Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
V2 suite aux coms de Ben.G, Ariane, Marcel Dorcel & O.de.Javel
Le goudron du parking de la clinique était étrange d’aspect. Peut-être avait-il éclaté sous le soleil à un moment critique du processus de séchage. Peut-être que les benzodiazépines qui saturaient le sang de Maxence altéraient sa perception des détails. Quoiqu’il en soit, les étranges ridules et les torsades qui déformaient le macadam sous le soleil fascinaient le jeune homme depuis son arrivée. Sylvie, l’aide-soignante tout sourire qui l’avait accueillie, dût attendre qu’il s’arrache à ce spectacle surréaliste – style Dali – avant de pouvoir le guider jusqu’à sa chambre.
Après l’inventaire et le premier entretien, Maxence dormit pendant toute la journée. Cela faillit causer quelques problèmes avec sa mère, inquiète que l’on abrutisse son fils de psychotropes. Elle vint demander des comptes au bureau d’infirmerie vers la fin d’après-midi. On lui assura qu’aucun traitement n’avait encore été mis en place.
« C’est seulement un garçon qui a besoin de repos, » l’avait-on rassurée.
Ceux qui l’ont connu souriront en lisant cette phrase ; Maxence était de ceux qui assimilaient le repos à une période de latence incompressible et ennuyeuse entre deux dépassements de soi.
En effet, après avoir rendu ses rasoirs aux infirmiers « juste au cas où », après avoir négocié âprement le contenu exact de son ordonnance journalière, après s’être familiarisé au tempo solide et régulier du quotidien hospitalier... il se mit à écrire. Écrire. Avec fièvre. Chaque jour. Dos à la porte, assis au petit bureau, pianotant sur son minuscule ordinateur, le casque rivé au crâne. Toujours l’après-midi, de treize à dix-sept heures, seule parenthèse de répit entre les pilules et les angoisses débilitantes. On apprit vite à le laisser en paix.
Après le dîner, il était le premier à venir chercher son traitement à l’infirmerie – même si cela le condamnait à se coucher avant tout le monde. Apparemment, les premières heures du soir étaient pour lui les plus difficiles : sur son visage, la tension incroyable de ses luttes internes devenait visible. Une fois les cachets bleus de cyamémazine avalés, il allait au lit et écoutait de la musique, se roulant en boule lorsque le shrapnel glacial de l’angoisse lui vrillait les tripes. En attendant que le sédatif lui émousse la conscience, couché sur le côté, il regardait par la fenêtre le ballet perpétuel des lucioles.
Elles tournoyaient en spirales frénétiques autour du spot lumineux qui éclairait le parc.
Un gros projecteur à la lumière orange.
Qui surplombait la terrasse de sa chambre.
Sa chambre au rez-de-chaussée.
Il ne se souvenait plus que les lucioles étaient si petites et frénétiques. Il ne se souvenait pas non plus que leur lueur avait l’allure des flammes. Celles de sa mémoire d’enfance étaient rondes, sereines.
Luisaient de lune plutôt que de feu.
Chaque soir, avant de s’endormir, il tentait de comprendre le sens de leur danse bizarre, si peu naturelle.
Il ne se retournait que pour sourire à la veilleuse de nuit lorsqu’elle ouvrait la porte et tranchait, dans les ombres douces de la chambre, une raie de lumière crue.
La présence d’un écrivain en herbe dans le service plaisait beaucoup aux camarades de couloir du jeune patient. Les liens qu’ils nouèrent avec lui eurent ce naturel particulier qu’on ne trouve qu’en ces lieux coupés du monde : au fond du gouffre, au pied du mur, plus personne n’est occupé à juger personne. Ils formèrent une famille d’adoption, dans laquelle on lui fit endosser le rôle du petit prodige troublé. D’un ordinaire calme et serein, il avait plusieurs fois suscité un étonnement inquiet en faisant irruption dans la salle commune avec partout en lui une grande agitation. Il répondait alors avec une agressivité contenue aux questions qu’on lui posait, s’épuisait à enchaîner des pompes en plein milieu du couloir ou se murait encore dans un silence obstiné, assis sur une chaise, tandis qu’il se tordait les mains avec une grande violence.
Sa psychiatre seule savait avec précision les raisons de sa présence dans la chambre 62. Les infirmiers, eux, n’avaient que quelques mots écrits sur un dossier ; « état suicidaire » et « trouble schizo-affectif » ; pour décrypter les réactions du jeune homme. Des mots vides de toute réalité. Les autres patients n’avaient deviné qu’une toile-puzzle illisible où s’entremêlaient trop de couleurs.
L’aquarelle migraineuse des drogues.
L’huile opaque des peines de cœur dont on ne se relève pas.
Les blancs grattés au couteau laissés par les traumas.
Chacun avait essayé de l’aider à sa manière pendant les crises. Romain lui avait proposé d’arracher les mauvaises herbes du potager ; il accepta poliment et accomplit sa tâche, le crâne plein de ses pensées silencieuses. Michel lui avait refilé en douce des dizaines de cigarettes ; Maxence avait souri, remercié, puis les avait presque toutes jetées. Les crises prenaient de l’ampleur et, finalement, Marie l’accueillit à l’infirmerie pour l’aider à attendre la fin de son transport. Alors qu’il regardait de tous côtés avec de brusques mouvements de nuque, sur le qui-vive tandis que rien, pourtant, ne troublait le silence du couloir, elle lui parla d’une voix douce en lorgnant sur son dossier :
« La personne qui vous visite souvent… C’est votre petite-amie ? »
Après un effort de concentration qui lui plissa le front, il acquiesça d’un « oui » assez chaleureux.
