ^^ !
-
Bon ben voilà, j'ai rencontré l'étroit mage, ils ont cassé le jouet, puis t'a retrouvé le gamin et sa clique.
Tout va bien ! :D :D :D
-
XII - Horaire damné
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
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XIII - La locomotive d'un songe d'hiver
Nous montons à bord, et le train redémarre silencieusement ; sans voix.
Nulle trace du buffle magique.
Les sièges sont un peu boursoufflés par leurs blessures, mais dans l'ensemble ils demeurent accueillants. En face de moi les parents du gamin font comme s'il ne s'était rien passé. Le gamin, lui, est tout enchanté d'avoir vécu une aventure. Il sirote son expérience de gamin comme un bon diabolo menthe-glaciale.
Son regard pétille, il scintille.
Anthracite, avec des rayures d'enfant.
A ce moment je sais que nous repartons dans la bonne direction, à destination de l'arrivée, la vraie, sans plus de détour.
La vitesse elle-même file à toute vitesse, et le plafond ressemble à là où on ne mettrait plus la tête, mais un escargot tourbillonnant la gravité dans un vortex de vitesse.
- Je suis sûr que nous arriverons bientôt à Entre-les-flux-sur-mer.
J'ai dit ça alors que je ne suis jamais descendu à cette station, que je connais encore moins les lieux qui s'y déploient, que...
- Oui, mais nous sommes en avance.
Je ne sais que répondre à l'évidente évidence des paroles de la mère du gamin. La solution est d'attendre. Que le temps trépasse. A Entre-les-flux-sur-mer, j'imagine, je ne sais pas pour quelle raison, une plage de sable fin, d'un anthracite trop clair pour l'être, mais gris en tous cas, avec des joncs qui ondulent au vent frais d'une chevelure d'écume qui s'abat sur le grain minéral, oui, c'est comme ça que je me l'imagine.
J'y passerais souvent que je ne saurais pas plus.
Mais seule la découverte de la première fois assume le Décembre-Express. Je suis dévolu à cette erreur d'organisation des logisticiens. Et le capitaine de maugréer en public, car il a oublié de couper le micro.
- Cop, on est où sur la carte, bon sang de bonsoir ?
-
Je vais m'y pencher prochainement, ça a l'air touffu, mais bien...
-
Prenez place, chère passenger, en espérant que les fourrures de sièges angora vous molletonnent...
-
XIV - Partant de pluie le train
Les rires fusent des voix.
Des regards inquiets s'échangent.
Le gamin distingue avec contraste et surprise l'asymétrie de sourcils en mimique de ce sentiment propre à l'enfance, un mélange amusé d'incompréhension et de compréhension totale, vis-à-vis d'une gênance ponctuelle.
- Tu vois où on est là ? Pourquoi le panneau était arraché bon sang de bonsoir, je crois que c'était plutôt tout droit. Cop ?
On dirait qu'on s'enfuit de la neige.
Des reliefs anthracites pointent des surfaces vides. Naturellement, quelque humidité se fait ressentir. Nous embuons les vitres, et tout devient alors froidement moite, et d'un touché désagréable. Les silhouettes dans le train se minimisent un peu. Elles se raidissent par amoidrissement. Et moi je lisse ma barbe.
- Oh ? Cop ? Tu m'écoutes ? Je peux pas conduire et regarder le GPS en même temps. Dis moi à quel rue tourner, je sais pas moi un arrêt de buffle, ou quelque chose qui m'indique où on est ! Je vois bien que tu cherches, mais plus on s'éloigne et moins on est près d'arriver, tu vois ?
Les nuages gris deviennent gris, encore plus.
Et puis les cristaux se ramolissent.
Tout dégouline alors, même le ciel qui s'amoncelle au sol en gouttes rassemblées après diffusion vers le bas de l'horizon. La carlingue résonne à chacune de ces gouttes. Elles dégoulinent, à la suite, le long des vitres qui ne laissent plus rien voir d'autre que leur course bavée vers l'arrière.
- Je leur dis quoi moi ? On est paumés, cop, c'est ta faute je le savais que j'aurais pas du accepter ce voyage gratuit. Merde le bouton...
