Le Monde de L'Écriture

Salon littéraire => L'Atelier => Le petit amphithéâtre => Discussion démarrée par: Ari le 08 Mai 2019 à 10:52:00

Titre: Représentation de la "folie" dans la fiction
Posté par: Ari le 08 Mai 2019 à 10:52:00
Modération :

Nous ouvrons ce sujet pour la conversation survenue suite à un message d'origine de ticreuch.
La partie concernant le récit par un tiers est restée sur ce fil :
Récit du personnage principal par un tiers (http://monde-ecriture.com/forum/index.php/topic,31356.msg506502.html#msg506502)
Ici, il s'agira seulement de la partie représentation de la "folie" dans la fiction.



Citation de: Ariane
Dans le même temps je cherche un ou des récits décrivant bien  la folie qui gagne son protagoniste, raconté du point de vue exterieur et /ou intérieur . Si possible par peine de coeur.
"Décrivant bien" = "bien" sur le plan réaliste ou stylistique ?
Titre: Re : Récit du personnage pricipal par un tiers OU Chute dans la folie
Posté par: Ari le 09 Mai 2019 à 11:32:07
Citation de: ticreuch
Ariane: Décivrant bien sur le plan réaliste. Je suis même prêt à me jeter dans un livre de psycho mais sans formation en la matière j'ai peu peur de me perdre ^^.

D'accord. D'un point de vue réaliste, ce qu'on appelle le plus communément "la folie", ce sont les troubles psychiatriques. (Ou parfois la démence).
Le truc c'est qu'il y en a plein de différents, je peux pas te décrire "la folie". Tu peux trouver des livres-témoignages sur la schizophrénie, les troubles bipolaires, les traumatismes psychiques, l'anorexie, l'autisme... et j'imagine sur un peu tout en fait (TOCs, dépression, trouble anxieux, paranoïa et que sais-je encore). Mais du coup il faudrait que tu saches de quoi tu souhaites parler. Peut-être d'ailleurs qu'en te renseignant tu réaliseras que ce n'est pas exactement ça que tu voulais décrire, pas forcément une maladie mais plutôt l'évolution d'un personnage dans sa personnalité / son histoire / ses choix. Pour l'instant en tout cas, "la folie par peine de coeur", c'est trop flou pour que je vois ce que tu as en tête. Au passage, dans la majorité des cas ta peine de coeur, si tu parles d'une maladie réelle, pourra être un facteur révélateur de la maladie (qui se décompense suite à un événement de vie) mais n'en sera pas la cause au sens propre.
Un autre aspect à prendre en compte, à mon sens du moins, si tu souhaites parler de maladie, ce sont les représentations que tu véhiculeras sur les malades eux-mêmes.
Au total c'est un terrain bien complexe, si tu n'as pas d'expérience (personnelle / professionnelle / via des proches) oui c'est cool de lire, surtout des vécus intérieurs ; et ça peut t'aider aussi d'une manière différente de lire des articles qui démontent les clichés, des blogs de personnes concernées, des choses comme ça. Aller un peu au-delà de descriptions cliniques froides, et s'intéresser aux enjeux qu'il y a derrière la représentation des maladies dans les fictions.
Bref un sacré boulot  :mrgreen:

Bon courage !
Titre: Re : Récit du personnage pricipal par un tiers OU Chute dans la folie
Posté par: ticreuch le 09 Mai 2019 à 14:58:18
Bonjour


Je ne sais plus quels sont les livres de cet auteur : un lien pour te faire une idee ICI (http://fichesauteurs.canalblog.com/archives/2008/12/02/11600963.html) !



J ai commence par les " Mantes religieuses " - surpris au depart par le cote epistolaire de ce polard mais assez vite pris dans l intrigue et la psychologie des personnages.
j ai replonge dans d autres polards du meme sieur - toujours bien ficeles - puis dans des ouvrages plus serieux : " La pucelle " "Neropolis "et le requisitoire contre le pape " Rome n est plus dans Rome " - toujours en admiration devant la verve l imagination et la logique impitoyable de cet homme !!! :)


Merci  ^^ je viens de lancer la commande pour Neropolis sur le Furet, je vais dévorer ca.


Ariane:

C'est vrai que je n'ai pas développé, pensant que c'était déjà bien compliqué / difficile de trouver un livre parlant de cela.

Ce que je cherche vraiment c'est réussir à retranscrire de manière réaliste un personne qui sombre dans la schizophrénie et la paranoïa, mais pas forcément au sens strict du terme, j'entend juste quelque chose qui y ressemble tout du moins. Réaliste car du point de vue des personnages extérieurs ils la verront sombrer petit à petit. Et d'un point de vue intérieur (là est le plus dur ) réussir à emmener le lecteur dans la chute avec mon personnage.
Comme tu dis, très....très gros projet.
Il ne s'agit pas de retranscrire cliniquement les symptômes d'un malade, mais plus de m'en inspirer. ^^
Titre: Re : Récit du personnage pricipal par un tiers OU Chute dans la folie
Posté par: Miléna le 09 Mai 2019 à 15:22:19
Alors, j'ai une approche psychanalytique donc peut-être que d'autres me contrediront, mais ton personnage ne pourra pas "sombrer dans la schizophrénie".
D'après la psychanalyse, la schizophrénie est une forme de psychose, et (toujours pour la psychanalyse) un individu est soit psychotique, soit névrosé, soit pervers (ce sont des structure mentale). En gros, ton personnage ne peut pas vraiment "devenir psychotique" : il le sera de base ou il ne le sera pas. En revanche sa psychose peut se déclarer progressivement au cours de ton récit (je trouvais la subtilité d'approche assez importante pour la relever).