« Vous vivez avec elle ? »
Il sourit et répondit par l’affirmative.
« Et ça se passe bien ? »
Nouveau sourire. « Oui ». Cependant, à chaque pause dans l’interrogatoire bienveillant, il s’agitait de nouveau.
Alors Marie a hésité, puis a demandé :
« Et… Je crois avoir compris qu’il y avait une autre copine ? »
...
Maxence a braqué sur elle deux yeux assassins, tout son corps soudain tendu, traversé d’une foudre invisible. Il hocha la tête deux fois, avec lenteur, lèvres et poings serrés, en la poignardant du regard. Et Marie s’était tue.
Il se mit d’accord avec sa psychiatre pour ajuster son traitement. Effet radical sur les crises. Il en fut quitte pour un rythme de vie beaucoup plus alangui et distordu, entrecoupé de siestes. Le peu d’énergie qu’il lui resta fut entièrement consacré à ses travaux de lettres, qui ralentirent.
Maxence connaissait suffisamment l’univers blanc et vicieux de la santé mentale pour ne faire confiance qu’à des médecins d’une transparence exemplaire. Il savait en cela qu’il était privilégié par rapport aux autres malades, à la merci des rébus opaques des médecins ou au contraire, aveugles aux ellipses et aux incohérences diagnostiques.
Aussi, lors d’un rendez-vous ultérieur, le jeune homme demanda de but en blanc à la docteur si l’observation quotidienne permise par son hospitalisation venait confirmer sa schizophrénie.
« Vos réactions au traitement et les observations que j’ai pu réaliser sont en effet en faveur d’une psychose assortie de troubles thymiques. »
Il avait hoché la tête, mais une fulgurance lucide avait traversé ses yeux clairs. Avec une certaine tranquillité, si l’on prenait en compte le caractère dégénératif, chronique et cauchemardesque du trouble qu’on venait de lui « confirmer », il rétorqua :
« Les symptômes d’humeur sont indéniables mais… à quoi faites-vous référence pour la psychose ? Je n’ai ni hallucinations, ni délires. »
La réponse lui tira un sourire plus franc, quoique mangé de barbe :
« Vous avez plutôt tendance à extrapoler des narrations entières à partir de détails anodins… Pour moi ce sont les prémices de symptômes délirants qui sont amoindris par les médicaments. »
Maxence fit mine de comprendre. Afficha une acceptation contrite. Néanmoins, les épaules du jeune homme s’étaient redressées, toute trace d’angoisse avait disparu de sa figure.
Il salua poliment sa psychiatre tout en réprimant un rire féroce.
Cette femme avait une vision bien étrange de la profession d’écrivain.
***
Maxence aimait profondément ses compagnons d’infortune. Une bonne moitié était toxicomane, l’autre était anxieuse à se tuer. Les plus intimes d’entre eux lui demandaient des nouvelles « du roman » chaque fois qu’ils le croisaient. Il souriait alors et, inhabituellement gêné, se faisait évasif… aggravant sans le vouloir cette aura de mystère romantique qu’on lui prêtait. Tous brûlaient de l’entendre parler de ce que ça faisait, d’écrire. Eux étaient bloqués dans les ateliers d’art-thérapie soporifiques, où on les exhortait à exprimer leur mal-être sur une toile gouachée ou dans une glaise pâlotte… Maxence, lui, n’en avait pas besoin, lui, il écrivait pour guérir, pour de vrai, la preuve : jamais les infirmiers ne venaient le chercher pour qu’il s’inscrive aux ateliers ! Lui n’avait pas à subir la frustration des empâtements de couleurs puérils et des sculptures fragiles et informes censées figurer la douleur d’une vie entière. Une douleur si vive, si noire qu’elle en devenait indicible, réduite et insultée, contrainte de s’incarner dans des travaux, rendus si brouillons par les tremblements causés par les traitements, que l’on n’aurait su dire s’ils étaient ou non l’œuvre d’enfants. Oui, en cela, Maxence était une sorte de braise pour eux tous. Une braise qui ravivait leur rage à exister, à s’en sortir, à être meilleurs que ce à quoi on les assignait. Tout en lui le disait : il était là où il voulait être et il s’en irait quand il aurait repris des forces.
La veille de son vingt-neuvième jour, en proie à un doute affreux, il plaça une chaise de jardin sous le projecteur.
Le lendemain, un millier de phalènes calcinées gisaient sur le plastique blanc.
Il n’y avait jamais eu de ballet féerique, jamais eu de lucioles qui dansaient.
Chaque nuit, les phalènes venaient se brûler les ailes et s’embrasaient dans le noir, tournoyaient dans les affres du bûcher collectif, plongeaient en une spirale sans espoir pour échapper à la morsure agonique des flammes, puis s’éteignaient en mourant.
Chaque nuit.
Un millier.
Chaque nuit.
Un millier.
Devant ses yeux.
Le trentième jour après son admission, Maxence est parti. Certains en ont pleuré, lui faisant promettre de leur envoyer « son livre » quand il paraîtrait en librairie.
Il avait souri en tentant de changer sa pitié en tendresse.
