Le Monde de L'Écriture

Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: Marcel Dorcel le 03 Août 2019 à 07:45:54

Titre: Primum non nocere
Posté par: Marcel Dorcel le 03 Août 2019 à 07:45:54
«  Personne ne peut regarder sa mort ni le soleil en face très longtemps » 
La Rochefoucauld

«  La vérité vous affranchira  »
Jean ( 8 :32 )

Je me souviendrai de toi pour ne plus faire semblant.

Pour ne plus faire semblant.
Semblant de tout.

Procession blanche.
Il n’y a aucune leçon à tirer du désespoir.

Je suis un fils vaincu.
Des minutes militaires égrènent des larmes que je ne pourrai jamais verser.

Un questionnement autre que poétique.

Il est un peu plus de vingt heures et je viens de courir. Au loin, à quelques centaines de kilomètres, à quelques heures de voiture, un jour il faudra que je revienne.

Sur mes pas.
D’aucuns la nomment enfance.
Je n’ai pas eu d’enfance.
Ou si je l’avais eue, je m’en souviendrai.

Je suis tombé dans l’alcool pour éviter de passer pour un raté.

Un de tes fils vient de t’offrir un joli cadeau. Un article dans NATURE vaut bien un prix Goncourt.

Notre ascendance est affligeante.
Un pays où l’on ne parle pas.
C’est le pays où l’on n’arrive pas.

Il n’y aura jamais de pourcentage acceptable à la mort.

Titre: Re : Primum non nocere
Posté par: Feather le 03 Août 2019 à 09:38:38
"Si vous voulez que la vie vous sourie, apportez lui d'abord votre bonne humeur" Spinoza.
Ce texte curieusement m'inspire la philosophie de Spinoza. Il m'est peut-être difficile d'entendre la dureté du propos souligné par la vraisemblance du style. Spinoza reste l'auteur du bonheur,  il reste en quelque sorte ma thérapie. Et je souhaitais le partager.
Titre: Re : Primum non nocere
Posté par: Ari le 03 Août 2019 à 11:22:39
Salut,

Contente de te voir réécrire :)

Comme d'habitude, typiquement, ce texte me laisse un peu sur ma faim, j'aurais voulu comprendre plus de choses. Mais je pense que certaines personnes, au contraire de moi, apprécient les choses + esquissées que martelées.

De ce que j'en comprends, j'imagine le décès d'un père ou d'une mère. J'apprécie la dureté qui émane de ce texte. Je crois que ce qui m'a gênée un peu c'est de ne pas en deviner plus au sujet du frère du narrateur, et surtout, de ne pas saisir avec certitude, le sens de la dernière phrase (mais j'y reviendrai).

Au fil de la lecture :

Citer
Je me souviendrai de toi pour ne plus faire semblant.
J'aime bien, et pour le coup ça me parle. Ca me fait penser à un cheminement pour accepter des traumas.

Citer
Procession blanche.
Il n’y a aucune leçon à tirer du désespoir.
J'aime bien aussi...
Pour le coup on n'est absolument pas dans la résilience, mais personnellement ça me fait du bien parfois d'exprimer (ou de lire, du coup, dans une optique de catharsis) ça, le désespoir brut sans but sans résilience sans sublimation. Et je le comprends, en fait. Dans le thème de la maltraitance à l'enfance, en particulier. C'est aussi en adéquation avec la forme de ce texte, sans fioritures.

Citer
Je suis un fils vaincu.
Des minutes militaires égrènent des larmes que je ne pourrai jamais verser.
J'aime beaucoup beaucoup l'image des minutes militaires.

Citer
Un questionnement autre que poétique.
Ici ça me gêne un peu, j'ai l'impression qu'on change de prisme (je ne sais plus comment on appelle ça) et que tu évoques ici la démarche d'écriture. Soit la démarche actuelle (et dans ce cas ça me gêne d'un coup de faire référence, dans ce texte très brut, à la démarche qui guide son écriture), soit à une démarche souvent réalisée par ton narrateur ? ou par l'un de ses proches ? ou le milieu dans lequel il évolue ? Ca ne me satisfait pas, je voudrais comprendre mieux  >:D . J'ai l'impression ici d'une remarque personnelle, de toi à toi, dont je me sens exclue.

