Le Monde de L'Écriture
Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: Hesperis le 06 Août 2019 à 09:28:09
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Ça commence au réveil, comme une espèce d’épuisement qui te hante depuis si longtemps. Épris d’un malaise incessant, indolore mais insupportable. Le simple fait de mettre un pied hors du lit te paraît complexe, tel un invertébré voulant pratiquer l’aïkido. Jusqu’alors, tu n’avais encore pris conscience que le mal-être mental n’a besoin d’aucune raison tangible pour laminer quelqu’un.
L’esprit troublé, tu finis par t’attacher à quelques signes bénins, en tout cas c’est ce qu’on lit dans les livres. Un rire d’enfant, un chant d’oiseau, une affiche d’Ingrid Bergman, qu’importe. Le pied gauche rencontre enfin la fraîcheur de la pièce, restent les autres membres adipeux. Les similitudes avec le système carcéral te parviennent. Emmuré d’une cage obscure avec songes et illusions pour seuls visiteurs, tu décomptes les jours.
Petit à petit, les raidillons dessinés par l’ampleur des doutes et complexes, toujours évités, devinrent des pans de montagne infranchissables.
Les nerfs en pelote, les ongles si courts et le bout des doigts mangés à en faire pâlir une manucure. C’est un moindre mal, tel un iceberg, la partie submergée est beaucoup plus impressionnante et destructrice.
Lors des “Comment vas-tu ?” - courtois, insensés et automatiques, tu deviens soudainement aphasique. La machine interne, complexe, lutte avec elle-même : les rouages grippent, le système neuronal est, dès lors impuissant. Les cordes vocales, fourbes et autonomes, se lâchent.
Un rictus se dessine, - “Très bien, merci !”
Ce masque permanent cache la véritable noirceur de tes traits.
Les sermons s’enchainent “Bouge-toi !”, “Fais du sport !”, “Vois les choses de façon positive, un peu !”, “Tu devrais prendre l’air, t’as besoin de lumière”.
- “Des injonctions ! Mais lâchez-moi ! Voyez pas que j’suis occupé à user le cuir du canapé ? Et puis, j’ai pas b’soin de lumière.”
L’incandescence de la lune, tu la connais par cœur, tu pourrais même la dessiner. Les yeux fermés ! T’évites de le faire, les idées ténébreuses te reviendraient trop facilement.
La nuit est belle, sa longueur l’est beaucoup moins. Les réveils en sursaut, la peau halitueuse, 1h,2,3… 4 ! 5h ! Les souvenirs de l’époque à laquelle tu te levais à ces heures pour aller travailler, frais comme un gardon, te rendent mélancolique. Alors... Alors, tu sombres, de nouveau.
Chaque jour et chaque nuit, entre deux frayeurs, qu’elles soient nocturnes ou diurnes, tu te dis : “Finalement, je préfère sentir couler les larmes humides et salées que celles de sang.”
Alors, tu t’accroches aux barres invisibles, et une fois de plus, tu décomptes les jours avec pour quête le sourire que tu délivrais sans retenue, autrefois.
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Merci pour le retour, Manu !
En effet, je suis conscient que le thème du texte n’est pas des plus agréables à lire, que du contraire. Pour moi, l’écriture, tout comme la lecture, est un moyen d’évasion que je m’octroie mais ne change malheureusement pas l’attitude du moment.
J’espère vous faire part d’autres brèves plus ou moins longues, prochainement.
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Bonjour,
Mes sentiments sont mélangés et mon humeur s'en trouve changée après cette lecture. ;)
C'est bien écrit, cela percute le lecteur et laisse place à l'imagination … 8)
Belle réussite, merci.