***
V1
Lorsque Sylvie, l’aide-soignante toute sourire, avait accueilli Maxence à la clinique, il était déjà sous benzodiazépine. Les anxiolytiques avaient levé la plupart de ses inhibitions. Alors qu’elle le guidait à travers le parc de l’établissement, il ne se privait pas de se laisser aller à ses fantaisies. Tantôt il marchait d’un pas trop lent en observant les étrange ridules que le soleil avaient laissées sur le goudron – donnant à celui-ci un cachet surréaliste assez hypnotique qui rappelait certaines œuvres de Dali – tantôt il se moquait des fautes typographiques qui émaillaient les panneaux indicateurs des différents services.
Après l’inventaire et le premier entretien, il dormit pendant toute la journée. Cela faillit causer quelques problèmes avec sa mère, visiblement inquiète que l’on abrutisse son fils de psychotropes. Elle vint demander des comptes au bureau d’infirmerie vers la fin d’après-midi. On lui assura qu’à l’exception des cachets que Maxence prenait depuis la période précédant son admission, aucun traitement n’avait encore été mis en place.
« C’est seulement un garçon qui a besoin de repos. » l’avait-on rassurée.
Ceux qui l’ont connu souriront volontiers en lisant cette phrase ; le jeune homme était de ceux qui assimilaient le repos à une période de latence incompressible et ennuyeuse entre deux dépassements de soi.
En effet, après s’être familiarisé au tempo solide et régulier du quotidien hospitalier, après avoir négocié âprement le contenu exact de son ordonnance journalière et avoir rendu ses rasoirs aux infirmiers « au cas où », il se mit à écrire. Écrire. Avec fièvre. Dos à la porte, assis au petit bureau, pianotant sur son minuscule ordinateur, le casque rivé au crâne, chaque après-midi. On apprit vite à le laisser en paix. De treize à dix-sept heures, tous les jour, seule parenthèse de répit entre les pilules et les angoisses débilitantes.
Le soir, il était parmi le premier à venir chercher son traitement à l’infirmerie – même si cela le condamnait à se coucher plus tôt que les autres. Apparemment, les heures qui suivaient le couchant étaient pour lui les plus difficiles : alors, sur son visage, la tension incroyable de ses luttes internes devenait visible. Une fois les cachets bleus de cyamémazine avalés, il allait au lit et écoutait de la musique, se roulant en boule lorsque le shrapnel glacial de l’angoisse lui vrillait les tripes. En attendant que l’effet somnifère l’emporte, couché sur le côté, il regardait par la fenêtre le ballet perpétuel des lucioles.
Elles tournoyaient en spirales frénétiques autour du spot lumineux qui éclairait le parc.
Un gros projecteur à la lumière orange.
Qui surplombait la terrasse de sa chambre.
Sa chambre qui était au rez-de-chaussée.
Il ne se souvenait plus que les lucioles étaient si petites et frénétiques. Il ne se souvenait pas non plus que leur lueur avait l’allure des flammes. Celles de sa mémoire d’enfance étaient rondes, sereines.
Luisaient de lune plutôt que de feu.
Chaque nuit, avant de s’endormir, il tentait de comprendre le sens de leur danse bizarre, si peu naturelle.
Il ne se retournait que pour sourire à la veilleuse qui ouvrait sa porte, tranchait d’une raie de lumière les ténèbres douces dans lesquelles baignait la chambre, pour s’assurer qu’il était bien dans son lit.
La présence d’un écrivain en herbe dans le service plaisait beaucoup aux camarades de couloir du jeune patient. La sympathie qu’il parvint à nouer avec eux eu d’ailleurs ce naturel particulier que l’on ne trouve qu’en ces lieux coupés du monde : au fond du gouffre, au pied du mur, plus personne n’est occupé à juger personne. Ils formèrent une sorte de famille d’adoption, dans laquelle on lui fit endosser le rôle du petit prodige duquel il fallait se soucier. D’un ordinaire calme et serein, il avait plusieurs fois suscité un étonnement inquiet, chez les infirmiers comme chez les patients, en faisant irruption dans la salle commune avec partout en lui une grande agitation. Il se comportait alors étrangement, répondait avec une agressivité contenue aux questions qu’on lui posait, s’épuisait à enchaîner des pompes en plein milieu du couloir ou se murait encore dans un silence obstiné, assis sur une chaise, tandis qu’il se tordait les mains avec une grande violence.
Sa psychiatre seule savait avec précision les raisons de sa présence dans la chambre 62 de la clinique. Les infirmiers n’avaient que quelques mots écrits sur un dossier ; « état suicidaire » et « trouble schizo-affectif » ; pour décrypter ce que le jeune homme traversait. Des mots vides de toute réalité. Les autres patients n’avaient deviné qu’une toile-puzzle illisible où s’entremêlaient trop de couleurs.
L’aquarelle migraineuse des drogues.
L’huile opaque des peines de cœur dont on ne se relève pas.
Les blancs grattés au couteau laissés par les traumas.
Chacun avait essayé de l’aider à sa manière pendant les crises. Romain lui avait proposé d’arracher les mauvaises herbes du potager entretenu par les membres du service – il accepta poliment et accomplit sa tâche plongé dans ses pensées. Michel lui avait refilé en douce un paquet de tabac et des feuilles de cigarette à profusion – Maxence avait souri et les avait presque toutes jetées. Les crises prenaient de l’ampleur et, finalement, Marie l’accueillit à l’infirmerie pour l’aider à attendre la fin de son transport. Alors qu’il regardait de tous côtés avec de brusques mouvements de nuque, sur le qui-vive tandis que rien, pourtant, ne troublait le silence du couloir, elle lui parla d’une voix douce en lorgnant sur son dossier :
« La personne qui vous visite souvent… C’est votre petite-amie ? »
Après un effort de concentration qui lui plissa le front, il acquiesça d’un « oui » assez chaleureux.
