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I
On lui avait dit de pas chercher la Princesse, parce que c'était peine perdue et que la femme parfaite est une connasse. Il était parti en peine, perdu qu'aucune femme ne le supportasse, et s'était mis en tête de trouver une quête qui le satisfasse.
Il parcourut les milles du royaume, le Prince.
Il rencontra la populace, découvrit de nouvelles places, des endroits que son père le Roi lui avait mille fois narré, mais qu'il n'avait jamais visité. Il signa des dédicaces aux veuves et aux orphelins, il rendit efficace la trame d'un destin de sang pur, noble, aux yeux de ces besaces vides, cette masse limpide que le regard du Prince n'espérait qu'encore mieux, au-delà des rêves et des fantasmes, car c'était cela la réalité, le vrai monde qui avait érigé son palace.
Il partit combattre les monstres et les vilains, le Prince.
Et sa soif d'aventure se forgea, coriace, une armure de plates qui ne laissait aucune trace sur sa peau, aucune cicatrice autre que des mots altruistes vers les dévots de l'honneur, qui le rendirent locace à toute heure, un conte presque cocasse dans lequel rien ne meurt sans fonction que vider l'espace d'une présence gênante. Son épée pourfendit les brigands, les assassins, les traitres et les sauvages. Rien ne lui résista tant il avait la rage. Cette Princesse, quel outrage, a bien fait de se mettre en cage, se disait-il avec courage, alors que se tordaient les limaces sous sa lame à malice, et quand le sang giclait, c'était en venant recouvrir l'espoir, tâcher les indices du mirage d'altesse.
Il se rendit en politique dans d'autres contrées, le Prince.
Pour que s'efface la guerre, pour que triomphe la face cachée de la paix ; il visita, palabra, arrangea et négocia. Son écoute, sur le propos des éminents, le rendit avide, impatient du déroulement de ce qui se décide en hauts lieux, quoi qu'il fisse, ce fut toujours plus curieux et intrigué envers ce monde sans Princesse, qu'il abattit les murs de sa paresse de Prince.
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II
- Non mais ça va pas bien vous ?! Votre canasson frétillant là, vous croyez pas un peu qu'il va se baver à l'abreuvoir, tout de même ! C'est la canicule, mon bon monsieur, les restrictions s'appliquent depuis l'avis à la population, j'y étais ce matin ! L'aisance de votre cuir n'a pas à outrepasser l'édit des fonctions ! Du balais !
- Ok sorcière, je te prie de m'excuser ; l'avis ne m'est pas parvenu mais il ne m'étonne guère, et je m'en vais le respecter. Tu as bien de la verve à revendre pour venir me houspiller de la sorte. C'est fort aimable à toi de me ramener à la loi. Qu'officies-tu en ces lieux perdus ?
- Le village ne m'intéresse pas, je suis une passagère de l'autre monde et tu ne me reverras pas à moins que j'y escompte. Ne te préoccupes plus de moi.
- Bien. Tu es libre en territoire souverain, et la morale autant que les textes me rappellent qu'il en va de mon devoir, de te laisser vivre ce sentiment autant qu'il te le plaira. Mais je me dois de transmettre mon intrigue. Qui es-tu réellement ?
- Rien, et surtout pas personne. C'est pire que cela, ne vas pas t'imaginer qu'il y a quelque chose derrière tout ceci. Le néant. Il n'y a rien à mon origine et ma fin n'est pas de votre écriture. Je ne plaisante pas, toi probable haut-placé des têtes écervelées qui daignent accorder à ce monde la noble tache de tout entacher... Vas-t'en de moi, maintenant que ton cheval a repris goût à l'eau.
- Des monstres mythiques, des esprits ésotériques, j'en ai rencontré. Des illusions galvaudées de saveurs sucrées, j'en ai dégustées. Mais du néant absolu qui s'incarnerait devant moi en l'état de votre presque-impertinence, j'ai l'envie de creuser, m'en excusez ?
- Il n'y a rien à creuser. Tout est déjà vide en moi.
- Sorcière, que dis-tu là ?
- Que c'en est assez pour maintenant, jeune innocent. Laisse-moi, vraiment, et peut-être qu'au détour d'une fois, prochainement, tu entendras parler de moi par le vent. Ton émois garde-le, mais n'en fais ni loi ni chaîne, juste un garde-fou que tu te dois, dorénavant, de laisser derrière toi.
- Disparais alors, sorcière. En paix.