-
XV - Ecoute le guichet
- Ahem, votre capitaine qui reprend les commandes, veuillez m'excuser pour l'avance. Je vous tiens au courant.
Quelques instants plus tard, d'une révolte-SOS, nous provoquons une assemblée dans la cabine de copilotage. Les visages les plus anthracites rougissent depuis leurs silhouettes floues. Des poings se lèvent pour faire changer les choses, des voix s'élèvent.
La cohues marque le signe de quelque chose de dense dans les directions du train, et le pauvre GPS n'en peut plus de se demander où il doit nous emmener. Le rail suit son cour, pendant que le pilote pilote, que le copilote s'endort et que nous tentons par tous les moyens, de briser l'inéluctable chute de notre perte. Enfin, nous... moi, pendant ce temps, j'hésite à regagner les aises de mon siège réservé, à mon nom, dans le train numéro huit-cents quatre-vingt quatorze qui sillonne les terres polaires, les terres de glaces, mais un peu de moins en moins en l'occurrence.
Je n'avais pas prévu d'ôter mon bonnet.
Je n'avais pas prévu tout un tas de choses.
Un gros silhouette barre la porte de la cabine, sans vraiment faire exprès. S'y sent-il comme moi, à l'étroit, qu'il veille à rester près de la sortie ? Moi je ne demande qu'à la franchir, alors je demande à franchir. Il me laisse passer, et je sens qu'il ne peut pas vraiment me suivre en la circonstance, mais qu'il rêve d'une réalité dans laquelle il le fait.
Je claque doucement le SAS.
Une fois dans l'entre-wagons, je soupire. Mon gros ventre se traîne derrière ma ceinture exubérante. Et je n'ai que mes bottes pour aider mes genoux à supporter mon poids. A travers mes lunettes rondes, j'aperçois cet extincteur qui fuyait tout-à-l'heure. Lui aussi est réparé. Quel capitaine de choix nous avons là, me dis-je alors qu'un autre objet rouge vient goûter mon regard anthracite. Une affiche de plastique.
-
XVI - Fer de cheminée
"Rejoignez la voie du danger"
C'est ce qu'indique l'affiche de plastique. Elle est doucement violente, feutrée car floue comme le reste de ce train, de paysage déshivernal, de ce monde que je voulais quitter à bord du Décembre-Express, peut-être, afin de trouver oui cette clarté, la délicatesse.
Alors j'ausculte la pancarte. Un instant de trop, ou de trop fort, car lorsque je respire enfin, c'est un retour haptique étrange qui m'évalue les mouvements d'air, et me souffle l'inquiétude d'une présence. Je me retourne.
Un chapeau et des lunettes noires sur fond anthracite. Noires.
Il semble tellement ténébreux par rapport à la grisaille. Il me fait presque peur. Je retiens mon ressentiment, et lui chuchote une nouvelle bredouille.
- Vous... voulez passer, peut-être ?
Il se tait, et d'un doigt ganté de noir, il pointe l'affiche. Je m'attends alors à voir débarquer le rouge de mon sang à bord d'une lame de dernière seconde. Mais en dépit d'une attente un peu longuette, je me rassure à moitié. La présence est immédiatement lente, toute empressée de se vautrer dans la luxure d'un temps étiré et rigide, pourtant.
Je déglutis, je grince et je craque. Je cligne également.
Et alors, sous forme d'excuse, mes épaules se haussent et le voilà de m'imiter. Nous partageons alors une moue d'incompréhension, et comme on savoure une mignardise, nous sourions de rien.
Il passe donc son chemin sans que j'aie réellement saisi les tenants et aboutissants quelconque de ce dénuement d'intention, mutuellement renvoyé et alors clarifié de toute sa dimension relationnelle. La présence n'en est plus une lorsque claque la porte de l'entre-wagons. Je me retourne à mes pensées, mais le rouge de l'affiche de plastique s'est effacé.
Dubitativement, je regagne ma place en première position, première classe ou non.
