Le Monde de L'Écriture

Salon littéraire => Salle de débats et réflexions sur l'écriture => Discussion démarrée par: Loup-Taciturne le 04 Août 2019 à 15:44:48

Titre: Simplification ou sacralisation de l'orthographe ? A votre plus bel apparat !
Posté par: Loup-Taciturne le 04 Août 2019 à 15:44:48
« En 1694, dans les cahiers préparatoires du tout premier dictionnaire de l'académie française, il est écrit : "L'orthographe servira à distinguer les gens de lettres des ignorants et des simples femmes". »

Bonjour à toutes et à tous,

Pour ceux qui ne sont pas encore convaincus de l'urgence à simplifier l'orthophotographie française et à  faire tomber nos croyances sur son soi-disant caractère patrimonial, pour ceux qui en sont déjà convaincus mais qui souhaitent partager un florilège des meilleurs arguments, le tout mis en scène avec un talent rhétorique délicieux, voici le mini plaidoyer de deux profs-linguistes militants et rafraichissants :

La faute de l'orthographe | Arnaud Hoedt Jérôme Piron
https://www.youtube.com/watch?v=5YO7Vg1ByA8&fbclid=IwAR0NJpBczdCxsRd45gAAp9AQtA0i37RPnV6wQvC1W4lKjIdwnKsyhTgwt5Y


Citation de:  Extraits

« En français on est particulièrement peu exigeant avec l'orthographe elle-même. S'il arrive qu'on juge votre orthographe, on ne juge pratiquement jamais l'orthographe elle même. Attention, il ne s'agit pas de juger la langue, mais bien son orthographe. »

« L'orthographe n'est qu'un outil au service de la langue »

« Donc ça fait : un son, douze manière de l'écrire, une lettre, trois façons de la prononcer. En turc, l'orthographe est parfaitement phonétique. Une lettre, un son. Un son, une lettre. "Mayonez", "sosis", "ekler". Donc, en turc, quand vous entendez un mot pour la première fois, vous savez automatiquement comment il s'écrit. Et c'est le cas dans beaucoup d'autres langues... »

« En français, si on inventait un mot qui n'existe pas. Comme le mot "craifition". de combien de manières différentes pourrait-on écrire ce nouveau mot ? » Réponse des linguistes en image grâce à un algorithme (je vous laisse imaginer...).

« Pourquoi est-ce que l'esprit critique s'arrête au seuil de l’orthographe ? Eh bien c'est parce qu'on a tous appris à ne plus se demander pourquoi. Pourquoi l'orthographe du français est-elle si compliquée ? »

« Au XVIIe siècle, on centralise l’État. Et Richelieu réalise que la langue est un pouvoir. Il créer alors l'académie française. L'académie aura pour mission de rédiger un dictionnaire pour fixer la norme. En réalité aujourd'hui l'académie française est une fausse référence. Il n'y a pas de linguiste à l'académie française. C'est un peu comme s'il n'y avait pas de mécanicien au contrôle technique. Académicien est un titre honorifique, pas scientifique. »

« En fait, dès l'origine, au XVIIe siècle, l'académie va surtout faire de la norme la marque de l'appartenance à la bonne société, le "bon" usage. »

Au XIXe siècle, « c'est la bourgeoisie montante qui va donner à l'orthographe ses lettres de noblesse . Elle va revendiquer une orthographe délibérément compliquée. »

« On va l'imposer à tous. De plus en plus d'enfants vont à l'école et l'orthographe devient le principal critère pour sélectionner les instituteurs. »

« C'est aussi l'époque de l’avènement des nationalismes, et on fait de la langue un enjeu identitaire. On veut un français, le même, pour tous. »

« Si on prend les consonnes étymologiques qui viennent du latin et du grec,"th", "ph", comme dans "philosophe", y toucher ce serait un peu comme s'en prendre au patrimoine. D'une certaine manière se couper d'une partie de l'histoire de la langue française. Mais cette histoire est largement fantasmée. D'abord, pourquoi est-ce qu'on a conservé ou introduit uniquement les consones étymologique issue du latin et du grec ? Bah parce que ça fait classe. Parce qu'on aimerait croire que le français ne descend que de l'antiquité. Mais en réalité on a évacué sans hésiter toutes les consones étymologiques issues des langues germaniques, de l'arabe, de l'italien. Rien que ces trois langues là c'est déjà 35% de tous les mots qu'on a emprunté en français. »

« La question de l'orthographe touche aussi celle de l'accès à l'emploi. Dans ces cas là aujourd'hui on sait ce que coûte une faute d'orthographe. Et puis vous imaginez si ce n'est pas votre langue maternelle, ou si vous êtes dyslexique »

« On emploi aussi l'orthographe pour disqualifiez une pensée. (…) Donc on empêche quelqu'un de s'exprimer à cause de son orthographe. Et donc on est bien là face à une forme de discrimination. Que tout le monde trouve légitime. Même ceux qui en sont victimes la trouvent légitime. ».

« Et tout ça n'est possible que si cet orthographe est sacré . Le Grevisse devient la Bible. »

« Et si l'orthographe française était un dogme ? Quand vous faites une fautes, on ne juge pas votre orthographe. On vous juge vous. »

« Les gens ont l'impression que si on simplifie on va faire moins d'efforts. Mais on va pas faire moins, on va faire mieux. Évidement c'est difficile de dire à ceux qui ont souffert qu'ils ont souffert pour rien. »

Et si le mouvement de conscientisation et de transformation était porté par ceux qui aiment la langue et la pratiquent. Ceux qui après avoir fait l'effort de se conformer, de se soumettre, comprennent que les nœuds dans les chaînes ne facilitent pas l’envol de la plume, font cadeau de la délester de toutes ses quincailleries, de toutes ses arrogances. Ceux qui par respect pour elle, la déchargent de toute responsabilité quant aux difficultés à la manier, libèrent ses locuteurs, rendent hommage à la vocation première et fondamentale d'une langue, vocation universelle et populaire du langage de servir le locuteur et non l'inverse. De servir de pont et non de muraille, aussi prestigieuse soit-elle.

A vos orthographes simplifiées pour dire, à vos orthographes d'apparat pour rire !

Titre: Re : Simplification ou sacralisation de l'orthographe ? A votre plus bel apparat !
Posté par: Ombelline le 04 Août 2019 à 19:40:31
La vidéo articule vraiment tout très bien, j'étais déjà d'accord avec l'idée, mais maintenant j'ai des exemples plus précis à utiliser :)

Richelieu est quand même plus distrayant chez Dumas qu'en réalité... parce qu'en vrai je lui aurais bien tordu le cou / coup / coût / coud / couds / khout.
Titre: Re : Simplification ou sacralisation de l'orthographe ? A votre plus bel apparat !
Posté par: Largo Sensu le 05 Août 2019 à 14:59:59
Bien sûr, l'orthographe est sacré.

« Puis Galaad s’empara des gués du Jourdain, vers Ephraïm. Lors donc
qu’un des fuyards d’Ephraïm disait: « Je veux passer ! », les hommes de
Galaad lui disaient: « Es-tu d’Ephraïm ? » Et s’il disait: Non ! Ils lui di-
saient: « Prononce donc Shibboléth ! » et il prononçait Sibboléth, car il ne
réussissait pas à parler correctement. Alors on le saisissait et on l’égor-
geait aux gués du Jourdain. Il tomba, en ce temps-là, quarante deux mille
hommes d’Ephraïm » (Les juges, XII, 5-6).
Titre: Re : Simplification ou sacralisation de l'orthographe ? A votre plus bel apparat !
Posté par: Marcel Dorcel le 05 Août 2019 à 17:57:48
Pas de réponse définitive. La langue évolue continuellement et son orthographe avec.
Simplifier certains mots certes, mais ne pas tout déconstruire sinon il y a risque. Le risque pour chacun d'entre nous de ne plus se comprendre. C'est un débat de haute volée que tu proposes et il faudrait des pages pour y répondre.
Grand amateur de néologismes, pourtant je pense que l'orthographe est un lien sacré.
Rapport à l'anglais, langue riche, je ne suis pas persuadé que le français malgré ce que tout le monde pense( qui est une langue faible ) peut se permettre d'avoir une orthographe simplifiée. Le français passe l'épreuve  grâce à son orthographe, lui confère un certain niveau.
Voilà mon modeste avis mais je reconnais que tu as lancé un débat utile.
Titre: Re : Simplification ou sacralisation de l'orthographe ? A votre plus bel apparat !
Posté par: Loup-Taciturne le 05 Août 2019 à 19:20:37
Oui Ombelline, bien vu, il faut tordre le cou aux idées reçues et à leurs artisans fanatiques.

Largo Sensu,
Tu as le droit de considérer pour toi-même que l'orthographe est sacrée. Mais la démonstration est faite que ce sacré repose en tout cas sur des faits artificiels et largement inventés, sur des croyances et des mythes identitaires qui font croire à une "noblesse" de la langue, à une pseudo richesse dans l'ostentation de complication et des clins d’œil étymologiques. Ce qui  dissimule le fait qu'elle a été conçue avant tout comme une sorte de langage, de code plutôt, initiatique pour l'élite bourgeoise.

Par ailleurs, quelle que soit la langue, parler d'orthographe sacrée est un non sens scientifique d'un point de vue linguistique. L'orthographe changera un jour l'autre pour s'adapter aux besoin des locuteurs. Toutes les orthographes sont des supports, des outils, de communication.

Enfin, ton exemple :
Citer
Ils lui disaient: « Prononce donc Shibboléth ! » et il prononçait Sibboléth, car il ne
réussissait pas à parler correctement.
Montre que tu n'as pas compris ce qui était dit. Là tu confonds la langue et son orthographe justement. Dans ce cas précis, c'est la langue que tu devrais, selon ta logique, qualifier de "sacrée"(car il s'agit de paroles), pas l'orthographe qui ne sert qu'à retranscrire cette histoire.
Et par ailleurs, même dans ce cas je ne vois vraiment pas où est la dimension sacrée de la langue. Elle est juste utilisée comme un moyen de discrimination entre les membres d'un endogroupe de locuteur et ceux d'un exogroupe. C'est comme si il y avait une guerre entre Paris et Marseille, et que tout les parisiens qui essayent de se rendre à Marseille subissaient un tel test pour faire surgir leur accent parisiens. Ceux qui échouent seraient balancés dans la mer.

Bref je me demande si tu as regardé la vidéo ou même lu l'entièreté de mon post...



Marcel Dorcel,

J'entends tes craintes...

Citer
Le risque pour chacun d'entre nous de ne plus se comprendre.
En quoi une simplification orthographique (on ne parle pas de réduire la langue ni que chacun l'écrive comme il veut) peut-elle produire autre chose, au contraire, qu'une meilleure intercompréhension des formes écrites ?

Citer
je pense que l'orthographe est un lien sacré
La messe est dite alors. Même en montrant sur quoi repose cette sacralisation et en quoi elle est infondée, plus encore, en quoi elle produit un rapport discriminatoire à la langue écrite, il y aura toujours des personnes pour n'invoquer plus que ce pseudo-argument auto-persuasif. Bon bah on ne comptera pas sur eux pour avancer et pour s'améliorer c'est tout.

Citer
Le français passe l'épreuve  grâce à son orthographe, lui confère un certain niveau.
Quel rapport entre une orthographe compliquée et la compétition entre les langues ? En quoi une orthographe compliquée est-elle la marque d'un "niveau" de la langue particulier ?
Ce serait même plutôt le contraire, une orthographe compliquée est un frein à la diffusion de la langue et à l'entrée de nouveaux locuteurs/"écrivants". C'est aussi un frein dans l'apprentissage de leur propre langage écrit par tous les locuteurs.
Comment se fait-il que les espagnols n'aient aucun problème ni complexe avec leur langue, qui pourtant a été simplifiée complétement. On ne peux pas dire que l'espagnol soit une langue en voie d'extinction, ni même en déclin. Le français non plus d'ailleurs...

Je crois que c'est une marque d'arrogance française que de croire que sa langue est plus ceci ou cela que les autres langues. Et qui pousse les français à se persuader eux-mêmes que des monstruosités orthographiques plus absurdes les unes que les autres peuvent receler une quelconque "beauté", "subtilité", "logique", un "héritage" ou je ne sais quoi.
Je pense qu'il y a aussi le sentiment de supériorité retiré à maîtriser cet outil de l'élite, qui permet de se démarquer des autres, de les rabaisser si besoin en les corrigeant, de se valoriser en montrant la virtuosité de sa maitrise. Ceux qui ont ce pouvoir vont avoir de la peine à s'en défaire.

Citer
La langue évolue continuellement et son orthographe avec.
Mais je te rejoins sur le fait que la simplification ne peut pas se faire par dessus la jambe, qu'il faut mettre au travail des linguistes, des enseignants, des écrivains sur ce sujet.
Pour le moment, je crois qu'il faut commencer par conscientiser, décomplexer les gens, désacraliser l'orthographe française qui est devenue un outil de domination, de compétition et de sélection plus que de communication.
Titre: Re : Re : Simplification ou sacralisation de l'orthographe ? A votre plus bel apparat !
Posté par: Dieter le 05 Août 2019 à 21:47:04
Ce qui  dissimule le fait qu'elle a été conçue avant tout comme une sorte de langage, de code plutôt, initiatique pour l'élite bourgeoise.
Oui, et alors ? Parce qu'on n'a aujourd'hui plus besoin d'élite bourgeoise, mais on a tout de même besoin d'élite. Et en quoi cela est-il un problème que cette "élite" soit choisie parmi ceux qui savent orthographier correctement ? Surtout que c'est totalement faux : aujourd'hui, l'élite de la France, voire du monde, est représentée bien plus par ceux qui savent compter que par ceux qui savent écrire.

D'autre part, c'est un faux débat : qu'on simplifie la langue ou pas, cela ne changera rien : il n'est pas plus compliqué d'apprendre et de retenir que "philosophe" s'écrit de cette manière et non filozof. J'irai même jusqu'à dire que la première solution est plus simple à retenir, parce qu'on peut expliquer pourquoi ça s'écrit de cette manière.
Je sens que je ne vais encore une fois pas me faire que des amis, mais j'ai l'impression que ce combat est surtout porté par fainéantise. On ne s'offusque pas que tous ceux dont la vie est basée sur le calcul travaillent avec des calculatrices. Même moi je trouve ça normal. Par contre, si on a un doute sur l'orthographe d'un mot, qui aujourd'hui s'embête à la vérifier, alors qu'on a tous les moyens technologiques à notre disposition ?
Personnellement, j'estime qu'il serait bien plus important de simplifier l'algèbre, la géométrie ou la trigonométrie, afin de faciliter l'accès des littéraires aux matières scientifiques.
Titre: Re : Re : Re : Simplification ou sacralisation de l'orthographe ? A votre plus bel apparat !
Posté par: Meilhac le 05 Août 2019 à 22:47:33
On ne s'offusque pas que tous ceux dont la vie est basée sur le calcul travaillent avec des calculatrices. Même moi je trouve ça normal. Par contre, si on a un doute sur l'orthographe d'un mot, qui aujourd'hui s'embête à la vérifier, alors qu'on a tous les moyens technologiques à notre disposition ?
Personnellement, j'estime qu'il serait bien plus important de simplifier l'algèbre, la géométrie ou la trigonométrie, afin de faciliter l'accès des littéraires aux matières scientifiques.

ha ha j'aime bien cette discussion

l'analogie que tu fais Dieter entre le calcul/l'algèbre et l'orthographe ne me convainc pas du tout
les mathématiques, c'est une science. jusqu'à preuve du contraire, 2+2=4.
l'orthographe, c'est plutôt une norme, avec tout ce qu'il y a d'arbitraire. dire clef n'est pas plus ou moins "scientifique" que dire clé. c'est des normes. et quand y a des normes, y a des déviants. et plus les normes sont rigides, plus les déviants sont punis. et on peut se demander si c'est souhaitable que les déviants de l'orthographe soient autant punis.
car il paraît qu'ils sont punis. askip. (d'ailleurs y a des genres de "cours de rattrapage", de + en +, je c rois, dans de grandes écoles d'ingénieur, pour aider les génies des sciences à avoir une orthographe potable, pour qu'ils ne soient pas trop handicapés).

bon moi qui suis nul en maths et bon en orthographe, ça m'arrangerait qu'on sanctionne toujours autant, voire encore +, ceux qui font des fautes d'orthographe. mais bon. je ne crois pas que ça serait très juste, ni très justifié.
bon
Titre: Re : Simplification ou sacralisation de l'orthographe ? A votre plus bel apparat !
Posté par: Loup-Taciturne le 05 Août 2019 à 23:07:39
(https://img.over-blog-kiwi.com/0/92/05/00/20161014/ob_5195c2_48th-anniversary-of-first-tv-broadcast.gif)

Bonsoir Versus !

1)Je ne vois pas en quoi la question est une question de pédagogie. Là tu spécules une volonté des élites de simplifier l'orthographe, alors qu'on ne peut pas vraiment dire que ce soit le cas, que les "élites" revendiquent et diffusent un tel projet (les programmes d'histoires et de français n'apprennent pas aux élèves cette histoire de la constitution élitiste de l'orthographe). Ce sont plutôt des gens issus des sciences sociales ou de l'éducation populaire qui portent ce genre de convictions, car ils ont une conscience des relations de pouvoir engendrées par le langage et la "culture", et qu'ils sont en général du côté des "dominés".
La question n'est pas pédagogique, elle est avant tout une question d'utilité, d'usage, de praticité, et parallèlement politique.

Je ne vois pas ce que la "culture de masse" (terme qui ne veut déjà pas dire grand chose) vient faire ici. L'orthographe fait évidement partie de la "culture de masse" dès lors qu'une "masse" de personnes apprend à écrire.

Citer
C’est l’État qu’il faut abolir, et non ajouter à ses grandioses mérites une pauvre réforme
(...)
A moins que tu ne sois un ardent partisan de l’État-providence

2)
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Parenthèse :
On ne peut pas "abolir l'État". Moi je te parle de concret, pas de fantasme. L’État n'est pas une entité abstraite détachée de la réalité matérielle et sociale, qu'on peut abolir par décret. L’État c'est la route que tu prends pour aller au travail, c'est l'école de tes enfants et ses enseignants, c'est une armée, une police, c'est un système de captation et redistribution des richesses, etc. C'est une structure sociale hiérarchisée et un dispositif matériel qui contrôle la société et l'usage de la violence en son sein, et qu'une partie de la société organise/administre/sert/contrôle.

1) Si tu suis la piste anarchiste, si tu ne reconnais pas la légitimité du pouvoir de l’État, tu ne peux qu'entrer en résistance face aux pouvoirs de l’État, à toutes les échelles, à chaque fois que tu entres en interaction avec une émanation matérielle de l’État ou un de ses représentants. Tu pratiques le sabotage, la désobéissance, la résistance, l'autoorganisation etc. Tu occupes les marges territoriales et sociales qui sont faiblement défendues par l’État, dans lesquels le rapport de force ou le contournement, la fraude et toute tactique non frontale peut t'être profitable.

2) Si tu ne suis pas la piste anarchiste car tu n'as pas les moyens ou l'envie de te marginaliser, si l’État est encore trop fort, que tu l'admets mais que tu ne reconnais pas la légitimité des gens qui sont à sa tête, si tu veux lutter pour ton émancipation (en tant que dominé), tu peux essayer d'agir à l'intérieur du cadre étatique pour infléchir les rapports de pouvoir et de domination en faveur de ta classe, en faveur de plus de justice.

Ainsi, dans 1) tu développes une organisation politique concurrente à l’État, dans 2) tu essayes d'amoindrir les effet négatifs de la domination étatique, ou tu essayes d'utiliser l’État pour ce que tu estimes être juste (l’État providence par exemple)
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Cela étant dit, et comme l’État ne sera jamais aboli, au mieux il ne peut qu'être délité et déserté, combattu et concurrencé par d'autres formes d'organisation politique émergentes, je pense que la question de simplifier l'orthographe n'est pas une petite question. qui d'ailleurs n'a pas grand chose à voir avec L’État (parler de vulgaire "réforme" est un peu péjoratif), c'est avant tout une question de réappropriation des outils linguistiques.  États ou non, qu'ils soient d'Afrique, D'Amérique, d'Europe ou d'ailleurs, les francophones auront toujours besoin d'un référentiel orthographique commun s'ils veulent communiquer facilement et efficacement.
Qu'ils soient dirigé par l’État français ou organisés en fédération de communes autonomes, les francophones de France auront besoin de ce même référentiel.

Et je pense que le référentiel actuel manque cruellement de pertinence, en plus d'être fondé et de générer des difficultés d'utilisation et des discriminations.

Je suis plutôt un détracteur de l’État, en tant qu'il est de toute manière un instrument de contrôle et de domination (suivant la piste anarchiste), mais dans l'état actuel de puissance de L’État français, quitte à subir sa domination, je préfère en effet un État social qui utilise sa force autant que faire se peut pour équilibrer la société ("providence", si tu l'appelle comme ça).

Et je me fiche bien que la simplification émane de l'Etat ou de je ne sais quelle organisation politique ou culturelle, du moment qu'elle a lieu et qu'elle fait avancer les choses pour les gens.

dernière chose :
Citer
dont presque tous les « dominés » se moquent
Ils ne s'en moquent pas quand on se moque d'eux à cause de l'orthographe. Ils ne s'en moquent pas quand ils doivent envoyer un texto à leur petite amie. Quand il doivent écrire une lettre de motivation. Ils ne s'en moquent pas quand ils se résignent à délaisser l'écriture à cause de l'orthographe, les domaines littéraires, ils ne s'en moquent pas quand ils voient leurs enfants galérer à l'école. Non, je crois qu'ils ne s'en moquent pas. Et même s'il y en a qui s'en moquent, si ça peut facilité la vie à tous, pourquoi s'en priver ?

