(https://media.senscritique.com/media/000018649473/source_big/Le_Monde_horizontal.jpg)
(éd. José Corti, 170 p.)
L'éditeur en dit :
Ce texte, qui mêle fiction et faits réels, entrelace petites et grandes destinées prises dans les mouvements invisibles du monde. S’y croisent un préhistorien amateur, des ogres, des mineurs rescapés, des figures bibliques, August Sander et Christophe Colomb, Léonard de Vinci, un lettré, une jeune émigrante, un chauffeur de bus, des essais nucléaires, Jackson Pollock ou Diane Arbus.
Fonctionnant par fragments et associations, Le Monde horizontal dessine en la suggérant l’évolution de notre rapport au monde, de la verticalité des astres et des dieux du début des temps à l’horizontalité indéfiniment répétée de la civilisation qui nous entoure. Au bout de ce parcours, dont le lecteur est aussi le traducteur, reste la figure de l’homme, sa place dans le monde, les multiples visages de sa détresse.
Je me suis vite laissé séduire par l'écriture, il y a cette syntaxe assez savante qui reste finalement très fluide, j'ai tout lu vite avec beaucoup de plaisir.
Donc c'est toute une galerie de personnages qui se passent le relais de la narration, le temps d'un paragraphe ou d'un chapitre. Remaury se pose comme chroniqueur du (XXe) siècle, esquisse l'anatomie de la modernité par un jeu d'échos multipliés. Pas de schéma narratif classique (situation initiale, élément perturbateur, péripéties, résolution), à moins que le sujet n'en soit l'évolution humaine elle-même, qui au XXe siècle achève sa révolution, passant d'un monde quasi chtonien (dans les premières séquences revient le motif de la grotte, de la mine...) à cette horizontalité infinie dont Remaury place l'origine dans la géographie états-unienne dont les nouveaux maitres conquièrent le siècle. En fait c'est presque un essai romancé.
Le seul moment où j'ai un peu grimacé, c'est quand ça flirte trop avec la reconstitution de modes de comportement des cultures préhistoriques pyrénéennes, parce que l'archéologie préhistorique (qu'il m'est arrivé d'étudier quelques années, même si c'était y a longtemps) est toujours très très frileuse à toute représentation qui, hélas, vire très rapidement au fantasme, à l'anachronisme et à plein d'autres péchés. C'est pas avec quelques peintures, des éclats de silex, des trous de poteaux et les os rongés du repas qu'on peut malheureusement comprendre grand-chose à la vie spirituelle de ces cultures. Du coup parfois Remaury, malgré tout avec une certaine subtilité, rôde en lisière de tout ça et j'ai froncé le nez. Mais c'est un détail (:
Ca fait partie des livres de la rentrée 2019 que j'ai beaucoup aimés, et j'ai décidé d'en répéter la chronique ici parce que je trouve sa structure assez inspirante, ça pourrait conduire à un jeu littéraire par exemple. C'est vraiment du relais : ça commence avec l'histoire d'un paléontologue qui découvre un site d'art pariétal dans les Pyrénées, ça continue avec un autre évènement souterrain situé la même année : un accident minier dans le nord de la France, et puis ça continue avec les débuts d'un photographe allemand qui s'attache à faire cliché des "petits" métiers, dont ceux de la mine ; et puis... ainsi de suite.
Je trouve que y a beaucoup de mauvais romans qui s'attachent à rendre leur intrigue bien solide, unifiée, cimentée, bétonnée, et de ce fait sans aucune souplesse, aride et intellectuellement chiante à mourir (rien à grignoter en marge du sacrosaint "récit anecdotique"). Pour moi ce texte, c'est un peu l'inverse : une douzaine de petits carreaux de mosaïque qui donnent à entrevoir l'immense mosaïque du siècle, une douzaine sur cent, sur mille, mais dont la description nous pousse à tracer des contours entre eux, imaginer le dessin qui peut-être les unifie.
Et dans un mode d'écriture tel que le nano, je pense que c'est une structure assez adaptée, vraiment flexible et qui permet de varier les plaisirs, en se laissant guider par quelques motifs qu'on aura identifiés au départ.
En tous les cas, ça a été une lecture enrichissante et plutôt inspirante (:
Les premières pages (https://www.jose-corti.fr/PDF-TEXTES/monde-horizontal-9-17.pdf).