Je t'invite à te renseigner avec précision sur le sujet et je suis globalement d'accord avec ce qu'à dit Ariane.
Au delà de vouloir "juste raconter une histoire", sans le vouloir tu as également une responsabilité vis-à-vis des personnes atteinte de ces maladies : tu dois à mon sens être vigilant à la façon dont tu vas représenter cette maladie, pour être respectueux de ces personnes et ne pas véhiculé de stéréotype ou d'idées reçut.

Citer
Il ne s'agit pas de retranscrire cliniquement les symptômes d'un malade, mais plus de m'en inspirer. ^^
Par exemple, je trouve cette remarque relativement inquiétante.
A mon sens tu dois être très claire dans ta démarche : ton personnage peut sombrer dans la folie sans être schizophrène pour autant. Mais si tu décides que ton personnage est schizophrène, selon moi tu dois être très rigoureux d'un point de vu clinique (justement par respect pour les personnes atteintes de cette maladie et qui doivent vivre dans une société qui a déjà beaucoup de mal à les intégrer).
Je pense qu'il faut que tu construise assez précisément l'état psychologique de ton personnage en essayant de voir à quoi sa correspond d'un point de vue clinique (pour que ton récit soit à la fois cohérent et respectueux).

Enfin, surtout, n'hésite pas à pousser tes recherches aussi loin que nécessaire !
Souvent, je trouves que les auteurs hésite à se lancer. C'est vrai que ça peut faire peur de ce lancer dans des recherches un peu pointu sur un domaine pour écrire un livre. Mais déjà c'est pas si difficile ni si inatteignable qu'on le pense au départ ^^. Ensuite ça apporte vraiment quelque chose à une oeuvre. Enfin, tu n'es pas obligé de faire un compte rendu de tes recherches dans ton roman !
Le fait d'avoir fait des recherches te donnera une approche plus subtile dans le traitement de ton personnage et ça suffira à le rendre plus vrai sans que tu ai besoin d'appliqué à ton récit des tartines de présentations clinique ;)

Tout ça pour dire : n'ait pas peur de te renseigné sur la médecine et la psychopathologie, n'ait pas peur de te lancer, ton écriture et ton roman y gagneront vraiment !
Titre: Re : Récit du personnage pricipal par un tiers OU Chute dans la folie
Posté par: Ari le 09 Mai 2019 à 17:50:42
C'est un gros projet si tu veux faire les choses de manière rigoureuse.
C'est à dire te renseigner de façon approfondie (ça tu sembles motivé pour le faire, je trouve ça cool) ; être réaliste aux yeux du lecteur en incluant les lecteurs qui s'y connaissent dans le domaine : les professionnels, les malades et les proches des malades. Oui oui, tous ces gens-là lisent aussi ;) .
C'est à dire aussi réfléchir à la maladie mentale, ses représentations, qu'est-ce que ton livre véhicule comme image de la schizophrénie, qu'est-ce qu'il apporte au lecteur quel que soit le rapport du lecteur à cette maladie. S'il y a des soins, réfléchir aussi à ce que ton livre véhicule comme image des soins, des soignants.
Là, oui, si tu fais tout ça, c'est un travail lourd.

A l'inverse, si tu veux juste t'inspirer du thème de la folie, pour le frisson qu'il procure au lecteur ignorant de tout ça, c'est beaucoup plus facile. Et c'est aussi très classique. La "folie" est une source d'inspiration inépuisable, souvent pour créer des sensations fortes, et le résultat malheureusement c'est que les patients peuvent souffrir des images qu'on leur appose.
Je pense qu'il faudrait que tu sois au clair sur tes intentions. Pourquoi as-tu choisi ce thème ? Si c'est pour le côté "mystérieux", "sensations fortes", "explication facile de tout dénouement spectaculaire", ce sera facile à traiter, mais ça risque (sans que tu l'aies voulu, bien sûr !) de manquer d'originalité, de manquer de pertinence aux yeux de toutes les personnes concernées de près ou de loin, et éventuellement selon le déroulement de ton récit, de contribuer à la tendance générale qui déploie nombre d'idées fausses autour des personnes concernées.