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(https://www.annecy.org//resources/images/m/2018_expo_shadoks_CP2186.jpg)

Dieter :
Citer
Et en quoi cela est-il un problème que cette "élite" soit choisie parmi ceux qui savent orthographier correctement ?
cela pose problème car :
1) Si tu penses qu'on n'a plus besoin d'élite bourgeoise tu devrais être d'accord avec la simplification. L'élite, c'est l’élite bourgeoise, à part de rares exceptions. La maitrise de l'orthographe, c'est une rente de capital culturel qui biaise totalement les chances de chacun de développer son potentiel. Il n'y a aucun mérite à savoir orthographier des mots absurdes. C'est même plutôt une preuve de bêtise que d'apprendre bêtement des mots sans même savoir/comprendre pourquoi il faut les écrire ainsi, en pensant qu'il s'agit d'une sorte de science patrimoniale de la langue, alors qu'il s'agit en fait d'un vulgaire filtre de la "bonne société" conçue pour et par elle-même, contre les classes populaires.
C'est comme si on décidait d'apprendre les maths aux enfants en bannissant les chiffres arabes et en écrivant tout en lettres, en posant les calculs en lettres etc, juste pour sélectionner ceux qui y arrivent le mieux. ceux qui y arrivent le mieux étant initiés par leurs parents. Ça n'a aucun sens.
rendre des choses compliquées à tous juste pour le plaisir de faire mousser quelques initiés ou quelques forçats qui n'ont d'autres choses à faire que d'ingurgiter des incohérences et des absurdités sans réfléchir, je ne vois vraiment pas ce qu'il y a de glorieux et d'intéressant ici. J'y vois donc un problème.
Je ne suis pas Shadok. Et je crois que personne n'aurait envie de vivre réellement dans une société shadok.

Citer
Surtout que c'est totalement faux : aujourd'hui, l'élite de la France, voire du monde, est représentée bien plus par ceux qui savent compter que par ceux qui savent écrire.

Ça se sont tes préjugés. Pour savoir "compter" il faut déjà savoir écrire. Il y a un lien entre la maitrise de l'orthographe et l'accès aux études etc.
Et si on revient au sujet, il s'agit bien avant tout de perfectionner un outil plein de rouille, pas du tout ergonomique. par dessus le marché il y a les enjeux de discrimination et d'histoire et d'élitisme.

(Et personnellement, je n'aime pas vraiment le concept d'élite. Je lui préfère celui de spécialiste. On peut être spécialiste du bois, de philosophie, de politique internationale, de pêche etc. La notion d'élite est une notion à connotation bourgeoise qui légitime que les spécialistes lettrés de la sphère économico-politico-intellectuelle valent mieux et ont plus de pouvoir que les autres spécialistes)


Citer
il n'est pas plus compliqué d'apprendre et de retenir que "philosophe" s'écrit de cette manière et non filozof.
As-tu regardé la vidéo et lu les différents posts ?

La question n'est pas de retenir un mot. Un peu d'honnêteté à défaut d’intelligence. Quand pour un seul son, tu as 12 façons de l'écrire, il faut être d'une sacrée mauvaise foi pour soutenir qu'il n'y a pas un problème de complication.
As-tu déjà essayé de faire comprendre l’orthographe à un enfant ? Tu te retrouve en un éclair à t'arracher les cheveux, empêtrè dans des complications dont tu n'as même plus idée pour les avoir admises ou zappées et refoulées.

Enfin, c'est drôle car tu dis que chacun peu aller vérifier l'orthographe comme s'il s'agissait d'un acte banal et anodin. Mais tu prouves là que l'orthographe n'est pas du tout adaptée puisqu'il faut sans arrêt aller vérifier des mots qui ne sont pas même identifiables à la simple prononciation.
Or, la fonction première et normalement exclusive de l'orthographe, c'est la transcription la plus aisée du langage parlé en langage écrit. Le français écrit a été confisqué par une caste de bourgeois, il faut tout reprendre. 

Citer
Personnellement, j'estime qu'il serait bien plus important de simplifier l'algèbre, la géométrie ou la trigonométrie, afin de faciliter l'accès des littéraires aux matières scientifiques.
Il est sérieux lui ? Niveau cours de récrée quoi, félicitation.
Le langage mathématique est fait pour être pratique, toute la planète l'utilise sans n'avoir eu besoin pour le moment de le simplifier. Il est déjà simple et cohérent avec lui-même. Quand le 0 est introduit en math, c'est pour des raisons uniquement mathématiques, pratiques.
Bref, concours de mauvaise foi, merci Dieter, jamais déçu.

(https://pbs.twimg.com/media/DcBBWTAWsAAPpKs.jpg)

Titre: Re : Re : Re : Re : Simplification ou sacralisation de l'orthographe ? A votre plus bel apparat !
Posté par: Dieter le 05 Août 2019 à 23:29:09
les mathématiques, c'est une science. jusqu'à preuve du contraire
Ce qu'on accepte "jusqu'à preuve du contraire" ne peut être qualifié de science. Tout au plus de théorème ou d'axiome (bonjour Pythagore et Euclide). Et un théorème ou un axiome ne sont ni plus ni moins que des normes.

Citation de: Loup-Taciturne
C'est même plutôt une preuve de bêtise que d'apprendre bêtement des mots sans même savoir/comprendre pourquoi il faut les écrire ainsi
Je ne te le fais pas dire ! Mais rien ne t'empêche d'apprendre intelligemment.

Citer
As-tu déjà essayé de faire comprendre l’orthographe à un enfant ?
Non, mais j'ai été l'enfant à qui on l'a enseigné, et mes professeurs ne se sont jamais arraché les cheveux.
Titre: Re : Simplification ou sacralisation de l'orthographe ? A votre plus bel apparat !
Posté par: Loup-Taciturne le 05 Août 2019 à 23:57:32
Citer
Ce qu'on accepte "jusqu'à preuve du contraire" ne peut être qualifié de science.
C'est le principe même de la science Dieter... Une hypothèse étayée selon une méthodologie qui résiste (jusqu'à preuve du contraire), aux assauts du temps, des pairs, de la critique.

Citer
rien ne t'empêche d'apprendre intelligemment
Je note que tu as soigneusement évité de répondre sur le fond aux arguments.
Ça t'aurait empêché de faire ce petit mot, laissant penser qu'il est possible "d'apprendre intelligemment" ce qui pourtant n'est ni intelligent, ni intelligible.

Citer
mes professeurs ne se sont jamais arraché les cheveux
Sans doute car tu n'as pas dû être très éveillé de ce côté là. Nul besoin de s'arracher les cheveux face à quelqu'un qui gobe tout sans chercher "pourquoi".
Plus sérieusement, pardonne-moi, je ne fais absolument pas confiance à ta mémoire, ni à celle d'aucun adulte d'ailleurs, pour témoigner de leur comportement d'apprenant. Et souvent les adultes croient qu'ils pourraient être des professeurs, du moins qu'ils connaissent les réalités de l'apprentissage, juste parce qu'ils sont allés à l'école enfant. Bref, tout ça pour dire que là encore tu fais preuve de mauvaise foi en ne reconnaissant pas que le français recèle d'un nombre incalculable de non sens, de graphies pour un même son, d’exception au sein des exceptions etc etc, qui ne trouvent ni raison ni réponse autre que "c'est comme ça", "ah oui désolé, tu as raison sur la règle, mais pour ce mot c'est différent", "là tu entends ça mais il faut écrire ça" et blablabla, que tu sois face à un enfant ou un non francophone.
Fais-en l'expérience, après on en reparlera.
Titre: Re : Simplification ou sacralisation de l'orthographe ? A votre plus bel apparat !
Posté par: Rémi le 06 Août 2019 à 00:16:44
Citer
Ce qu'on accepte "jusqu'à preuve du contraire" ne peut être qualifié de science. Tout au plus de théorème ou d'axiome (bonjour Pythagore et Euclide). Et un théorème ou un axiome ne sont ni plus ni moins que des normes.
oui pour l'axiome, non pour le théorème qui se démontre.
Et les axiomes de base sont faits pour être simples et logiques, on compte en base 10 parce que c'est plus simple, non ?
Les mathématiciens préfèrent toujours des démontrations simples que des démonstrations complexes (c'est plus "élégant" ai-je souvent entendu)
Titre: Re : Simplification ou sacralisation de l'orthographe ? A votre plus bel apparat !
Posté par: cyamme le 06 Août 2019 à 08:48:28
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.

Pour revenir au sujet du débat, une chose qui me chiffonne est l'opposition qui revient entre orthographe et mathématiques alors que je vois pas bien le rapport entre les deux. Un parallèle entre orthographe et code de la route, par exemple, me semblerait bien plus judicieux.
Titre: Re : Simplification ou sacralisation de l'orthographe ? A votre plus bel apparat !
Posté par: Alan Tréard le 06 Août 2019 à 11:39:33
Nous sommes toutes égales & égaux face à l'orthographe, ce qui est une faute pour l'un l'est aussi pour l'autre.

En revanche, ce n'est pas exactement la même chose en politique : ce qui est une faute pour l'un peut tout à fait être un privilège ou une opportunité pour l'autre... il n'y a pas de règle de ce côté-là.

Avec l'orthographe, il faut apprendre à faire avec ce qu'on a, modestement, l'orthographe ne fait pas de contrôle au faciès ni de discrimination positive...
Titre: Re : Re : Simplification ou sacralisation de l'orthographe ? A votre plus bel apparat !
Posté par: Dieter le 06 Août 2019 à 12:04:15
il s'agissait simplement d'une figure de rhétorique.
Je ne le nie pas. Mais ça fait aussi partie des moyens de débattre.

Citer
Pour revenir au sujet du débat, une chose qui me chiffonne est l'opposition qui revient entre orthographe et mathématiques alors que je vois pas bien le rapport entre les deux. Un parallèle entre orthographe et code de la route, par exemple, me semblerait bien plus judicieux.
Le code de la route n'est pas enseigné à l'école. D'autre part, mon but en faisant entrer les mathématiques dans le débat consistait à revenir sur cette notion d'élite, qui à mon avis ne concerne pas seulement les "forts" en orthographe, mais tous ceux qu'on peut considérer comme "intellectuels". Dans cette classe, on trouve justement les scientifiques et les artistes, composés en partie par les littéraires. C'est très bien expliqué dans cette interview de Cédric Villani (https://www.philomag.com/les-idees/cedric-villani-lunivers-est-sous-tendu-par-des-concepts-mathematiques-8891).
Titre: Re : Re : Simplification ou sacralisation de l'orthographe ? A votre plus bel apparat !
Posté par: Meilhac le 06 Août 2019 à 12:09:46
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Ce qu'on accepte "jusqu'à preuve du contraire" ne peut être qualifié de science.
C'est le principe même de la science Dieter... Une hypothèse étayée selon une méthodologie qui résiste (jusqu'à preuve du contraire), aux assauts du temps, des pairs, de la critique.

bah oui, + 1000 à Loup.

et en ce sens : oui les maths sont une science.
et non l'orthographe n'est pas un science, mais une norme.
et une norme, c'est un mot qu'on utilise parfois de manière un peu approximative, mais en sciences sociales, ça a un sens précis : c'est un truc social, culturel, avec une part d'arbitraire et de fruit de rapports de force sociaux.
l'orthographe joue un rôle dans la société, les rapports sociaux, les rapports entre les classes sociales, entre bourgeois et prolétaires, entre femmes et hommes, entre vieux et jeunes, etc.

donc c'est plutôt bien de questionner tout ça  :)
Titre: Re : Re : Re : Simplification ou sacralisation de l'orthographe ? A votre plus bel apparat !
Posté par: Dieter le 06 Août 2019 à 12:38:14
l'orthographe joue un rôle dans la société, les rapports sociaux, les rapports entre les classes sociales, entre bourgeois et prolétaires, entre femmes et hommes, entre vieux et jeunes, etc.
Je peux l'admettre. Seulement, je réfute cette idée que la maîtrise de l'orthographe permet d'atteindre l'élite. Elle a peut-être été normalisée dans ce but (et encore, j'ai un gros doute sur ce point), mais ce n'est plus d'actualité. Dans le cas contraire, la moitié des membres de ce forum serait aux manettes de la France.
D'autre part, ce n'est pas parce qu'on est un "bourgeois" qu'on aura plus de facilités dans ce domaine, donc l'argument qui consiste à dire que l'orthographe protège la caste des élites ne tient pas debout. Bien sûr, certains ont un accès plus facile que d'autres aux études, mais ça concerne toutes les matières qui sont enseignées dans le cursus scolaire, pas seulement l'orthographe. D'ailleurs, de mon point de vue, l'orthographe est une des matières les plus simples qui existent : ce n'est pas pour rien qu'elle est sensée être acquise dès le primaire. Jeter l’opprobre sur cette discipline au motif que certains ne se donnent pas la peine de l'étudier ou ont des difficultés pour la maîtriser est aussi stupide que de dire : "il faut simplifier les maths pour permettre à ceux qui le veulent d'entrer à la Nasa" ou "il faut simplifier le droit pour permettre à ceux qui le veulent d'entrer dans une carrière juridique".
Il n'y a rien à simplifier : il faut travailler pour y arriver, point barre.
Alors bien sûr, il y a le cas des dyslexiques, ou de toutes les personnes atteintes d'un handicap plus ou moins grave, qui devront travailler plus que les autres pour y arriver. Mais engager la réflexion à partir de ce point n'a pas plus de sens que de dire "simplifions le 110 mètres haies des Jeux Olympiques pour que les personnes en fauteuil roulant aient une chance de se qualifier, sinon c'est de la discrimination".
Titre: Re : Re : Re : Re : Simplification ou sacralisation de l'orthographe ? A votre plus bel apparat !
Posté par: Meilhac le 06 Août 2019 à 13:01:51
l'orthographe joue un rôle dans la société, les rapports sociaux, les rapports entre les classes sociales, entre bourgeois et prolétaires, entre femmes et hommes, entre vieux et jeunes, etc.
Je peux l'admettre. Seulement, je réfute cette idée que la maîtrise de l'orthographe permet d'atteindre l'élite. Elle a peut-être été normalisée dans ce but (et encore, j'ai un gros doute sur ce point), mais ce n'est plus d'actualité. Dans le cas contraire, la moitié des membres de ce forum serait aux manettes de la France.
D'autre part, ce n'est pas parce qu'on est un "bourgeois" qu'on aura plus de facilités dans ce domaine, donc l'argument qui consiste à dire que l'orthographe protège la caste des élites ne tient pas debout. Bien sûr, certains ont un accès plus facile que d'autres aux études, mais ça concerne toutes les matières qui sont enseignées dans le cursus scolaire, pas seulement l'orthographe. D'ailleurs, de mon point de vue, l'orthographe est une des matières les plus simples qui existent : ce n'est pas pour rien qu'elle est sensée être acquise dès le primaire. Jeter l’opprobre sur cette discipline au motif que certains ne se donnent pas la peine de l'étudier ou ont des difficultés pour la maîtriser est aussi stupide que de dire : "il faut simplifier les maths pour permettre à ceux qui le veulent d'entrer à la Nasa" ou "il faut simplifier le droit pour permettre à ceux qui le veulent d'entrer dans une carrière juridique".
Il n'y a rien à simplifier : il faut travailler pour y arriver, point barre.
Alors bien sûr, il y a le cas des dyslexiques, ou de toutes les personnes atteintes d'un handicap plus ou moins grave, qui devront travailler plus que les autres pour y arriver. Mais engager la réflexion à partir de ce point n'a pas plus de sens que de dire "simplifions le 110 mètres haies des Jeux Olympiques pour que les personnes en fauteuil roulant aient une chance de se qualifier, sinon c'est de la discrimination".

du coup le débat (déso j'ai pas tout suivi) c'est "faut il ou non simplifier l'orthographe" ?

en tout cas le truc  qu'il y a sous ton avatar (orthographe simplifiée = histoire déformée) à mon humble avis c'est n'imp'.

l'orthographe est mouvante. c'est ça la réalité. montaigne, et d'autres, il leur arrivait d'écrire le même mot de deux manières différentes selon leur humeur.

du coup je vais relire tes posts précédents Dieter mais si je comprends bien tu fais campagne contre tout changement des règles d'orthographe ?
pour récompenser ce que tu crois être le "mérite" de ceux qui sont bons en orthographe ?

moi la simple notion de mérite je suis très critique par rapport à ça (en fait je ne suis pas sûr que ça existe).

et quand bien même la notion existerait : la réalité c'est l'inverse de ce que tu dis : oui, être bourgeois/fils de prof etc ça aide à capter certaines bizarreries des règles scolaires (pas seulement en orthographe, certes, mais : et alors ?)
Titre: Re : Simplification ou sacralisation de l'orthographe ? A votre plus bel apparat !
Posté par: cyamme le 06 Août 2019 à 13:26:22
La maîtrise de la langue française est une condition nécessaire mais pas suffisante, Dieter. Je sais que je dois me battre contre mes préjugés quand je lis des choses mal orthographiées ou avec une syntaxe bancale, car j'ai naturellement un biais de lecture qui me rend plus méfiante envers le contenu de ce genre de textes. Or, c'est pas très malin, car certes, un travail de relecture poussé permet d'améliorer l'orthographe, mais il y a des gens qui écrivent naturellement des bêtises avec une maîtrise irréprochable de la langue et d'autres qui écrivent des choses super intéressantes et sensées, mais avec de grosses lacunes en orthographe.
Le français est une norme construite arbitrairement, contrairement aux mathématiques auxquelles tu le compares. De plus, même un mathématicien avec un français bancal aura beaucoup de mal à être pris au sérieux, alors que personne ne décrie les travaux d'un philosophe sous prétexte qu'il est nul en math. Parce que la langue écrite est le vecteur du savoir et de la communication. Et donc oui, je suis d'accord avec le fait que conserver volontairement des règles ardues peut être un facteur d'exclusion et de discrimination assumé. Je ne sais pas si tu as appris beaucoup de langues étrangères, mais je me sens très handicapée, quand je tente d'écrire dans une langue dont je ne maîtrise pas l'orthographe. Savoir que ce n'est pas ma langue maternelle aide, et j'ai le droit à des réflexions telles que "c'est mignon, on dirait un enfant de 6 ans qui écrit". Ce qui est vrai. Malheureusement, si on accorde autant de crédit à ce que j'écris que si j'étais une enfant de 6 ans, ça m'embête un peu (je prends généralement très au sérieux les petits enfants, mais tout le monde ne le fait pas ^^).

Du coup, je persiste à dire que la comparaison avec le code de la route, qui certes n'est pas enseigné à l'école est pertinente : il s'agit de normes fixées et partagée. Certains les maitrisent mieux que d'autres. Certaines personnes sont au courant de ses évolutions, d'autre pas. Finalement, l'essentiel selon moi est d'arriver à une forme de ses normes qui permette à tous de partager efficacement l'espace et de façon sûre.
Je suis aussi tout à fait d'accord avec Meilhac : certes, l'orthographe n'est pas le seul point dont l'apprentissage est facilité par la provenance d'un milieu "intellectuel/privilégié", mais ça n'en fait pas du tout une raison pour renoncer à agir dessus. Si on me propose de rendre l'enseignement des math plus accessible, j'applaudirais des deux mains. En l'occurence, il me semble indéniable que venir d'un milieu moins "intellectuel" où la langue parlée n'est pas toujours conforme à la langue écrite constitue déjà un gros obstacle à l'appprentissage du français écrit. Si on peut éviter d'ajouter à ces distorsions de règles grammaticales entre ce que ces enfants entendent chez eux et doivent écrire à l'école, des règles alambiquées et parfois illogiques et arbitraires, ça me semble pas fou.

Pour autant j'écris le plus souvent en orthographe traditionnelle. Un peu par paresse, un peu par attachement sentimental à ce français presque désuet que j'ai appris. Ça ne m'empêche pas d'être a priori favorable à une évolution de la langue dans le sens qui la rende la plus démocratique possible.
Titre: Re : Simplification ou sacralisation de l'orthographe ? A votre plus bel apparat !
Posté par: Rémi le 06 Août 2019 à 13:46:15
100% d’accord avec ce dernier post.
Titre: Re : Simplification ou sacralisation de l'orthographe ? A votre plus bel apparat !
Posté par: Ambriel le 06 Août 2019 à 13:53:06
Moi tout ça, je ne sais pas trop.
J'ai toujours été (autant que je me souvienne) plus ou moins bonne en orthographe. Me rappelle pas comment je l'ai appris par contre. Pas mal de lecture + mémoire visuelle, tout simplement peut-être.

Surtout, j'ai toujours bien aimé trouver le sens/l'origine d'un mot en le découpant et en cherchant son étymologie. Du coup, je trouverais ça dommage si on perdait ça. Et je trouve ça dommage si on l'a déjà perdu pour certains mots (je sais plus qui parlait d'autres langues d'où viennent certains mots).

Ce qui est sûr, c'est que j'aimerais pas qu'on change l'orthographe parce que j'y suis habituée comme ça, et que ça sonnerait faux à mes yeux. Après pour les générations futures, pas d'avis. Mais, en parlant de générations futures, on a peut-être mieux à se soucier que l'orthographe.
Titre: Re : Simplification ou sacralisation de l'orthographe ? A votre plus bel apparat !
Posté par: Alan Tréard le 06 Août 2019 à 13:58:59
Eh ! Bien, il est normal que tout le monde ne s'en réfère pas à la grammaire académique pour vendre son poisson (notamment les commerciaux qui n'hésitent pas à tordre le cou du langage pour leurs publicités !!) ; c'est amusant parfois ce que peut donner d'étrange le langage populaire, c'est toujours enrichissant.

Pour autant, les auteurs ou poètes (mais aussi éditeurs, correcteurs, journalistes, etc.) qui s'en réfèrent aux règles académiques en vigueur (qui changent selon les époques) essaient de faire avec leur temps en s'adaptant à une institution pas trop dérégulée non plus (dont les transformations se font progressivement et non de manière radicale) (il ne faudrait pas qu'on se mélange les pinceaux à cause d'une simple orthographe différée, ce serait dommage de subir un quiproquo pour si peu).

Tout le monde a toujours pu transformer la langue, il n'y a pas d'interdit : il suffit de voir les plus excellents poètes qui ont apporté de magnifiques transformations du langage dans notre histoire ; je ne doute pas que les rappeurs eux-mêmes parviendront à obtenir réparation, je ne les prends pas pour des handicapés, ils verront un jour leur vocabulaire inscrit dans de beaux dictionnaires.