-
Aww, les petits portails pour accéder aux chapitres !
et sinon
:bonpublic: :bonpublic: :bonpublic:
Elle est doucement violente, feutrée car floue comme le reste de ce train
<3
C'est ce qu'indique l'affiche de plastique. Elle est doucement violente, feutrée car floue comme le reste de ce train, de paysage déshivernal, de ce monde que je voulais quitter à bord du Décembre-Express, peut-être, afin de trouver oui cette clarté, la délicatesse.
Toute la phrase, en fait
la luxure d'un temps étiré et rigide, pourtant.
<3
Et alors, sous forme d'excuse, mes épaules se haussent
<3
et comme on savoure une mignardise, nous sourions de rien.
<3
:-\ j'ai rien de constructif à dire. c'est très chouette à lire. j'ai le cerveau en compote, tu m'en veux pas si je développe pas ? un de ces jours pourtant, je pourrai peut-être dire tout mon amour pour ce calendrier !
-
XVII - Phare en tunnel
Une voix résonne et me tire d'un sommeil de mort.
L'hôtesse est penchée sur mon nez, et mes lunettes frémissent.
- Monsieur, nous venons de passer une première éternité.
Alliant son sourire à mon éventuelle bonne humeur, je me redresse, un peu dans le gaz, et ausculte le paysage avant de la remercier. Concentré sur son départ, je ne saisis pas vraiment qu'elle n'en a pas fini avec moi. Je voudrais juste me rendormir un peu ; d'arriver...
A côté de moi le gamin dort lui aussi, tout comme ses parents et la plupart des passagers du wagon. Il fait nuit, du coup, et les lampes blanches du trains éclairent chaleureusement le froid du voyage. Dehors j'imagine la tempête, alors que la lune serait sûrement claire et sans halo. Mais je préfère me dire que nous affrontons les rudesses du pôle.
L'hôtesse ajoute, sur un autre ton :
- Le capitaine nous a fait part de votre position un peu particulière. Si vous voulez bien me suivre nous pouvons nous occuper de vous.
Derrière mes lunettes rondes, je devine mes yeux rouler d'incompréhension. Et moi derrière ces yeux, je roule aussi. Je suis un vieillard à bedaine, qu'a-t-elle, ma postion un peu particulière ? C'est ma barbe qui gène le capitaine ? Allons-bon, me dis-je ; et je m'aide de mes poings pour m'extraire du siège sans réveiller le gamin. Mission impossible. Après qu'il ait émergé, il me laisse un passage et tandis que je suis l'hôtesse, je le sais en train de se recroqueviller pour retourner dans le pays de l'inconscience, à bord du Décembre-Express. Les parents n'ont rien vu. Ils ne savent pas que la liberté de leur gamin est en jeu lorsqu'il lui sont absente.
L'hôtesse me guide, presque me prend-elle par la main.
Au bout d'une promenade qui me semble un peu plus longue que le train lui-même, nous arrivons devant une porte, et je me demande jusqu'où nous avons emprunté des détours, et pourquoi elle aurait voulu me garder auprès d'elle ; sous surveillance ; à l'écart.
-
XVIII - Procession aux carrés
- Maitenant je vais vous laisser. Le capitaine voudrait converser tête-à-tête et de vive-voix. N'hésitez pas à soliciter les services de la compagnie ; nous sommes là pour vous.
J'entre donc dans ce qui me fait penser à un laboratoire photo, cette époque de l'argentique où les rouges permettaient le développement de reproductions de pellicules sur papier chimique. Je disparais presque. Mon costume est comme les silhouettes anthracites dans le train anthracite ; et je me perds dans la pièce, je me confonds à l'environnement. Moi en caméléon, roule un peu des yeux, oh.
Le capitaine me fixe.
- Vous n'êtes pas le même capitaine que lors de la dernière éternité. Comment avez-vous fait ?
Elle me fixe. Toujours.
Après quelques instants d'éternité, elle parle comme si je n'avais rien dit.
- Nous savons qui vous êtes.
Moi-même partage cette information, je suis donc suffisament aise pour être mal à l'aise : le ton rougeoyant de ses paroles étaient presque menaçant. Et pourtant qui me voudrait du mal ? Qui m'en voudrait ? Si ce n'est un capitaine rouge, aux commandes différées du Décembre-Express, je ne vois pas. Et alors je palpite le temps qu'elle me rassure.
