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Il était seul, assis sur un banc, et observait, la mâchoire crispée, la jeune fille à quelques mètres de lui, qui se pavanait en piaillant de joie, au milieu de ses amies toutes plus stupides les unes que les autres.
Johanna était une ravissante adolescente de son âge, de sa classe. Tous deux étaient en Terminale, allaient assister au même cours quelques minutes plus tard.
Il serrait les poings à cette vue frustrante, et elle ne semblait même pas l'avoir remarqué.
Pourtant, il était sûr qu'elle faisait exprès. Elle ne pouvait pas avoir cessé de le craindre, du jour au lendemain. Que lui arrivait-il donc ? Johanna était à lui, pas aux autres putes de la classe.
Tout ce qu'il avait accompli jusque-là, c'était pour la garder entre ses griffes. Elle ne devait pas partir. Pas maintenant. Il avait besoin d'elle. Il fallait qu'il lise la peur dans ses yeux, qu'elle répète encore et encore la question ≪ Qu'est-ce qui ne va pas chez toi ? ≫ et qu'elle l'implore, de son éternelle voix délicieuse.
Il avait envie de l'adosser au mur et de la toucher comme il l'avait toujours fait. De la gifler, de la griffer, de la frapper.
Que lui arrivait-il donc ? Johanna en était venue à l'ignorer délibérément. Comment osait-elle seulement envisager de commettre un tel outrage ?
Plus il entendait son rire mélodieux, plus ses ongles s'enfonçaient dans la paume de sa propre main, et son esprit tentait désespérément de se convaincre que c'était la sienne.
Il l'avait prise sous son aile, lui avait juré qu'il serait le seul à la faire pleurer ainsi, à jamais. Et que faisait-elle, après toutes ces semaines ?
Elle l'oubliait.
Était-elle donc fiévreuse ? Avait-elle fini par perdre la tête ?
≪ Johanna. ≫
Il aurait voulu hurler ce prénom encore une fois, mais sa voix s'étrangla dans sa gorge, et il crut qu'il allait exploser en sanglots.
Il détourna le regard, enfouissant sa tête entre ses mains. Lorsqu'il releva son visage vers sa proie, son unique victime, ses yeux rougis par les larmes brûlaient de haine.
À cet instant, Johanna se tourna vers lui et parut l'apercevoir. Mais l'expression de son visage était indescriptible. Elle n'exprimait aucune peur, aucune colère, aucune tristesse, aucune haine. Aucun amour.
Elle se détourna de lui, et ce geste voulait tout dire.
C'était terminé. L'oiseau prisonnier avait fini par s'envoler.
Il resta longtemps là, à l'observer plaisanter et rire, alors que tout ce qu'il voulait était l'entendre sangloter.
Il était perdu, sans elle.
C'était incompréhensible. Elle était à lui. Elle était tout à lui.
Et si elle avait définitivement oublié tout ce qu'il lui avait fait vivre, eh bien...
Elle allait devoir le payer. Elle allait le payer plus cher que jamais, et si elle n'en était pas capable, alors il devrait la tuer.
Ses sombres pensées se déchaînaient dans son cerveau triste, et il n'en avait que davantage envie de hurler. Il ne pouvait rien faire en présence d'autant de monde. Il ne pouvait rien faire tant qu'elle était dans un tel état de folie.
Sans la fille de ses rêves démesurés, il ne ressentait rien, n'était rien.
Et sans lui, Johanna n'était rien. Rien de plus qu'un cadavre.
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