Enfin, concernant les dyslexiques, ça pose forcément question pour remplir les papiers, parfois même de graves soucis administratifs ; dans ces cas, le mieux est d'apporter une assistance, un soutien ou une accessibilité pour que les gens puissent remplir leurs papiers et faire des démarches administratives malgré leurs graves lacunes.

Être dyslexique, c'est vraiment une souffrance pour les gens concernés.

Ce serait trop beau d'imaginer que l'on puisse baisser les coûts du service public en baissant le niveau du langage (avec le rêve de « corriger naturellement » la dyslexie), mais malheureusement les handicaps ne peuvent pas être effacés si simplement et il faut bien venir en aide aux plus démunis (assister autant que possible), on n'efface pas le handicap d'une simple réforme. Attention aux pseudo-scientifiques qui vendent des « armes anti-dyslexie » qui sont en fait des arnaques et non des outils efficients.
Titre: Re : Re : Simplification ou sacralisation de l'orthographe ? A votre plus bel apparat !
Posté par: Meilhac le 06 Août 2019 à 14:13:20
on a peut-être mieux à se soucier que l'orthographe.

 :D je me souviens que j'avais c onclu comme ça une dissert' de français en 3e sur la réforme de l'orthographe. la prof en rendant les copies m'avait dit "tu sais ça n'est pas forcément très adroit en conclusion de dire que de toutes façons le sujet n'est pas très important"  :D  :D



mais concrètement, y  a un risque que les règles de l'orthographe soient beaucoup changées ? moi je pense qu'il faut lutter contre la https://www.assimil.com/blog/glottophobie-entretien-philippe-blanchet  glottophobie , ce truc débile qui fait que certains s'imaginent + intelligent que franck ribéry ou que les rappeurs juste parce qu'ils causent le français qu'il faut". après je ne sais pas si en changeant les règles on règle le problème. enfin de toutes façons si on simplifie on n'empêchera pas de continuer à adopter les usages actuels?

bon le fait qu'on soit passé de événement à évènement c'est pas forcément débile quand même je pense - et moi en tout cas ça ne m'a pas traumatisé

mais bon, c'est vrai aussi que je trouverais ça charmant qu'on prononce jungle comme iil faut (normalement on devrait prononcer "jongle", comme gainsbourg dans "élisa"), mais bon, mais bon

Titre: Re : Re : Simplification ou sacralisation de l'orthographe ? A votre plus bel apparat !
Posté par: Dieter le 06 Août 2019 à 14:24:23
Eh ! Bien, il est normal que tout le monde ne s'en réfère pas à la grammaire académique pour vendre son poisson (notamment les commerciaux qui n'hésitent pas à tordre le cou du langage pour leurs publicités !!) ; c'est amusant parfois ce que peut donner d'étrange le langage populaire, c'est toujours enrichissant.
Taratata, Alan ! Je peux d'ores et déjà te citer le contre-exemple de Richard Gotainer dont la prose ne souffre aucun reproche linguistique et qui pourtant est publiciste d'origine.
D'autre part, même si le problème du handicap est un bon levier pour animer ce débat, j'estime qu'il n'est pas le plus représentatif, parce qu'à mon avis, ceux qui s'élèvent le plus contre la complication "arbitraire" de l'orthographe sont en général des personnes qui trouvent trop compliqué d'apprendre, d'ouvrir un dictionnaire, voire pire, d'enseigner. Ces derniers me mettent sérieusement en colère, mais je ne m'étendrais pas plus à leur sujet, parce qu'on va encore me traiter (à raison et je l'assume) de réactionnaire.
Titre: Re : Re : Re : Simplification ou sacralisation de l'orthographe ? A votre plus bel apparat !
Posté par: Meilhac le 06 Août 2019 à 14:36:30
à mon avis, ceux qui s'élèvent le plus contre la complication "arbitraire" de l'orthographe sont en général des personnes qui trouvent trop compliqué d'apprendre

donc tu trouves ça bien que les personnes qui ont des difficultés en orthographe soient punies de ce que tu crois être leur paresse ?
Titre: Re : Simplification ou sacralisation de l'orthographe ? A votre plus bel apparat !
Posté par: Loup-Taciturne le 06 Août 2019 à 14:55:00
Versus

Citer
tout milieu qui éduque les individus à penser et à faire exactement les mêmes choses
:D On appelle ça la culture au sens anthropologique du terme...

Citer
la classe moyenne, qui ne décide pas de son histoire, mais délègue tous ses pouvoirs à d’autres qui décident pour elle

C'est à la mode de se revendiquer de la classe moyenne pour ensuite pleurnicher sur son sort ?
Une classe moyenne en souffrance, ça n'est jamais qu'une classe prolétarienne dont l'alliance avec la classe dominante s'est fragilisée.
Ce que tu dis, tu peux le dire de n'importe quelle classe qui n'est pas dominante et qui décline.

Sur l’État et la réforme, j'ai toujours pas pigé ton postulat...

Citer
Nous sommes toutes égales & égaux face à l'orthographe, ce qui est une faute pour l'un l'est aussi pour l'autre.

Alan,
Comment ce fait-ce que les personnes de milieux modestes/pauvres ou allophones aient beaucoup plus de difficulté à s'exprimer à l'écrit (et souvent à l'oral aussi d'ailleurs), que les personnes provenant d'un milieu socialement haut/privilégié/riche ?

Encore une fois, il faut que tu rattrapes ton retard en sociologie. Déclamer des vœux pieux d'égalitarisme, ça ne rend pas la réalité plus égalitaire.

Citer
l'orthographe ne fait pas de contrôle
Non c'est le contrôle qui se fait sur l'orthographe

Citer
il faut apprendre à faire avec ce qu'on a, modestement
Si tu as un vélo ancien que tu as acheté crevé avec les freins cassés, tu vas « apprendre à faire modestement avec ce que tu as », ou alors tu vas le réparer pour qu'il roule correctement ?

Je rejoins tout à fait Meihlac pour le coup.

Citer
je réfute cette idée que la maîtrise de l'orthographe permet d'atteindre l'élite. Elle a peut-être été normalisée dans ce but (et encore, j'ai un gros doute sur ce point)

Bon bah voilà, là tu as tout dit. Ca vaut pas mieux qu'un argument platiste. Le déni total. Bientôt il va nous dire que c'est un complot des élites pour détruire le fondement de la culture française et le ciment de son identité. Et blablabla et blablabla.

Citer
la moitié des membres de ce forum serait aux manettes de la France
Le problème Dieter c'est que tu prends nos analyses, enfin, les analyses que nous reprenons, en les comprenant de manière vraiment caricaturale. Peut-être que tu n'es pas totalement de mauvaise foi alors. Peut-être que cela n'a pas été expliqué assez clairement.
Il faut que tu comprennes toutes ces variables, facteurs (dont l'orthographe fait partie, mais n'est pas le seul facteur, la seule marque de proximité avec l'élite) comme des tendances, des choses qui pèsent sur la trajectoire sociale des gens, qui les freinent ou les facilitent, pas comme un truc binaire avec la masse d'un côté et l'élite de l'autre. Il y a tout un continuum de positions sociales entre l' « élite » et les classes prolétariennes.
La maîtrise de l'orthographe et du langage est assurément un moyen de facilité son ascension en même temps qu'un moyen de reconnaissance, de distinction par rapport à « la masse » prolétarienne mal/peu éduquée au sens entendu par l'élite. Ce n'est pas le seul, mais c'est un moyen de plus, pas des moindres, de discriminer l'origine sociale.
Et donc sur ce forum, je crois qu'il y a :
1) déjà des gens qui font particulièrement attention à comment ils écrivent, par pression sociale, peur d'être décrédibilisé (comme le dit Cyamme en général) et par respect du règlement (ce qui tendrait à prouver mon hypothèse, il faudrait faire un sondage). Et il y a le correcteur.
2) des gens intéressés par l'écriture, de ce fait la relation à l'orthographe est biaisée par rapport à une grande majorité de personnes, surtout dans les classes inférieures de la société qui écrivent peu.
3) Je pense que si on fait une étude sociologique du forum, on se rend compte que, sans être dans l'élite (l'élite n'a pas son temps à perdre sur un forum d'écriture), on se situe dans un niveau médian de personnes en trajectoire montante grâce aux études, des gens en fin de carrière qui ont acquis (ou possédaient déjà) un niveau de maîtrise relativement bon, enfin, sans être au sommet, ni même dans la partie haute, on est toujours pas dans la partie inférieure de la société qui n’entretient pas (en général évidement) un tel rapport facile et ludique à l'écrit.

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ce n'est pas parce qu'on est un "bourgeois" qu'on aura plus de facilités dans ce domaine, donc l'argument qui consiste à dire que l'orthographe protège la caste des élites ne tient pas debout.

Si si, moins peut-être avec la massification de l'enseignement supérieur, au cours duquel un certain nombre d'étudiants rattrapent leur retard en maitrise de la langue, mais je t'assure qu'un bourgeois baigne dans un environnement culturel et social qui lui facilite/impose beaucoup plus facilement la maitrise de la langue, dans toutes ses dimensions (cf Cyamme).
Après tu ne crois pas à la sociologique, à l'anthropologie à la linguistique et toutes ces choses non scientifiques (haha). Je ne peux plus grand chose pour toi de ce côté.

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ce n'est pas pour rien qu'elle est sensée être acquise dès le primaire.

Ce n'est pas pour rien non plus que peu de gens maîtrisent l'orthographe à la fin de leur scolarité (et ne commence pas un débat sur la décadence de l'école stp. Ce n'est pas le sujet. Si l'orthographe était simple, peu importe que l'école soit décadente ou non, tout le monde saurait la maîtriser.)

L'orthographe n'est pas une discipline. C'est un outil, un code, une norme comme l'a justement dit Meilhac.

Tes comparaisons avec les maths ne tiennent pas, plusieurs personnes te l'ont déjà dit. Les maths sont logiques, cohérentes et efficaces par vocation/conception.
L'orthographe française est incohérente et absurde et ça ne devrait pas être sa vocation.

Citer
Il n'y a rien à simplifier : il faut travailler pour y arriver, point barre.


Ok, le conservateur de base qui ni la réalité pour cette belle idée. J'aimerais bien voir comment c'est rangé chez toi. J'imagine bien que tout dois être lesté, rangé à sa mauvaise place, mal entretenu, tout ça pour le plaisir de l'effort. Après tout chacun sa religion. Je respecte.

Citer
"simplifions le 110 mètres haies des Jeux Olympiques pour que les personnes en fauteuil roulant aient une chance de se qualifier, sinon c'est de la discrimination"

t'en connais beaucoup des personnes qui sont obligées de maîtriser le 110 mètres haie pour s'insérer dans la société ? Aller remballe tes métaphores foireuses sérieux. On voit que tu n'as pas un esprit disposé à la rigueur de l'argumentation, ça n'est vraiment pas ton fort. Si j'étais taquin je pourrais même parler de mauvais esprit dans le cas du débat ici présent, et même  peut-être au delà...

Citer
à mon avis, ceux qui s'élèvent le plus contre la complication "arbitraire" de l'orthographe sont en général des personnes qui trouvent trop compliqué d'apprendre, d'ouvrir un dictionnaire, voire pire, d'enseigner.
Mais le problème Dieter, c'est bien ce "à mon avis", jamais étayé ni argumenté, toujours en procès d'intention et en jugement sur les autres. Alors qu'on peut, si l'on désir s'élever à ton niveau de mauvaise foi, te retourner également les gentillesses : une personne opposée à simplifier est une personne qui ne prend pas la peine d'apprendre quelque chose de nouveau, de remettre en question ce qu'elle avait appris, d'apprendre et d'accepter ce qu'elle ignorait de l'histoire de sa propre langue, d'ouvrir un livre de sociologie ou de linguistique, et qui assurément n'a jamais pris la peine de s'exercer à l'enseignement tout en crachant sans délicatesse sur qui s'y essayent avec patience méthode et passion.

Citer
en tout cas le truc  qu'il y a sous ton avatar (orthographe simplifiée = histoire déformée) à mon humble avis c'est n'imp'.

Oui c'est n'imp et c'est faux. L'orthographe, c'est démontré n'est pas du tout l'image de l'histoire, en tout cas elle est bien plus une image des manipulations et des enjeux de pouvoir autour du langage, qu'une « histoire naturelle de la langue ». Mais certains sont attachés à leur dogme.

Alan,
Citer
baisser les coûts du service public en baissant le niveau du langage (avec le rêve de « corriger naturellement » la dyslexie)
Désolé mais assimiler une simplification de l'orthographe à une baisse du niveau de la langue, c'est que tu n'as pas compris grand chose. En plus tu stigmatises la situation de handicap en laissant penser que la dyslexie est un problème de "niveau" de langue alors que la complication de l'orthographe est une variable qui pourrait être modifiée et améliorée (aidant possiblement les personnes dyslexiques) sans pour autant ne rien changer au "niveau" de la langue

Citer
moi la simple notion de mérite je suis très critique par rapport à ça (en fait je ne suis pas sûr que ça existe).

Voilà quelque chose qui commence à infuser chez nous. C'est le début de l'insoumission camarade.


Et je rejoins les propos de Cyamme.

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Et +1 pour la lutte contre la glottophobie

Titre: Re : Re : Simplification ou sacralisation de l'orthographe ? A votre plus bel apparat !
Posté par: Alan Tréard le 06 Août 2019 à 16:09:13
Pardonne-moi, Loup-Taciturne, il y a quelque chose que j'ai mal dû comprendre dans ton propos :


Encore une fois, il faut que tu rattrapes ton retard en sociologie. Déclamer des vœux pieux d'égalitarisme, ça ne rend pas la réalité plus égalitaire.

Bon bah voilà, là tu as tout dit. Ca vaut pas mieux qu'un argument platiste. Le déni total. Bientôt il va nous dire que c'est un complot des élites pour détruire le fondement de la culture française et le ciment de son identité. Et blablabla et blablabla.

Après tu ne crois pas à la sociologique, à l'anthropologie à la linguistique et toutes ces choses non scientifiques (haha). Je ne peux plus grand chose pour toi de ce côté.

Ok, le conservateur de base qui ni la réalité pour cette belle idée. J'aimerais bien voir comment c'est rangé chez toi. J'imagine bien que tout dois être lesté, rangé à sa mauvaise place, mal entretenu, tout ça pour le plaisir de l'effort. Après tout chacun sa religion. Je respecte.

Aller remballe tes métaphores foireuses sérieux. On voit que tu n'as pas un esprit disposé à la rigueur de l'argumentation, ça n'est vraiment pas ton fort. Si j'étais taquin je pourrais même parler de mauvais esprit dans le cas du débat ici présent, et même  peut-être au delà...

Désolé mais assimiler une simplification de l'orthographe à une baisse du niveau de la langue, c'est que tu n'as pas compris grand chose. En plus tu stigmatises la situation de handicap en laissant penser que la dyslexie est un problème de "niveau" de langue alors que la complication de l'orthographe est une variable qui pourrait être modifiée et améliorée (aidant possiblement les personnes dyslexiques) sans pour autant ne rien changer au "niveau" de la langue


Si je comprends bien ton propos, tu fais le tri entre les gens qui comprennent et qui méritent de participer au débat et ceux qui ne comprennent pas et qui ne méritent pas de participer au débat.

En gros, tu demandes aux gens les plus mal à l'aise de ne plus participer à la discussion.

Corrige-moi si je me trompe...
Titre: Re : Simplification ou sacralisation de l'orthographe ? A votre plus bel apparat !
Posté par: Loup-Taciturne le 06 Août 2019 à 17:06:36
Alan,
J'espère que tu as remarqué que les parties que tu as soigneusement sélectionnées ne te sont adressées qu'en partie.

Pour ma part, chacun participe comme il veut, tu ne trouveras jamais dans mes propos une incitation à la censure ou à l'exclusion des personnes. Par contre j'ai le droit de répondre comme je veux sur les points/provocations qui me gênent. Je n'ai aucun souci à rejeter sur la base du discours les propos et les "métaphores foireuses" de Dieter. Je rejette les "arguments" et les discours, pas les personnes. De toute façon même si je le voulais je n'ai pas ce "pouvoir".

par ailleurs, je ne crois pas que les personnes ciblées par mes propos se montrent "mal à l'aise". Au contraire elles sont tout à fait à l'aise et entêtées à maintenir et marteler des opinions sans rentrer dans le jeu de l'argumentation, sans même peut-être lire les développements dans leur intégralité, se cantonnant à la réaction épidermique, provocatrice et purement idéologique. Du trollage en somme. 
Non elles me mettent mal à l'aise à préjuger des intentions plutôt qu'à discuter du fond des problèmes et à devoir réexpliquer les raisonnements en long en large et en travers mais elles-mêmes ne se montrent certainement pas mal à l'aise, ni disposées à expliquer et développer leurs arguments. A la truelle elles préfèrent le balais.

Pourtant, si elles le voulaient vraiment, elles pourraient partir de la vidéo (qui est le point de départ de ce sujet) et démontrer en quoi les auteurs se trompent. En quoi leurs exemples sont erronés, en quoi ils n'ont pas compris la logique et la cohérence qui sous tendent toutes ces façons a priori obscures d'orthographier le français.
Sur un autre versant, elles pourraient démontrer en quoi la fonction d'apparat de l'orthographe est plus intéressante et importante que la fonction linguistique.
Mais ce n'est pas leur méthode, ce n'est pas leur intérêt.

Enfin, bon, c'est une habitude pour ces personnes que d'intervenir par réaction sur des sujets qui ne les intéressent pas et pour lesquels elles n'ont mené aucune investigation, sinon d'avoir sondé les profondeurs vertigineuses de leur propre intelligence, de leur propre expérience.

Toutes ces polémiques participant, pour mon plus grand intérêt, à faire la démonstration que des français entretiennent un rapport effectivement sacralisant à l'orthographe de leur langue (ce qui ne facilite pas les échanges rationnels), et qu'il y a du boulot pour redonner à l'orthographe sa fonction première, fonction linguistique et non d’apparat.





Titre: Re : Simplification ou sacralisation de l'orthographe ? A votre plus bel apparat !
Posté par: Alan Tréard le 06 Août 2019 à 17:41:24
D'accord, merci pour tes précisions, je suis rassuré de voir que tu n'as pas vocation à condamner des personnes qui ne comprendraient pas ta démonstration (c'est déjà difficile de se comprendre sur des thématiques littéraires, c'est plus difficile encore de s'accorder sur des thématiques à vocation scientifique).

Personnellement, je ne vois la transmission du langage que par un rapport éducatif du parent à l'enfant (et ce qui reproduirait les attitudes héritées).

L'école publique est entrée dans notre tradition comme jouant ce rôle d'accessibilité à l'écriture pour l'enfant (l'école publique est censée enseigner la lecture et l'écriture à tout le monde).

L'école de linguistique est majoritairement récente et peine à s'intégrer dans le paysage diversifié de la littérature, la question de la vulgarisation peut se poser aussi pour les linguistes (qui doivent trouver les moyens de transmettre leurs études au plus grand nombre, de les rendre crédibles aux yeux de la majorité).

Quelque part, il est normal qu'une science prenne du temps à s'inscrire dans un paysage nourri de traditions et d'acquis, la volonté de changer les mœurs trop rapidement peut s'apparenter à une confiscation pour certaines & certains qui ne voient pas la légitimité des écoles des linguistes.

C'est la raison pour laquelle j'encouragerais, personnellement, à faire preuve de patience et de pédagogie plutôt que de brusquer les gens, surtout que j'ai cru comprendre que tu n'étais toi-même pas diplômé en linguistique, ce qui rend plus difficile encore la transmission des savoirs.

Voilà pour mon avis sur ce sujet en général.
Titre: Re : Simplification ou sacralisation de l'orthographe ? A votre plus bel apparat !
Posté par: Miromensil le 07 Août 2019 à 09:52:29
Modération

@Loup-Taciturne
Citer
Aller remballe tes métaphores foireuses sérieux. On voit que tu n'as pas un esprit disposé à la rigueur de l'argumentation, ça n'est vraiment pas ton fort. Si j'étais taquin je pourrais même parler de mauvais esprit dans le cas du débat ici présent, et même peut-être au delà...

On peut être en désaccord avec quelqu’un sans pour autant ponctuer les dires de celui-ci d’un jugement de valeur dégradant. Une base pour un débat constructif demeure le respect mutuel des interlocuteurs, merci d’y veiller.

Miro pour l'équipe de modération
Titre: Re : Simplification ou sacralisation de l'orthographe ? A votre plus bel apparat !
Posté par: Loup-Taciturne le 07 Août 2019 à 14:33:58
@modération

Mes propos "dégradants" :D  ont suivi ceux-ci :

Citer
D'autre part, c'est un faux débat : qu'on simplifie la langue ou pas, cela ne changera rien : il n'est pas plus compliqué d'apprendre et de retenir que "philosophe" s'écrit de cette manière et non filozof.
et
Citer
ce combat est surtout porté par fainéantise.
et
Citer
ceux qui s'élèvent le plus contre la complication "arbitraire" de l'orthographe sont en général des personnes qui trouvent trop compliqué d'apprendre, d'ouvrir un dictionnaire, voire pire, d'enseigner.

Il faudrait donc surtout veiller à ne pas arriver à chaque fois comme un cheveux sur la soupe sans saisir la malice des "agents provocateurs". Aucune règle n'a été enfreinte à ce que je sache. Aucun mot interdit prononcé. Tout le monde a reconnu le caractère foireux des métaphores de Dieter
(qui n'a pas cru bon de s'intéresser à l'élément principal du sujet : la vidéo et ses développements, l'a-t-il regardée, avant de se jeter sur son clavier pour réagir au mot "bourgeois" à mojns que ce soit le mot "élite" ou "discrimination"?),
et lui le premier, c'est son objectif.
Il faut bien rendre cela lisible. Je ne suis pas là pour être gentil ni même courtois avec des gens qui n'ont de cesse que de venir plomber les échanges sans rien apporter de nouveau, se faisant un plaisir de caricaturer les autres et de se caricaturer eux-mêmes. Et si je me trompe de réalité ou de stratégie de communication,  je ne vois pas en quoi lui demander de remballer ses pseudo-arguments de la même manière qu'il les a déballés, déversés, sans respect de la cohérence de l'échange, encore et encore, est plus dégradant que les propos qu'il a tenu avant cela sur les personnes qui apportent ou défendent de manière étayée ce sujet à la/pour la "communauté".