Si tu es curieux de ces thèmes je te conseillerais (à la fois sur le plan humain / éthique et sur le plan de l'originalité et de la profondeur du récit) de te renseigner bien sûr sur les maladies, mais aussi sur tout le reste, les patients, leur image, ce qu'ils vivent au quotidien. Ce qu'ils vivent, ce n'est pas seulement le délire / les hallucinations / la dissociation, c'est aussi les soins (qui peuvent être violents à vivre), et c'est aussi l'isolement, la stigmatisation, la discrimination. C'est aussi l'image de soi-même.
Je partage avec Miléna le point de vue selon lequel on a une certaine responsabilité vis-à-vis des personnes sur lesquelles on choisit d'écrire, surtout sur des sujets mal connus déjà noyés sous la stigmatisation.
Ce n'est pas forcément la rigueur scientifique qui est en cause, je pense que tu pourrais faire un récit passionnant en inventant ta propre maladie à toi, mais qui taperait juste concernant les conséquences sociétales pour les patients, par exemple. A l'inverse tu pourrais faire un récit parfait sur le plan symptomatique mais rempli de stéréotypes pour tout le reste.
Du coup j'en reviens à mon propos de départ, si tu veux prendre le temps de faire ce type de récit, je pense qu'il faut sortir l'artillerie lourde, y passer énormément de temps pour obtenir suffisamment de souplesse et de choix dans ta manière d'aborder le sujet, te renseigner via des approches différentes, etc etc.

Voilà, mon but c'est pas de te décourager de t'impliquer dans ce thème, je serais très très mal placée pour le faire ! C'est plutôt de te conseiller cette approche prudente et sous différents angles, en toute connaissance du sujet. J'espère que tes futures lectures t'aiguilleront dans ce sens. Les noms que j'ai d'autobiographies par des personnes souffrant de schizophrénie, je ne les ai pas encore lues (honte sur moi), du coup je préfère pas te conseiller à l'aveugle. Mais ça peut être bien, oui, de t'orienter vers ce genre de témoignage, plutôt que vers d'autres fictions sur la "folie" ou même des livres professionnels. Bon courage pour démêler tout ça. ^^
Titre: Re : Récit du personnage pricipal par un tiers OU Chute dans la folie
Posté par: Philippe47 le 09 Mai 2019 à 22:29:12
Bonjour Ticreuch,

Je n'ai pas grand-chose à ajouter aux judicieux conseils qu'Ariane et Milena ont exprimé. Je vais cependant me permettre une remarque et faire quelques suggestions (de référence).

Tu as écrit :
Citer
retranscrire de manière réaliste un personne qui sombre dans la schizophrénie et la paranoïa, mais pas forcément au sens strict du terme, j'entend juste quelque chose qui y ressemble tout du moins

Schizophrénie et paranoïa sont des pathologies mentales. Donc ce sont des maladies. Alors je vais remplacer les deux pathologies mentales que tu cites par des pathologies organiques. Cela nous donne : "retranscrire de manière réaliste un personne qui sombre dans le cancer et le SIDA, mais pas forcément au sens strict du terme, j'entend juste quelque chose qui y ressemble tout du moins". Quelque chose qui serait le cancer mais pas tout à fait, le SIDA mais pas vraiment ?
Ce sont des maladies, c'est à dire des dés-équilibres. Et il y a d'abord des gens qui souffrent, derrière ces noms de maladie.
 :)
.
Pour ce qui est des suggestions :
"Le livre d'un fou", de Nicolas Gogol (non non, c'est son vrai nom :)). C'est une nouvelle dans laquelle il raconte (via un journal intime) comment il a choisi de devenir fou pour échapper à la réalité (sociale) qui était la sienne.
"Une vie volée" de Susanna Kaysen. Ce livre décrit une sorte de descente aux enfers. J'ai moyennement accroché mais il est bien écrit.
Il y a bien sûr "Le Horla" de Guy de Maupassant, mais qui risque d'être hors sujet par rapport à ton projet.
Il y a aussi quelques films dont en particulier l'incontournable "Vol au-dessus d'une nid de coucou" (qui est aussi un roman mais je ne l'ai pas lu) de Milos Forman, avec l'extraordinaire Jack Nicholson, et aussi "Shutter Island", dans un autre registre.

Voilà. J'espère avoir ne serait-ce qu'un petit peu participé à ta réflexion. Et bon courage !  :)
Titre: Re : Récit du personnage pricipal par un tiers OU Chute dans la folie
Posté par: ticreuch le 10 Mai 2019 à 09:15:23
Merci pour tout vos conseils, j'en prend bonne note :)

J'ai regardé vol au dessus d'un nid de coucou hier soir justement. J'attend un peu de laisser reposer pour voir ce que je peux en tirer.

Comme vous le précisez tous, si je continue sur cette voie cela me donne une sorte de "responsabilité de la représentation" vis-à-vis des malades. Je dois avouer que je ne l'avais pas vu sous cet angle ( à ma grande honte). Je vais réviser un peu mon tir je pense, je ne voudrais pas blesser par mégarde, même bien informé sur le sujet.
Titre: Re : Récit du personnage pricipal par un tiers OU Chute dans la folie
Posté par: Ari le 10 Mai 2019 à 09:24:10
Ne t'en fais pas, je pense que c'est normal quand tu ne connais pas le milieu de la maladie mentale de ne pas le voir sous cet angle au premier abord. De mon point de vue, tu as deux grands atouts : la curiosité et l'humilité, avec les deux tu peux apprendre plein de choses :) faut pas en oublier un en route par contre sinon sois tu stagnes soit tu te perds. Et puis après tu peux toujours revoir ton projet, c'est une implication quand même très importante qu'on te suggère, il faut avoir une motivation bien solide tournée vers ce domaine en particulier.