- Ce train ne vous était pas destiné. De plus, il arrivera bien trop en avance, et vous allez manquer votre rendez-vous.
Elle ne me rassure pas du tout. Je voudrais questionner, mais trop abasourdi par mon absence à l'erreur de la réalité, je reste au fond de moi-même, prostré, pressé qu'elle continue son histoire. Ce qu'elle finit bien sûr par faire.
- Nous allons vous transférer dans le bon train, ne vous inquiétez pas.
Alors je me rassure, tout-de-même.
-
XIX - Fenêtre sur couloir
'Un train peut en cacher un ou plusieurs autres'
Ce n'est pas une voix qui le dit, c'est une pancarte. Entre deux trains, il y a toujours cette pancarte ; pour rappeler où on est. Un peu comme ces fameux 'vous êtes ici' sur les plans fixes à touristes. En transit, je suis et demeure sur un demi-quai à moitié fini. On discerne les pans de la réalité qui s'effondre, mais dans cet environnement peut-on dire qu'ils sont irréels ? Je ne crois pas.
Une vieille dame descend du TER numéro huit-cent quatre-vingts quatorze ; peut-être elle aussi, lui a-t-on rendu compte d'une passerelle à creuser entre des voyages perdus.
Elle traîne une valise plus volumineuse que la mienne. Et il se met à pleuvoir sans ciel.
Entre deux trains, il y a toujours un flottement. Comme si c'était un temps et non un espace. Je m'assieds sous l'abris, mais quand-même sur le banc.
Alors la vieille dame anthracite me glisse un bonjour fluet. Je voudrais lui répondre, mais quelque chose me bloque. Mes lunettes rondes inquiètes lui auscultent la silhouette floue, voûtée sur elle-même.
- Vous aussi votre destination s'est déplacée ? Il parait que ça arrive plus souvent qu'il n'y parait.
- Je ne sais pas madame. On ne m'a pas dit. Je dois juste attendre avant d'arriver, visiblement.
Ses sourcils tolérants fonctionnent comme les bourrelets de front qu'ils sont. Je sens le désespoir qu'elle transpire un peu dans un effort d'une bonne volonté qui n'a jamais pu admirer ses propres fruits. Derrière ma barbe, je voudrais lui sourire. Mais s'offusquerait-elle alors d'un bonheur pas toujours communicatif. Je voudrais lui sortir de ma hotte un quelconque cadeau bienveillant, ne serait-ce que pour honorer sa présence, son existence. Mais je n'ose pas.
Et le nouveau train et de l'autre côté de l'entre-deux.
Nous nous y dirigeons lorsque c'est indiqué.
-
XX - Vie de train
Arrivé dans le nouveau train, la vieille dame et moi observons l'autre paysage qui défile. Celui-ci est différent de notre précédant voyageur. Presque tropical, il est rose, orange. Des contre-jours dessinent des ombres radicalement obscures. Et le vent doux d'agiter cette scène mouvante.
Des montagnes défilent en plans successifs, de plus en plus lents qu'ils sont lontains. Les reliefs se font rares au bout d'un moment, et je détourne mon attention de ce spectacle extérieur afin de me recentrer sur ma présence physique. J'ai chaud.
Dans mon manteau rouge, c'est presque si je sue.
La dame s'est assise sur la place à côté de la mienne, par cet effet sympathique de l'accointance de notre rencontre. S'ensuivent des éternités de discussions et de silence, et la vieille ne vieillit plus. Elle est aveugle ; ou presque.
Moi je la vois à l'intérieur de sa silhouette grise et floue. Je ris gravement et elle, elle glousse en piaillant.
Nous avons tous les deux des lunettes. Cela veut dire que notre vue ne convient plus à notre perception de celle-ci, me raconte-t-elle ; que nous fatiguons.
- Le corps et ses mystères, mon bon monsieur...
J'attends une éternité de plus, et à un moment donné, elle a disparu du train.
S'est-il seulement arrêté ? L'ai-je oubliée ou simplement pas assez vécu pour en garder une trace mémorielle ? J'aurais pu lui proposer de descendre son énorme valise...