« Vous vivez avec elle ? »
Il sourit et répondit par l’affirmative.
« Et ça se passe bien ? »
Nouveau sourire. « Oui ». Cependant, à chaque pause dans l’interrogatoire bienveillant, il s’agitait de nouveau.
Alors Marie a hésité, puis a demandé :
« Et… Je crois avoir compris qu’il y avait une autre copine ? »
...
Maxence a braqué sur elle deux yeux assassins, tout son corps soudain tendu, traversé d’une foudre invisible. Il hocha la tête deux fois, avec lenteur, lèvres et poings serrés, en la poignardant du regard, et Marie s’était tue.
Le dossier indiquait en effet que Maxence était en relation avec sa compagne actuelle depuis six ans. Il était aussi inscrit que son état suicidaire avait été déclenché par une rupture amoureuse datant de trois semaines. Marie s’en voulut d’avoir cédé à sa curiosité.
Il se mit d’accord avec sa psychiatre pour ajuster son traitement. Effet radical sur les crises. Il en fut quitte pour un rythme de vie beaucoup plus alangui et distordu, entrecoupé de siestes. Le peu d’énergie qu’il lui resta fut entièrement consacré à ses travaux de lettres, qui ralentirent. Maxence connaissait suffisamment l’univers blanc et vicieux de la santé mentale pour ne faire confiance qu’à des médecins d’une transparence exemplaire. Il savait en cela qu’il était privilégié par rapport aux autres malades, à la merci des rébus opaques des médecins ou au contraire, aveugles aux ellipses et aux incohérences diagnostiques.
Aussi, lors d’un rendez-vous ultérieur, le jeune homme demanda de but en blanc à la docteur si l’observation quotidienne permise par son hospitalisation était venue confirmé sa schizophrénie.
« Vos réactions au traitement et les observations que j’ai pu réalisées sont en effet en faveur d’une psychose assortie de troubles thymiques. »
Il avait hoché la tête, mais une fulgurance lucide avait traversé ses yeux clairs. Avec une certaine tranquillité, si l’on prenait en compte le caractère dégénératif, chronique et cauchemardesque du trouble qu’on venait de lui « confirmer », il rétorqua :
« Les symptômes d’humeur sont indéniables mais… à quoi faites vous référence pour la psychose ? Je n’ai ni hallucinations, ni délires. »
La réponse lui tira un sourire plus franc, quoi que mangé de barbe :
« Vous avez plutôt tendance à extrapoler des narrations entières à partir de détails anodins… Pour moi ce sont les prémices de symptômes délirants qui sont amoindris par les médicaments. »
Maxence fit mine de comprendre. Afficha une acceptation contrite. Néanmoins, les épaules du jeune homme s’étaient redressées, toute trace d’angoisse avait disparue de sa figure.
Il salua poliment sa psychiatre tout en réprimant un rire féroce.
Cette femme avait une vision bien étrange de la profession d’écrivain.
***
Maxence aimait profondément ses compagnons d’infortunes. Une bonne moitié était toxicomane, l’autre était anxieuse à se tuer. Les plus intimes d’entre-eux lui demandaient des nouvelles « du roman » chaque fois qu’ils le croisaient. Il souriait alors et, inhabituellement gêné, se faisait évasif… aggravant sans le vouloir cette aura de mystère romantique qu’on lui prêtait. Tous brûlaient de l’entendre parler de ce que ça faisait, d’écrire. Eux étaient bloqués dans les ateliers d’art-thérapie soporifiques, où on les exhortait à exprimer leur mal-être sur une toile gouachée ou dans une glaise pâlotte… Maxence, lui, n’en avait pas besoin, lui, il écrivait pour guérir, pour de vrai, la preuve : jamais les infirmiers ne venaient le chercher pour qu’il s’inscrive aux ateliers ! Lui n’avait pas à subir la frustration des empâtements de couleurs puérils et des sculptures fragiles et informes censées figurer la douleur d’une vie entière. Une douleur si vive, si noire qu’elle en devenait indicible, réduite et insultée, contrainte de s’incarner dans des travaux, rendus si brouillons par les tremblements provoqués par les traitements, que l’on n'aurait su dire s’ils étaient ou non l’œuvre d’enfants ! Oui, en cela, Maxence était une sorte de fanal pour eux tous. Un fanal qui ravivait leur rage à exister, à s’en sortir, à être meilleurs que ce à quoi on les assignait. Tout en lui le disait : il était là où il voulait être et il s’en irait quand il aurait repris des forces.
La veille de son vingt-neuvième jour, en proie à un doute affreux, il avait placé une chaise de jardin sous le projecteur.
Le lendemain, un millier de phalènes calcinées gisaient sur le plastique blanc.
Il n’y avait jamais eu de ballet féerique, jamais eu de lucioles qui dansaient.
Chaque nuit, les phalènes venaient se brûler les ailes et s’embrasaient dans le noir, tournoyaient dans les affres du bûcher collectif, plongeaient en une spirale sans espoir pour échapper à la morsure agonique des flammes, puis s’éteignaient en mourant.
Chaque nuit.
Un millier.
Chaque nuit.
Un millier.
Devant ses yeux.