J'ai jamais vu Vol au-dessus d'un nid de coucou (honte sur moi). Shutter Island c'est vraiment pas ce que je conseillerais pour découvrir la "folie" (même si j'aime bien le film). Le Horla peut-être pour le style mais pas pour le réalisme. Je pense vraiment que les autobiographies ou blog t'apporteront quelque chose de plus complet et plus humain.
Titre: Re : Récit du personnage pricipal par un tiers OU Chute dans la folie
Posté par: Erwan le 10 Mai 2019 à 12:22:44
Comme vous le précisez tous, si je continue sur cette voie cela me donne une sorte de "responsabilité de la représentation" vis-à-vis des malades. Je dois avouer que je ne l'avais pas vu sous cet angle ( à ma grande honte). Je vais réviser un peu mon tir je pense, je ne voudrais pas blesser par mégarde, même bien informé sur le sujet.

Ben pas vraiment en fait... C'est le gros débat tarte à la crème dès qu'on aborde la maladie mentale. Si tu ne mets aucun nom de pathologie, si tu ne médicalises pas ton récit, si tu fais juste un personnage qui devient "barge" dans le sens commun du terme, sans t'avancer sur le côté médical, et d'un tu fais totalement comme tu veux, et de deux tu ne blesses personne. Si tu t'inspires de faits réels, de moults interprétations et sources, et que tu fabriques à partir de ça un personnage fictif qui claque, c'est très bien. En vérité, il y a des milliers de personnages "cinglés" (dans le sens non médical du terme, donc sans rapport forcément avec la maladie mentale) qui sont super bien dans les romans, films et autres œuvres de fiction. Pourquoi devrais-tu te sentir obligé de faire un reportage sur telle ou telle maladie ? Il te reste toujours le choix de botter en touche, de ne pas parler de folie, ni de diagnostics à la gomme dans ton récit, et de faire un personnage sublime dans sa perdition, et voilà, tu n'embêtes personne. Les stéréotypes ne touchent que des noms de diagnostics, ce dont un bon romancier ne devrait pas avoir grand chose à foutre, honnêtement. En tout cas, moi à ta place, c'est comme ça que je le ferais : pas de nom de diagnostic dans le récit, pas de référence à la maladie mentale, et la liberté d'imaginer ce que je veux comme je veux, sans qu'on vienne me chercher des poux...

Voilà, je ne sais pas si ça peut t'être utile, mais c'est l'approche que j'aurais moi (et que j'ai d'ailleurs). En fait, c'est le médical et la référence à ça qui fout la merde. Mais un bon auteur, il décrit son personnage, il le rend vibrant, vivant, mais il se tape de le diagnostiquer, non ? À quoi ça sert, les diagnostics (pour le romancier, j'entends) ? ;)
Titre: Re : Récit du personnage pricipal par un tiers OU Chute dans la folie
Posté par: Philippe47 le 10 Mai 2019 à 12:29:38
Citer
Je dois avouer que je ne l'avais pas vu sous cet angle ( à ma grande honte). Je vais réviser un peu mon tir je pense, je ne voudrais pas blesser par mégarde, même bien informé sur le sujet.
Pas de souci, tout pour comme Ariane (j'te jure, on ne s'est pas concertés !  ;D) il me semble rien dans ce que tu as écrit ne laisse transparaître d'arrogance ou de mépris. Donc tu découvres un univers, et il me semble inapproprié de te reprocher ta curiosité.  :)
Si je devais ajouter quelque chose, c'est à propos des mots. Et en particulier du mot "folie", qui a longtemps aussi bien désigné certaines formes d'anormalités sociales que des  troubles de nature médicale. Il en reste des traces dans notre inconscient collectif, donc dans le langage.
C'est donc le regard que tu portes sur le malade qui est important, et sa maladie est son fardeau. Si tu te concentres sur le malade et pas sur la maladie (celle-ci apparaissant "autrement", comme un filtre au travers duquel le malade voit lui-même ou l'extérieur de lui-même), le risque de blesser est très grandement diminué. D'ailleurs : es-tu seulement obligé de citer la maladie (de "faire un diagnostic médical") ? Je n'en suis pas sûr du tout.



Citer
En tout cas, moi à ta place, c'est comme ça que je le ferais : pas de nom de diagnostic dans le récit, pas de référence à la maladie mentale, et la liberté d'imaginer ce que je veux comme je veux, sans qu'on vienne me chercher des poux...
;D ;D ;D
Complètement d'accord.
Reste à savoir si c'est ce que Ticreuch envisage. Il semblait intéressé par l'approche de la schizophrénie et/ou de la paranoïa.



Citer
J'ai jamais vu Vol au-dessus d'un nid de coucou
Sur une échelle d'appréciation proposant de 1 à 5 étoiles, j'en mettrai 6... :)
Vraiment. Vraiment époustouflant. Et encore plus pour quiconque connaît un peu l'univers des internements psychiatriques.