-
XXI - Soute et cale
C'est ma voix qui interompt la marche de l'hôtesse.
- Pourriez-vous me dire dans combien de temps nous aborderons Entre-les-flux-sur-mer, je vous prie ?
Elle me répond stoïquement.
- Le train aura un peu d'avance sur son horaire, je ne peux pas vous en dire plus.
Alors ma barbe marmonne quelque chose d'incompréhensible. Je m'offusque un peu de la rigidité du contexte. En effet, tout me paraît dérisoire et fortuit dans ce semblant d'organisation, et je ne saurais dire pourquoi le paysage tropical se meut en idée de carte postale que j'imagine timbrée jusqu'à la moelle.
L'hôtesse reprend la route du couloir. Sa silhouette grise en impose d'importance. Loin derrière le claquement de ses chaussures, j'entends quelques soupirs. Et en contre-partie d'un destin d'équilibre dans le train, au moment où elle sort du wagon, un personnage y entre. Ils se croisent poliment, et de loin j'imagine le bruit chuchoté de leurs murmures entendus.
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XXII - V'la l'train
En direction d'une voix particulière, j'oriente le regard de mes oreilles. Cette voix je la connais ; celle d'un gamin que j'ai rencontré il y a des éternités. Je me retourne et aperçois le petit trio familial qui se démène dans le couloir. Leurs silhouettes grises se reconnaissent à peine, mais j'ai la voix. Je reconnais le gamin et il me reconnait.
- Oh, monsieur tout rouge. Qu'est-ce que tu fais là ?
Je lui réponds tout sourire, mais un peu à côté de la plaque.
- Eh bien pour une surprise ; je m'étonne presque de nous retrouver à bord du même convoi.
Il ressent ma feinte, et d'un mouvement de recul tolérant, il me questionne là où ça chatouille.
- Mais tu vas où, exactement ?
Esquissant mon rire bedonnant, je rétorque qu'il n'y a pas d'enfants là où je vais.
- Alors peut-être que nous allons au même endroit.
Il dit ça d'une manière qui sonne pire qu'un glas.
Tout semble alors lourd dans l'atmosphère, et je n'ose questionner plus. Mon attention glisse alors sans que j'y puisse grand-chose, et tombe sur le couple, qui m'a également reconnu.
- Nous sommes un peu perdus entre ces transferts. Cela vous dérangerait-il que nous prenions place à vos côtés, vous qui nous êtes familier ?
Je lisse ma barbe, peu décidé à refuser.
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hey Manu, à vitesse constante et rectiligne, on parle d'inertie aussi :)
tout de suite, parce que je dors pas, la suite !
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XXIII - Tournent les rails
Nous papotons allègrement, eux dans leur langue et moi dans un approximatif de foule comme j'en ai l'expérience des caractères circonstantiels. Nos voix ne résonnent pas. Elles s'épongent dans le silence du train.
Les tropiques ont cédées leur place aux lunaires, aux déserts, au forêts et aux lacs. Tout ceci s'enchaîne à vitesse incalculable, d'un imperceptible et fulgurant mouvement que moi-même et les passagers subissons sans presque le sentir ; cette douceur des lignes.
Entre-les-flux-sur-mer ne doit plus être très loin. Et après Biseaux Princial ; Lentête & Mimolette ; Far-les-bedaines ; Nivens 1 ; Terminus... Bien avant.
Le gamin aux rayures anthracites me fait penser à je ne sais quel présage mystique, surtout depuis qu'il m'a sussurré des mots angéliques. Il m'a raconté comment il pouvait compter la mort sur ses doigts, et j'ai alors compris pourquoi le Décembre-Express était froid. C'est à cause du climat de ceux qu'il accueille. Le gamin est monté dedans par désespoir, car ce n'est qu'un des plus purs sentiments pour décider de faire le voyage. Il compte la mort sur ses doigts, et lorsqu'il n'a plus de doigts, il renaît.
Moi, je traverse le ciel de son flou.
Et j'observe la petite lueur qui brille par transparence, à l'intérieur de son être.
Les parents joignent des mains et des genoux, attendris par leur progéniture, mais inquiets. Tout ceci est tellement anthracite. Carboné.
