Il me semble que peu d'auteurs se présenteraient eux-mêmes comme des "maîtres".
L'idée même de "maîtrise", d'expertise, dans le domaine de l'art n'a guère de sens. À la limite peut-on parler de spécialiste dans le cas des analystes (universitaires, critiques, éditeurs, etc.), ces derniers développant une certaine maîtrise du domaine.
À mes yeux, on ne peut employer de tels termes pour les créateurs (ici, les auteurs).
Écrire, ce n'est pas savoir. Nul besoin d'être un spécialiste, un érudit, pour s'emparer d'un sujet. Au mieux peut-on attendre un effort documentaire de la part de l'auteur qui se voudrait réaliste ou vraisemblable.
Je vais plus loin : pour l'auteur, l'écriture est un acte prospectif, une simulation et une autre forme d'expérience. Par conséquent, elle peut constituer une voie d'accès à la connaissance, au même titre que la démarche analytique, empirique, etc. L'art est, aussi, un accès à la connaissance.
Quant à la maîtrise du langage, c'est un sujet évidemment polémique, mais la polémique ne viendra pas de moi ! Si j'estime que toute littérature est avant tout un travail sur la langue, cet exercice plastique ne nécessite pas un niveau de maîtrise avancé de la langue et me semble accessible à tous. Si la personne a réellement quelque chose de singulier à exprimer, les mots trouveront leur chemin.
La langue peut même être approximative, déconstruite, chancelante, lourde ou trop vague, l'essentiel restant qu'elle soit au service d'un projet d'écriture, d'une idée, d'une sensibilité,...
Je m'excuse si je donne l'impression de répondre par la négative à tous les points du sujet, mais c'est ce que je pense. Je crois que le lexique mobilisé ici ("maîtrise, maître, haut niveau, spécialiste, etc.") ne s'applique pas au domaine littéraire (et à celui de la création en général) tant celui-ci réclame humilité et apprentissage permanent.
Les auteurs qui forcent l'admiration ou qui produisent une certaine unanimité le doivent - je crois - à un faisceau de qualités (rarement une seule) auxquelles le public est sensible. C'est la somme de ses aspects singuliers qui compose l'identité d'un auteur, son visage et sa physionomie littéraires pourrait-on dire. Et comme on sait, on aime souvent les sales gueules...