Modération : trois messages regroupés - Philippe stp, évite les messages à la suite, réponds à tous dans un seul message. Merci.

Titre: Re : Récit du personnage pricipal par un tiers OU Chute dans la folie
Posté par: Ari le 10 Mai 2019 à 13:13:31
Comme vous le précisez tous, si je continue sur cette voie cela me donne une sorte de "responsabilité de la représentation" vis-à-vis des malades. Je dois avouer que je ne l'avais pas vu sous cet angle ( à ma grande honte). Je vais réviser un peu mon tir je pense, je ne voudrais pas blesser par mégarde, même bien informé sur le sujet.

Ben pas vraiment en fait... C'est le gros débat tarte à la crème dès qu'on aborde la maladie mentale. Si tu ne mets aucun nom de pathologie, si tu ne médicalises pas ton récit, si tu fais juste un personnage qui devient "barge" dans le sens commun du terme, sans t'avancer sur le côté médical, et d'un tu fais totalement comme tu veux, et de deux tu ne blesses personne. Si tu t'inspires de faits réels, de moults interprétations et sources, et que tu fabriques à partir de ça un personnage fictif qui claque, c'est très bien. En vérité, il y a des milliers de personnages "cinglés" (dans le sens non médical du terme, donc sans rapport forcément avec la maladie mentale) qui sont super bien dans les romans, films et autres œuvres de fiction. Pourquoi devrais-tu te sentir obligé de faire un reportage sur telle ou telle maladie ? Il te reste toujours le choix de botter en touche, de ne pas parler de folie, ni de diagnostics à la gomme dans ton récit, et de faire un personnage sublime dans sa perdition, et voilà, tu n'embêtes personne. Les stéréotypes ne touchent que des noms de diagnostics, ce dont un bon romancier ne devrait pas avoir grand chose à foutre, honnêtement. En tout cas, moi à ta place, c'est comme ça que je le ferais : pas de nom de diagnostic dans le récit, pas de référence à la maladie mentale, et la liberté d'imaginer ce que je veux comme je veux, sans qu'on vienne me chercher des poux...

Voilà, je ne sais pas si ça peut t'être utile, mais c'est l'approche que j'aurais moi (et que j'ai d'ailleurs). En fait, c'est le médical et la référence à ça qui fout la merde. Mais un bon auteur, il décrit son personnage, il le rend vibrant, vivant, mais il se tape de le diagnostiquer, non ? À quoi ça sert, les diagnostics (pour le romancier, j'entends) ? ;)

C'est pour ça que je précisais que cette notion de responsabilité est un point de vue (sous-entendu, un point de vue parmi d'autres). On peut aussi penser que la fiction ne véhicule pas d'idées, ou qu'on ne peut pas les anticiper toutes, ou qu'on n'a pas envie de s'en soucier.

Par contre à mon sens ce serait une erreur de croire qu'une "folie fictive" suffit à se défaire de toute attache avec le monde de la psychiatrie. Dans l'esprit des lecteurs le lien est là, que l'auteur le veuille ou non. C'est bien sûr plus indirect si on ne mentionne pas de nom de diagnostic, et c'est une prudence qui peut être utile. Mais l'image des fous dans la fiction influe sur l'image des schizophrènes dans la vie réelle, oui, bien sûr. Je ne dis pas que tout auteur est obligé d'en tenir compte, non, comme dit ci-dessus on peut aussi s'en foutre, c'est ça la liberté d'expression et heureusement. Mais je trouve ça utile de l'avoir en tête, d'en avoir entendu parler au moins une fois, pour ne pas se sentir bête le jour où on découvre ces mécanismes-là.

A mes yeux ce qui est délicat c'est l'aspect collectif de ces fonctionnements. Si un récit isolé, un jour, met en scène un personnage immigré qui se révèle à la fin du livre être le tueur, est-ce pour autant un récit raciste ? Maintenant, si dans tous les livres, tous les films, tous les reportages, les immigrés ne sont représentés que dans un rôle d'assassin... peut-on dire que cela alimente des préjugés racistes ? Au final même si chacun écrit son oeuvre personnelle, je trouve ça pas mal d'avoir un aperçu des tendances globales et des messages qu'elles font passer, pour voir dans quoi on risque de s'inscrire, et pouvoir choisir librement d'y participer ou de s'y opposer - ou de s'en foutre, bien sûr, toujours (ce qui n'empêche pas la participation involontaire).

Pour appliquer le paragraphe ci-dessus à ton propre projet, l'idée ce serait de regarder ce que "les fous" subissent aujourd'hui comme préjugés ; regarder la façon dont ils sont représentés dans la fiction en général ; et voir si ce que tu souhaites faire va dans le même sens ou non, si tu es en accord ou non. Evidemment c'est du boulot, et évidemment, c'est plus facile de s'en foutre. Mais au moins on t'en aura parlé :) .
Titre: Re : Récit du personnage pricipal par un tiers OU Chute dans la folie
Posté par: Miléna le 10 Mai 2019 à 13:59:48
Je suis en total désaccord avec ce que dit Erwan.