Lorsque la voix de l'enregistrement sonne dans les hauts-parleurs, nous ne l'entendons qu'avec retard.
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XXIV - Départ en ligne
- Oh ma vue n'est plus ce que l'éternité m'a enlevé. A l'époque on comptait les doigts pour vérifier, mais à ton époque mon petit, je crois qu'on sait mieux s'y prendre. Ma grosse valise est trop lourde pour moi, il me faut l'aide d'un vaillant et costaud porteur pour la hisser dans le porte-bagage. Voudrais-tu bien être aimable, mon enfant ?
Le gamin a regardé les mains de la vieille dame, qui est apparue en faisant rouler son chariot de voyage. Puis il a ausculté la poignée de la tirette, et la valise en elle-même. Curieux, il demande.
- Il y a quoi dans cette énorme valise, madame ?
Elle part d'un petit gloussement.
- Ho ho, si tu savais seulement... Ce sont des bouts de ficelles pour grand-mère, je ne m'en sépare jamais. Et une paire de ciseaux pour aller avec. Tu veux les voir ? J'en ai de toutes les couleurs !
Pas plus intrigué que ça, le gamin répond tout-de-même que oui, peut-être pour faire plaisir à la dame, peut-être parce qu'il n'a rien d'autre à faire, et peut-être surtout, pour une raison qui lui échape.
Lorsqu'elle tire sur la fermeture afin de l'ouvrir, le contenu semble prêt à exploser depuis l'intérieur. Craquelant une toile solide, il s'échape presque au passage de la languette de métal.
Des ficelles.
Anthracites.
Elles dégoulinent, et la vieille dame saisit une poignée qu'elle émiette sur le bagage.
- Regarde celle-ci. Elle te ressemble un peu ne trouves-tu pas ?
- Si, c'est vrai...
Fasciné par quelque chose, le gamin tend la main vers une ficelle et s'en empare.
- Si tu veux, elle est à toi.
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XXV - Ailes de trains
Le vide cosmique du train est interrompu par la voix de l'enregistrement.
- Mesdames, messieurs. Notre train TER numéro, quatre mille soixante-six, arrivera en destination de, Entre-les-flux-sur-mer, dans les prochains moments. Veillez à ne rien oublier dans le train, ainsi que la distance entre le marchepied et le quai. Nous espérons que vous avez effectué un agréable voyage.
Pas un mot soufflé sur l'avance conséquente et impardonnable.
Quelques passagers descendent.
D'autres montent.
Des regards suspicieux s'échangent ; qui es-tu ; où vas-tu ? Je souris au gamin, et il me sourit en retour. Une fois le contenu passager du train vidangé, ce dernier reprend sa route.
Le visage transfiguré d'une population ponctuelle m'apparait différent et un peu partagé, entre une intimité commune et une pudeur de la nouveauté. Les jauges s'harmonisent, peu à peu.
Mais à peine notre petit aquarium a-t-il le temps de s'acclimater que la voix reprend dans les haut-parleurs pour anoncer Biseaux Princial.
- Afin de ne pas cumuler trop d'avance, nous prendrons le temps d'un retard. La compagnie et moi-même vous invitons à aller savourer les délices aux abords de la gare et de nous retrouver à trente-sept tapantes pour un départ dans les cinq minutes qui suivent. Votre capitaine.
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roh si vous arrivez à 2020 vues le 1er janvier 2020...
je prends des résolutions pour l'année !
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XXVI - Tube de cubes
Nous promenons, sans voix.
Les bâtiments anthracites sont si gris, mais élevés de telle sorte que l'austérité parait digne et solide, et alors nous nous surprenons quelques torticolis au gré des statues d'architectes d'un passage étrange entre les réalités.
Biseaux est une ville fantôme, bien évidemment.
Une ville que seuls les voyageurs à lanterne peuvent trouver une froide nuit d'hiver, alors que la tempête neige sur la neige. Nous y sommes les invités d'un dommage de la société des chemins de fer. Et il n'y a personne d'autre que nous. Comme un car de retraités, coincé en voyage, bloqué sur la route, limité par la planète civilisée. Il faudrait peut-être un traineau. Et des rennes.
