Le Monde de L'Écriture

Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: Helios117 le 27 Juin 2019 à 03:45:49

Titre: Abysse
Posté par: Helios117 le 27 Juin 2019 à 03:45:49
Un pas devant l'autre, lentement, sûrement, le cherupka remontait l'effluve. Affreusement denses, les ténèbres des abysses drapaient sa silouhette, absolument opaque, le tissu souple et protéiforme de la nuit s'immisçait dans chaque repli, jusqu'a la surface de son oeil composé. Battu par le froid, la perception qu'il avait de son corps s'émoussait, chaque fibre était inexorablement remplacée par un bruit blanc, sourd, dans lequel se mêlaient la morsure de la souffrance mais aussi le silence du non-être, comme un appel au repos.

Au dessus, dans l'espace infini surplombant la fosse, les voluptés fluides des abysses accouchaient d'un phénomène singulier. Une masse froide provenant de la Yuzhna rencontrait l'eau chaude et peu salée de la Severna, les langues d'océans passaient l'une sur l'autre, la froide sous la chaude, s'effleurant à peine, de cette union langoureuse résultait le courant laminaire et glacial qui léchait continuellement cette région.
Le sol était tapissé d'un sable surfin, fantôme de ponce d'un océan d'érosion, des strates supérieures tombaient sans arrêt une neige marine, résidu de l'hyperactivité baroque des multitudes organiques. S'achevait ainsi, dans un bouillon amorphe et monochrome la course exubérante des mille apparences dont se pare l'existant, atomisé, réduites à leur plus simple nature, les choses du monde venaient échoir en ce lieu, purgatoire parmi les purgatoires.

Dans cette brassée de particule, fluide élémentaire composé d'eau de silice et d'ombres, la charpente de chitine se faisait sanctuaire malgré elle. Trop proches des articulations les bernacles gênaient le mouvement, dans les plis de la carapace des colonies mystérieuses d'êtres microscopiques sécrétaient un mucus sucré. Univers à part entière, dernier radeau pour les complexités fragiles et capricieuses du vivant, le cherupka cherchait, à demi conscient, une île prompte à satisfaire sa nature tributaire.

Cela faisait trois jours qu'il suivait la piste. Périodiquement, ses antennules fendaient l'eau, au creux de l'aberration optique produite par leurs cent battements par seconde les molécules étaient consciencieusement léchées par une soie sur-sensitive faite des milliers de nanos-cils. Parfois des particules différentes se prenaient dans le vortex sensoriel, plus complexes, plus tortueuses, fragrance fumée et familière d'un fluide organique, promesse de pitance.
Titre: Re : Abysse
Posté par: Léilwën le 01 Juillet 2019 à 20:21:19
Hello Helios et bienvenue sur le forum  :)

J'ai pour habitude de commenter au fil du texte, j'espère que ça t'ira ? ;)

Affreusement denses, les ténèbres des abysses drapaient sa silouhette, absolument opaque, le tissu souple et protéiforme de la nuit s'immisçait dans chaque repli, jusqu'a la surface de son oeil composé
=> j'aime bien cette description :)
Quelques coquilles :

Au dessus, dans l'espace infini surplombant la fosse, les voluptés fluides des abysses accouchaient d'un phénomène singulier. Une masse froide provenant de la Yuzhna rencontrait l'eau chaude et peu salée de la Severna, les langues d'océans passaient l'une sur l'autre, la froide sous la chaude, s'effleurant à peine, de cette union langoureuse résultait le courant laminaire et glacial qui léchait continuellement cette région.
=> je trouve la métaphore sensuelle réussie et jolie :) (même si je ne suis pas fan du verbe "accoucher" au niveau des sonorités ; j'aurais plutôt mis "donnaient naissance" (ceci est une remarque totalement subjective que tu peux ignorer ;) ))
Les coquilles d'ici ;) :

Le sol était tapissé d'un sable surfin, fantôme de ponce d'un océan d'érosion, des strates supérieures tombaient sans arrêt une neige marine, résidu de l'hyperactivité baroque des multitudes organiques.
=> là encore, c'est très joli :coeur: mais un peu fouillis. Il faut un point à la place de la virgule après "érosion" (et je kiffe vraiment "fantôme de ponce d'un océan d'érosion" :coeur:)

S'achevait ainsi, dans un bouillon amorphe et monochrome la course exubérante des mille apparences dont se pare l'existant, atomisé, réduites à leur plus simple nature, les choses du monde venaient échoir en ce lieu, purgatoire parmi les purgatoires.
=>je suis moins fan de cette phrase... je la trouve trop "tarabiscotée" ; toujours ce problème de coupures de phrases : il faut un point à la place de la virgule après "atomisé"