"S'en foutre" c'est le meilleur moyen de reproduire inconsciemment des stéréotypes nocifs.
Ne pas se renseigner sur une domaine c'est le meilleurs moyen de faire un récit fade, déjà vu et bourré de préjugé.

Citer
En vérité, il y a des milliers de personnages "cinglés" (dans le sens non médical du terme, donc sans rapport forcément avec la maladie mentale) qui sont super bien dans les romans, films et autres œuvres de fiction. Pourquoi devrais-tu te sentir obligé de faire un reportage sur telle ou telle maladie ?
Déjà, comment tu sais qu'ils sont bien ? Tu as peut-être le sentiment qu'ils sont réussi mais si tu avais du recule (sur les stéréotype justement) peut-être ne les verrais tu pas aussi réussi.
Ensuite, tu sembles penser à certains personnages en particulier, as-tu des preuves que les personnes ayant écrit ces personnages que tu apprécie ne s'étaient pas documenter sur le domaine médicale ?

Bref, personnellement je trouve qu'en écriture se complaire dans son ignorance n'est pas une solution (même si dans l'absolue se complaire dans on intelligence n'est pas mieux).
Titre: Re : Récit du personnage pricipal par un tiers OU Chute dans la folie
Posté par: Erwan le 10 Mai 2019 à 21:44:17
Pour appliquer le paragraphe ci-dessus à ton propre projet, l'idée ce serait de regarder ce que "les fous" subissent aujourd'hui comme préjugés ; regarder la façon dont ils sont représentés dans la fiction en général ; et voir si ce que tu souhaites faire va dans le même sens ou non, si tu es en accord ou non. Evidemment c'est du boulot, et évidemment, c'est plus facile de s'en foutre. Mais au moins on t'en aura parlé :) .

En vérité, quand je crée un personnage, je ne me demande pas s'il est fou ou non, ce qui d'ailleurs pour moi ne veut rien dire, je me demande juste comment il est. Par contre, un personnage peut-être complètement barré (= hors norme, dans le sens commun du terme), sans avoir de pathologie psychiatrique. Lorsque j'écris, je n'ai moi-même aucune idée de si mon personnage a une maladie mentale, et encore moins laquelle. Je le décris, c'est tout, je ne le diagnostique pas (c'est pas mon boulot, et je m'en tape).


Déjà, comment tu sais qu'ils sont bien ? Tu as peut-être le sentiment qu'ils sont réussi mais si tu avais du recule (sur les stéréotype justement) peut-être ne les verrais tu pas aussi réussi.
Ensuite, tu sembles penser à certains personnages en particulier, as-tu des preuves que les personnes ayant écrit ces personnages que tu apprécie ne s'étaient pas documenter sur le domaine médicale ?

Un exemple qui me vient en tête est Gollum. C'est un personnage connu, donc un bon exemple. Il est de fait un peu "fou", ou plutôt perverti par l'anneau. On retrouve des trucs chez lui qui ressemble à du dédoublement de personnalité, etc. Je ne sais pas si Tolkien avait pensé en terme psychopathologique son personnage, j'en doute fort, mais à la limite, je m'en fous. Tolkien n'a pas à se soucier de ça, d'ailleurs aucune association de malades ne semblent lui avoir fait un reproche, et je ne l'ai jamais entendu dans la bouche de qui que ce soit. En vérité, le fait que ce soit un "monstre" ne change rien, je veux dire si tu prends des personnages de méchants dans certains films, tu as des cas similaires. Ils sont "barges" dans le sens commun du terme (c'est comme ça qu'on les juge, c'est fait pour), mais à la limite on ne questionne pas la maladie mentale. C'est plus les stéréotypes du lecteur/spectateur qui vont leurs faire penser à une maladie mentale, pas le contraire. Au demeurant, un tueur en série n'est pas un fou, juste un meurtrier. Un auteur qui ne parle pas de folie a de forte chance de rester neutre, mais rien n'empêche le lecteur d'assimiler ça à une maladie mentale, c'est son propre problème je crois, c'est ses préjugés à lui, l'auteur n'a rien à voir là-dedans. J'ai pris l'exemple de Gollum aussi car j'ai vu passer un article sur un média quelconque, ou un pseudo-psy-je-ne-sais-quoi l'avait "diagnostiqué" schizoïde (personnalité du DSM4). La démarche est complètement conne et potentiellement nuisible, mais est-ce de la faute à Tolkien ? Non, je ne le crois pas.

Pour un personnage, comme dans la vraie vie, tout est possible, maintenant si l'auteur ne fait pas le lien lui-même avec une pathologie, c'est de la responsabilité du lecteur s'il le fait... À moins bien sûr de faire une caricature outrancière, qui de toute façon ne sera pas un bon personnage, littérairement parlant. Du coup, quand je dis que je m'en fous, c'est que moi-même je ne m'intéresse pas au statut de fou ou de non-fou de mes personnages. Si le lecteur veut s'y intéresser (et diagnostiquer mon personnage, comme le psy-machin-chose du dessus), je n'ai rien à voir là-dedans.
Titre: Re : Récit du personnage pricipal par un tiers OU Chute dans la folie
Posté par: ticreuch le 15 Mai 2019 à 10:20:07
Je me rend compte que je crée le débat avec mon idée "innocente " à la base.

