A mes collègues de bureau : "Comme promis, c'est écrit et publié, à toute à l'heure à la cafétéria".
Les femmes posent des questions auxquelles les hommes n’apportent pas de réponse
— Dites les filles : Pourquoi les hommes ne répondent jamais aux questions ?
Ma collègue Lydia a ouvert ainsi le débat, nous expliquant que la veille au soir, lors d’un repas familial, son mari n’avait participé à aucune des conversations amorcées par les invités. Questionnant son époux sur ce fait, il répliqua que ces discussions de « bonnes femmes » ne l’intéressaient pas.
En ce début de juillet, nous étions entre filles à la cafétéria et chacune d’entre nous essayait de trouver des explications à ce phénomène. Le constat de Lydia s’appliquait-il aussi à nous ? La discussion s’enflamme et en l’absence de nos collègues masculins partis en vacances, nous intriguons pour en savoir plus. Pourquoi les hommes ne répondent jamais ou rarement à nos questions ? Pour en être certaines, nous décidons de préparer un plan de bataille et tester ainsi les hommes qui nous entourent.
Le plan :
Poser des questions aux cours de discussions diverses et variées, pour cela nous avions jusqu’à fin du mois de juillet.
Les cibles :
Tous les hommes de notre entourage personnel, professionnel, amis et même les inconnus. Sur le grill Messieurs !
Les modalités :
Des questions simples et courtes recouvrant plusieurs thématiques. Pas de listes exhaustives, à chacune d’improviser selon les situations. Toutes les questions sont possibles et doivent obligatoirement s’intégrer dans une conversation. Interdiction de donner la liste, il nous fallait des réponses en direct sans possibilité de réflexion. Pour sécuriser les plus timides d’entre nous, quelques questions communes sont définies préalablement.
Les exemples de questions :
- Sphère intime : Pourquoi tu ne me dis jamais que tu m’aimes ? J’ai envie de me faire tatouer une rose sur la cheville, tu en penses quoi ? Tu trouves que j’ai de l’humour ? Tu m’emmènes en week-end au bord de la mer ? Tu m’accompagnes au supermarché ?
- Sphère sociétale : La PMA, vous y êtes favorable ? Ne plus manger de viande, vous adhérez à ce concept ? Vous faites quoi pour sauver la planète ?
- Sphère sportive : Mbappé, génie talentueux ou sportif éphémère ? Les sportifs sont-ils tous dopés ?
- Sphère professionnelle : Quel est ton salaire ? L’égalité homme/femme, même fonction/même salaire, tu en penses quoi ?
Le bilan :
La première semaine du mois d’août, j’étais chargée en tant que « couteau suisse » de l’écriture de rédiger les conclusions de façon satirique.
Bien ! Nous y voilà ! Une soirée entre filles chez moi, toutes déchainées et remontées comme jamais, quelques bouteilles de champagne et des petites douceurs gustatives, nous sommes prêtes. Des guerrières !
Honneur à Lydia, d’habitude la plus calme et la plus douce d’entre nous et pourtant elle fulminait contre son mari, ses fils aussi, les amis de son époux et même ses collègues de service. Seul son vieux père trouvait encore grâce à ses yeux. Lydia avait osé toutes les questions et constaté amèrement que son panel d’hommes soit si timoré sur certains sujets et même désintéressés. Hors de question pour son fils de sortir avec elle, hors de question pour son mari d’envisager un tatouage, les convenances avant tout. Nous la sentions triste et dépitée. Mais, après une première flûte, elle nous ébauche un sourire.
Au tour de la jolie Vanessa, notre atout séduction, délurée, jamais froid aux yeux et la seule qui ait une confiance quasi-totale dans la gent masculine. Elle reconnaissait toutefois avoir été déçue. Son environnement était pourtant très masculin, aucun homme n’osait lui dire non, elle seule choisissait. Vanessa a donc posé les questions les plus intimes et même enregistré certaines réponses sur son téléphone. Aucun de ses amis de soirée n’avait répondu franchement pour l’emmener en week-end, elle avoue l’avoir ressenti comme un échec. La semaine suivant ses premiers revers, elle m’accompagnait à mon initiation à la boxe, certaine d’obtenir des réponses pendant que je suerai sur le ring et ses abords. Elle récolta deux numéros de téléphone, quelques réponses et l’obligation pour nous deux d’accepter de prendre un verre en sortant du club. Bien joué Vanessa et merci à nos deux cobayes consentants !
Concernant Carole, la tâche n’aura pas été simple, son entourage et quasiment féminin et canin. Parfois, les hommes sont un peu chien, voire cabot, mais poser des questions à des caniches fausserait quelque peu le test. Carole s’est donc rabattue sur ses collègues masculins pas vraiment ouverts aux conversations autres que professionnelles et surtout très coincés. Les dérider est toujours compliqué, alors sa quête n’a pas donné grand-chose, parler PMA et environnement à des hommes étranglés quotidiennement par leur cravate et incapables de laisser tomber la veste par temps de canicule me laissait toujours pantoise. Franchement, je la plaignais de côtoyer au quotidien cette catégorie d’hommes. Elle essayait toujours de changer de service, mais rien à faire de ce côté-là.