Comme d'habitude sur ce forum, certains viennent pleurnicher pour une rhétorique un tantinet véhémente et elle est aussitôt dépréciée et condamnée à côté d'un manque de respect flagrant et impuni dans la manière de troller les débats et d'attaquer personnellement les intervenants.  Pourtant "Une base pour le respect mutuel des interlocuteurs" est avant toute chose et toute forme, de répondre au propos et au sujet sans exciter la conversation avec le genre de provocations citées plus haut, qui n'apportent rien au débat.
Soit, la modération a choisi : La forme plutôt que le fond.

Alan,
Citer
la question de la vulgarisation peut se poser aussi pour les linguistes
La plupart des chercheurs n'a ni le temps ni les compétences pour faire de la vulgarisation, même si certains le font très bien. Il n'y a pas besoin d'être au cœur de la recherche pour vulgariser. Il suffit de comprendre les résultats (pour dire vite) et d'avoir des compétences de mise en forme pour les transmettre à des profanes. Comme l'ont fait magistralement les deux intervenants de la vidéo.  C'est le sujet qui aurait dû nous occuper ici.

Citer
surtout que j'ai cru comprendre que tu n'étais toi-même pas diplômé en linguistique, ce qui rend plus difficile encore la transmission des savoirs
Ce qui me fait dire que ceci n'est pas très juste voire pas très honnête. L'argument du diplôme (ou son opposé "tu n'as pas le diplôme") est le sophisme de l’argument d'autorité que tu connais comme moi (il a pour but de donner crédit/décrédibiliser la personne et non l'argument). Il faut répondre sur ce qui est dit, pas sur celui qui parle.
 
Citer
faire preuve de patience et de pédagogie plutôt que de brusquer les gens
Ça c'est un débat intéressant sur la manière de communiquer. Question de stratégie et d'effet recherché. Je n'ai rien de clair et définitif sur cette question.




Titre: Re : Re : Simplification ou sacralisation de l'orthographe ? A votre plus bel apparat !
Posté par: Alan Tréard le 07 Août 2019 à 14:59:23
Me concernant, je n'ai pas à prendre position sur l'intervention de modération ni sur les échanges entre Loup-Taciturne et Dieter, je ne reviens donc pas sur le sujet (à titre personnel).


Pour répondre à Loup-Taciturne :

Citer
surtout que j'ai cru comprendre que tu n'étais toi-même pas diplômé en linguistique, ce qui rend plus difficile encore la transmission des savoirs
Ce qui me fait dire que ceci n'est pas très juste voire pas très honnête. L'argument du diplôme (ou son opposé "tu n'as pas le diplôme") est le sophisme de l’argument d'autorité que tu connais comme moi (il a pour but de donner crédit/décrédibiliser la personne et non l'argument). Il faut répondre sur ce qui est dit, pas sur celui qui parle.

En fait, ce que j'ai pu remarquer sur les discordances entre un fonctionnement académique et un fonctionnement novateur (comme le propose les linguistes) c'est qu'il est souvent question de la légitimité d'un savoir/d'une orientation ; c'est la légitimité du savoir académique/linguistique qui est questionnée dans un sens comme dans l'autre, cette légitimité fait sens à la fois en accord avec le fonctionnement hérité de la grammaire française (est-ce un fonctionnement légitime et adapté ?) et idem dans l'autre sens sur la fiabilité du savoir linguistique (les démonstrations des linguistes sont-elles suffisamment fiables pour entraîner des prises de décisions).

Ce n'est pas la même chose d'échanger avec des linguistes et d'échanger avec les défenseurs des linguistes (les uns étant détenteurs d'un savoir, les autres étant reconnaissants à l'égard du savoir d'autrui).

Si tu n'es toi-même pas affilié à cette école, il est vrai qu'il est plus difficile de nous baser sur ta propre parole pour nous faire un avis sur des thèmes de linguistique (soyons humbles : si nous ne sommes pas linguistes ni toi ni moi, il se peut que nous nous trompions sur l'analyse de la linguistique que nous faisons, nous n'avons pas vocation à être linguistes à la place des linguistes).

Voici pour une clarification sur le thème de la transmission des savoirs, en espérant que cela t'éclaire sur ce que j'ai voulu dire.
Titre: Re : Simplification ou sacralisation de l'orthographe ? A votre plus bel apparat !
Posté par: Loup-Taciturne le 07 Août 2019 à 16:12:50
Nous avons décidément dérivé bien loin du sujet...

Citer
Ce n'est pas la même chose d'échanger avec des linguistes et d'échanger avec les défenseurs des linguistes (les uns étant détenteurs d'un savoir, les autres étant reconnaissants à l'égard du savoir d'autrui).
En quoi cela est-il différent si les arguments sont les mêmes ?
En ce qui me concerne, ce n'est pas parce qu'un linguiste me raconte quelque chose que je vais le croire sur parole. le fait qu'il soit linguiste est un élément de crédibilité (par exemple, je doute a priori qu'il ait falsifié ses données, même si en réalité la rigueur voudrait que je vérifie moi-même), mais si je n'ai pas la démonstration, si je ne comprends pas le résultat, je ne l'accepte pas. Linguiste ou pas linguiste.
J'ai l'impression que tu te fies plus au statut du locuteur qu'au fond du propos. Désolé mais un linguiste n'est jamais qu'un être humain comme tous les autres qui a passé un temps conséquent à étudier les langues, et qui est plus ou moins reconnu pour cela. N'importe qui peut saisir une "preuve", comprendre un résultat ou une démonstration, la partager et argumenter, ou au contraire, poser une question à laquelle il faudra bien trouver réponse.

Il n'y a pas de différence entre partager un savoir et détenir un savoir. Lorsqu'un savoir est partagé il est aussitôt détenu. et pour qu'il soit partagé, il faut qu'il soit détenu.

Si je comprends qu'en français, un son peut s'écrire de 12 manières différentes, je n'ai pas besoin d'être linguiste pour partager ce savoir, effectuer cette démonstration. je ne dis pas moins la vérité sans diplôme qu'avec diplôme. Et il faut me réfuter sur la base de cette démonstration, pas sur le fait que je sois diplômé, légitime, arrogant, dégradant, humble, courtois ou je ne sais quelle qualité qui n'a rien à voir avec le fond du problème.

Citer
Si tu n'es toi-même pas affilié à cette école, il est vrai qu'il est plus difficile de nous baser sur ta propre parole pour nous faire un avis sur des thèmes de linguistique (soyons humbles : si nous ne sommes pas linguistes ni toi ni moi, il se peut que nous nous trompions sur l'analyse de la linguistique que nous faisons, nous n'avons pas vocation à être linguistes à la place des linguistes).
Pardonnes-moi, Alan, mais cela ressemble à de l’enfumage pour ne pas répondre sur le fond des arguments.
Nous avons vocation à comprendre des choses, qu'il s’agisse de linguistique, d'art ou d'amour. Il y a des spécialistes qui défrichent pour nous mais il ne sont pas différents par nature et leur savoir n'est pas réductible à leur personne.

Très courtoisement,

Edit :
Citer
les démonstrations des linguistes sont-elles suffisamment fiables pour entraîner des prises de décisions
Les démonstrations sont, soit fausses, soit vraies jusqu'à preuve du contraire. n'importe qui qui se penche sur la question peut les valider ou les réfuter.
Titre: Re : Simplification ou sacralisation de l'orthographe ? A votre plus bel apparat !
Posté par: Alan Tréard le 07 Août 2019 à 16:38:46
À ce stade de la discussion, je préférerais m'en référer à la parole d'un linguiste affilié à une école plutôt que de me baser sur ton analyse de la linguistique, Loup-Taciturne, désolé si cela entraîne chez toi une forme de frustration ou d'indisposition, l'exposé que tu présentes ne me paraît pas suffisamment équilibré.

Sur ce, je pense que tu n'as pas besoin de mon autorisation pour parler de linguistique autant que le sujet te passionne, je laisse donc chacune & chacun se faire sa propre opinion sur le sujet, ou bien poser des questions, ou encore débattre ; merci pour la discussion, à bientôt.

 :mafio:
Titre: Re : Simplification ou sacralisation de l'orthographe ? A votre plus bel apparat !
Posté par: Loup-Taciturne le 07 Août 2019 à 18:37:18
Citer
je préférerais m'en référer à la parole d'un linguiste affilié à une école plutôt que de me baser sur ton analyse de la linguistique
1)Encore, et encore et encore... et encore et encore, et encore une fois, il ne s'agit pas de MON analyse. mais si le clamer peut te rassurer dans tes croyances.
Citer
l'exposé que tu présentes ne me paraît pas suffisamment équilibré
2)Pas l'ombre du début d'un argument qui se fonde sur la description des faits, la raison logique, un ancrage au sujet et aux éléments apportés, exposés. Toujours du blabla en somme.
Citer
je préférerais m'en référer à la parole d'un linguiste affilié à une école
3)Soit. Alors je t'encourage à passer ton chemin sur chaque sujet dès lors que tu sais pertinemment que tu ne t'adresses pas à un spécialiste mais à un passeur, si c'est pour terminer par ce sophisme ultime.
Aussi, je veillerai personnellement à ne plus prendre en compte ta parole sur aucun sujet, appliquant ton propre principe à ton propre cas, étant visible que tu t'exprimes abondement sur à peu près tout, mais que tu n'es d'évidence spécialiste de rien.

Pour ma part je ne te remercie pas spécialement de cette discussion (malgré ce que prescrit l'usage de la courtoisie, régulièrement hypocrite), pour tant de mépris envers l’engagement et la sincérité de tes interlocuteurs, et ce encore malgré l'ostentation de tes grands et faux airs polis.

Citer
je pense que tu n'as pas besoin de mon autorisation
Bien vu dis donc, j'avais besoin de te l'entendre dire !

Toujours les deux mêmes qui polluent les discussions, avec chacun systématiquement sa méthode singulière, ça commence à bien faire.
 :vaurien:

ps : merci à toi lecteur discret, anonyme, sans mot, attristé ou attiré par le sens des mots et peut-être aussi le sang des mots. Fuyard peut-être. Tu es le véritable destinataire des idées antagoniques et leurs feux d'artifices. Présence insondable, source de sens, qui parvient au cœur. Cœur, pulsation de sang passionné, échaudé servant d'encre et de rythme à cet art de répondre et répandre de ses propositions. Salutations lecteur.
Titre: Re : Simplification ou sacralisation de l'orthographe ? A votre plus bel apparat !
Posté par: Dieter le 07 Août 2019 à 19:25:42
La ficelle est un peu grosse, mon Loulou...
J'ai abandonné le débat depuis quelque temps pour faire redescendre la pression mais je pourrais facilement te renvoyer dans tes buts. Seulement ça ne m'intéresse pas de perdre du temps avec toi. Alors reste calme et bois de l'eau fraîche.
Titre: Re : Simplification ou sacralisation de l'orthographe ? A votre plus bel apparat !
Posté par: Rémi le 07 Août 2019 à 20:41:18
Modération
@Loup Taciturne
Citer
    Comme d'habitude sur ce forum, certains viennent pleurnicher pour une rhétorique un tantinet véhémente et elle est aussitôt dépréciée et condamnée à côté d'un manque de respect flagrant et impuni dans la manière de troller les débats et d'attaquer personnellement les intervenants.
Merci de signaler à la modération les posts provoquants plutôt que de réagir de façon violente.

@Alan
   
Citer
surtout que j'ai cru comprendre que tu n'étais toi-même pas diplômé en linguistique, ce qui rend plus difficile encore la transmission des savoirs
Comme nous l'avons signalé : une base pour un débat constructif demeure le respect mutuel des interlocuteurs, merci d’y veiller. Il est normal sur un forum littéraire de pouvoir débattre de linguistique sans posséder un diplôme à ce sujet. Merci d'argumenter sur les idées plutôt que remettre en cause la crédibilité des personnes.

@tous
Merci de revenir au sujet du débat. Nous rappelons aussi qu'au-delà des désaccords et divergences de point de vue qui peuvent apparaître dans un débat, prendre la peine de donner des réponses argumentées, sans tomber dans la mauvaise foi ou l'agressivité, reste le meilleur moyen de préserver la bonne ambiance d'une discussion.



L'équipe
Titre: Re : Re : Simplification ou sacralisation de l'orthographe ? A votre plus bel apparat !
Posté par: Alan Tréard le 07 Août 2019 à 21:22:42
@Alan
   
Citer
surtout que j'ai cru comprendre que tu n'étais toi-même pas diplômé en linguistique, ce qui rend plus difficile encore la transmission des savoirs
Comme nous l'avons signalé : une base pour un débat constructif demeure le respect mutuel des interlocuteurs, merci d’y veiller. Il est normal sur un forum littéraire de pouvoir débattre de linguistique sans posséder un diplôme à ce sujet. Merci d'argumenter sur les idées plutôt que remettre en cause la crédibilité des personnes.

Je suis inquiet que l'équipe de modération interprète mon propos de cette façon, je vais donc essayer de clarifier une dernière fois ma position sur ce sujet.

Je trouve la linguistique intéressante, elle pose des questions utiles et souvent diversifiées, mais je ne maîtrise pas suffisamment le sujet pour me faire un avis exact.

Je remarque que Loup-Taciturne a du mal à convaincre ses interlocuteurs, et je suppose que c'est parce qu'il ne maîtrise pas suffisamment ce sujet (à l'évidence).

Loup-Taciturne a pris mes encouragements pour des attaques, je pense que sa parole est irréfléchie à ce sujet.

Je prie l'équipe de modération de bien vouloir ne pas interpréter mes propos autrement que ci-dessus.
Titre: Re : Simplification ou sacralisation de l'orthographe ? A votre plus bel apparat !
Posté par: Erwan le 08 Août 2019 à 12:34:54
Pour ma part, la langue est un usage avant tout, donc oui, c'est une norme culturelle. Et c'est le reflet de la société. Je trouve dommage que l'on vive dans une société aussi hiérarchisée et inégalitaire (d'où sacralisation je crois), ça me rend triste, et de ce point de vue l'orthographe simplifiée me plaît à titre personnel. Maintenant, je trouve aussi logique et sain que la langue soit le reflet de la société et de ses utilisateurs. Du coup, j'ai du mal à comprendre la position du genre "je suis pour", ou "je suis contre" l'orthographe simplifiée. C'est plutôt le projet de société qui est derrière auquel on peut s'opposer, ou bien au contraire approuver.

Je me demande aussi, comme pour la question de la féminisation de la langue, si il est pertinent de penser l'évolution de la langue séparément de l'évolution des locuteurs. Tant que la société sera sexiste, la langue le restera. L'inverse serait stupéfiant. Je ne connais pas d'exemple dans l'histoire où on aurait pu faire évoluer la langue avant ou séparément des mentalités. Peut-être que ça existe... Ça serait intéressant de le savoir, au passage, si quelqu'un sait.
Titre: Re : Simplification ou sacralisation de l'orthographe ? A votre plus bel apparat !
Posté par: cyamme le 09 Août 2019 à 10:23:04
modération : ce fil est verrouillé temporairement
Titre: Re : Simplification ou sacralisation de l'orthographe ? A votre plus bel apparat !
Posté par: cyamme le 12 Août 2019 à 21:49:42
Modération

@Alan Tréard :
Nous avions bien compris ton propos, mais nous maintenons que dévaloriser une personne parce qu'elle n'est pas diplômée sur le sujet en question n'est pas constructif dans un débat et renvoie une image vraiment méprisante. Merci de ne plus insister dans ce sens. Ce message vaut pour rappel à l'ordre.


@ tous :
Merci à chacun de prendre en compte le fait que le respect de l'interlocuteur passe par :
- la forme employée dans vos posts (les insultes, directes ou indirectes, l'ironie mordante, relèvent de l'agression)
- le fond de votre propos (ne pas être d'accord et argumenter, c'est la base d'un débat constructif ; dénier toute légitimité à son interlocuteur pour une raison ou pour une autre, c'est du mépris).

Nous sommes attristés de devoir à nouveau intervenir pour rappeler ces points, mais ils sont essentiels pour préserver l'existence-même de discussions construites sur ce forum. En d'autres termes, il est essentiel que tout le monde fasse un effort pour les respecter, si on veut qu'il puisse y avoir de véritables fils de discussion libres et ouverts.

Nous faisons le choix depuis des années de ne pas interdire les débats, même polémiques, avec une certaine liberté de ton, et ce afin de faire du MDE un espace le moins possible corseté, pour que chacun puisse s'exprimer. Mais ça n'est possible que si les membres qui participent aux débats - c'est-à-dire : vous - faites de votre mieux, chacun, pour respecter votre interlocuteur, en toute circonstances.
On peut dire de mille façon à quelqu'un qu'on pense qu'il a tort ; à charge pour chacun d'entre vous - d'entre nous - de choisir une façon qui ne soit ni méprisante, ni paternaliste, ni agressive.

Nous avons laissé ce fil fermé quelques jours. Merci, à présent, de rester cordiaux dans vos échanges à venir.

L'équipe du forum
Titre: Re : Simplification ou sacralisation de l'orthographe ? A votre plus bel apparat !
Posté par: Dot Quote le 18 Août 2019 à 18:29:26
Haha

Si l'orthographe, en tant que discipline de la langue, vaut la nécessité de normer l'usage écrit du langage...
Si le langage sert à communiquer de la pensée...
Que la pensée soit préexistente à sa formulation ou non...

Il en va de la découverte ou de l'invention de ces normes comme de toute chose dont l'origine paradoxale ne se confirme pas : d'un côté on voudrait que l'orthographe subisse notre volonté, et d'un autre côté on voudrait qu'elle la guide au mieux. Sans  entrer dans le débat liant minimalisme et complexité, c'est je crois d'une nécessité terrible que ce sujet est né, celle de s'exprimer au mieux à l'écrit, comme beaucoup croiraient qu'il est aisé d'agir...

Ce n'est pas anodin si l'Histoire avec un H commençait dans mes manuels de collège, à la naissance de l'écriture : elle est le premier moyen de transmission temporelle de la langue. Or de changements nous n'avons été témoins que de modifications qui suivaient ou accompagnaient une complexification de la pensée, et aujourd'hui nous arrivons à une ère qui se distinguera peut-être à l'avenir, du fait que nous éclatons les médias et les formes de transmission du savoir. Si l'orthographe est réellement née au 17ème siècle, je persiste à penser qu'aujourd'hui un bled lu scrupuleusement et appliqué avec minutie ne rend pas une expérience de la langue qui puisse se déclarer totale. Le dictionnaire a accepté le mot 'lol', ce qui n'a jamais été prévu par les académiciens avant qu'ils ne votent, je pense.

D'où que le problème de simplifier les conflits internes à la logique de la langue française à mon avis pourrait passer par une refonte assez ambitieuse, oui de l'orthographe et de l'institution qui gère l'accès à cette pratique, mais peut-être également par des moyens de communications plus mondialisés, car de plus en plus humains, et peut-être plus universels, pour le partage et non l'hémorragie.

En bref, le résultat voulu, c'est probablement de moins se prendre la tête à écrire ce qu'on pense, non ?
Eh bien, pensons ce que nous écrivons...


Titre: Re : Simplification ou sacralisation de l'orthographe ? A votre plus bel apparat !
Posté par: Loup-Taciturne le 12 Septembre 2019 à 04:43:54
J'avais déjà lu ton post Dot, sans rien trouver à redire.

Citer
le résultat voulu, c'est probablement de moins se prendre la tête à écrire ce qu'on pense, non ?
Sans aucun doute !

Je suis tombé sur ça qui ne pouvait pas mieux décrire une certaine impression face aux forces conservatrices :

“Ceux qui veulent combattre l’usage par la grammaire se moquent.”
Montaigne
Titre: Re : Simplification ou sacralisation de l'orthographe ? A votre plus bel apparat !
Posté par: Dieter le 12 Septembre 2019 à 17:00:04
C'est pourtant bien ce que tu fais, me semble-t-il, non ?
Titre: Re : Re : Simplification ou sacralisation de l'orthographe ? A votre plus bel apparat !
Posté par: Erwan le 12 Septembre 2019 à 20:43:15
C'est pourtant bien ce que tu fais, me semble-t-il, non ?

Oui et non. C'est un débat sur la simplification de l'écriture, ses intérêts et ses enjeux etc. En tant que tel, un débat n'est pas une volonté d'imposer quoi que ce soit sur la langue. Après, pour l'écriture inclusive, qui est un autre exemple de volonté de changer la langue, l'intérêt de vouloir imposer de nouveaux usages est surtout de provoquer le débat, mais après je crois que personne n'est dupe : ce n'est pas une poignée d'individus même très motivés qui vont à eux seuls changer les usages de toute une société en deux coups de cuillère à pot.
Titre: Re : Simplification ou sacralisation de l'orthographe ? A votre plus bel apparat !
Posté par: Loup-Taciturne le 12 Septembre 2019 à 22:49:16
Ralala,.. même pas un petit effort pour comprendre ce que veut dire Montaigne et comment cela peut résonner avec le propos ici présent.

Montaigne critique ici le fixisme conservateur de la grammaire, sa rigidité, qui tend à maintenir la norme malgré l'usage, la norme contre la pratique réelle. Cette manière de s'opposer à un mouvement "naturel" de la langue ne peut qu'être une farce, c'est-à-dire un aveu de mauvaise foi, un entêtement irraisonnable flagrant qui confine à la moquerie pour celui qui s’y adonne. (J'interprète Montaigne.)

L'usage de l'époque actuelle, en l’occurrence, c'est d'écrire n'importe comment, de ne plus connaître ni respecter certaines règles absconses qu'au prix de vérifications incessantes et fastidieuses, de bourrage de crâne et de complexes d'infériorité. La plupart des gens qui n'ont pas besoin de l'écrit dans leur vie quotidienne ou professionnelle ont abandonné. Leur écriture est très approximative, grammaticalement parlant. C'est bien une preuve du décalage de la norme sur l'usage, de son inadaptation. L'usage n'est jamais inadapté. Il est l'usage.

