Quand je n'ai plus même la force de marcher, je danse encore.
On m'a raconté que, toute petite fille, je m'agitais déjà en rythme avant de faire mes premiers pas.
Dès que je rentre chez moi, j'attache mes cheveux, je retire mes chaussures et j'esquisse une valse.
J'aime surtout danser seule, rideaux tirés sur l'obscurité, des écouteurs dans les oreilles.
Je trace un cercle en suspension dans l'espace et le temps, un lieu où seul mon corps existe.
Livrée à moi-même, je saute, je griffe le vide, je cours, je tombe.
Il m'arrive de m'effondrer, en sueur et à bout de souffle, après avoir dansé des heures durant.
Je me fais souvent mal. Orteils cognés contre les meubles, genoux écorchés sur le sol, muscles froissés par des mouvements trop brusques, je mets mon corps à rude épreuve.
Je danse ma joie, mon angoisse et ma peur ; je danse les émotions que je ne me dis pas.
Mes rituels m'ont forgé un physique propre, un corps nerveux aux jambes robustes et aux bras longs.
Sous le regard des gens, j'éprouve de grandes difficultés à contraindre mes gestes.
Je me retrouve dans l'abandon, le ravissement de mes danses.