Citer
D’aucuns la nomment enfance.
Je n’ai pas eu d’enfance.
Ou si je l’avais eue, je m’en souviendrai.
Ici je n'aime pas trop "D'aucuns". Pour moi ça fait un peu soutenu comme formule, un peu pompeux, et ça détonne par rapport au ton général du récit qui me semble plus humble. (Haha désolée je pinaille, que d'histoires pour un "d apostrophe" !).

Citer
Un de tes fils vient de t’offrir un joli cadeau. Un article dans NATURE vaut bien un prix Goncourt.
Ici je voudrais comprendre mieux encore une fois !
Qu'il y ait des doutes autour de la profession du premier fils (médecin ? ou autre ?) ça ne me dérange pas mais pourquoi l'allusion au prix Goncourt ? C'est peut-être juste général mais dans ce cas la première comparaison qui me serait venue à l'esprit serait le Prix Nobel. Goncourt, de nouveau cette référence à l'écriture (comme la démarche poétique de tout à l'heure) mais je ne sais pas pourquoi, est-ce une ambition personnelle du narrateur, une réussite déjà accomplie, un voeu de son père (ou de toute autre personne vectrice d'autorité). Je sais pas, j'imagine plein de choses, tu me perds ^^ . Mais d'une façon qui me frustre un peu.

J'aime bien "le pays où l'on ne parle pas".

Citer
Il n’y aura jamais de pourcentage acceptable à la mort.
Ici de nouveau je m'interroge et j'imagine, d'où vient cette phrase, pourquoi ?...
Est-ce une allusion, une pique en rapport avec l'article écrit dans Nature ?
Est-ce une allusion au "tu" qui serait décédé ? D'ailleurs je ne sais pas pourquoi je me suis mis en tête que ce "tu" était décédé, ce n'est jamais dit je crois.

Voilà voilà ^^
Un aperçu de mes pensées en parcourant ton texte !
Dans l'ensemble j'aime bien le ton très dur mais plein d'émotions, j'aurais surtout envie d'en deviner un peu plus, et même sur la forme, j'aurais apprécié que le texte soit plus long, plus développé. Mais d'un autre côté, je dis ça mais je ne voudrais pas que ça lui enlève sa pudeur et sa retenue, et ce côté "silencieux" que le narrateur semble posséder lui aussi, ne lâchant que par bribe les idées qui débordent, mais pas les autres.

Bien sûr c'est un commentaire subjectif, et de la part d'une personne qui a du mal à saisir l'implicite...  :-[
Titre: Re : Re : Primum non nocere
Posté par: Marcel Dorcel le 05 Août 2019 à 11:50:37
Salut,

Contente de te voir réécrire :)

Comme d'habitude, typiquement, ce texte me laisse un peu sur ma faim, j'aurais voulu comprendre plus de choses. Mais je pense que certaines personnes, au contraire de moi, apprécient les choses + esquissées que martelées.

De ce que j'en comprends, j'imagine le décès d'un père ou d'une mère. J'apprécie la dureté qui émane de ce texte (au passage, je n'ai pas compris l'intérêt du commentaire ci-dessus, mais peut-être qu'une finesse constructive m'échappe...). Je crois que ce qui m'a gênée un peu c'est de ne pas en deviner plus au sujet du frère du narrateur, et surtout, de ne pas saisir avec certitude, le sens de la dernière phrase (mais j'y reviendrai).

Au fil de la lecture :

Citer
Je me souviendrai de toi pour ne plus faire semblant.
J'aime bien, et pour le coup ça me parle. Ca me fait penser à un cheminement pour accepter des traumas.

Citer
Procession blanche.
Il n’y a aucune leçon à tirer du désespoir.
J'aime bien aussi...
Pour le coup on n'est absolument pas dans la résilience, mais personnellement ça me fait du bien parfois d'exprimer (ou de lire, du coup, dans une optique de catharsis) ça, le désespoir brut sans but sans résilience sans sublimation. Et je le comprends, en fait. Dans le thème de la maltraitance à l'enfance, en particulier. C'est aussi en adéquation avec la forme de ce texte, sans fioritures.

Citer
Je suis un fils vaincu.
Des minutes militaires égrènent des larmes que je ne pourrai jamais verser.
J'aime beaucoup beaucoup l'image des minutes militaires.