Il ne faudrait pas se méprendre, Montaigne se place ici du côté de la vie de la langue, tout comme les « réformateurs » actuels s'opposent au fixisme des grammairiens et de l'académisme. Tu as choisi ton "camp", moi le mien, avec Montaigne.

Citation de:  Wikipédia, Michel de Montaigne
Montaigne choisit le français alors que les ouvrages philosophiques ou scientifiques sont écrits en latin et que le français, consacré comme langue administrative en 1539 par l'ordonnance de Villers-Cotterêts, est en pleine évolution : « J’écris mon livre pour peu d’hommes et pour peu d’années. Si cela avait été une matière destinée à durer, il aurait fallu la confier à une langue plus stable. D’après la variation continuelle qui a accompagné la nôtre jusqu’à l’heure actuelle, qui peut espérer que sa forme actuelle sera en usage dans cinquante ans d’ici ? Depuis que je vis elle a changé pour la moitié. »

(...)

Ce qui caractérise son style, en même temps que le naturel et la simplicité, c’est une grande intensité d’expression. Montaigne veut une langue simple mais aussi expressive : « Ah ! si j’avais pu ne me servir que des mots qui sont employés aux halles de Paris »

(...)

 « Si le grand public lit encore aujourd'hui Les Essais, écrit Michel Magnien, c'est que leur auteur a su s'arracher à cette fascination pour la culture livresque qui empèse et alourdit tous les beaux esprits d'alors. Ils furent légion, mais leurs œuvres croupissent, désormais inutiles, au fond des bibliothèques. Franc-tireur de l'Humanisme, Montaigne ne se trouve jamais là où on l'attend. À la différence de ses confrères en « parlerie », il est le premier sur la brèche à combattre, auprès des gens de cour et de guerre, la culture livresque lorsqu'elle conduit au pédantisme et au dessèchement de l'être. »


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Titre: Re : Simplification ou sacralisation de l'orthographe ? A votre plus bel apparat !
Posté par: Olaf le 12 Septembre 2019 à 22:55:04
Moi j'ai bien aimé la conférence.
Elle traînait depuis un moment dans les tendances côté conférences TED (avec la pile de trucs que j'ai à voir) et franchement, elle est très drôle, bien rythmée et elle a la bonne idée de traiter la langue par l'expérience et l'humour.
Elle apporte en plus des informations intéressantes, notamment sur la genèse de certaines règles et de certaines pratiques, ça donne vraiment envie d'en apprendre d'avantage.
Ils soulèvent enfin des idées très séduisantes : l'idée de savoir exactement écrire un mot en l'entendant ou savoir dire un mot en le lisant est vraiment séduisante.

Toutefois cette conférence n'est pas exemple de défauts :
Par exemple j'ai trouvé curieuse la façon d'écrire les sons plutôt que comprendre les mots comment un ensemble (notamment pour la démo sur la polygraphie des sons).
Qu'est-ce qui fait dire que le th du mot isthme appartient plus au son [ s ] qu'au son [m] ? Ou pire fracasser le mot doigt en d-o-igt en imaginant que l'on a d:[d], o:[w] et igt:[a] ... alors qu'on doit juste prononcer doigt/doigts : [dwa]. Je trouve (pas totalement on le verra plus tard) pertinente l'idée du "si ça ne se prononce pas, ça ne s'écrit pas" mais mélanger les sons pour créer des mots biscornus c'est aussi absurde que de défendre l'origine fantasmée des mots.
Les conférenciers semble séparer langue et orthographe de la langue alors qu'il me semble que prononciation et orthographe s'influencent mutuellement, non ? Surtout que la prononciation évolue avec le temps : si je ne me trompe pas, on a écrit autrefois le mot roy qu'on prononçait [ʁwɛ] puis il est devenu roi avant qu'on le prononce [ʁwa] ... et c'est sous réserve qu'on sache réellement comment tout ça se prononçait. Rien n'indique que la prononciation n'a pas longtemps été fidèle aux reliquats orthographiques que l'on traîne aujourd'hui.
A vouloir combattre l'héritage imaginaire de la langue, ils ne mentionnent toutefois pas l'intérêt d'être capable d'assimiler des textes écrits par des personnes disparues depuis des siècles. J'y reviendrai plus tard, mais Rabelais ou Saint Augustin (si on veut être caricatural) ne se lisent plus dans le texte de façon triviale.
A aucun moment on n'évoque ce que l'on appelle le registre de langue. Or je pense qu'on devrait aussi parler de registre d'orthographe, parce qu'il me semble que c'est une des possibilités qu'ouvre la volonté de réformer l'orthographe Française.

Donc en résumé ce ne sont franchement pas 20 minutes de perdues. En plus il y a des arguments intéressants, on a de bonnes raisons de critiquer l'orthographe qu'on nous impose.
Alors allons-y, rassemblons-nous, commençons à réformer l'orthographe tous ensemble pour le bien de tous !

...
Non j'déconne.

Ouais vous commencez à me connaître, je peux consommer ce genre de prêt-à-penser drôle et bien fichu mais valoir mettre le paquet sur l'emballage :mrgreen:

Et là franchement sous l'emballage l'idée n'est pas légère. Outre tirer sur l'académie Française qui est une cible facile, il est facile de faire un joli appel à la popularité avec l'idée que le conservatisme en langue serait rétrograde et pas naturel alors que le progrès serait toujours une chose positive. Et d'après moi ça ne va pas de soi. Idem pour le lien orthographe et religion.


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Alors déjà l'écriture avant d'être un dogme (même si historiquement ça a été instrumentalisé), si on remonte à nos ancêtres cunéiformographes, c'est la matérialisation de la trace immatérielle des idées.
Les phonèmes ont au départ servi à accompagner la transition du matériel vers l'immatériel en remplaçant les biquettes par le mot qui les désigne. Et l'écriture a servi à garder trace des échanges effectués.
L'orthographe, c'est juste le régulateur, ce qui permet à celui qui lit de comprendre celui qui écrit. Sinon c'est pas Charlie.

Si on continue à observer la langue (qui reste le précurseur de l'écriture selon moi), elle permet de jouer avec les idées qu'elle véhicule et avec les sons qu'elle manipule. Le jeu de mot, qu'il soit oral ou écrit ne disqualifie pas l'écriture de celui qui l'emploie. Ce qui serait le cas s'il y avait sacralisation du verbe. Or l'utilisation du jeu de mot passe assez bien même encore aujourd'hui, que ce soit chez Raymond Devos ou Jean D'Ormesson.  Bien sûr les fins connaisseurs de la Torah me diront qu'on ne joue pas avec les mots impunément, mais on va se focaliser après sur le Français.

La langue toujours, évolue en suivant le tempo du monde. Des mots naissent, vivent, vieillissent et meurent, souvent avec un sens différent de celui qui les a vu naître. Les mots sont comme ceux qui les utilisent. Les hommes les ont créés à leur image.
L'expression orale, c'est du son, mais aussi des geste et des attitudes, des accents, des intonations ... une langue se voit et se ressent avant de s'écrire.

Il y aurait encore bien à dire sur la langue, mais je préfère me concentrer sur le pont avec l'orthographe. Connaissez votre histoire nous disent les conférenciers. Hé bien sans parler du Français tout de suite, l'orthographe, la bonne façon d'écrire la langue, c'est de lever les ambiguïtés. On doit pouvoir la comprendre. Et en cela elle est un outil au service de la communication.
Elle est conventionnelle bien sûr, donc forcément artificielle pour les langues qui s'écrivent (si vous prenez les langues siouanes par exemple l'écriture est arrivée tardivement et on voit bien ce qu'est une construction artificielle, bien normée, presque mécanique de l'orthographe), mais elle doit évoluer avec la langue qui, comme je le disais plus tôt, évolue au cours du temps.
Et donc oui une orthographe se doit d'évoluer, mais quelle serait la direction à prendre ?


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Pour rappel l'orthographe est un outil. Un régulateur. Une boussole qui indique à peu près comment éviter que toutes les personnes qui écrivent la même langue galèrent un peu trop à se comprendre. A une époque reculée où terrain, terroir et territoire étaient des mots interchangeables, vous avouerez que pour le législateur qui veut se fendre d'une loi sur l'occupation des sols, un peu de précision n'est pas de refus.
La façon d'écrire un mot devrait à mon avis en délimiter clairement le sens.

Et donc déjà avant d'encenser les langues simples et phonétiques, demandons nous déjà comment nous traiterions ces chers homophones, pas si rares que ça en français.
Ex: Si je dis qu'il reste un [vɛʁ] solitaire sans plus de contexte. Est-ce que je dois appeler le médecin pour virer le vilain ténia ou bien Momo pour qu'il finisse la dernière bière ?
Si j'ai un doute c'est que l'orthographe ne joue pas bien son rôle. Donc avant de moquer la polygraphie des sons, commençons déjà par essayer de différencier plus (nullement) et plus (davantage).

Et c'est en ça que d'après moi on ne doit pas se débarrasser à la légère des lettres muettes. Elles sont un peu ce que les séquences muettes de l'ADN. Ce n'est pas parce qu'elles n'ont pas une fonction évidente qu'elles sont à mettre à la poubelle.

Pour en finir sur la construction linguistique, m'est avis que l'orthographe est un outil visuel. On n'écrit pas mécaniquement, on dessine les mots. Et ces derniers contiennent plus que la somme de leurs lettres. Si j'enchaîne les lettres C-I-T-R-O-N, je pense que vous avez dans la tête l'image d'un truc jaune et acide qui se forme, l'amertume du zeste et le jus qui fait saliver en prime si vous prenez le temps d'y penser. Mais si j'écris M-I-T-R-O-N, c'est presque pareil, mais je pense que vous avez plus l'image d'un petit gros avec une toque qui fait des gâteaux (oui c'est à toi que je pense Cyril Lignac !). Le mot est un tout. Et la façon de le construire importe peu au final, son idée l'emporte sur le reste. Toutefois il serait bon que si je vous dis un truc vous compreniez de quoi je parle, je pense. (sinon je dis rien ça va plus vite :mrgreen:). Donc l'idée de simplifier l'écriture est assez illusoire au final ... même si on pense gagner du temps en facilitant la façon d'écrire les mots, il faudra toujours les apprendre tous.

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Mouchons-nous dans l'étole de Benoît XVI et gardons nos rangers dans la Grande Mosquée
L'orthographe serait sacrée et dogmatique.  Alors effectivement, il s'agit d'un apprentissage totalement dogmatique. Ce sont des règles, assorties d'exceptions, les justifications sont bancales, l'origine est un prétexte mais l'application de la respecte pas ... en clair tout ce que ne sont pas le sacré et le dogme.
Les dogmes et les «grandes» religions se sont justement fondées sur des juridictions et des précédents réellement historiques. L'école de Jésus est bien née de la Réforme, elle-même venue au monde suite aux abus de l’Église catholique.  Le courant orthodoxe et dans une moindre mesure l'Islam se tiennent en faux par rapport au catholicisme parce qu'ils considèrent qu'il s'agit d'un polythéisme.
Les rites musulmans s'appuient sur la Sunna, les jeûnes imposés ont des symboliques ... si l'orthographe est réellement une construction artificielle, elle n'a rien à voir avec le Sacré, le religieux.
Il y a bien d'autres dogmes et rites laïcs auxquels la lutte contre les religions a donné un côté tout aussi sacré, à commencer par le monde des affaires, mais aussi la laïcité elle-même, ou encore l'égalitarisme qui fait concurrence à l'égalité.
Mais l'orthographe française, ce serait un peu la créature de Frankenstein dans ce joli bestiaire.
Et croyez bien qu'on joue assez avec pour la désacraliser comme il le faut. S'il y a des personnes qui y restent attachées c'est probablement plus parce qu'il s'agit de leur héritage et d'une chose qui les suit depuis leur enfance, quelque chose qu'ils ont fini par adopter de façon atavique. Et je pense que changer l'orthographe c'est un peu pour eux comme se mettre copieusement les doigts dans le nez en public. C'est juste que ça ne se fait pas.

D'autre part, pour les personnes qui ont besoin de voir dans le travail d'alors sur la langue et l'académie un outil pour remettre du charbon dans la machine à garder la société dans un rapport dominant/dominé, l'orthographe a servi d'outil de discrimination par le passé, mais ce n'est officiellement plus le cas depuis le début du XXème siècle. [Clic (https://www.persee.fr/doc/inrp_0000-0000_1995_ant_5_2_2020)]
Ça fait longtemps je pense que la République a fait son mea culpa sur ce sujet. La disparition des langues régionales par exemple est un combat sur lequel elle est revenue il y a longtemps et on voit de nouveau les langues régionales enseignées à l'école. Le double étiquetage des panneaux en Breton dans le Finistère est aussi un exemple de retour en arrière.
Donc ne cherchons pas à tout prix un grand complot dominant qui voudrait nous asservir au travers de la langue. La langue est à vous, à moi, à nous, on en fait ce qu'on en veut.
Bien sûr le registre de langue draine avec lui des préjugés et le registre orthographique (sms, textes cousus de faute, etc.) aussi. Mais la plupart des gens ne font pas attention à un texte qui ne contient que quelques fautes mineures. Et la plupart des relectures, si j'exclus les cas de dyslexie viennent à bout des plus grosses fautes je pense. Tout le monde a déjà oublié le rapport de Xavière Tibéri sur la Francophonie qui était cousu de fautes par exemple, les gens ne se rappellent que des emplois fictifs à la mairie de Paris. Vous voyez qu'on juge pas tant que ça là-dessus.

Poussons un peu plus loin et reconnaissons aussi l'enjeu identitaire de l'orthographe. En mode «touche pas à mon COD», il y a une filiation évidente entre identité nationale et orthographe, certes, mais n'est-ce pas en réalité davantage le propos de la langue et pas de l'orthographe ? Ce sont les mêmes personnes je pense qui vont renâcler à l'anglicisation du Français et à la disparition des accents circonflexes sur les e,u et i.
Mais déjà l'Angleterre et la France sont réellement à couteaux tirés depuis facile la chute de l'Empire Romain, on ne les changera pas  :mrgreen: (c'est récent cette mode de se mettre sur la tronche avec l'Allemagne du point de vue historique) et puis je souhaite bien du courage à la personne qui voudra expliquer en quoi la pensée identitaire est un problème sans avoir recours à une critique politique et/ou de point de vue. La plupart des communautarisme sont des pensées identitaires, me semble-t-il et pourtant ils n'ont pas si mauvaise presse.



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L'orthographe, en avant les histoires !
Il reste une chose dont il faut se rappeler avant de se dépêcher de mettre sous le tapis l'héritage cauchemardesque des créations académiques passées, c'est que quelle que soit la façon dont elle est née, l'orthographe reste et demeure notre legs et notre dû à l'Histoire.
Certes cela fait partie d'un roman national dont on sait qu'il ne dit pas la vérité, mais bon, enfin est-ce que ce n'est pas toutefois notre lien avec le passé ? Avec Hugo, Chateaubriand, Maupassant, De Beauvoir ... des auteurs qu'avec le temps nous aurons de plus en plus de mal à lire en raison de réformes de la façon d'écrire. Déjà Jean Ray qui m'a été conseillé il y a peu n'est qu'à 60 années de nous et avec la même orthographe il n'est déjà pas simple à appréhender.
Et plus nous sommes éloignés dans le temps et moins nous nous comprenons.
Déjà (les plus historien(ne)s me corrigeront) il me semble que lire François Rabelais dans le texte c'est assez chaud (https://books.google.fr/books?id=j4e1wTY-Bu4C&pg=PR51&dq=original+pantagruel&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwjhgbq29-7jAhWh8uAKHVDGDuIQ6AEIKzAA#v=onepage&q=original%20pantagruel&f=false) quand on n'est pas préparé. Or trop s'éloigner du tissu linguistique de base, ça crée des fossés de plus en plus grands entre l'époque où ce tissu avait cours et nous.

Chaque réforme orthographique ajoute une pierre à cette Tour de Babel temporelle qui nous éloigne un peu plus de nos concitoyens du passé. Pantagruel, le Roman de Renart à lire dans le texte c'est devenu sacrément difficile justement. Ils ne sont pas plus ou moins importants que les écrits de notre temps. Mais merde vous n'avez jamais savouré le plaisir de déguster un vieux bouquin sans âge comme on se rince le palais avec un schnaps distillé par des gens qui ne sont plus aujourd'hui ?
La langue, l'écriture c'est aussi une forme de plaisir populaire qui ne coûte que d'apprendre à lire.


Enfin et pour terminer il reste l'ambulance, vous savez celle qui a reçu une dizaine de tirs de kalachnikov, de mortier et d'obusier de 155 mm, je veux parler de l'Académie Française.
C'est vrai qu'il s'agit d'un entre-soi qui n'est en rien représentatif du peuple Français (sinon on aurait proposé Alexandre Astier et Pierre Bordage au lieu d'Alain Finkelchoucroute)
C'est vrai aussi qu'elle reste constituée en majorité de personnes pour qui la langue Français est un gagne-pain.
Mais quelque part ça me semble assez logique de demander à des personnes qui gagnent leur vie avec la langue leur avis sur la question. Qu'ils aient un avis consultatif me semble en fait même plutôt une bonne idée.
Et ne pas respecter les prescriptions de l'Académie Française est moins grave que ne pas respecter celles du médecin.
Reste la question de ce que ça coûte à l'État (à nous quoi). Un millionième de pourcent du PIB de la France si on en croit la presse. Bernard Arnaud optimise d'avantage sur ses revenus annuels à vrai dire (on n'a pas le droit de parler d'évasion fiscale dans ce cas-là a priori).
Tout ça pour se garder une assemblée de vieilles barbes, un conseil des anciens comme dans les histoires d'Heroïc Fantasy. Des vieux avec des épées et tout. C'est pas classe, ça peut être ?

PS : C'est possible d'éviter les attaques ad hominem, même en spoiler ? J'aime bien ce sujet, j'ai pas trop envie qu'il ferme à nouveau.  :coeur:
Titre: Re : Re : Simplification ou sacralisation de l'orthographe ? A votre plus bel apparat !
Posté par: Erwan le 12 Septembre 2019 à 23:41:24
Pour ce qui est de la langue qui se réforme, même si c'est moins pratique pour lire des textes anciens, je le reconnais, je pense qu'il en va de la langue comme de beaucoup de choses dans une société, rien n'est fait pour durer. Je pense que tout ce qui est vivant bouge, évolue, je veux dire on ne trouve de stabilité absolue que dans des tissus morts ou des objets inertes. Du coup, je pense qu'on a plus le choix de savoir comment on veut que la langue change plutôt que si on veut que la langue change. C'est un point de vue pragmatique, du moins c'est comme cela que je le vois.

et puis je souhaite bien du courage à la personne qui voudra expliquer en quoi la pensée identitaire est un problème sans avoir recours à une critique politique et/ou de point de vue.

Pour la pensée identitaire, le problème est peut-être dans sa définition même. Souvent, l'identité nationale ou autre "pensée identitaire" se basent sur un passé fantasmé ou détourné (c'est à dire soit fictif, soit fortement réinterprété) et qui servent une idéologie politique du temps présent. Du coup, oui tu n'as pas tort de dire qu'on peut difficilement la discréditer sans tomber dans le politique. Mais d'un autre côté, je pense si que cette "identité" revendiquée n'est qu'un cache-nez d'une pensée ou d'un projet politique, je trouve que cela peut nuire car ça empêche de penser ou critiquer le projet politique en question sur le fond. Enfin bon, je ne sais pas si je suis compréhensible, là...  :???:
Titre: Re : Simplification ou sacralisation de l'orthographe ? A votre plus bel apparat !
Posté par: Olaf le 13 Septembre 2019 à 00:02:20
Ah mais je suis d'accord concernant la dynamique évolutive de l'orthographe qui doit suivre la langue. Mais justement, la décorréler de son rôle d'outil en tant qu'exercice de dé-coercition ou juste en invoquant la façon dont elle s'enseigne me semble tout aussi artificiel que l'origine décriée par cette idée. Surtout quand elle est portée par des arguments politiques.
Quand à l'éloignement de son ancienne pratique, je déplore juste ce travers de l'orthographe qui nous rend les anciens auteurs moins limpides à chaque phrase qui passe ... mais je n'ai rien à proposer pour atténuer cela. C'est juste une chose qui me rend un peu triste c'est tout.

Citer
Pour la pensée identitaire, le problème est peut-être dans sa définition même. Souvent, l'identité nationale [...] si je suis compréhensible, là...  :???:
Disons que le mot identitaire employé ici est un amalgame de courants qui défendent en général leur propre terreau culturel voir ethnique. Et je dis juste que l'opposition à la réforme de l'orthographe a bonne presse dans certains de ces courants, mais que l'appartenance à ces courants ne doit pas disqualifier la pensée d'opposition à la réforme pour autant.
Pour parler de façon (beaucoup) plus caricaturale, c'est pas parce que Staline aimait les crêpes au sucre, que la crêpe au sucre est un dessert stalinien.

En revanche, je n'ai pas très bien saisi ce que tu voulais dire par cache-nez d'une pensée. Je pense qu'on dit la même chose mais je ne suis pas sûr ? Tu veux bien dire par là que critiquer la pensée identitaire empêche de critiquer correctement l'opposition à une réforme orthographique, c'est ça ?
Titre: Re : Re : Simplification ou sacralisation de l'orthographe ? A votre plus bel apparat !
Posté par: Erwan le 13 Septembre 2019 à 12:30:46
En revanche, je n'ai pas très bien saisi ce que tu voulais dire par cache-nez d'une pensée. Je pense qu'on dit la même chose mais je ne suis pas sûr ? Tu veux bien dire par là que critiquer la pensée identitaire empêche de critiquer correctement l'opposition à une réforme orthographique, c'est ça ?

