Comme tous les matins, Albert ferme la porte de sa maison à double tour. Il aime le bruit que fait le verrou bien huilé. De sa main puissante il tourne à nouveau la clé dans l’autre sens pour ouvrir la serrure. Dos à lui passe un cycliste bien bruyant : c’est le distributeur de nouvelles.
« Jean a acheté une nouvelle paire de chaussettes »
« Nouveau cheveu sur la tête du nouveau-né des Peterson »
« Nouvelle saveur chez votre distributeur de glace préférée »
Il rejoint sa femme qui l’attend dans la voiture. Elle porte une robe rouge sans un pli, rouge à lèvre d’exactement la même teinte, chignon serré en guise de coiffure, collier de pâte au cou. Aussi maniaque dans sa tenue que dans son attitude, elle lui demande s’il a bien pensé à fermer et ouvrir la porte.
Josh à l’arrière, ses yeux noirs pétillant de curiosité demande :
« Pourquoi on ferme la porte ? »
« Ça a toujours été comme ça, les personnes bien éduquées ferment leurs portes avant de partir » lui répond son père.
« Dans ce cas pourquoi l’ouvre-t-on juste après ? »
« Eh bien dans l’éventualité où quelqu’un souhaiterait entrer, il faut bien que la porte soit ouverte. » siffle sa mère.
L’enfant s’enfonce dans son siège, le visage renfrogné et souffle l’une de ses mèches brunes qui lui tombe sur le visage. Il a du mal à comprendre le monde qui l’entoure. Il demandera des réponses à la maîtresse lorsqu’il arrivera à l’école, mais il sait déjà que la réponse sera la même.
Albert entre les coordonnées GPS, allume le contact et les voilà téléportés respectivement sur leurs lieux de travail et d’école.
Josh n’a pas beaucoup d’amis à l’école, les autres le trouvent bizarre. Lui c’est le monde qui l’entoure qu’il trouve bizarre. Personne n’arrive à répondre à ses questions. On lui dit qu’il comprendra plus tard, quand il sera grand. Lui veut comprendre maintenant.
Il entend Radio Pop au loin, il est l’heure d’aller à l’école. Il s’avance au milieu des « cliquetis » de ses camarades pour aller en classe. En effet la cotte de maille est revenue à la mode. Lui n’est pas très mode.
À chaque sortie de classe, ses camarades reçoivent la visite d’un drone. Dans un bourdonnement incessant, ces drones leur livrent les derniers accessoires à la mode. Ses parents ont essayé de lui faire adopter un drone livreur. Il n’en voulait pas, il préfère ne pas suivre le mouvement.
C’est pourquoi ses camarades se moque toujours de sa tenue : T-shirt, pantalon, basket, c’est tout. Plus personne ne s’habille comme ça de nos jours, plus personne sauf lui. Il n’a d’ailleurs jamais rencontré une personne vêtue de la même manière.
Josh s’assoit à la place choisit aléatoirement par l’algorithme à l’entrée de la classe. À côté de lui, il y a Petunia. Elle n’a pas de cotte de maille, mais un parapluie rose fushia. Elle n’est jamais habillée comme les autres non plus. Sauf qu’elle, elle a toujours une mode d’avance sur les autres.
Les élèves ont plusieurs théories pour l’expliquer :
1- C’est la petite sœur d’Alili, la star qui lance toutes les tendances.
2- On s’inspire directement d’elle chez le distributeur de mode.
3- Son père travaillerait au ministère de la nouveauté.
Elle remarque qu’il la dévisage, et il cache rapidement son visage rougeoyant. Elle aussi est différente. C’est peut-être pour ça qu’elle lui parait la seule à n’être pas si différente de lui.
Il n’empêche qu’il n’a jamais osé lui parler.
La porte s’ouvre, et Josh entend le sifflement de l’étonnement. Il sort la tête de ses bras où il s’est réfugié.
Ce n’est pas madame Figgies qui entre la pièce. C’est un homme qu’il ne connait pas. Un homme qui a la posture droite. Un homme qui a le regard foudroyant d’intelligence. Un homme qui est habillé sans accessoire. Un homme qui est habillé comme lui ...