Le trentième jour après son admission, Maxence est parti. Certains en ont pleuré, lui faisant promettre de leur envoyer « son livre » quand il paraîtrait en librairie.
Il avait souri en tentant de changer sa pitié en tendresse. Sûr que des mots à écrire, il en avait.
Au fil de la lecture :
Lorsque Sylvie, l’aide-soignante toute sourire
tout
il était déjà sous benzodiazépine.
J'aurais mis au pluriel mais je ne saurais pas dire pourquoi.
il ne se privait pas de se laisser aller à ses fantaisies
Je trouve la formule un peu lourde, un peu redondante. (Mais je n'ai pas de suggestion là tout de suite :/ ).
en observant les étrange ridules que le soleil avaient laissées sur le goudron
étranges ; avait
donnant à celui-ci un cachet surréaliste assez hypnotique qui rappelait certaines œuvres de Dali
J'aime bien :) par contre je trouve que surréaliste et hypnotique donne aussi une impression un peu redondante à la lecture, alors que je suis d'accord c'est pas la même chose mais je préférerais soit l'un soit l'autre.
Edit : La solution des deux virgules, proposée par Ben.G, me semble très bien :) en plus je trouve que ça sonne en rythme avec ses enjambées.
tantôt il se moquait des fautes typographiques qui émaillaient les panneaux indicateurs des différents services.
Haha oui c'est con ça ^^ .
Edit : D'accord avec Ben.G que le "typographiques" pourrait être enlevé, mais il me gêne pas réellement non plus.
Elle vint demander des comptes au bureau d’infirmerie vers la fin d’après-midi.
Ca fait bizarre "bureau d'infirmerie" => bureau de l'infirmerie ? bureau infirmier ?
à l’exception des cachets que Maxence prenait depuis la période précédant son admission
La formule pourrait être fluidifiée : "prenait déjà avant avant son admission" ?
« C’est seulement un garçon qui a besoin de repos. » l’avait-on rassurée.
Pour la ponctuation du dialogue, ici tu dois mettre une virgule au lieu du point après repos :
« C’est seulement un garçon qui a besoin de repos, » l’avait-on rassurée.
Ceux qui l’ont connu souriront volontiers en lisant cette phrase ; le jeune homme était de ceux qui assimilaient le repos à une période de latence incompressible et ennuyeuse entre deux dépassements de soi.
Je ne connais pas de Maxence, mais j'ai souri quand même ;) .
(Et j'adore cette phrase).
Edit :
tu vois je te parlais de tirets haha, typiquement j'aurais tenté un tirets sur le - et ennuyeuse - pour le mettre en apparté comique et donner du relief dans les phrases un peu longues, mais, lis Les Souterrains de Kerouac (ouioui)
Toi aussi tu milites auprès de Aube pour les tirets ? :D
(Mais ici je préfère sa formulation telle quelle).
En effet, après s’être familiarisé au tempo solide et régulier du quotidien hospitalier, après avoir négocié âprement le contenu exact de son ordonnance journalière et avoir rendu ses rasoirs aux infirmiers « au cas où », il se mit à écrire.
J'enlèverais le "en effet". Il sous-entend que l'explication va être contenue dans la phrase qui arrive, or c'est plutôt une conséquence. Le formule la plus correcte pour moi serait "De fait" mais tu peux aussi ne rien mettre et commencer directement par "Après s'être familiarisé"...
De treize à dix-sept heures, tous les jour
jours
le casque rivé au crâne,
Ca aurait peut-être valu le coup de mettre un petit mot sur la musique, là on devine qu'il écoute qqch mais je sais pas, ça me semble froid comme seule indication.
De treize à dix-sept heures, tous les jour, seule parenthèse de répit entre les pilules et les angoisses débilitantes.
Je suis pas 100% convaincue par la phrase nominale à cet endroit-là, mais je pense que ça passe, mais je le mets juste pour être 100% exhaustive dans mon relevé.
Édit : en fait pour moi il faudrait intervertir avec la phrase précédente, on serait dans la continuité de la description de l'action d'écrire et la phrase nominale passerait impeccablement.
Le soir, il était parmi le premier à venir chercher son traitement à l’infirmerie
Soit il est "le premier" soit il est "parmi les premiers" ;) .
Apparemment, les heures qui suivaient le couchant étaient pour lui les plus difficiles : alors, sur son visage, la tension incroyable de ses luttes internes devenait visible.
J'enlèverais le "alors" :
Comme tu dis "apparemment", c'est qu'on se place d'un point de vue d'observateur, du coup la description du visage n'est pas une conséquence mais plutôt ce qui permet d'affirmer ça. Si tu n'avais pas mis "apparemment", on aurait d'abord décrit le mécanisme interne puis ce qui se voit donc ton "alors" était correct.
En attendant que l’effet somnifère l’emporte
Pas fan de "l'effet somnifère", j'aurais écrit soit "le somnifère" soit "l'effet hypnotique" ou "l'effet sédatif".
Il ne se souvenait plus que les lucioles étaient si petites et frénétiques. Il ne se souvenait pas non plus que leur lueur avait l’allure des flammes. Celles de sa mémoire d’enfance étaient rondes, sereines.
Luisaient de lune plutôt que de feu.
J'adore tout ce passage. Surtout l'avant-dernière phrase (et aussi la dernière).
Chaque nuit, avant de s’endormir, il tentait de comprendre le sens de leur danse bizarre, si peu naturelle.