Dans cette brassée de particule, fluide élémentaire composé d'eau de silice et d'ombres, la charpente de chitine se faisait sanctuaire malgré elle. Trop proches des articulations les bernacles gênaient le mouvement, dans les plis de la carapace des colonies mystérieuses d'êtres microscopiques sécrétaient un mucus sucré. Univers à part entière, dernier radeau pour les complexités fragiles et capricieuses du vivant, le cherupka cherchait, à demi conscient, une île prompte à satisfaire sa nature tributaire.
=> encore une description très majestueuse :coeur: et là, il n'y a pas de problème pour l'enchaînement des phrases :)
Décoquillage :

Périodiquement, ses antennules fendaient l'eau, au creux de l'aberration optique produite par leurs cent battements par seconde les molécules étaient consciencieusement léchées par une soie sur-sensitive faite des milliers de nanos-cils.
=>

Parfois des particules différentes se prenaient dans le vortex sensoriel, plus complexes, plus tortueuses, fragrance fumée et familière d'un fluide organique, promesse de pitance.
=> va-t-il trouver sa nourriture ? Au prochain épisode ? ;)

Au total, c'est un fragment intéressant. La description est bien menée et très soignée, riche.
Par contre tu as un souci de construction au niveau des phrases complexes ; si ça t'intéresse, il y a plein de sites bien fichus sur Internet concernant la ponctuation :).

Well done ! :)
Titre: Re : Abysse
Posté par: Opercule le 03 Juillet 2019 à 12:42:46
Salut! J'y trouve beaucoup de belles idées, avec une implémentation un peu plus variable en qualité et en clarté.

Je trouve un peu triste qu'on ne soit pas d'abord mis dans le thème. Bien sûr le titre, Abysse, aurait pu nous aider s'il était au pluriel pour situer le décor. À ce stade c'est assez peu clair où on est, ce qu'est "un cherupka" (d'après mes recherches, c'est une coquille). ça marche ? ça a des pieds ? c'est humanoïde ? Je suis totalement disqualifié juste en butant là.
La phrase sur la texture de la nuit est assez réussie quoique sans réelle colonne vertébrale ; il y a des ténèbres, de l'affreux, une silhouette, un tissu avec des replis, puis un oeil. Est-ce que l'œil du cherupka voit sa propre silhouette ?
La troisième phrase est à mon sens jolie et totalement superflue. D'abord, l'anacoluthe (rupture syntaxique) "Battu par le froid, [...], chaque fibre" qui nous force à revenir sur la phrase. Là les sens sont juste mélangés sans discernement, il y a du froid, de la perception, des fibres, du bruit, de la souffrance, du silence, rien n'est construit autour de ces idées. Pourquoi des mots si chargés alors qu'on n'a rien en retour ? C'est soit trop long soit trop court à ce stade. On n'a toujours aucune idée de la nature du cherupka. Est-ce que ça entend, ça ressent la douleur, le froid ?

Deuxième paragraphe, on a une situation régionnale, enfin une mise en situation. On a une idée de mélange, de langues, c'est très organique, j'aime bien.
Ensuite tu essayes de faire quelque chose tout aussi avec l'idée que c'est une sorte de cimetière sombre et informe par opposition à la vie marine frénétique. La première phrase est solide, parler de neige je n'approuve pas. La deuxième phrase par contre, je n'ai pas vraiment saisi l'idée. Au delà de ce qu'on pourrait dire du choix de mots (bouillon, mille apparences, atomisé, échoir, c'est beaucoup de mouvement pour un endroit calme), c'est juste la première phrase renversée. Peut-être que tu avais une idée spécifique qui pouvait enrichir l'idée précédente ?

Ce paragraphe est déconcertant. Je vois l'opposition entre les squelettes altérés battus par le courant et la coquille protectrice ? Puis soudain il y a des voisins, des figurants sous la forme de producteurs étranges de mucus. Puis en fait on va oublier cette idée pour dire que c'est un univers et voilà. Une scène d'exposition à la fin du texte ?  Tu cherches à dire qu'il arrive dans une des cheminées hydrothermales ?

Trois jours. Déjà comment tu peux déterminer le temps là-dessous ? ensuite, est-ce que c'est beaucoup ? Qu'est-ce que ça veut dire ? qu'il a faim, qu'il est désespéré ?
Tu conclus avec des antennules -- j'avais lâché tout espoir de savoir à quoi un cherupka ressemblait.
Ensuite la description d'une vie luxuriante et inconnue - assez beau, du reste, un mélange de sens, de la nourriture, de la vie.

Je ne sais pas si tu écris tout ça d'un seul bloc et rien changé ou bien si tu as écrit quelque chose de plus court pour tenter de mettre du syntol ici et là pour donner un peu plus de volume. Quoiqu'il en soit la vision a beaucoup de mal à venir, par péché d'hermétisme ou négligeance.