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Je n’ai pas envie que les choses se déroulent bien. Je relâche mes bras, je ne retiens plus mon habit qui prend le large et tombe sans s’arrêter et n’importe comment jusqu’à traverser les nuages et que je ne le voie plus. Mes bras n’ont pas heurté le sol en tombant, je suis trop haut ; j’aurais presque imaginé que même mes épaules ne les auraient pas retenus. Encore un presque, encore bloqué avec ces membres rabattus. Je n’ai même plus la force de me plaindre, je me demande ce qui ferait de moi une bonne personne ; un être vivant dont on voudrait préserver l’existence. Je me demande qui me nourrira lorsque tout le monde sera mort. J’oublie de me demander si je serai encore moi-même après être devenu un mort aussi, une bonne personne. Je ne connais toujours pas la magie. Mais j’ai rencontré des êtres qui en usaient. J’ai même failli rencontrer celui qui l’a créée. Le Marcheur-Monde. Je suis un être-vivant de ma dimension, peut-être celui qui a été au plus près de l’Anomalie naissante parmi toutes les amibes, je n’arrive toujours pas à sortir de ma tête. Je suis piégé en mon sein, et je ne sais pas quoi en penser.
Mais désormais je me demande si j’ai seulement été. Je regarde le vent, les nuages, le ciel blanc même au-dessus des rêves. Les nuages. Derrière moi le dernier boyau du Noyau s’ouvre une ultime fois, sur du vide. Une porte que cloisonne un mur de pierre ocre, rugueuse et terne, une paroi qui se referme comme un mammifère sur son petit, sur moi, et cinq mètres sur trois d’une forêt de stalagmites disparates. Je voudrais faire un pas de plus mais le vide m’en empêche. La porte est en fer, elle est fermée. Derrière on m’attend pour un mariage, des amis, celui de mon frère. Celui pour lequel j’ai jeté l’habit. Ce frère pour lequel je n’ai rien fait, et qui n’a rien fait pour moi en retour.
J’ai l’impression que ma situation ressemble à une autre, je n’ai pas envie de m’enfuir. Et pourtant je me sens libre. Je voudrais faire un petit somme. Mais, sans habit, tous les invités seront sur mon dos pour les six prochaines heures. Cela devrait laisser le temps au tueur d’assassiner la mariée ; et le marié.
J’échappe un très long soupir, qui rejoindra l’habit ou simplement l’absence, si le vent l'emporte. Je me retourne, et revient sur mes pas. Le cœur dans les poches.