Notre grande sœur à toutes, Ingrid, la caution morale de l’équipe et la sagesse faite femme, a contourné facilement la problématique. A mi-temps dans une association sportive, elle a en quelques jours passés tous les licenciés du club à la moulinette et évidemment remporté plus de succès avec Mbappé qu’avec les véganes. Assez timide, elle a reconnu que l’exercice lui avait fait un bien fou et souhaite de nouveaux challenges de ce genre. Aucun problème, Ingrid compte sur nous !
Je termine donc notre tour de table, bilan mi-figue mi-raisin, la question sur un éventuel tatouage à la cheville ou plus discrètement en haut de la fesse en aura affolé plus d’un, ce n’était pas une surprise. Dommage pour eux car je l’envisageais sérieusement de plus en plus. Le thème PMA est venu aussi heurter les convictions « vieille France » de ma famille et mes amis, à l’exemple du mariage pour tous, je savais que cela virerait au clash. Plus facile, la tendance du sans viande qui visiblement ne remettrait pas en cause nos habitudes culinaires au cours des prochaines années. L’égalité salariale reste un tabou difficilement "déverrouillable" même si à mon niveau professionnel, je connais les écarts et les accepte en partie depuis bien longtemps. Je n’ai jamais cru dans les lois pour changer la société et les mentalités, elle n’évolue que parce qu’on le souhaite et qu’on se bat pour cela. Les femmes le font tous les jours, à leur manière.
Nous avions toutes posé d’autres questions pour sortir un peu du cadre, selon les opportunités. Pour ma part, j’en ai posé quelques-unes sur ce forum pour voir, comme on jette une bouteille à la mer. Peu ou pas de bonne pêche, il semble donc que le mari de Lydia ne soit pas une exception, mais seulement un « standard normal ». Effrayant !
Les hommes répugnent à aborder certains sujets par gêne, ignorance, désintérêt, ennui ou par simple opposition de principe, c’est un constat et non une critique.
Quatre types de réponse :
- L’absence de réponse ou le fameux « Euh, je ne sais pas, ce que tu veux que je te dise ! »
- La minimaliste : oui, non, peut-être, faut voir, je ne sais pas où la pire, je m’en fous.
- La « je te la fais à l’envers » : Réponds d’abord et je te dirais ce que j’en pense.
- La développée : rare il faut le reconnaître à part en matière de sport et de tatouage ! Et pour les autres thèmes cela a souvent tourné à l’affrontement homme/femme et monté dans la mauvaise humeur.
Les hommes tous types confondus n’aiment visiblement pas les questions des femmes même les plus basiques. C’est indubitable.
L’exception sportive où les arguments sont donnés en long, en large et en travers n’est pas satisfaisante. Pour le reste rien ou si peu que cela revient au même. Se positionner clairement sur un sujet de société reste donc difficile. Famille et amis sont évidemment les plus réceptifs, mais paradoxalement fermés au débat une fois qu’ils ont annoncé leur position. L’affaire est donc entendue, fermez le ban !
Messieurs, nous aurions aimé entendre ce genre de réponses :
— Excuse-moi chérie, bien sûr que je t’aime comme au premier jour.
— Une rose à ta cheville t’irait très bien et si tu as mal je serai à tes côtés.
— Pour la PMA, ta position de femme est prépondérante, tu as mon soutien.
— Une semaine sans viande, je suis d’accord essayons.
— Demain, je t’accompagne au supermarché, je pousserai le caddy.
— Ce petit week-end en amoureux, nous y allons, choisis la destination.
— Ton humour j’adore, surtout ton « humour vache » avec ta mère.
— Tu as raison entre collègues, on peut être honnête, mon salaire est de …
Voilà Messieurs, rien de compliqué, un petit effort et vous récupérez des femmes aimantes et heureuses, des amies toujours là pour vous rendre service et des collègues pour qui la notion d’équipe n’est pas un vain mot.
Ne voulant pas rester sur un demi-échec et le champagne aidant nous avons décidé pour le mois de septembre d’inverser la situation : Et si les femmes ne répondaient plus aux questions des hommes ! Mais pensaient très fort les réponses.
— Tu viens te coucher chérie ? Non, j’ai envie d’autre chose que t’entendre tes ronflements, je prends la chambre d’ami.
— Tu pourras gérer ma mère, j’ai match ce soir-là ? Rêve, c’est ta mère pas la mienne, donc fais une croix sur ta troisième mi-temps.
— C’est quoi cette salade, tu n’as pas acheté de viande ? Non, cette semaine c’est végétal, cela fera du bien à tes bourrelets.
— Tu peux me briefer sur le dossier de refinancement d’untel ? Non, tu prends le dossier et tu l’étudie.
— Tu pourras me refaire ton clafoutis ? Désolée, mais ce soir, j’ai sport.
— Tu peux préparer ma réunion de demain, je n’ai pas le temps ? Moi non plus et connaissant ton salaire supérieur de 20 % au mien, tu devrais travailler d’autant plus.
— T’as pensé à repasser ma chemise bleue ? Non, elle est même encore au sale.
— Tu peux me mettre le match ? Dommage, j'aurais aimé un câlin.
Nous vous souhaitons bien du plaisir !