Oui, c'est l'idée, le temps que l'on passe à s'opposer ou à promouvoir une pensée identitaire masque et occulte le réflexion et le débat sur le projet politique qui est derrière. C'est vrai dans un sens comme dans l'autre, à mon avis, que l'on supporte le projet politique ou qu'on le réprouve. Le projet politique, derrière la réforme de simplification de l'orthographe, par exemple, ça pourrait être de rendre la langue plus accessible, et la société plus égalitaire. Après, on ne peut pas échapper au débat sur les poèmes de Baudelaire qui ne seraient plus comme avant (comme le dit Versus1), une sorte de nostalgie du passé, une identité que l'on perdrait etc. Je pense qu'il est plus important de se positionner sur la question de fond : la simplification de l'orthographe, dans son projet politique de rendre la langue plus accessible à tous, est-il valable, pertinent, souhaitable etc.
Titre: Re : Simplification ou sacralisation de l'orthographe ? A votre plus bel apparat !
Posté par: Loup-Taciturne le 13 Septembre 2019 à 16:42:13
Je n'vois pas en quoi le jeu de mot est une preuve que certains ne sacralisent pas l'orthographe. Le jeu de mot n'a rien à voir avec l'orthographe du jeu de mot. On ne parle pas de sacralisation de la langue ni même de l'écriture, on parle de sacralisation d'une forme particulière et normée de la langue à un instant donné : son orthographe.

c'est pourquoi ça me suffit amplement quand tu dis ça :
Citer
L'orthographe, c'est juste le régulateur, ce qui permet à celui qui lit de comprendre celui qui écrit


Citer
terrain, terroir et territoire étaient des mots interchangeables
Je vois pas où tu veux en venir. S'ils étaient interchangeables parce qu'ils se prononçaient pareil ou avaient le même sens, je ne vois pas où est le problème. S'ils n'avaient pas la même prononciation, je n'vois pas ce que l'orthographie vient faire ici. Et je ne vois pas comment écrire un mot autrement qu'en suivant la manière dont on le prononce.

La langue existe avant tout (tant dans l'usage que dans l'histoire) à l'oral. L'écrit, je crois que nous sommes d'accord, n'est qu'une manière conventionnelle, un code, pour transmettre matériellement, visuellement ou tactilement, un message

Citer
demandons nous déjà comment nous traiterions ces chers homophones, pas si rares que ça en français
Si les homophones existent, pourquoi vouloir éliminer les homographes ? Si les homographes existent, et ils existent, pourquoi en faire un problème, comme si tout d'un coup le monde allait s'anéantir dans l'homographie ?

Oui on peut profiter du code écrit pour fixer des distinctions entre des homophones si on est convaincu d'avoir besoin d'éviter certaines confusions. Mais je doute que ce soit une nécessité. Tout au plus une commodité, si tant est que ça n'alourdissent pas le code en multipliant les façons d'écrire un même son.

On s'en sort bien à l'oral ! (et certes il y a le "feedback" de l'interlocuteur)
Qui aurait l'idée de supprimer l'homophonie ou de modifier la prononciation d'un mot pour le distinguer de son homophone ? Pourquoi cette panique tout à coup de la confusion à l'écrit ?

Citer
Si j'ai un doute c'est que l'orthographe ne joue pas bien son rôle
Donc là je ne te suis pas tout à fait. Le rôle de l'orthographe est de fixer des sons sur un support visuel ou matériel. Pas spécialement de dissiper les ambiguïtés propres à la langue elle-même. On peut l'utiliser pour ça aussi mais ce n'est pas son premier rôle. Tu montres toi-même que l'homographie existe. "Plus" pose même potentiellement plus de souci à l'écrit qu'à l'oral puisqu'il est homographe sans être homophone ! Un comble. Si tu veux vraiment être sans ambiguïté, tu peux toujours utiliser un autre mot. Pour ma part, puisque tu évoques ce cas précis je serais d'avis d'enlever le "s" à "plus" ("nullement"), non pas pour faire disparaitre l'homographie, mais simplement parce qu'on ne le prononce pas ! (et tant pis pour les nouvelles homographies)

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Et c'est en ça que d'après moi on ne doit pas se débarrasser à la légère des lettres muettes
A la légère peut-être pas, mais entre polygraphies exagérées des sons et lettres muettes sans utilité, il y a largement de quoi élaguer l’orthographie de la langue.

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l'idée de simplifier l'écriture est assez illusoire au final ... même si on pense gagner du temps en facilitant la façon d'écrire les mots, il faudra toujours les apprendre tous.
Alors là je ne vois pas du tout d'où sort cette "conclusion".

Les mots s’apprennent oralement la majeure partie du temps. Et comme notre orthographe est inadaptée et compliquée, on doit en plus apprendre à les écrire ! Problème qui ne se poserait évidement pas si on était capable d'écrire un mot en l'entendant comme en turc ou en espagnol. Si ça ce n'est pas une facilité et un gain de temps, je ne sais pas ce qu'il te faut.

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L'orthographe serait sacrée et dogmatique.  Alors effectivement, il s'agit d'un apprentissage totalement dogmatique. Ce sont des règles, assorties d'exceptions, les justifications sont bancales, l'origine est un prétexte mais l'application de la respecte pas ... en clair tout ce que ne sont pas le sacré et le dogme.

Si, si, c'est bien ça un dogme. Des principes arbitraires que certains veulent conserver et appliquer intactes. Avec toute une idéologie de la pureté, de l'ancestralité, de la conservation et du péril qui va avec. La plupart des dogmes ne sont pas respectés, justement parce que le dogme s’accommode mal avec la vie REELLE. Les religions dogmatiques constatent un écart symptomatique entre les prescriptions et les comportements réels.
Les chantres et fanatiques de la conservation de l'orthographe sont les défenseurs du dogme. et les brebis font ce qu'elles peuvent pour l'appliquer au mieux, sans quoi elles risquent la sanction sociale.

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Et je pense que changer l'orthographe c'est un peu pour eux comme se mettre copieusement les doigts dans le nez en public. C'est juste que ça ne se fait pas.
Tout ça pour en arriver là...

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l'orthographe a servi d'outil de discrimination par le passé, mais ce n'est officiellement plus le cas depuis le début du XXème siècle. [Clic]
Ça fait longtemps je pense que la République a fait son mea culpa sur ce sujet.
Et alors ? Ce n'est pas parce que qu'on reconnait le problèmes (d'ailleurs grâce au combat et aux travail des gens qui ont mis au jour ces mécanismes historiques et sociologiques de domination), parce qu'on a fait 2 - 3 petites réformes, que le problème est résolu.
Ta source n'est ni une preuve, ni un argument contre la simplification ou de la disparition des discriminations, tout au plus un aveu du problème et un début de tentative de le résoudre. Les faits et observations parlent d'eux-mêmes concernant les usages du français et les discriminations associées.

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La disparition des langues régionales par exemple est un combat sur lequel elle est revenue il y a longtemps et on voit de nouveau les langues régionales enseignées à l'école. Le double étiquetage des panneaux en Breton dans le Finistère est aussi un exemple de retour en arrière.
Fort heureusement ce n'est pas seulement dans le Finistère mais dans toute la Bretagne. et ce n'est pas un retour en arrière puisque les noms sont également écrits en français. Par ailleurs le mal est fait. Les différents parlés bretons ont été grossièrement "sauvegardés" et sont aujourd'hui enseignés sous une seule forme "le breton". Plus personne sauf quelques anciens ne possèdent le breton vernaculaire comme langue maternelle, et ceux qui le possèdent pour une grande part comme ma grand mère ont été capable de le comprendre mais non de le parler. Le mal est fait. Ce n'est pas le résultat d'une évolution "naturelle", linguistique de la langue, mais celui d'un rapport de domination, d’acculturation. L'Etat ethnocidaire peut toujours s'excuser... Il impose toujours le français dans ses écoles et fait passer les autres langues (nouvelles o ancienne) comme des secondes langues, étrangères ou folkloriques. Et il faut souvent aller dans une école privée pour pouvoir apprendre sa langue.

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Donc ne cherchons pas à tout prix un grand complot dominant qui voudrait nous asservir au travers de la langue
Donc ce n'est pas un complot, c'est une politique coloniale d'assimilation assumée et revendiquée.

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Mais la plupart des gens ne font pas attention à un texte qui ne contient que quelques fautes mineures. Et la plupart des relectures, si j'exclus les cas de dyslexie viennent à bout des plus grosses fautes je pense. Tout le monde a déjà oublié le rapport de Xavière Tibéri sur la Francophonie qui était cousu de fautes par exemple
Il faut savoir, soit il est compliquer de produire un texte sans fautes, soit une relecture arrive facilement à bout des fautes. Moi je crois que cette confusion confirme encore une fois que l'orthographe française est lourde et inadaptée à l'usage. Si même des textes officiels et administratifs en sont bourrés !

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Chaque réforme orthographique ajoute une pierre à cette Tour de Babel temporelle qui nous éloigne un peu plus de nos concitoyens du passé.
Tu inverses le problème. C'est parce que la langue change et que l'usage de l'orthographe change que l'orthographe doit être réformé et adapté.
Aucune langue ne subi l'épreuve du temps sans se transformer, alors évidement que plus on remonte le temps, plus on s'éloigne de la langue de l'époque.
Est-ce que cela t'empêche de profiter de Sénèque, des anciens, de la littérature traduite d'une autre langue contemporaine ou ancienne ?
Et si tu veux savourer "dans le texte" tu peux apprendre ces langues qui, français de l'époque, grec ou arabe ou je ne sais quoi, sont des langues "étrangères" à ta langue maternelle.

Et ça ne devrait pas déranger ceux qui pensent qu'il faut "faire des efforts" dans la vie.


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il y a une filiation évidente entre identité nationale et orthographe, certes, mais n'est-ce pas en réalité davantage le propos de la langue et pas de l'orthographe ?
La langue de toutes les manières change. Car les locuteurs naissent, meurt et entre temps transmettent et modifient la langue. C'est pour ça que l’enjeu identitaire/conservateur, se cristallise sur l'orthographe. On ne peut pas commander l'usage, tout ce qu'on peut faire, c'est fixer arbitrairement une "norme" et s'attacher à ce qu'elle ne soit jamais transformée. Le décalage avec l'usage se creusera, la norme deviendra obsolète, inutilisable, mais théoriquement on pourrait très bien la "conserver". L'histoire des langues montre que ce comportement atteint toujours une limite. Tôt ou tard, les identitaires les plus réfractaires sont obligés de céder et de se plier au mouvement de la réalité. Et ils n'en meurent pas, et la langue leur survit.

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Mais d'un autre côté, je pense si que cette "identité" revendiquée n'est qu'un cache-nez d'une pensée ou d'un projet politique, je trouve que cela peut nuire car ça empêche de penser ou critiquer le projet politique en question sur le fond.

Tout à fait d'accord.

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Et je dis juste que l'opposition à la réforme de l'orthographe a bonne presse dans certains de ces courants, mais que l'appartenance à ces courants ne doit pas disqualifier la pensée d'opposition à la réforme pour autant.
Certes, mais on peut observer, sans faire d’amalgame ou de procès d'intention, que les arguments et non les personnes, qui sont principalement mis en avant pour s'opposer à la simplification sont des arguments émotionnels et identitaires, nostalgique, conservateurs, idéalistes ou catastrophistes.

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Dans une époque de changement rapide comme la nôtre, marquée par le réformisme, le secret c’est de conserver la langue, afin de pouvoir comprendre le proche passé (les années 1970), mais aussi tous les écrivains de l’époque moderne (à partir de 1453). Il serait regrettable que les lettrés de 2050, par exemple, ne comprennent plus ni les écrivains de l’époque classique, ni la littérature du XIXe siècle, ni même les avant-gardes du XXe siècle.
Il y aura des traductions et ceux qui voudront apprendre l'ancienne forme de la langue le pourront si ça leur chante. Rien de "regrettable" la dedans. Tu regrettes de ne pas parler l'ancien français ? Et on peut remonter loin comme ça. Comme si une réforme de l'orthographe allait empêcher de comprendre le "proche passé", alors qu'on étudie facilement le lointain passé "dans le texte". Voilà encore un argument émotionnel qui joue sur une peur infondée, un catastrophisme, une nostalgie anticipée.

Titre: Re : Re : Simplification ou sacralisation de l'orthographe ? A votre plus bel apparat !
Posté par: Erwan le 13 Septembre 2019 à 17:54:10
[...]
Certes, mais on peut observer, sans faire d’amalgame ou de procès d'intention, que les arguments et non les personnes, qui sont principalement mis en avant pour s'opposer à la simplification sont des arguments émotionnels et identitaires, nostalgique, conservateurs, idéalistes ou catastrophistes.

[...]
Voilà encore un argument émotionnel qui joue sur une peur infondée, un catastrophisme, une nostalgie anticipée.

Oui, cette peur revient souvent, et elle n'est pas incompréhensible totalement. En effet, même si je ne suis pas moi-même terrifié par une orthographe simplifiée, mais plutôt simplement curieux, je pense que la question de pose aussi du changement et de ses modalités. C'est vrai qu'on s'imagine tout de suite avec tous les mots qui ne s'écrivent plus pareil, et on panique. En réalité, ces types de changements sont forcément progressifs, et même déjà en cours, car certains modes de communication (type sms), on déjà réinventé la langue sans nous attendre. Du coup, on ne serait pas complètement paumé par un changement trop brusque. Bien sûr, on peut se demander s'il n'y aurait pas des personnes en difficulté, personnes âgées ou même dyslexiques qui pourraient avoir du mal à suivre ce changement, mais dans le cas présent, je pense que ce serait plutôt l'inverse.

D'autre part, il est différent d'écrire la langue de manière simplifiée (nouvelle norme), ou d'autoriser à l'écrire de manière simplifiée (suppression seule de la contrainte), et donc ne plus sanctionner une certaine liberté avec la règle actuelle en écrivant phonétiquement. Les deux pourraient ainsi coexister, ce qui serait le plus probable, et l'écriture simplifiée gagner du terrain à mesure que le jugement négatif sur elle se dissiperait. Mais bon, le rôle de distinction que joue l'orthographe reste fort, et difficile à attaquer, je le crains.
Titre: Re : Re : Simplification ou sacralisation de l'orthographe ? A votre plus bel apparat !
Posté par: Alan Tréard le 13 Septembre 2019 à 18:10:11
Et toi, Loup-Taciturne, ne regretteras-tu pas, bientôt, après la grande réforme orthographique, de penser comme un médiatique et de parler n’importe comment ?

En fait, Loup-Taciturne explique comment les gens sont jugés selon leur façon de parler ; donc si tu prétends juger sa personne selon sa façon de parler, Versus, tu démontres quelque part qu'il a parfaitement raison.

Personnellement, dans le débat, je prends tes mots comme étant une preuve que les gens sont jugés selon leur façon de parler (peut-être à tort, mais je vois mal comment on pourrait démontrer le contraire à l'issue du débat).

Je comprends mieux la position de Loup-Taciturne après avoir vu ses échanges avec Olaf, et je peux donc plus facilement donner mon opinion sur la question maintenant que je comprends l'orientation du sujet.

Personnellement, je rêve d'une langue française qui puisse prendre en compte les progrès tout en respectant les acquis des uns et des autres. Je n'adhère qu'à un accord entre deux « extrêmes » si je puis m'exprimer ainsi (Olaf versus / Loup-Taciturne) car je conçois la langue comme permettant à deux opinions distinctes de pouvoir se rencontrer et discuter un sujet sur lequel s'entendre.

Je ne suis donc ni d'accord avec Olaf ni avec Loup-Taciturne (en espérant que ce gros effort de clarification ne ressemble ni à une provocation, ni à une défection, ni à je ne sais quoi d'autre), tout en admettant que ma position consiste à faire de la langue un consensus entre ces deux positions distinctes (je parle du langage écrit).

(Et merci pour cette discussion qui, dès lors qu'elle reste cordiale, est pour moi enrichissante et nourrie.)
Titre: Re : Simplification ou sacralisation de l'orthographe ? A votre plus bel apparat !
Posté par: Alan Tréard le 13 Septembre 2019 à 18:52:25
Tu as raison, mon propos manquait de clarté :

S'il existe des façons de parler n'importe comment, alors il existe des façon de parler correctement.

Ce qui signifie que ce sujet a sa raison d'être dans l'idée que l'on peut juger une façon de parler correcte ou incorrecte, bien ou mal.

Que tu juges que Loup-Taciturne parle bien signifie qu'il pourrait (au conditionnel) parler n'importe comment : c'est une opinion valorisante envers sa personne et dévalorisante envers le parler médiatique, cela reste effectivement un jugement sur la façon de parler. Voici mon avis sur la question.
Titre: Re : Simplification ou sacralisation de l'orthographe ? A votre plus bel apparat !
Posté par: Loup-Taciturne le 13 Septembre 2019 à 19:33:56
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Les deux pourraient ainsi coexister, ce qui serait le plus probable, et l'écriture simplifiée gagner du terrain à mesure que le jugement négatif sur elle se dissiperait. Mais bon, le rôle de distinction que joue l'orthographe reste fort
Je vois également les choses de cette manière. Et il est évidement que moins l'orthographe sera éloigné de l'oralité, plus il sera accessible à tous. Cela ne résolvant que partiellement la question des discriminations linguistiques, puisqu’en plus de l'orthographe, on peut être discriminer sur son "niveau/registre/terroir" linguistique. Mais ce n'est pas le sujet de ce "sujet" consacré à la simplification de l'orthographe.

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Toutes les langues sont mortelles.
Les langues sont mortelles seulement parce que les humains le sont.
Une langue "s'éteint" quand son dernier locuteur meure, pas autrement.
Une langue ne meure pas quand elle est encore transmise et qu'elle se transforme. Ou alors donne-moi la date de mort...
Sans compter que cette question n'a encore une fois aucun rapport avec l'orthographe, qui est un simple code graphique.

Alan, je salue ton désir de synthèse, de compréhension et de conciliation, même si je reste sceptique sur ta position. Comment obtenir un consensus, une conciliation entre changer et ne pas changer ? L'opération logique m'échappe.

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de penser comme un médiatique et de parler n’importe comment ?
Je ne sais pas vraiment ce que signifie "parler comme un médiatique", ni même "parler n'importe comment".

Et je crois qu'une bonne partie des "médiatiques" dont tu parles (si on parle des personnes intervenant dans les médias) est conservatrice (sous des apparences progressistes et "de gauche", pour le dire autrement la bourgeoisie culturelle "de gauche", qui n'a de gauche que des pseudo-valeurs et un certain vernis sociétal). Elle est visiblement opposée aux réformes de l'orthographe qu'elle se gargarise plus ou moins subtilement chaque fois qu'elle en a l'occasion de maîtriser.

Donc non, je ne crois pas du tout qu'une réforme de l'orthographe me rapprocherait de leur "pensée". J'imagine par contre gagner un temps et une énergie considérable à échanger et transmettre des idées et la langue.

Enfin, je ne vois absolument pas en quoi une réforme de l'orthographe me ferait "parler" d'une manière différente, mieux ou moins bien, correctement ou incorrectement (à supposer que cela ait un sens, ce que dans l'absolu je ne crois pas), puisque le changement de la forme écrite n'a aucune raison de forcer à une altération de la forme orale, parlée (partant du principe que nous avons admis que la forme écrite est en premier lieu matérialisation de la langue orale, et donc subordonnée a elle)

Titre: Re : Simplification ou sacralisation de l'orthographe ? A votre plus bel apparat !
Posté par: Alan Tréard le 13 Septembre 2019 à 19:50:21
Alan, je salue ton désir de synthèse, de compréhension et de conciliation, même si je reste sceptique sur ta position. Comment obtenir un consensus, une conciliation entre changer et ne pas changer ? L'opération logique m'échappe.

Je suis largement d'accord avec toi sur le fait que c'est le point sur lequel nous ne nous comprenons pas depuis longtemps, et je le remarque humblement : on a quand même fait un effort commun à ce sujet.

Donc, ma vision des choses, j'essaie de résumer à propos de l'orthographe...

Avancer vers une simplification de la langue se fait difficilement dans la vitesse (d'expérience, le basculement ne se fait pas en un jour, l'orthographe étant liée aux usages) ; cela signifie donc qu'envisager une progression du langage vers une forme ou une autre demande d'acquérir progressivement une transformation des codes.

Voici comment je vois les choses :

Je progresse vers une simplification/ j'ai un acquis... Je progresse vers une nouvelle forme de simplification/ j'ai un acquis...

Etc, etc jusqu'au bout du bout.

L'acquis d'autrui est aussi le mien, car nous pratiquons le même langage.

En fait, le langage est fait d'un consensus (l'orthographe est un contrat, quelque part), il s'agirait donc d'obtenir un progrès dans le temps en fonction de l'expérience reçue et acquise. En reconnaissant un premier acquis (l'orthographe permet de se comprendre les uns les autres), on peut envisager un progrès vers autre chose (qui demande délibération afin d'amener tout le monde à s'entendre sur une même orthographe).

C'est comme une méthode, en fait.

Évidemment, tout ceci est très théorique !! Je m'en rends compte, et je ne peux que le reconnaître.
Titre: Re : Simplification ou sacralisation de l'orthographe ? A votre plus bel apparat !
Posté par: Olaf le 13 Septembre 2019 à 23:04:41
@Versus1 :
Malheureusement on est condamnés à ne pas comprendre directement ceux qui nous ont précédés. c'est à la fois triste parce qu'on ne comprend plus le sens premier de ces textes qu'au travers de transcriptions (et donc avec perte de sens), mais on ne peut pas réellement l'empêcher.
A côté de ça c'est un peu excitant parce qu'on redécouvre une chose très commune autrefois avec un côté un peu inconnu et mystérieux.

En revanche tu ne peux pas présumer des conséquences de ne pas enseigner nénuphar quand on écrit nénufar. Je pense que c'est un faux dilemme.

