Le Monde de L'Écriture
Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: PaulCahin le 24 Août 2019 à 19:37:31
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J'ai toujours voulu être une femme.
Du plus loin que je me souvienne, mon aspiration secrète et profonde a toujours été d'être femme.
Je ne le suis pas, notez-le bien..., non, mais parler comme elles, me comporter comme elles, vivre... J'ai toujours voulu être un femme. Être, au féminin.
Je ne disserterai pas longtemps sur les brimades et souffrances que m'a procuré ce secret. Ni sur les mensonges et trahisons dont j'ai dû jalonner ma route afin de me protéger. "Trahir", "Protéger", comme ces deux termes me semblent indissociables tant j'en ai usé, tant j'en ai consommé jusqu'à la lie la part qui revient à chacun. Trahir.... Comme moi même je l'ai été. Protéger... comme... Non, compter sur soi, rien que sur soi. Ne pas s'étendre. Secret garder vaut sécurité.
Le refoulement est dit-on suicidaire, qui plus tard développe un terrain propice à l'abandon. Je confirme. S'assumer, s'accomplir en tant qu'être et laisser libre court à ses envies est sans doute le secret de la longévité.
Moi, j'ai commencé par vieillir. Dans le refus, dans le déni, à force de vexations et d'apparence, j'ai commencé ma vie par la fin. Paraître, faire semblant.... un poison assurément, la cigüe des faibles et des poseurs. Des lâches, oui ! J'ai donc commencé par vieillir. Petit à petit. À m'empoisonner, à m’emprisonner. Jusqu'à envisager le pire, le trépas sans honneurs : Le Pont.
J'y suis allé, oui,... j'y suis allé. Plonger dans le néant, se sentir libre, pouvoir en femme s'écraser sur le sol et blesser autour de soi le plus grand nombre... tuer et mourir, cracher sa haine et se libérer... Oui j'y suis allé, haut, très haut,... Tout en haut.
Mais je n'ai pas pu. Un... un je ne sais quoi qui m'a retenu, m'a empêché, une volonté, une... force... une... intuition... presque féminine. Un soupçon de féminité.
Le monde s'est alors ouvert à moi, ma perception s'en est comme éclairci qui jusque-là semblait altérée par je ne sais quel voile obscur.
Je ne dirais pas une "renaissance", non, pour renaître encore faut-il avoir vécu. Une "naissance", donc ? Non plus. Non, plutôt un "éveil". Oui c'est ça : un éveil. Comme le soleil éveille les fleurs, comme les beaux jours égaient la faune. Une force a éveillé mon âme, une intuition a ouvert mon cœur, et quel que soit le nom que l'on donne à ceci, c'est en cet instant précis que je me suis senti "grandir", qu'en mon sein sont tombés les remparts de mes propres interdits.
J'ai commencé mon existence par vieillir.
J'étais vieux, j'étais usé mais c'est au bord du gouffre que je me suis révélé.
Que je me suis réveillé.
Réveillée.
J'ai toujours voulu être une femme.
Quoi qu'on en pense, quoi qu'on en dise, je sais maintenant en être une.
Car j'ai accordé ce que seules les femmes savent accorder :
J'ai pardonné.
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Bonsoir,
J'ai aimé votre texte, lu trois fois pour mieux m'en imprégner. Sujet délicat, difficile et pourtant tellement important. A suivre toujours une même ligne qui semble toute tracée et bien droite, on se perd, un petit écart, un réajustement et la ligne devient une jolie courbe plus facile à suivre. :noange: :)
Très bien écrit, les bons mots aux bons endroits.
Merci pour le partage.
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Une puissance évocative associé à un parler des plus crédibles.
La ponctuation, tantôt hésitante, tantôt douloureuse des points de suspension est une très belle réussite.
Les changements dans le genre des adjectifs et des verbes permettent en un mot de délivrer un sens profond, et globalement, toutes les images sont aussi profondes et jolies.
Un exemple : "un éveil. Comme le soleil éveille les fleurs, comme les beaux jours égaient la faune", quelle force dans l'image, quel sens dans cet éveil comparé à la croissance et la joie de la nature sous le soleil, comment ne pas être convaincu, en une ligne, de la puissance de cet éveil?
Et puis la dualité féminin/masculin, avec la découverte d'une intuition féminine qui déclenche l'éveil, la sensation soudaine et vraie de concevoir le monde d'un oeil sensiblement différent, alors que jusqu'alors le personnage se torturait dans l'entre-deux.