J'aurais bien imaginé "cette danse bizarre" (bizarre fait vraiment distant / critique / un peu oral, et le "ce" est utilisé pour mettre de la distance ; sinon j'aurais mis "leur danse étrange" ; mais là je rationalise alors que c'est juste une impression très floue :-[ ).
Il ne se retournait que pour sourire à la veilleuse qui ouvrait sa porte, tranchait d’une raie de lumière les ténèbres douces dans lesquelles baignait la chambre, pour s’assurer qu’il était bien dans son lit.
Je ne sais pas si c'est volontaire mais "la veilleuse" m'a perturbée, j'ai imaginé spontanément une petite lumière pour les enfants ^^ l'idée est cool cela dit mais peut-être préciser quand même "la veilleuse de nuit" ? J'aime beaucoup cette phrase surtout le "tranchait d’une raie de lumière les ténèbres douces dans lesquelles baignait la chambre".
Pour l'instant j'aime bien la description qui se profile, mes passages préférés sont la "phrase qui fait sourire" ^^, l'écriture, les angoisses au moment de s'endormir, et tout ce passage sur les lucioles.
La sympathie qu’il parvint à nouer avec eux eu d’ailleurs ce naturel particulier que l’on ne trouve qu’en ces lieux coupés du monde : au fond du gouffre, au pied du mur, plus personne n’est occupé à juger personne.
J'aime beaucoup cette phrase (plutôt pour l'idée de fond cette fois-ci, elle est vraiment chouette).
"eut" avec un -t.
Mais en fait je trouve que l'imparfait coulerait mieux pour cette phrase un peu tortueuse.
Ils formèrent une sorte de famille d’adoption, dans laquelle on lui fit endosser le rôle du petit prodige duquel il fallait se soucier
:)
Sa psychiatre seule savait avec précision les raisons de sa présence dans la chambre 62 de la clinique. Les infirmiers n’avaient que quelques mots écrits sur un dossier ; « état suicidaire » et « trouble schizo-affectif » ; pour décrypter ce que le jeune homme traversait. Des mots vides de toute réalité. Les autres patients n’avaient deviné qu’une toile-puzzle illisible où s’entremêlaient trop de couleurs.
Ouiiiiii des couleurs ^^
Plus sérieusement j'aime beaucoup ce passage :) . Très réaliste.
Les autres patients n’avaient deviné qu’une toile-puzzle illisible où s’entremêlaient trop de couleurs.
L’aquarelle migraineuse des drogues.
L’huile opaque des peines de cœur dont on ne se relève pas.
Les blancs grattés au couteau laissés par les traumas.
Euh... J'ai l'impression de me lire (mais en mieux :-[ ). C'est... étrange.
J'adore ce type de métaphore, et je trouve qu'elle rend très bien ici.
En plus les traumas blancs c'est parfait. (Les deux autres aussi mais celui-là me surprend particulièrement dans la manière dont il résonne pour moi).
« La personne qui vous visite souvent… C’est votre petite-amie ? »
Après un effort de concentration qui lui plissa le front, il acquiesça d’un « oui » assez chaleureux.
« Vous vivez avec elle ? »
Il sourit et répondit par l’affirmative.
« Et ça se passe bien ? »
Nouveau sourire. « Oui ». Cependant, à chaque pause dans l’interrogatoire bienveillant, il s’agitait de nouveau.
Alors Marie a hésité, puis a demandé :
« Et… Je crois avoir compris qu’il y avait une autre copine ? »
...
Maxence a braqué sur elle deux yeux assassins, tout son corps soudain tendu, traversé d’une foudre invisible. Il hocha la tête deux fois, avec lenteur, lèvres et poings serrés, en la poignardant du regard, et Marie s’était tue.
Le dossier indiquait en effet que Maxence était en relation avec sa compagne actuelle depuis six ans. Il était aussi inscrit que son état suicidaire avait été déclenché par une rupture amoureuse datant de trois semaines. Marie s’en voulut d’avoir cédé à sa curiosité.
J'aime bien ce passage (je trouve que l'intensité des yeux assassins est très bien rendue).
Edit : Pour moi la description des "brusques mouvements" colle très bien, j'aime bien ce regard très extérieur, à cet endroit, et ça colle bien avec le fait que ses confidences, là, sont verrouillées.
Maxence connaissait suffisamment l’univers blanc et vicieux de la santé mentale pour ne faire confiance qu’à des médecins d’une transparence exemplaire. Il savait en cela qu’il était privilégié par rapport aux autres malades, à la merci des rébus opaques des médecins ou au contraire, aveugles aux ellipses et aux incohérences diagnostiques.
Mmmh... Je suis pas fan de "à la merci des rébus opaques" qui induit trop de volonté de nuire à mes yeux. Je vois l'opposition que tu as voulu faire avec la suite, je vois très bien l'idée, mais soit on diffère d'une nuance sur le fond (seulement d'une nuance), soit ta phrase pourrait être encore un petit peu travaillée même si c'est super dur de trouver l'exact dosage. Pour le reste du passage j'ai rien à redire. Le côté "privilégié" par ses connaissances sonne malheureusement très juste pour moi.
Edit : idem pour "vicieux" en fait, j'aurais plutôt mis "tortueux" ou un truc comme ça, je sais bien qu'on perd tout le côté "incisif", je sais bien que tu ne penseras peut-être pas pareil que moi là-dessus, mais voilà, je le précise.