Citer
Un questionnement autre que poétique.
Ici ça me gêne un peu, j'ai l'impression qu'on change de prisme (je ne sais plus comment on appelle ça) et que tu évoques ici la démarche d'écriture. Soit la démarche actuelle (et dans ce cas ça me gêne d'un coup de faire référence, dans ce texte très brut, à la démarche qui guide son écriture), soit à une démarche souvent réalisée par ton narrateur ? ou par l'un de ses proches ? ou le milieu dans lequel il évolue ? Ca ne me satisfait pas, je voudrais comprendre mieux  >:D . J'ai l'impression ici d'une remarque personnelle, de toi à toi, dont je me sens exclue.

Citer
D’aucuns la nomment enfance.
Je n’ai pas eu d’enfance.
Ou si je l’avais eue, je m’en souviendrai.
Ici je n'aime pas trop "D'aucuns". Pour moi ça fait un peu soutenu comme formule, un peu pompeux, et ça détonne par rapport au ton général du récit qui me semble plus humble. (Haha désolée je pinaille, que d'histoires pour un "d apostrophe" !).

Citer
Un de tes fils vient de t’offrir un joli cadeau. Un article dans NATURE vaut bien un prix Goncourt.
Ici je voudrais comprendre mieux encore une fois !
Qu'il y ait des doutes autour de la profession du premier fils (médecin ? ou autre ?) ça ne me dérange pas mais pourquoi l'allusion au prix Goncourt ? C'est peut-être juste général mais dans ce cas la première comparaison qui me serait venue à l'esprit serait le Prix Nobel. Goncourt, de nouveau cette référence à l'écriture (comme la démarche poétique de tout à l'heure) mais je ne sais pas pourquoi, est-ce une ambition personnelle du narrateur, une réussite déjà accomplie, un voeu de son père (ou de toute autre personne vectrice d'autorité). Je sais pas, j'imagine plein de choses, tu me perds ^^ . Mais d'une façon qui me frustre un peu.

J'aime bien "le pays où l'on ne parle pas".

Citer
Il n’y aura jamais de pourcentage acceptable à la mort.
Ici de nouveau je m'interroge et j'imagine, d'où vient cette phrase, pourquoi ?...
Est-ce une allusion, une pique en rapport avec l'article écrit dans Nature ?
Est-ce une allusion au "tu" qui serait décédé ? D'ailleurs je ne sais pas pourquoi je me suis mis en tête que ce "tu" était décédé, ce n'est jamais dit je crois.

Voilà voilà ^^
Un aperçu de mes pensées en parcourant ton texte !
Dans l'ensemble j'aime bien le ton très dur mais plein d'émotions, j'aurais surtout envie d'en deviner un peu plus, et même sur la forme, j'aurais apprécié que le texte soit plus long, plus développé. Mais d'un autre côté, je dis ça mais je ne voudrais pas que ça lui enlève sa pudeur et sa retenue, et ce côté "silencieux" que le narrateur semble posséder lui aussi, ne lâchant que par bribe les idées qui débordent, mais pas les autres.

Bien sûr c'est un commentaire subjectif, et de la part d'une personne qui a du mal à saisir l'implicite...  :-[

Ne te fais pas trop de souci quant à ta compréhension personnelle. Je suis ravi que tu sois passée par ici même si ce texte n'est pas très abouti. C'est l'histoire d'une lettre d'un fils à son père mort, l'a t-il jamais aimé ou pas ? Et l'inverse.
https://monde-ecriture.com/forum/index.php/topic,31483.msg508263.html#msg508263

Le titre n'est pas sans intérêt, Primum non nocere, comme tu es médecin, tu n'es pas sans savoir que le serment d'Hippocrate tient toujours. Surtout ne pas nuire et avant de faire du bien ne pas faire surtout de mal.
Tu as visité ce texte avec ta sensibilité et c'est ce que j'apprécie.
Perso, je pense que les liens du sang sont un tabou infranchissable. Les amis, on peut les admirer, les haïr, les rejeter, les comprendre, les aimer etc... mais ne pas tout supporter. Pour ses ascendants, ses descendants, on peut tout supporter, même les actes les plus abjects ( je te rassure, ici il  n'en est pas question ).
Freud avait fait fort malgré les théories fumeuses qui l'accablent.

J'espère t'avoir donné quelques pistes, te remerciant encore d'être passée. ;)
Amicalement, M.D.

Pour ce qui concerne Spinoza, Feather,  l'ascétisme est à la portée de 0,0001 °/° de la population, les grands esprits. C'est une voie hautement philosophique qui ne me convainc pas. Diogène est plus dans mes cordes.