L'horizon n'existe déjà plus.
Tout est blanc, jusqu'à ce que salisse la présence.
La notre.
Celle que mon regard, par exemple, ternit en la seconde, par contact, presque physiquement.
Puis nous sortons de cette aquarelle, par le hall de gare.
Le train ronronne.
Le capitaine attend que nous soyons tous là, et nous installe personnellement afin de prendre un peu plus de retard.
Le gamin ne m'a pas quitté. Ses parents se tiennent à distance. J'aperçois l'homme à la malette. La présence.
Quelques instant plus tard les rails sont à nouveau avalés par la locomotive et digérés sous nous fesses. Assis en boule dans mon propre gras, je fais comme si le manteau ne me gênait pas. Et dehors, il fait frais glacial.
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XXVII - Courbe directe
Les stations s'enchaînent et le train arrive à Nivens Nord. Il n'y a plus presonne ou presque dans le train. Ma voix demande à la petite famille :
- Vous ne descendez pas ?
Ils me sourient alors, comme si nous venions de rentrer dans un tout nouveau train.
- Alors vous allez au delà du pôle, vous aussi ? Là où l'univers rencontre un bord. Il parait que la faille est invisible mais qu'une fois traversée tout est différent.
Je suis un peu décontenancé. Peu sûr que les silhouettes aient le droit de rester jusqu'à zone non-humaine. Et pourtant ils sont là, dans le Décembre-Express, et le terminus se termine alors que les portes se ferment. Nous décollons à nouveau.
- Je suis là pour une occasion étrange. L'incarnation de quelque chose de mystique. Pour les gens de l'entre-deux-gares, peut-être. Et vous ?
Ils me répondent qu'ils sont là pour leur enfant.
- Je suis là pour l'incarnation de quelque chose de mystique également. Je n'ai pas tout compris, mais j'ai un rendez-vous devant un portail à nuages avec l'interdiction formelle de marcher sur l'eau. Je n'ai pas tout compris, mais de toutes façons je n'ai pas le choix, c'est mes parents qui décident. Comment tu t'appelles ?
Répondant comme je l'aurais fait à n'importe qui, je lui arrache un sourire un peu timide.
- Léon.
- C'est un peu sombre, comme prénom, pour quelqu'un qui s'habille en rouge avec un bonnet et des bords blancs.
- Ohoh, tu m'en diras tant. Pourquoi ne dois-tu pas marcher sur l'eau ?
- Ca les effraie, peut-être.
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XXVIII - Le conducteur absolu
La voix du capitaine.
- Ça y est. Nous sommes enfin en retard. Veuillez attacher vos ceintures, et profiter de maintenant.
Je souris au silhouettes anthracites, et elles prennent quelques couleurs à l'aura d'une sortie des limites de l'entendement. Au delà de l'univers, une maman commence à jaunir, un papa à bleuir. L'enfant, lui, scintille aussi.
Leurs contours se font moins flous.
Distinctement, je demande leurs prénoms.
- Je m'appelle Joseph.
Chacun récite alors son patronyme, et après les présentations, nous sommes prêts à nous séparer.
- Ce voyage m'est étranger, ce sera la première fois que je prendrai le Décembre-Express.
- Oui, c'est toujours la première fois.
A ce moment là, alors qu'une vache et un âne n'aurait pas suffit, les trois types couronnées de toute-à-l'éternité reparaissent au bout du wagon.
Une procession les suit.
Leur regard morne ne se veut ni offusqué ni offusquant. Juste est-il gris. Alors que l'enfant rayonne.
Les cadeaux s'amoncellent, des paquets des bougies, que les gens déposent tout autour de nous. Je me sens un peu de trop.
Lorsque nous arriverons, je serai sûr que nous sommes bien ni en avance ni en retard, mais bien à la ligne de départ d'un nouveau temps.
La vieille dame avec l'énorme valise point le bout de ses lunettes lorsque des éternités ont vu passer les passants.