Il se mit d’accord avec sa psychiatre pour ajuster son traitement. Effet radical sur les crises. Il en fut quitte pour un rythme de vie beaucoup plus alangui et distordu, entrecoupé de siestes. Le peu d’énergie qu’il lui resta fut entièrement consacré à ses travaux de lettres, qui ralentirent. Maxence connaissait suffisamment l’univers blanc et vicieux de la santé mentale pour ne faire confiance qu’à des médecins d’une transparence exemplaire. Il savait en cela qu’il était privilégié par rapport aux autres malades, à la merci des rébus opaques des médecins ou au contraire, aveugles aux ellipses et aux incohérences diagnostiques.
Aussi, lors d’un rendez-vous ultérieur, le jeune homme demanda de but en blanc à la docteur si l’observation quotidienne permise par son hospitalisation était venue confirmé sa schizophrénie.
J'aurais redécoupé les deux paragraphes comme ça :
"Il se mit d’accord avec sa psychiatre pour ajuster son traitement. Effet radical sur les crises. Il en fut quitte pour un rythme de vie beaucoup plus alangui et distordu, entrecoupé de siestes. Le peu d’énergie qu’il lui resta fut entièrement consacré à ses travaux de lettres, qui ralentirent.
Maxence connaissait suffisamment l’univers blanc et vicieux de la santé mentale pour ne faire confiance qu’à des médecins d’une transparence exemplaire. Il savait en cela qu’il était privilégié par rapport aux autres malades, à la merci des rébus opaques des médecins ou au contraire, aveugles aux ellipses et aux incohérences diagnostiques. Aussi, lors d’un rendez-vous ultérieur, le jeune homme demanda de but en blanc à la docteur si l’observation quotidienne permise par son hospitalisation était venue confirmé sa schizophrénie."
Car la connaissance est reliée à la question qu'il va poser, pas à son acceptation d'être sédaté.
était venue confirmé sa schizophrénie.
Pour moi le plus que parfait n'a pas trop lieu d'être vu qu'il est encore hospitalisé (ou alors mettre un "jusque-là" ?), j'aurais mis "venait confirmer".
« Vos réactions au traitement et les observations que j’ai pu réalisées sont en effet en faveur d’une psychose assortie de troubles thymiques. »
réaliser
(Ca me semble très ampoulé comme formulation mais why not il y a sans doute des psychiatres qui s'expriment comme ça).
« Les symptômes d’humeur sont indéniables mais… à quoi faites vous référence pour la psychose ? Je n’ai ni hallucinations, ni délires. »
faites-vous
J'aurais écrit "Les troubles de l'humeur" ou "Le trouble de l'humeur".
quoi que mangé de barbe :
quoique
« Vous avez plutôt tendance à extrapoler des narrations entières à partir de détails anodins…
:o
Hum...
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
Néanmoins, les épaules du jeune homme s’étaient redressées, toute trace d’angoisse avait disparue de sa figure.
C'est très chouette ça :) .
disparu sans -e
Cette femme avait une vision bien étrange de la profession d’écrivain.
Oui ^^ .
Pour la présentation (oui je vais vraiment pinailler jusqu'au bout désolée :-[ c'est à cause du contexte) j'aurais passé une ligne avant et après les astérisques.
Une bonne moitié était toxicomane, l’autre était anxieuse à se tuer.
J'aime bien (euh façon de parler désolée :-[ ) "anxieuse à se tuer".
Les plus intimes d’entre-eux lui demandaient des nouvelles « du roman » chaque fois qu’ils le croisaient.
entre eux (sans tiret).
Je pense que syntaxiquement c'est incorrect :/ . Il faudrait écrire qqch comme : "ceux qui lui étaient le plus intimes". (ou "les plus intimes" je crois que les deux vont).
aggravant sans le vouloir cette aura de mystère romantique qu’on lui prêtait.
:)
Tous brûlaient de l’entendre parler de ce que ça faisait, d’écrire.
C'est marrant ça, je n'ai jamais vu personne se poser cette question (mais je la comprends).
Lui n’avait pas à subir la frustration des empâtements de couleurs puérils et des sculptures fragiles et informes censées figurer la douleur d’une vie entière. Une douleur si vive, si noire qu’elle en devenait indicible, réduite et insultée, contrainte de s’incarner dans des travaux, rendus si brouillons par les tremblements provoqués par les traitements, que l’on n'aurait su dire s’ils étaient ou non l’œuvre d’enfants !
Waouh t'es hyper dur avec l'art-thérapie :o .
Un fanal qui ravivait leur rage à exister, à s’en sortir, à être meilleurs que ce à quoi on les assignait.
D'habitude on dit rage "de"...
J'aime bien cette phrase.
La veille de son vingt-neuvième jour, en proie à un doute affreux, il avait placé une chaise de jardin sous le projecteur.
Je pense que pour laisser un récit plus vivant, et aussi c'est plus logique niveau concordance des temps, ce serait mieux de mettre du passé simple : il plaça.
Il n’y avait jamais eu de ballet féerique, jamais eu de lucioles qui dansaient.
Chaque nuit,
Je n'aurais pas passé de ligne ici.
C'est trop triste... J'adore comment tu l'as amené... (la première description où je ne me suis doutée de rien et où pourtant tous les éléments sont là, et la réponse dans un paragraphe un peu en miroir, plus loin).
Le trentième jour après son admission, Maxence est parti. Certains en ont pleuré, lui faisant promettre de leur envoyer « son livre » quand il paraîtrait en librairie.
J'aime bien le fait qu'il parte dès le lendemain.