@Erwan :
Ah mais tu as totalement raison (enfin je suis d'accord avec toi, on a peut être tort tous les deux en fait :mrgreen: ) le côté partisan, idéologique, l'instrumentalisation du débat sous une forme de lutte sociale ou de je ne sais quel complot c'est clairement ça qui empêche de se poser la question sur l'orthographe en tant qu'outil.
C'est pour ça que je me suis surtout attaqué à des cas concrets (l'homophonie, la compatibilité descendante, la nécessité de se comprendre) et que j'ai tenté de désamorcer un peu les arguments idéologiques de la conférence Ted (notamment sur l'aspect dogmatique).
Pour moi l'orthographe doit être utile avant d'être pratique. C'est ça mon prisme d'attaque.
Mais si je ne traitais pas aussi l'aspect émotionnel et passionné qu'il y a derrière, je pense que je passerais à côté d'une partie de la discussion.

@Loup-Taciturne :
Critiquer le fait qu'on parle de la langue parce que le sujet initial était l'orthographe alors que j'ai pris soin d'expliquer que je traitais d'abord de la langue en tant que précurseur, c'est un peu une lecture parcellaire des choses non ? Je t'invite à considérer les choses sous cet angle et à ne pas réduire l'orthographe en l'extrayant de la langue comme tu le fais depuis le début de la discussion. On doit pouvoir traiter de la langue sans problème dans un sujet qui concerne l'orthographe non ? Surtout si c'est pour mettre en avant l'inéluctabilité de son caractère mouvant, son caractère purement conventionnel et artificiel.
Et aussi que si on ne la considère pas comme sacrée, comment sacraliser sa façon de la représenter ?

Enfin bref, il devient difficile de faire une réponse ensembliste, il se peut que je me retrouve à faire du phrase à phrase, je m'en excuse par avance ... tout ce que je peux préciser c'est que tant qu'à parler de linguistique, autant aller jusqu'au bout.
Dire qu'on ne sait pas écrire un mot autrement que la façon dont il se prononce, c'est soit imprécis, soit ça n'a pas de sens. Comme je l'ai précisé (et les deux showmen de la conférence l'ont dit aussi) la langue est une chose conventionnelle.
Si je dis le mot «terrain», on peut convenir de l'écrire comme on le souhaite. Si je dis que jmkjsqmlk se prononce [teʁɛ̃] par pure convention, ça n'est pas mieux ou moins bien justifié. Et pourtant on peut l'écrire térin, tairin, terrain, térain le mot se prononce toujours pareil. Sauf qu'on a conventionnellement choisir de l'écrire terrain. On aurait aussi pu déclarer que ça s'écrivait kleenex.

De plus on n'est pas tous d'accord sur ta distinction oral/écrit où l'écrit serait une sorte d'expression inféodée à l'oral. La langue est effectivement orale à l'origine mais elle est déjà un degré d'abstraction par rapport au réel. Il s'agit déjà d'un code (on a sur le chemin la chose > l'idée > le mot).  Si on a décidé de nommer «vache» une bestiole à quatre pattes avec des cornes et des pis, c'est à la fois de l'usage, mais aussi la convention.
Puisque tu questionnes sa nature, l'écriture est née avec le commerce. D'une abstraction visuelle, elle est devenue une symbolique conventionnelle (du pictogramme à l'idéogramme puis au phonème, avec un tissu continu de nuances) parce qu'avec la création des routes commerciales au néolithique, on a commencé à se rendre compte qu'on devait pouvoir communiquer avec des personnes qu'on ne rencontrerait jamais. Des sons conventionnels pour l'oralité, des gribouillis conventionnels pour l'écriture.
Donc oral et écrit sont deux abstractions et l'orthographe est le pendant de la rectitude de la langue à l'oral. Je ne sais plus qui parlait de schibboleth mais ces derniers sont le pendant oral des exceptions orthographiques. La langue orale elle aussi est sacrément biscornue.
Vouloir inféoder l'écrit à l'oral peut sembler logique parce qu'il y a réellement antériorité historique (la descente du larynx chez les hominidés est bien antérieure aux premiers idéogrammes). Mais à la vérité les deux sont certes différents, mais bien plus interdépendants que tu ne le laisses supposer. Il y a des liens mais ils ne sont pas hiérarchiques.

Autre cas précis, la question des homophones. Je ne parle des homographes que parce qu'utiliser une écriture phonétique de la langue les rendrait inévitables (sans catastrophisme, c'est juste une conséquence logique).
Pour tout un tas de raison, il y a des homophones, mais quand on les entend, on peut souvent contextualiser le sens (la langue c'est pas toujours précis sinon les quiproquos n'existeraient pas, mais le contexte aide à corriger).
Il est rare de croiser quelqu'un qui vous dira juste [nwa] ou [twa] sans contexte.
En revanche à l'écrit, on peut tomber sur des mots sans contextes (par exemple une liste de courses) et/ou sans personne sous la main pour faire répéter.
Donc déjà pour moi le premier impératif est bien de savoir distinguer à l'écrit ce qui peut être déduit à l'oral. Et donc écrire différemment des mots qui se prononcent ainsi me semble remplir cette fonction. Voilà pourquoi d'après moi une orthographe purement phonétique pour le Français poserait problème et l'exemple du plus et plus n'est peut être pas forcément très pertinent. En revanche il a l'avantage de montrer tout de suite le problème : tu as eu envie immédiatement de corriger l'un des mots pour lever l'ambiguïté. Je pense que ça te montre bien à quel point il est indispensable de ne pas avoir d'ambiguïté à l'écrit et donc d'éviter une écriture phonétique.
Et ce même si l'exemple des écritures multiples d'un même son est très drôle : vouloir dire qu'il y a plusieurs façons d'écrire un même son c'est nier le fait qu'un mot ne se lit pas lettre à lettre (mitron/citron tout ça) mais se regarde dans son ensemble. En ça la conférence est super drôle mais pas super pertinente (notamment sur sa façon de décliner le son [wa]).
Bref, voilà pourquoi dire que le fait qu'on s'en sort bien à l'oral (alors que ce n'est pas si souvent vrai et que l'oral donne plus d'occasion de contextualiser) me semble être une compréhension partielle de ce qu'est le rapport entre oralité et écriture.
Et le fait de produire des confusions à l'écrit est bien plus problématique qu'à l'oral en réalité puisque accessoirement nous vivons dans une société de l'écrit qui croule sous les normes et les règles écrites. Et elles sont déjà bien assez imprécises pour laisser des juristes et des financiers peu scrupuleux exploiter justement ces imprécisions ... je crois que prendre le risque d'augmenter encore cette imprécision en se disant «on s'en sortira bien, ça marche à l'oral» ne serait pertinent que si on fabriquait une orthographe réformée dans le but de ne pas s'en servir après.

L'orthographe devrait rester un outil, pas un terrain de jeu idéologique.
Et donc pour moi c'est le premier axe à garder en vue quand on parle de réforme orthographique : la clarté et la compréhension. La simplicité et le naturel ne viennent ensuite que s'ils n'induisent pas de confusion (et l'écriture phonétique en induit comme l'indiquent les exemples que je donne).

Ensuite il y a la contrainte d'apprentissage. La promesse que s'il est plus simple d'apprendre à écrire on apprendra mieux. Chouette. Sauf que l’étymologie dont on nous vante les bienfaits a déjà été malmenée par bon nombre de réformes antérieures dont l'usage donne l'impression de l'évolution de la langue qu'elle est naturelle (Sauf que moi, le fait que la langue ait été tantôt remaniée par des précieux c'est à l'école que je l'ai appris. Quel scoop.) ... bref fin de la parenthèse.
Et donc concernant la contrainte d'apprentissage : si on considère les mots comme des univers sémantiques et pas juste comme la somme de leur lettre on comprend que même si c'est très peu, il faut du temps pour apprivoiser chaque mot, pour comprendre comment il s'utilise et dans quel contexte. Et cela à l'oral tout d'abord.
Pour moi la difficulté est là, une fois qu'elle est surmontée, la façon d'écrire le mot est beaucoup plus simple et relève simplement de l'apprentissage d'une convention. Ça peut paraître étrange et pas logique, mais est-ce que du coup faciliter l'apprentissage (qui n'est relativement pas super chronophage) de conventions laissera du temps pour assurer la conversion de tout ce qui s'écrit et qui s'applique avec une orthographe simplifiée non ambiguë ? C'est quoi l'intérêt d'une telle chose s'il faut réécrire les centaines de milliers de lois, de règlementations, d'articles, d'arrêtés et de décrets pour assurer une compatibilité descendante de la langue ?
En ça les showmen de la conférence se trompent je pense. Pour autant que je me rappelle de mes cours de CE1 on avait toutes les semaines des listes de vocabulaire qu'on découvrait en classe, en général soit par thématique, soit par son. Hé bien nous passions surtout du temps à nous faire expliquer en classe de quoi il s'agissait (avec parfois un dessin, une image, etc.). Et à part pour des mots un peu tordus, la plupart du temps l'apprentissage de l'écriture était anecdotique.
Je ne vais pas revenir sur le problème d'avoir une écriture parfaitement phonétique ... ah si ? Ok.
C'est cool un ingénieur de l'équipe de nuit m'a laissé un message téléphonique concernant le métier à tisser que je dois mettre en route, il me dit attention côté [wat], si tu dépasses les 500 le moteur s'emballe et se bourre. Je n'ai pas le type sous la main, je fais comment pour savoir si je dois limiter la puissance du moteur ou le nombre de balles qu'il va traiter ?
L'orthographe c'est un outil. Avant son apprentissage, c'est son utilisation qui doit être pratique !
Bref, pour en revenir à la question, chaque mot est un petit bout d'univers, c'est l'apprentissage de son sens plus que de son orthographe qui prend du temps. Rogner sur l'orthographe ne permettra pas vraiment de mieux appréhender le sens du mot tant le temps d'apprentissage de celle-ci est négligeable vis à vis de ce dernier, non ?
Apprenons déjà bien utiliser les mots pour leur sens, on verra après pour l'orthographe.

Après est-ce que je veux parler idéologie et dogme ? Tentons mais j'y crois moyennement.
Ce que tu donnes comme définition de dogme est un cliché de dogme. Je te donne des éléments pour indiquer que ce n'est pas si souvent que ça arbitraire, tu ne peux pas en réponse me répondre que c'est arbitraire sans nuancer ton propos ... c'est un peu t'essuyer les babouches sur les explications que je te donne :mrgreen:
Enfin je ne sais pas, tu penses réellement que les principes de la Sunna sont totalement arbitraires ? Qu'ils n'ont pas une origine, un fondement et une histoire ? Que le Prajnaparamita c'est juste un gros délire écrit de façon toute aussi arbitraire sur des dizaines de milliers de pages ?
Que les ministres du culte promulguent des interdits débiles que les croyants essaieraient de respecter sans quoi le couperet s’abattrait sur eux ? De même pour la plupart des interdits religieux des grandes religions monothéistes, il sortiraient de la mitre d'un illuminé ?
Parce qu'il me semble que si on connait un tant soit peu l'histoire du Concile de Nicée, des lettres de Saint Paul, les exégèses du Coran, les discussions fratricides sur l’immanence ou la transcendance de Dieu, la question de l’accommodation d'une trinité dans un culte monothéiste, il me semble que tout ça fait partie d'une métaphysique et d'une exégèse des textes que ces religions considèrent comme sacré, des actes supposés de leurs prophètes, etc.
Ajoute à ça des intérêts séculiers et tu te rendras compte que le dogme participe à un système idéologique destiné à sa propre survie et qui véhicule sa propre moralité. On peut considérer ça comme positif ou négatif, mais en aucun cas arbitraire.
Que les dogmes semblent en déphasage avec les mouvements séculiers parce qu'ils se basent sur des texte supposés sacrés et incréés pourrait inviter les gens à considérer que tout ce qui est en déphasage avec les mouvements séculiers comme un dogme. Mais en fait c'est juste un sophisme : il ne faut pas confondre réciproque et contraposée.
Le fait même de l'existence des Jésuites, des courants protestants ou le programme de sciences pour les moines c'est la preuve même de la construction des religions autour d'un questionnement et pas d'un arbitraire.
Et pour en finir avec cette espèce d'impression de décorrélation du dogme avec le réel :
Science et bouddhisme (https://www.matthieuricard.org/blog/posts/le-dalai-lama-parle-de-la-science-1e-partie), comment la science fait (difficilement) évoluer le dogme ?
Une traduction du laudato si (https://fr.scribd.com/document/269022648/Laudato-Si-Francese), le thème principal sont les dérives des règlementations financières internationales et le changement climatique. Là aussi on est les deux pieds dans le réel et quelque chose de tout à fait actuel. Le sacré n'empêche pas l'adhérence au réel.
On se rend compte d'ailleurs là que ce sont souvent les «brebis» qui renâclent au changement. On est loin du portrait des dogmes religieux que tu décris.

Je reviens à présent sur plusieurs incompréhensions (désolé pour le phrase à phrase) :
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Et je pense que changer l'orthographe c'est un peu pour eux comme se mettre copieusement les doigts dans le nez en public. C'est juste que ça ne se fait pas.
Tout ça pour en arriver là...
Mais oui. Et si tu ne vois pas à quel point c'est important, c'est que je n'ai pas l'impression que tu fasses entrer assez de considération éthique dans ce problème.
Tu ne peux pas traiter les opposants à la réforme comme s'ils étaient des arriérés pas fichus de comprendre un débat et t'attendre derrière à les voir te suivre en file indienne. Parce que les arguments pro et anti-réforme touchent autant à l'affect qu'à la raison et vouloir dépassionner cette discussion c'est nier le fait que la langue, l'écriture et l'orthographe sont avant tout des produits humains, avec tout ce qu'il y a d'irrationnel derrière.

Et donc enchaîner directement en replaçant le système orthographique dans son rôle d'oppresseur, tu ne fais que replacer l'image que j'ai essayé de déconstruire assez honnêtement dans la position initiale où tu l'as placée. Et ce en dépit que je ne pense pas que mes arguments soient si faibles que ça.
Et en n'associant pas l'arrêté que j'indique aux constats justements de terrain tu retires à la chose sa valeur d'argument. En gros tu fais comme si ce que j'indiquais ne comptait pas, parce que «les faits et observations parlent d'eux-même» (ce qui est un poncif mais pas un argument pour le coup) avant de me donner l'exemple de ta grand-mère (ce qui est un témoignage et donc un tout petit argument, mais vraiment très faible).
Et le discours sur l'état ethnocidaire est peut être enflammé, mais en revanche c'est juste un effet de manche ... il ne porte pas de justification autre que «les faits parlent d'eux-mêmes».
Alors attention, ne sombrons pas dans le manichéisme, je ne nie pas qu'il y a réellement eu un mouvement dans l'Education Nationale pour faire la chasse à l'occitan, mais je ne crois pas que ce fût juste pour que deux fonctionnaires au plus haut niveau de l'État pérorent en disant «on est trop forts, on domine tout t'as vu ?». En revanche je crois — et autant la réglementation que ce que les rapports faits sur l'Education Nationale me donnent raison — que ce temps-là est largement révolu.
Parce que si on en croit l'éducation nationale, il y a plus de 200 000 élèves qui apprennent une langue régionale, y compris dans les établissement publics. Le code de l'éducation est lui aussi en faveur de l'apprentissage des langues régionales : [clic (http://circulaires.legifrance.gouv.fr/pdf/2017/04/cir_42043.pdf)]
«Les langues vivantes régionales sont partie prenante de la stratégie langues vivantes, qui a pour objectifs d'améliorer la maîtrise des langues vivantes par les jeunes Français, d'assurer la continuité et la cohérence de leur parcours linguistique et d'encourager la diversité linguistique, en particulier dans le premier degré». On parle de cohérence et de continuité, d'apprendre les langues dans le premier et le second cycle, y compris à l'école publique. C'est fou, hein ? Ou l'office public de la langue Bretonne qui est financée par sa région et le Ministère de la Culture, au vu et au sû de l'État. Incroyable n'est-ce pas ?
Et je ne parle pas de l'Alsacien, de l'Occitant, des langues Kanak ... pour 2-3 réformes je trouve que ça couvre quand même un sacré paquet de langues. Et le fait de conserver le Français en plus permet à tout le monde de lire la lettre de la loi et de se renseigner sur ses droits. Des droits identiques quelle que soit les langues que l'on parle.

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Donc ce n'est pas un complot, c'est une politique coloniale d'assimilation assumée et revendiquée.
Dit comme ça, ça sonne vachement comme de un théorie du complot quand même, tu ne trouves pas ?

Bref, continuons :
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Mais la plupart des gens ne font pas attention à un texte qui ne contient que quelques fautes mineures. Et la plupart des relectures, si j'exclus les cas de dyslexie viennent à bout des plus grosses fautes je pense. Tout le monde a déjà oublié le rapport de Xavière Tibéri sur la Francophonie qui était cousu de fautes par exemple
Il faut savoir, soit il est compliquer de produire un texte sans fautes, soit une relecture arrive facilement à bout des fautes. Moi je crois que cette confusion confirme encore une fois que l'orthographe française est lourde et inadaptée à l'usage. Si même des textes officiels et administratifs en sont bourrés !
Je te parle de l'attention portée aux fautes d'orthographe et tu me parles de la complexité à écrire un texte sans faute. Pourquoi ?

Je dis juste que la plupart des gens ne font pas attention aux personnes qui font quelques fautes d'orthographe et je donne pour exemple le cas de Xavière Tibéri que tout le monde a oublié aujourd'hui. Tente le coup tu verras, tout le monde te parleras des emplois fictifs et pas des fautes. C'est net et sans ambiguïté.
Le MdE est un exemple même de forum où les gens qui commentent ne râlent pas à cause des fautes quand il y en a peu mais aident à les corriger. Tu veux d'autres exemples ?
Surtout que je n'ai jamais dit que c'était compliqué de produire un texte avec peu de fautes. Il n'y a aucune confusion ^^, aies l'amabilité de ne pas chercher dans mes phrases une justification de ta croyance. Trouve donc plutôt des faits qui indiquent que l'orthographe est encore en 2019 principalement un outil de discrimination, si tu veux réellement répondre à l'argument.

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Chaque réforme orthographique ajoute une pierre à cette Tour de Babel temporelle qui nous éloigne un peu plus de nos concitoyens du passé.
Tu inverses le problème. C'est parce que la l[...] sont des langues "étrangères" à ta langue maternelle.
J'ai pas compris ce que je suis supposé inverser ? Je n'ai nulle part écrit que l'orthographe évoluait indépendamment de la langue. J'ai même précisé qu'il y avait toutefois rétroaction et que l'orthographe pouvait influencer en retour la langue. J'ai même un exemple : le mot gageure que les gens prononcent [ɡaʒœʁ] et plus sytématiquement [ɡaʒyʁ] à cause de son orthographe.
Si tu n'as toujours pas compris ce dont je parle, comme je l'ai répondu à Erwan, je suis juste un peu désolé qu'on n'arrive plus à lire certains auteurs dans le texte parce que la modification de l'orthographe a fait de cette langue du passé une orthographe étrangère. Et c'est bien d'une évolution de l'orthographe et pas de la langue dont je parle, notamment la façon d'écrire les f et les s (et ça c'est purement orthographique). Mais j'ai juste dit que je trouvais ça dommage pas que ça constituait une raison pour ne pas réformer.

A côté de ça, il y aurait encore bien à dire, notamment sur le fait d'opposer une évolution naturelle ou artificielle de l'orthographe, alors qu'il s'agit d'une chose conventionnelle et humaine, donc toujours artificielle par définition. Toute évolution est faite de suite d'accidents, croire qu'il y a quelque chose de linéaire et «naturel» c'est juste ne pas comprendre ce qu'est l'évolution des langues.
Il y aurait à dire aussi sur la volonté de réformer la langue dans le but de faciliter son apprentissage alors qu'on devrait toujours penser cet exercice en rapport avec son utilisation (un peu comme donner des marteaux en mousse en se disant qu'on se blessera moins avec avant de se demander si on peut réellement planter des clous avec).
Il y aurait à dire sur le fait qu'il y a quand même une tentative de justifier — par des arguments qui ont la saveur de la logique — une volonté idéologique de modifier la langue avec le préjugé un peu essentialiste que quelque part quelque chose domine la francophonie grâce à l'orthographe.
Il y aurait à dire sur le fait qu'il est un peu dérisoire de considérer ça comme une urgence alors qu'il me semble qu'on a un problème un chouilla plus gros qui devrait mobiliser les énergies en ce moment...

Titre: Re : Re : Simplification ou sacralisation de l'orthographe ? A votre plus bel apparat !
Posté par: Erwan le 14 Septembre 2019 à 12:10:26
Trouve donc plutôt des faits qui indiquent que l'orthographe est encore en 2019 principalement un outil de discrimination, si tu veux réellement répondre à l'argument.

En fait, il y a les concours d'entrée aux grandes écoles, et même aux plus petites, les principaux examens qui enlèvent des points pour l'orthographe, sans parler qu'une copie mal orthographiée est vue de manière plus dépréciative par le correcteur. J'avoue moi-même que si je reçois un mail avec des fautes d'orthographe, je vais plus facilement me dire que c'est une arnaque, un fake, etc. Il y a les lettres de motivation, il y a les personnes dyslexiques, pour qui la scolarité, malgré les aides et la reconnaissance du handicap, peut être très difficile (en tout cas plus que pour quelqu'un de non touché de dyslexie). Non, il est pour moi clair que l'orthographe est un signe de distinction (sociale) et que de ce fait, elle devient discriminatoire potentiellement, et dans les faits c'est constatable. Maintenant, on pourrait objecter qu'on vit dans une société fortement hiérarchisée, et que de fait il est logique qu'on ait des outils de classement et de distinction, et c'est pour cela, je pense, qu'on en revient vite à un projet politique derrière.

Pour ce qui est du discours général, il me semble qu'il faut distinguer deux choses qui ne relèvent pas du même questionnement : savoir s'il faut écrire 'far' ou 'phare', comme cela à été évoqué plus haut, et savoir s'il faut juger négativement les fautes d'orthographe ou les écarts à la norme. En clair, je pourrais continuer d'écrire 'phare' tout en ne posant pas un jugement négatif sur quelqu'un qui écrirait 'far', involontairement ou par conviction. Bien sûr, se pose la question de réussir toujours à se comprendre, mais je ne suis pas sûr qu'on ne comprendrait pas un tel texte, même s'il avait quelques écarts par rapport à la norme. En fait, la bienveillance dont on va faire preuve vis-à-vis d'un usage détourné ou non conforme de la langue me semble ici beaucoup en question, au-delà des goûts orthographiques de chacun.