J'avoue que je pensais comme Erwan au début, ne pas citer ou expliciter de maladie connue, mais me renseigner sur ce qui s'en rapproche pour faire l'évolution de mon personnage. Tout cela en restant dans le sens général de "folie". Je sais que par le passé on simplifiait  énormément les choses en regroupant un peu tout sous ce terme.
Après je garde en référence Elric de Morcock, c'est ce qui se rapproche un peu du personnage que je souhaite construire (et j'aurais du commencer par cela sans doute).

L'aspect "prise de responsabilité de l'image des malades" m'a un peu refroidi, surtout en tant que gribouilleur débutant et n'écrivant que pour moi, je me voyais mal avec cette charge sur les épaules.
Je vais donc continuer à me renseigner sur le sujet. Si je pond un petit texte je le soumettrait à votre critique en toute franchise et j'accepterai les retours, négatifs ou pas ;)

ou alors je vais lancer un second débat national XD

Merci en tout cas pour vos retours
Titre: Re : Représentation de la folie dans la fiction
Posté par: Philippe47 le 15 Mai 2019 à 19:24:15
Citer
ou alors je vais lancer un second débat national
;D
Déjà, mis à part le clin d'oeil (le Débat National a-t-il été un vrai débat ?), le débat est toujours une bonne chose au sens où il permet à chacun(e) d'exprimer ou expliciter un point de vue. Initier un débat c'est donc présumer que la discussion vaut plus qu'une éventuelle vérité qui serait à asséner  :).

Ensuite, il y a eu le long de ce fil plusieurs point de vue. Le fil conducteur reste quand même (il me semble) l'objectif qui est le tien. La difficulté que l'on a pu éprouver tient à la polysémie de la notion de "folie". Si l'on s'en tient à la description d'un personnage "hors norme", beaucoup de choses sont imaginables sur la foi de ton imagination. Le" point G" serait le lien explicite que tu ferais avec des maladies mentales identifiées.

Comme le dit Erwan, tu peux très bien prendre un personnage "hors norme(s)", sans lui affecter de symptômes au sens médical du mot mais en le faisant se comporter de façon non normale (je suis embarrassé par la notion de "normalité"  :D).

Comme le disent Milena et Ariane, si tu te risques dans une approche plus psychopathologique (donc avec un notion de diagnostic, de comportement identifiés, de pathologie au sens médical - donc au sens "souffrance" - du terme), là je crois indispensable d'être vigilant quant au respect pour le malade.

Maintenant, imaginons que tu te lances dans une biographie de Caligula, l'empereur romain.
Est-il malade ? C'est une hypothèse. Ce n'est QUE une hypothèse, mais elle est défendable.
Si c'est l'approche que tu privilégies, tu vas t'appesantir sur sa maladie, donc resituer sa folie dans un contexte médical. Là, de bonnes bases sur le sujet sont indispensables.
Mais tu peux privilégier l'approche historique et son hostilité pour le Sénat, et tu vas insister sur son rôle de Chef d'Etat. Cela n'exclura pas ses "frasques", mais tu souligneras surtout l'Histoire (et donc l'histoire).
Et tu peux aussi en faire un Dirigeant hors normes au sens strict, c'est à dire combattant la normalité  ("Le pouvoir donne ses chances à l'impossible", disait-il). Tu vas alors en faire avant tout un personnage qui te permettra d'exprimer ton regard (critique, forcément) sur "La Société".

Tu vas donc parler de la même personne, mais en changeant l'angle d'approche. Et la notion de "folie" ne transparaitra pas du tout de la même façon. C'est ton regard, ta bienveillance (vis à vis du personnage), qui feront la différence. Cela n'exclut surtout pas une culture quant aux notions de psychologie/psychopathologies considérées, mais l'utilité de cette culture est alors liée au regard que tu portes sur la ...normalité.
 :)
La discussion que tu as initiée me semble tout à fait utile. Et je crois que tout le monde a bien compris que tu es arrivé sur le sujet avec (pour citer Ariane, je crois) humilité et envie de faire "bien".
Donc merci Ticreuch  :)
Titre: Re : Représentation de la folie dans la fiction
Posté par: Ari le 15 Mai 2019 à 19:53:21
Philippe :

Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


J'aime bien ton point de vue sur l'angle sous lequel on aborde le personnage.
Après je crois que ticreuch voulait justement que la folie occupe une place importante voire centrale dans son récit.

Je trouve que tu résumes bien mais je reprécise quand même une nuance Philippe  :-[ : pour moi l'absence de diagnostic ou d'approche médicale ne suffit pas pour se détacher du champ de la psychiatrie. Les fictions véhiculent plus que ce qui est dit explicitement. Pour moi ce serait du déni de penser que le lecteur va gentiment éviter de juger qu'un personnage délirant (par exemple) est fou, juste parce que l'auteur ne le dit pas explicitement ; et qu'il va gentiment éviter tout amalgame entre folie et psychiatrie.

Et je pense que ces associations implicites mais évidentes peuvent aussi être utilisées dans un sens très positif : on pourrait faire de belles histoires de folie inventée dans un univers de fantasy, en étant respectueux voire même en défendant le respect des patients.