C'est franchement très bien. :D
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Salut,
Détail :
Je ne disserterai pas longtemps sur les brimades et souffrances que m'ont procurés ce secret.
ce secret est le sujet, non ? => que m'a
Trahir, Protéger, comme ces deux termes me semblent indissociables
pinaillage : j'aurais utilisé des guillemets et pas des majuscules pour les deux verbes
Dans le refus, dans le déni, à force de vexations et d'apparence, j'ai commencé ma vie par la fin.
très chouette ça
A m'empoisonner, à m’emprisonner.
À
Oui j'y suis allé, haut, très haut,...
pas de virgule avant les points de suspension, je pense
Un... un je ne sais quoi qui m'a retenu,
le "qui" me semble de trop
ma perception s'en est comme éclairci qui jusque là semblait altérée par je ne sais quel voile obscure.
pas fan de cette construction avec "qui" (ou alors avec "elle qui...")
tu utilises cette même construction avant : "Le refoulement est dit-on suicidaire, qui plus tard développe" je n'avais pas relevé et j'avais déjà tiqué. Ce qui est étrange c'est que tu utilises le pronom relatif "qui" pour reprendre le sujet de la principale. (mais bon, j'avoue ne pas savoir si grammaticalement c'est incorrect ou non)
J'aurais repris le sujet comme ça : "ma perception s'en est comme éclairci, elle semblait jusque là altérée par je ne sais quel voile obscur."
ma perception s'en est comme éclairci qui jusque là semblait altérée par je ne sais quel voile obscure.
obscur
jusque-là
Car j'ai accordé ce que seule les femmes savent accorder :
seules
Dernier truc, je ne suis pas fan des points de suspension surabondants.
Voilà pour les détails.
Plus globalement :
J'aime bien les ellipses et notamment celle avec "Le Pont", j'aime bien aussi la sensibilité qui se dégage du texte. J'aime moins le "cliché" de "l'intuition féminine" et la dernière phrase qui me semble créer une frontière de genre artificielle :
Car j'ai accordé ce que seule les femmes savent accorder :
J'ai pardonné.
en plus, ça me semble être une justification bien faible, ce "car" brise un peu la poésie du texte, je trouve.
Bon, j'ai fait plein de pinaillages, mais j'ai bien aimé ton texte, encore une fois très sensible.
A+
Rémi
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Merci BAGHOU, merci Julien-Gracq, merci Rémi.
D'avoir lu; d'avoir commenté; aimé, ou non.
Je vais essayer défendre ce texte par des réponses (dans le désordre) plus directement destinées à Rémy :
- d'abord les "qui" et "..." : je sais, on me l'a deja fait remarqué mais quand j'écris ça sort d'un coup avec tres peu de corrections à la relecture, et tjs avec des "qui" et "..." qu'il me generait de supprimer, au risque d'obtenir un texte... dans lequel je ne me reconnaitrais plus. J'en suis arrivé à la conclusion que ça fait partie de "mon style". Idem pour certaines tournures de phrase qu'on me dit parfois "compliquées". Mais je ne les en trouvent que plus belles, harmonieuses. La lecture doit aussi être une musique. Parfois.
- intuition féminine : je place ici ma réponse car elle illustre parfaitement ce qui précède :
ce que j'ai essayé de transcrire par les "..." si décriés, c'est que le héros SE persuade lui-même qu'il s'agit là d'une touche féminine, c'est pourquoi on arrive progressivement à cette idée (cf "une volonté, une... force... une... intuition... presque féminine. Un soupçon de féminité.")
Aussi, "intuition féminine" est effectivement un cliché mais c'est surtout un moteur, le seul qui m'ai semblé suffisamment sensible et juste, pour que mon héros puisse commencer à se construire, s'assumer, se libérer de ses contraintes.
Bref, c'est d'abord "intuition", ensuite "presque" et seulement après "féminine"
- merci pour les corrections grammaticales et orthographiques; je vais corriger
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Ce texte est étrangement fascinant tout comme son thème. Car je n'ai vu aucune imperfection grammaticale tant il en ressort une certaine intégrité qui subsume l'idée du transsexualisme.( l'intention prend le dessus sur la forme).
La technique très personnelle ne déssert nullement l'atmosphère générale...elle vient en aide à l'écrivain et accentue la véracité du propos.
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