Titre: Re : Simplification ou sacralisation de l'orthographe ? A votre plus bel apparat !
Posté par: Loup-Taciturne le 02 Octobre 2019 à 18:53:05
Olaf, j'avais commencé à te répondre point par point il y a déjà quelques jours mais j'ai tout perdu et je n'ai vraiment pas la motivation de recommencer, d'autant plus que la plupart des réponses se trouve déjà dans la discussion.

Tout ce que tu dis sur le caractère conventionnel de langue etc, bah oui merci, on a pas attendu de voir cette conférence pour s'en apercevoir. Mais je ne vois vraiment pas le rapport avec l'orthographe. Et sur la sacralité de l'orthographe non plus. oui peut-être que certaines personne considère aussi la langue parlée avec une certaine sacralité, usant d'un conservatisme d'usage. Je ne vois pas non plus le rapport avec la sacralité ou non de l'orthographe, si ce n'est que les deux vont peut-être de pair chez le conservateur.

ah oui, juste ça :
Citer
il y aurait encore bien à dire, notamment sur le fait d'opposer une évolution naturelle ou artificielle de l'orthographe, alors qu'il s'agit d'une chose conventionnelle et humaine, donc toujours artificielle par définition. Toute évolution est faite de suite d'accidents, croire qu'il y a quelque chose de linéaire et «naturel» c'est juste ne pas comprendre ce qu'est l'évolution des langues.
Non mais ok, merci... Quand je parle d'évolution "naturelle" je ne n'oppose pas une pseudo "nature" du langage à une artificialité de l'écrit. J'emploie "naturel" dans le sens "libre", "normal", "spontané". Le langage oral se recompose et se transforme à chaque fois qu'il est utilisé alors que le langage écrit même s'il veut changer suivant l'oralité, est attâché, comparé systématiquement à une norme décrétée à un instant t.
Alors là tu m'énerves un petit peu en laissant croire que "ce n'est pas comprendre ce qu'est l'évolution d'une langue". Si, je maintient que la transformation est linéaire et perpétuelle, et pourtant également irrégulière, il peut y avoir des à coup mais il ne peut pas ne pas y avoir de transformation. C'est impossible, ça ne se vérifie pas. Au contraire de l'écrit, l'orthographe (que tu confonds avec "la langue" cf ton début de post), qui lui obéit à une norme plus ou moins contraignante et plus ou moins figée.


Citer
En fait, la bienveillance dont on va faire preuve vis-à-vis d'un usage détourné ou non conforme de la langue me semble ici beaucoup en question, au-delà des goûts orthographiques de chacun.
Totalement d'accord.

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Enfin, je venais surtout apporter de nouveaux éléments pour ceux que ça intéresse. Les informations proviennent d'un vidéaste "vulgarisateur" de linguistique :

« Désormais en France, les chefs de la nation sont les propriétaires des mots et des phrases »
Jean pierre Séguin

Pour plus de détails concernant les liens entre le conservatisme de l'orthographe et l'histoire de l'académie française.

Petites « pépites » :

« Le respect du divin implique le respect du langage. Même si l'on tutoie Dieu, on ne s'adresse pas à lui en argot ; on ne Le prie pas avec des termes vulgaires. On ne L'invoque pas par des phrases sans ordre (…). Il y a un lien évident entre la langue et le sacré. Qui perd le sens de l'une perd le sens de l'autre. »
Druon, Le Figaro, 1999

On ne peut pas être plus explicite quant à la manière dont l'orthographe et la langue sont sacralisés par certains. Ceux là même qui influencent de tout leur poids les intentions réformatrices de l'orthographe au nom de cette vision sacrée de la langue.

Au moment d'élire Marguerite Yourcenar à l'académie en 1980, un des membres, Pierre Gaxotte réagit ! :
« Si on élisait une femme, on finirait par élire un nègre... »

Ça se passe de commentaire.

Pour résumer, l'académie française en tant qu'institution proche du pouvoir, conservatrice et élitiste s'est toujours  attachée à conserver l'ordre dominant et ses symboles, et de ce fait opposée à réformer l'orthographe malgré de nombreuses sollicitations et occasions. Par exemple dès « 1906, la fédération internationale des instituteurs demande une réforme des orthographes en Europe. Tous les pays s'y engagent, sauf la France, où cette question n'est pas considérée par l'institution. »

Parlant du seul ouvrage de grammaire pondu par l'académie en 4 siècles, Michel Louis (Linguiste), s'insurge en 1933 :
« Ce n'est pas seulement qu'ils ont mal formulé des définitions et des règles, énuméré de façon incomplète des cas spéciaux, confondu la réalité vivante du langage et de l'écriture figée, enseigné des erreurs, méconnu l'état présent de la science linguistique, réduit la syntaxe à moins que la portion congrue... Il y a plus grave que tout cela. [Ils) ont cru pouvoir tout expliquer au nom de la logique déductive, oubliant que la science (…) est avant tout inductive. »

Sur ces paroles incisives, je vous laisse avec la vidéo de vulgarisation, un peu longue mais très riche et documentée (pour ceux de bonne foi qui demandaient plus de matière). Il y a un sommaire des différents chapitres dans la description de la vidéo si vous êtes presses.

https://www.youtube.com/watch?v=hfUsGmcr1PI

La partie « L'ACADÉMIE A UNE EXPERTISE LINGUISTIQUE (fakenews, petit tour sur la section "dire/ne pas dire") » est particulièrement drôle.

Titre: Re : Simplification ou sacralisation de l'orthographe ? A votre plus bel apparat !
Posté par: Olaf le 03 Octobre 2019 à 01:16:48
Erwan concernant le discours général, je pense que c'est parce qu'on ne traite qu'une couche de réforme orthographique à la fois qu'on suppose que l'orthographe réformée n'est pas incompréhensible : elle demande juste une petite adaptation si tu te contentes de lire. C'est l'accumulation des changements d'orthographe qui rend les textes incompréhensibles avec le temps et pas une unique réforme je pense (même si quand tu te retrouves à manipuler un vocabulaire technique qui mélange plusieurs langues dont du Franglais, ça devient assez périlleux).
D'autre part, il y a effectivement une question de bienveillance et de projet derrière.
C'est le projet et l'idéologie derrière la réforme qui sont surtout débattus, bien plus que la réforme elle-même.
On n'a pas évité la question des arguments identitaires et on est tombés d'accord sur le fait qu'il y avait un «combat» idéologique derrière. Qu'il s'agisse de nationalisme ou de communautarisme, il semble que les luttes identitaires ont besoin de coloniser certains domaines comme l'Histoire et l'orthographe. Sans doute pour construire ce fameux passé fantasmé dont tu parlais tantôt.   
Mais la bienveillance, d'après moi, répond davantage à la question du «comment» effectuer une transition orthographique. Pas si elle est souhaitable (même si des arguments pour et contre relèvent de la pure bienveillance ^^).

Concernant l'orthographe en tant qu'outil de discrimination, tu réponds toi-même aux constats que tu fais : on vit dans une société «hiérarchisée». Petit bémol : la hiérarchie induit une notion de classement, or on se juge les uns par rapport aux autres, je ne pense pas qu'il y ait des personnes qui soient à mettre au dessus des autres ... en tout cas pas de façon objective ^^. J'aurais bien dit qu'on était dans un «réseau» social mais le terme est déjà pris. Et dans ce réseau, les personnes se jugent par rapport à ceux qui leurs ressemblent et ceux qui leurs sont différents :
En somme il y a a priori un a priori (huhu) sur les personnes qu'on ne connaît pas. Mais au même titre qu'en tant qu'être humain on a tendance à avoir des préjugés sur ce qu'on ne connait pas.
Mais une fois ce point levé, à part certaines institution qui s'en servent comme critère d'évaluation, peut-être le secteur public que je ne connais pas et les professions de plume (comme le journalisme par exemple) mis à part je n'ai pas eu l'impression que ça perdurait.
Donc oui tu as raison. Mais je pense que c'est un problème qui se dégonfle avec le temps.

Loup-Taciturne, je ne sais pas dans quelles circonstances tu as perdu ton texte, mais si c'est suite à un timeout sur le forum, tu peux cliquer sur la touche "retour" de ton navigateur, le texte est conservé en cache. Tu peux alors le copier dans un notepad le temps de te reconnecter ;) Je sais pas si ça t'aidera mais moi ça m'a déjà servi.

Citation de: Loup-Taciturne
Olaf, j'avais commencé à te répondre point par point il y a déjà quelques jours mais j'ai tout perdu et je n'ai vraiment pas la motivation de recommencer, d'autant plus que la plupart des réponses se trouve déjà dans la discussion.
Comme je te le disais, ça n'a aucun intérêt de répondre point par point, parce que rapidement ce genre d'échange perd une cohérence globale pour se transformer en échange d'arguments ne portant que sur des morceaux tronqués de la discussion précédente. Ca a induit plusieurs contresens.

La preuve : tu reviens à la charge en m'accusant de confondre langue et orthographe alors que j'ai pris soin de décrire leur relation de façon complémentaire (notamment la rétroaction de l'orthographe sur la langue).

Voilà pourquoi ma considération était ensembliste et que je n'ai souligné que trois points en particulier pour te répondre de façon plus globale.
Et mon message ne portait pas sur la langue que je n'invoque justement que pour évoquer son lien avec l'orthographe. Du coup cette réponse que tu fais est un petit peu vexante parce que ça donne l'impression que tu n'as pas lu ou du moins compris ce que j'essaie de t'expliquer quand je te dis qu'évoquer l'orthographe sans parler de la langue c'est comme parler de coiffure sans parler de cheveux. Cf ce que j'expliquais en revenant aux origines de l'écriture. Ce message-ci va donc s'attarder sur la langue elle-même en tant que construction artificielle. J'ai pas mal d'arguments et d'exemples en ce sens.

De plus, tu reviens préciser ce que tu appelles l'évolution naturelle de la langue en précisant qu'ils s'agit d'une chose spontanée. Cela tombe bien, puisque j'indiquais que la langue et l'orthographe sont des construction artificielles en cela qu'elles ne sont pas nécessairement spontanées justement. Il y a effectivement des périodes où les langues évoluent seules, où elles ont des relations fécondes, mais il y a au cours de leur histoire des fixations régulières. Ne serait-ce qu'à cause des nécessité du commerce et de l'invention de l'écriture qui en a découlé.
De plus, des campagnes de suppressions de mots dans la langue c'est déjà arrivé. Des campagnes d'introductions de mots aussi (si je prends l'exemple de l'après 1066 en Angleterre et l'introduction massive de mots Français dans les cuisines Anglaises comme Mutton qui a survécu jusqu'à aujourd'hui).
La lutte entre le Français Roman et l'Occitant en est un bel exemple où on a carrément eu la volonté d'éradiquer toute une façon de parler le Français. Voilà donc dire «c'est impossible, ça ne se vérifie pas» j'en ai là deux beaux exemples où l'on observe des accidents et qui sont documentés historiquement.
Je peux aussi ajouter les hybridations de langues liées au mouvement de population (ce sont bien des transformations non ?) ou encore l'existence des pidgin sur des durées très courtes (et là aussi on a des transformations quasi-complètes comme avec l'apparition du Créole par exemple). Je peux encore ajouter l'introduction du politiquement correct qui a fait disparaître une quantité de mots du langage courant en quelques années. Ou la création du mot Islamophobie qui a fait une apparition fulgurante, là aussi porté par une pensée politique plus que par une nécessité linguistique.
Donc pour conclure sur ce point, les langues sont, comme tout objet soumis à l'évolution, construites en successions de ruptures et de continuités. De mutations spontanées, de glissements sémantiques, d'accidents et de recadrage. Ces deux (voir trois) derniers points sont bien des transformations artificielles de la langue, liés à des réformes, à des questions idéologiques ou à des crises/guerres/conquêtes.
Et je veux pour preuve de leur fonctionnement par processus évolutionnaire le fait qu'on fait des arbres phylogénétiques des langues ! Or les processus évolutifs se construisent par sélection naturelle certes mais aussi par crises et par accident. Les langues se développent donc sous contrainte régulière de modifications qui ne sont pas spontanées.
Et ainsi vouloir opposer une orthographe qui ne le serait pas à une langue qui serait parfaitement spontanée est une vision qui ne cadre pas avec la réalité historique : orthographe et langue sont toutes deux artificielles et résultent de mutations des sociétés, des grandes crises de l'Histoire, de guerres, d'impérialismes, de choix idéologiques, etc.

Il faut vraiment voir le diptyque langue/orthographe comme un tout, à l'image des synthèses qui existent dans la philosophie orientale :
Une langue est façonnée par les évolutions de la société et l'hybridation ou la dissolution qui existent au contact d'autres langues. Y compris lors de crises ou d'événements qui la transforment profondément. L'orthographe essaie de fixer ces éléments, soit de façon conventionnelle (académique dirons-nous) soit de façon plus spontanée (si on s'intéresse aux hiéroglyphes ou aux cunéiformes, bref à la transition pictogramme/idéogramme) mais l'utilisation de l'écriture de la langue rétro-agit sur la langue elle-même (je reprends l'exemple du mot gageure prononcé [ɡaʒœʁ], mais ce n'est pas le seul  cas). La façon d'écrire un mot peut changer la façon dont il se prononce. ^^
Ainsi la boucle est bouclée.

Et pour l'Académie Française ... sérieux, le mortier, la kalachnikov et l'obusier ne suffisaient pas, il fallait aussi ajouter le napalm et les mines antipersonnelles, avec le reportage (très bien documenté d'ailleurs) d'un énième candidat au déboulonnage des conservateurs ?  ::)
Bah oui, ça coûte un millionième de pourcent du PIB au contribuable pour une assemblée opaque de personnes qui n'ont de comptes à rendre à personne. Mais comme ça nous aussi on a notre conseil des vieux sages, pas super utile, pas super efficace. Mais rien que pour les entendre râler si l'inspection du travail vient débarouler chez eux moi j'ai déjà le sourire aux lèvres.  :mrgreen:
Titre: Re : Simplification ou sacralisation de l'orthographe ? A votre plus bel apparat !
Posté par: Loup-Taciturne le 03 Octobre 2019 à 19:52:36
Citer
Ce message-ci va donc s'attarder sur la langue elle-même en tant que construction artificielle.
Désolé Olaf, mais je ne peux pas faire l’effort de lire un pavé qui a pour objectif de soutenir une conclusion à laquelle j'ai déjà adhéré à savoir que la langue est une convention. D'autant plus que cette question est hors sujet, là nous parlons de réforme orthographique.

Je retiens juste ta conclusion.

Tu ressasses ton exemple, ton exception devrais-je dire, de « rétroaction » de l'orthographe sur l'usage oral.
Citer
(je reprends l'exemple du mot gageure prononcé [ɡaʒœʁ], mais ce n'est pas le seul  cas)
En fait tu n'arrives pas à comprendre que l'écrit de la langue n' EST PAS la langue. C'est un outil qui suit la langue. D'ailleurs il y a des écrits/orthographes différents d'une même langue, des officiels des officieux, des élitistes, des populaires – le langage sms n'est pas moins un langage écrit, il a ses conventions mais il est beaucoup moins rigide que l'orthographe officielle, le turc a possédé une orthographe en alphabet arabe puis réformé en alphabet latin, l'amazigh sans alphabet a produit le sien propre et l'arabe peu s'écrire de manière conventionnel mais avec une certaine liberté en alphabet arabe et latin (orthographe libre qui diffère par ailleurs en milieu bilingue anglophone ou francophone. La grande majorité des langues qui existent dans l'humanité n'ont pas de système d'écriture, et beaucoup de systèmes d'écriture sont beaucoup moins rigides que le nôtre ou que les orthographes « officielles ». Ce qui facilite évidement leur adaptation à l'usage et n'empêche pas du tout les gens de se comprendre.

Le principe de base d'un système d'écriture, celui pour lequel il est conçu, c'est de donner aux sons une forme matérielle, graphique. Ce n'est pas d'utiliser une forme orthographique alambiquée pour qu'à force que les gens ne reconnaissent plus le son comme ils auraient « dû », ils le transforment.

Ton exemple c'est juste une exception qui confirme en plus mon propos, qui révèle un décalage entre la forme écrite et orale, entre l'usage et l'écrit, regarde :

Si le mot avait été écrit phonétiquement, il aurait été impossible de « mal » le prononcer. Et si l'orthographe avait suivi l'évolution de la prononciation, il serait difficile de trouver des mots mal prononcés. Comment veux-tu que quelqu'un change la prononciation de « bato » à partir de l'orthographe. L'orthographie est complètement explicite quand on a déjà entendu le mot et qu'on connaît le système d'attribution des sons aux lettres. Bref

Si l'écriture du mot change la façon de le prononcer, c'est que

1) le locuteur ne connaît pas le mot, il le découvre en le lisant (ce qui n'est pas le cas pour l'immense majorité des mots d'une langue ; et la plupart du temps, le locuteur se verra vite confronté à quelqu'un qui rectifiera sa prononciation)
2) le code a dès l'écriture du mot failli à rendre compte de la prononciation
Dans ton exemple c'est frappant, pour que la prononciation initiale (\ɡa.ʒyʁ\ « gajure » soit maintenue, ne soit pas transformée, encore aurait il fallu ne pas écrire le son « u » en écrivant « eu » qui se prononce « e », dans « gageüre », puis « gageure ». D'ailleurs si on poursuit l'analyse on voit bien que la réforme s'aligne sur l'usage puisqu'elle propose d'enlevé le tréma inutile, la prononciation s'étant conformée à la norme du code phonétique. Ces exemples sont des anomalies dans le sens ou le code n'a ni pour objectif, ni pour intérêt de n'être pas clairement identifiable d'un point de vue phonétique.  D'ailleurs ils sont montrés et réformés comme tel.

Enfin, dans un système orthographique phonétique, ce que tu affirme est impossible. C'est dans un système orthographique biaisé que ce genre de « rétroaction »/confusion se produit, ou quand le locuteur n'est pas familier du système orthographique.

Par exemple, des français peuvent parler l'anglais en prononçant tout à la française. Car ils ont les même conventions phonétiques. Mais un anglophone n'y comprendra rien. On a bien un exemple d'orthographie qui modifie la prononciation, mais parce que les locuteurs sont incompétents à déchiffrer la convention de cette langue et qu'ils préfèrent utiliser la leur (d'ailleurs pour que cela soi possible il faut qu'il disposent tout de même auparavant d'une convention commune). Cela leur sera préjudiciable dans un milieu qui respecte la convention phonétique originelle.
De même, un mot qui est emprunté à une langue subit d'abord une transformation phonétique pour s'adapter à la langue d’accueil et ensuite il s'orthographie suivant cette nouvelle prononciation (et quand ce n'est pas le cas les gens galèrent à le prononcer, le prononcent de manières différentes).
L'orthographe suit l'usage, sauf exceptions ou fantaisies.

Citer
« l'utilisation de l'écriture de la langue rétro-agit sur la langue elle-même »
Non, donc. Pas suivant l'intensité que tu prétends. On apprend tous à parler avant d'écrire. On apprend et parle une langue étrangère sans avoir besoin de l'écrire, et si on apprend juste à l'écrire sans l'avoir jamais entendue, on ne saura jamais la parler. Et plus le code orthographique sera compliqué phonétiquement, plus le passage de l'un à l'autre sera rendu difficile et propice aux erreurs.
Ce qui va dans le sens de ce que je dis depuis le début sur les avantage à réformer l'orthographe du français. Et puis c'est pas comme si c'était que moi, tous les linguistes depuis plus d'un siècle le disent. Beaucoup de professeurs aussi.
C'est incroyable de faire sortir une exception comme ça pour appuyer toute son argumentation. (raison pour laquelle je n'avais pas rerépondu mais comme tu t'y accroches.)

Donc la boucle n'est absolument pas bouclée.
Citer
« le mortier, la kalachnikov et l'obusier ne suffisaient pas, il fallait aussi ajouter le napalm et les mines antipersonnelles »
Bah faut croire que la vermine a raison des plus ambitieuses œuvres pyrotechniques. Pire que des cafards.

Ah oui, et pour le "point par point", je ne suis pas vraiment non plus d'accord, comme expliqué dans un autre sujet. Je pense que c'est au contraire la seule méthode qui empêche les esquives, les quiproquos, les généralités, les gloubiboulgas et clafoutis argumentaifs et autres joyeusetés des débats.
Titre: Re : Simplification ou sacralisation de l'orthographe ? A votre plus bel apparat !
Posté par: Feather le 26 Octobre 2019 à 23:13:31
Bonsoir,
Je suis peut-être hors sujet. Je pense que la refonte de l'orthographe est une aubaine et est justifiée par les transformations spatio-temporelles. Le rapport que l'on entretient avec la transcription des mots vient en partie avec les relations proprioceptives que l'on a avec notre environnement. Et aujourd'hui notre corps est en perpétuel mouvement. La calligraphie se simplifie par les caractères typographiques, notre rapport à l'orthographe est, à regret peut-être, moins sacralisé, le geste orthographique perd sa dimension spirituelle et esthétique. Cependant, une simplification révèle aussi l'importance de l'orthographe associée à l'oralité et donc favorise, selon moi, l'accès à l'imaginaire et au symbolique : une transmission entre les générations plus fouillée et plus accessible.
Titre: Re : Simplification ou sacralisation de l'orthographe ? A votre plus bel apparat !
Posté par: GregoriusAdvena le 12 Janvier 2020 à 14:45:33
Bonjour !

Moi, je défends une réforme de l’orthographe. J’ai proposé à l’Académie un système intitulé « orthographe accordée », comprenant : (1) l’ajustement vocalique; (2) l’ajustement consonantique; (3) l’ajustement syntactique. Loin de détruire les liens historiques, l’orthographe accordée a beaucoup en commun avec l’ancien français.

J’ajoute un texte d’introduction (écrit lui-même en OA) et quelques transcriptions, pas une œuvre accomplie, mais un début, invitation à la discussion critique :

http://greg-ory.org/tc18.html#gl
http://greg-ory.org/oa.html