Il avait souri en tentant de changer sa pitié en tendresse.
Cette phrase contient plein d'émotions différentes pour moi. C'est à la fois cruel et juste et sincère et tendre. Et vraiment dur.
Sûr que des mots à écrire, il en avait.
Je suis un petit peu mitigée pour cette dernière phrase.
Je trouve ça trop simple, trop léger, presque comme un livre pour enfants. C'est peut-être volontaire.
L'impression générale :
Je pense que je suis devenue très très exigeante avec tes textes, il y a sûrement plein de très belles tournures que je ne relève même plus, c'est pas bien, une autre fois j'essaierai de changer ce biais de lecture, mais là je suis trop fatiguée pour relire / être plus exhaustive. En tout cas j'aime beaucoup beaucoup la qualité de ton écriture.
Pour ce qui est des impressions globales, j'aime les images qui me restent après lecture de ce texte. Je pense que le style plus simple que d'habitude (j'exagère mais c'est pour reprendre ce que tu annonces sous spoiler) fonctionne bien, avec des fulgurance de poésie soit dans les tournures soit dans les images - surtout dans les images.
L'histoire des phalènes fonctionne vraiment très très bien pour moi avec ces deux tableaux qui encadrent le texte et se répondent, les deux sont très très forts.
Les métaphores aquarelle / peinture à l'huile etc... et plus loin l'art-thérapie en miroir... :coeur:
Le personnage de Maxence à lui seul, le côté "enfant prodige du service", ses moments de crise, son regard noir, son calme, etc, je le trouve parfait comme personnage, l'équilibre entre ces différents aspects et la place qu'ils prennent dans la narration, ça me plaît beaucoup. :coeur:
J'aime bien les moments où tu esquisses des réflexions plus profondes, notamment sur la dureté d'une annonce diagnostique, ou l'importance désolante d'être lucide face aux explications des médecins dans ce domaine où les soins sont encore très hétérogènes. Ca me plaît, je pense que j'ai besoin de cette critique, après comme je le disais au fil de la lecture, c'est dur de doser cette critique avec l'exacte justesse des pensées, dans un texte aussi courts ; et peut-être aussi que fondamentalement ton avis serait moins nuancé que le mien.
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
Le fond : (en mode pinachieuse également, tu t'en doutais).
A mes yeux, l'histoire du mélange "schizophrénie" / "je ne suis qu'un écrivain" fonctionne tout en restant plutôt légère, c'est un thème connu cette idée de la confusion art-folie, j'ai des réticences par rapport à ça habituellement, mais je pense que ça peut plaire pour un master de création littéraire. Je ressors du texte avec l'impression que Maxence n'était pas malade, c'était juste un artiste incompris. Je ressors du texte avec l'impression d'un gouffre profond par rapport aux autres patients. Je pense que c'est pour ça que je parle de légèreté.
Le côté "mascotte du service" me plaît beaucoup :) et il y a un côté "espoir" aussi... qui me plaît aussi, qui pourrait peut-être être mis un tout petit peu plus en avant, pas dans l'intensité de l'espoir ("fanal" c'est déjà très très fort ^^ ) mais dans le lien avec les autres patients, en quoi ça leur est agréable. Je ne sais pas si tu vois ce que je veux dire.
J'ai un doute sur la fin : faut-il voir un parallèle entre la mort des lucioles et l'avenir des patients ? (auquel cas oui ta critique est plus violente que je ne le pensais ^^ mais l'idée peut être très puissante pour ce texte).
Si oui je pense qu'il faudrait supprimer la dernière phrase, pour rester sur l'avant-dernière, qui est mille fois plus forte.
Edit : en fait je suis pas à l'aise pour commenter le fond plus en détails par écrit ; mais n'hésite pas à m'appeler si besoin.
Je pense que la phrase de fin me gêne un peu parce qu'elle met l'accent sur l'écriture, alors que pour moi l'écriture n'est pas beaucoup développée, c'est plutôt l'image de l'écrivain. Là, en connaissant le thème, on dirait que le personnage a eu une révélation sur son écriture alors que je ne vois pas trop ce que ce serait... Bon tu l'auras compris je ne suis pas fan de cette phrase ^^ ou du moins de sa tournure légère. Ou peut-être qu'il faudrait la connecter plus explicitement à des choses qui sont pour toi évidentes et que je n'aurais pas vues (il souhaite écrire sur son vécu ? sur les autres patients ? sur tout et n'importe quoi ?). J'ai l'impression que qqch m'échappe dans cette fin.
Au total :
Je pense que ton texte possède déjà beaucoup beaucoup de qualités, avec les quelques peaufinages liés aux relectures il sera vraiment top pour être envoyé. Si tu es motivé je pense que tu peux affiner le fond avec un message à la fois plus nuancé et plus intense, je pense que ton texte a besoin des zones d'ombre qu'il évoque, pour montrer toute la profondeur qu'il possède ; mais c'est difficile de les appuyer sans tomber dans l'excès. Je pense que si tu le souhaites tu as la possibilité de l'améliorer encore (j'ai l'impression d'avoir un ton super condescendant quand j'écris ça, je suis vraiment désolée, je sais pas comment formuler mon idée qui à la base est très élogieuse vis-à-vis de toi) ; mais je pense aussi que ce n'est pas nécessaire et que tu peux laisser comme ça.
J'ai l'impression que mon commentaire ne rend pas justice à ton texte :-[ encore une fois je reste sur de très belles images.
Merci pour le partage.
:-*