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XXIX - Partance transitoire
La vieille dame est accompagnée de la présence au chapeau et lunettes noires. Noires. Elle dit à l'enfant quelque chose qu'il ne semble que sur le point d'accepter sans comprendre. Et moi-même n'ai pas saisi, ni entendu ni compris.
Alors mon gros bedon me signifie une gargouille.
Une bulle s'échappe en moi, et je voudrais mon traîneau et mes rennes. Déjà.
J'ai signé un contrat, avec une lame en guise de plume et mon sang pour l'encre d'un papier tamponné par je-ne-sais-pas-qui, quoi.
Le gamin, c'est autre chose.
Il est là sans être là.
Et tout autour de lui, plus rien ne semble lumineux. Pas même les couleurs, qui restent ce qu'elles sont à l'anthracite, mais dont l'éclat s'oxyde en sa présence pour reparaître lorsqu'il ferme les yeux.
Je voudrais des lutins verts et rouges. Je voudrais une usine de bonheur. Une chaîne de production de tout ce qui se fait de plaisant dans l'existence. Un élan que je sens dangereux, mais c'est aussi pour le goût luxueux du risque que j'ai coulé une larme en paraphe.
- Hohoho. Te voilà dans une position que je ne peux imaginer, petit d'humain. Seras-tu sage ?
Il me regarde, mais au moment de répondre, il est coupé par le bruit des portières.
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J'ai un peu de retard à commenter, j'ai lu en diagonale, mais je relirai, dans le sens des rails... le train de tes pensées transitoires, éphémères et non moins insistantes. Dot, ton train va trop vite, mais si lentement, qu'il n'oublie rien au passage.
(je ne porte pas de lunettes noires, sauf quand le soleil donne...)
;) ;) ;)
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_____cool-cool-cool-tchou__________// ° \\_______
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XXX - Avant cet itinéraire tout tracé
C'est au tour de l'homme pressé à la mallette de repasser.
Sa voix on ne l'entendra pas.
Mais il dépose sur le sol la prise de sa main à manchette.
Puis, il s'en va.
Ses yeux d'acier laisse dans le train flou une trace bleutée, qui perdure et brille sombrement.
Le gamin ouvre, ou plutôt il essaye.
Les cliquetis n'y font rien, il faut une clé.
Certains de devoir la trouver, nous cherchons, un peu désespérément. En observant un peu mieux la serrure, nous trouvons de quoi solutionner le problème. Il s'agit d'un jeu de pièces imbriquées qui, une fois désorganisé, nous fournit une petite clé de métal qui rentre juste dans le trou.
Quelques cliquetis plus tard, et les charnières ne grincent que de manière feutrée.
A l'intérieur de la mallette...
Un bouton pressoir.
Nous nous regardons entre jaune, bleu, rouge... le gamin fronce un sourcil.
- A quoi ça sert ?
On ne sait pas qui répond :
- Tu as le choix de tenter.
Sans hésiter, il appuie.
Rouge.
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Et c'est perdu :'(
pas de 2020 vues en 2020 :'(
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:D :D
Meuh ! c'est pas perdu pour tout le monde Dot ! ça dépend comment tu poses les chiffres hein ?
2020 ça peut faire 0022...
;) ;)
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nan il faudrait juste attendre la prochaine éclipse mathématique...
3112 vues le 31/12 ?
naaaaaaan
1.012.020 vues le lendemain
ou rien
!
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t'as le compte là !
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bah c'était un black-jack en fait, plutôt :'(
j'aurais bien screené la scène avec l'heure la date et les vues mais fallait que ce soit le jour même :'(
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XXXI - Un dernier pour le rail
Noir.
Il n'y a plus que nos voix.
Tout est éteint.
Comme en l'expectative d'un nouveau temps.
Seul le bouton rouge brille dans le noir.
Le train est toujours le même, nous le sentons.
La malette se met à parler.
- 10
- 9
- 8
...
Les secondes étirent notre urgente inquiétude.
- 6
- 5
- 4
...
J'ai l'espoir, je ne peux m'empêcher de sourire à la suite.
Quelle qu'elle soit.
- 2
- 1
...
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ah merde on est le 31
et j'ai pas pondu le te
xte numéro 32 que je
voulais pondre pour r
attraper mon avance !