Salut Manu,
Hélas ! Je suis exactement comme ton héroïne, j'ai de plus en plus de mal à partager les émotions que me procure la beauté. Lors de mes longues randonnées méditatives, bercé au plus profond par la nature et ses chants silencieux, que je vienne à croiser un autre trekkeur et je le foudroie aussitôt d'un lointain regard sinistre. Qu'est donc venu faire cet intrus dans mon songe ? Par quelle traître porte quantique est-il entré dans ma contemplation ? Est-ce que je m'introduis dans les rêves d'autrui, moi ? Mon sentiment est d'autant plus narcissique et injuste que cet individu est très certainement venu chercher dans ce décor la même chose que moi, la paix et la communion avec les éléments pastoraux, air, terre, eau et feu, dont il est subtilement constitué.
Bref, je ne le justifie pas, mais je comprends ce "mur". Je comprends que l'on puisse vouloir emprisonner des roses rien que pour soi, afin de respirer très égoïstement leur capiteux parfum, au nom de ceux qui n'ont pas de nez, qui passent à côté de la splendeur sans faire révérence. Je comprends que l'on puisse vouloir fuir la matérialité brutale de notre civilisation qui s'oppose à l'essor de l'intelligence, qui écrase les affectifs, les doux, les faibles, les isolés, ceux qui aiment la beauté, qui cherchent dans la vie autre chose que l'argent, les bagnoles rutilantes, les parures Mauboussin, dont le raffinement supporte mal la vulgarité de l'existence moderne. Je comprends que l'on puisse devenir un vieux con misanthrope cerné par son ivoire !
Un chouette texte, qui donne à réfléchir.
La preuve ! :)
Bien à toi !