Ticreuch :

J'en ai sûrement un peu trop fait au début de cette conversation  :-[ du coup je me modère et je reprécise ^^ .

Je pense pas que pour aborder le thème de la folie, il faille une connaissance parfaite de la maladie pour faire une sorte de reportage dessus. En fait comme tu avais l'air vraiment motivé pour te renseigner, je voulais surtout suggérer de mettre cette énergie pour récolter des renseignements sous la forme "regard de patient" et pas "regard de réalisateur" ni même "regard de psy".

Je pense pas que ce soit le degré de détails ou le degré de réalisme qui déterminera si ton récit sort du lot ou s'il contribue à véhiculer des clichés qui blessent ; je pense plutôt que ce sera la place qu'occupe ton personnage, ton regard sur lui, et bien sûr le dénouement (si le gros scoop de la fin c'est que le fou devient meurtrier, même si c'est très bien amené, personnellement j'y verrai quelque chose de cliché). Ca vaut le coup d'y penser un peu en amont pour pas avoir de regrets. Mais pas forcément de te sentir investi d'une responsabilité telle qu'elle te paralyserait ;) .
Titre: Re : Représentation de la folie dans la fiction
Posté par: Philippe47 le 15 Mai 2019 à 21:17:17
@Ariane
Citer
l'absence de diagnostic ou d'approche médicale ne suffit pas pour se détacher du champ de la psychiatrie. Les fictions véhiculent plus que ce qui est dit explicitement
Oui. Entièrement, complètement  d'accord  :)

Mais lorsque Erwan parle de l'anormalité de Golum, son approche a du sens : personne ne s'interrogera jamais sur le nom à mettre sur l'obsession vécue par Golum. Il suffit de "basculer" dans un univers de rites et/ou de magie pour que la folie ne soit plus qu'une question d'âmes perdues, d'immortelles sorcières maléfiques, de fantômes omniprésents et taquins ou de chamanes en contact avec des vénusiens cacochymes du 34ème siècle planqués dans leur maison de retraite sulfurique.
Titre: Re : Re : Représentation de la folie dans la fiction
Posté par: Ari le 15 Mai 2019 à 21:36:30
@Ariane
Citer
l'absence de diagnostic ou d'approche médicale ne suffit pas pour se détacher du champ de la psychiatrie. Les fictions véhiculent plus que ce qui est dit explicitement
Oui. Entièrement, complètement  d'accord  :)

Mais lorsque Erwan parle de l'anormalité de Golum, son approche a du sens : personne ne s'interrogera jamais sur le nom à mettre sur l'obsession vécue par Golum. Il suffit de "basculer" dans un univers de rites et/ou de magie pour que la folie ne soit plus qu'une question d'âmes perdues, d'immortelles sorcières maléfiques, de fantômes omniprésents et taquins ou de chamanes en contact avec des vénusiens cacochymes du 34ème siècle planqués dans leur maison de retraite sulfurique.
Dans le livre je ne me souviens plus, mais dans le film Gollum/Smeagol tombe vraiment en plein dans les clichés sur les double personnalités. C'est même un exemple typique.
Titre: Re : Représentation de la folie dans la fiction
Posté par: Philippe47 le 15 Mai 2019 à 22:14:13
Citer
Gollum/Smeagol tombe vraiment en plein dans les clichés sur les double personnalités
Tout à fait. Et le personnage en lui-même n'est d'ailleurs intéressant qu'en tant que perturbateur du "bon déroulement" de l'histoire. Avant d'être un personnage à part entière, il est une péripétie. Sa psychologie n'est pas intéressante en soi.
Tout dépend donc de ce que Ticreuch veut faire / écrire. S'il s'agit d'anormalité, tout est possible et il restituera avant tout son regard sur ce qui est normal. S'il s'agit de s'intéresser à des pathologies mentales, il est impossible d'en parler sans colporter des clichés si on ne s'est pas cultivé sur le sujet. Avec bienveillance.
D'ailleurs, à propos de bienveillance :
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
Titre: Re : Représentation de la folie dans la fiction
Posté par: ticreuch le 16 Mai 2019 à 09:26:03
Et c'est justement cette notion de "normalité" que je souhaite également travailler. Un peu comme dans, pour être dans le mouv', Game of Throne: on suit différents personnages et selon le point de vue on peut adhérer à leurs actions ou les désapprouver. Donc pour éviter de relancer la polémique, j'ai peut-être abusé du terme "folie", mon personnage étant plus proche du "hors norme".
Ce que j'aimerais c'est que mon personnage réalise des choix, difficiles, qui impacteront durement et durablement son "moral", son estime, sa perception de la limite entre le "bien et le "mal", mais qui sont nécessaires pour atteindre son but. Et j'entend jouer sur cette limite qui va se montrer de plus en plus floue pour lui ainsi que pour le lecteur. C'est par cela que j'entendais la "folie", perdre petit à petit ses reperes, ses valeurs et finalement ce qui fait de nous des hommes. Fondamentalement j'aimerais que mon protagoniste en arrive à faire des choix qui passeraient pour "fou" au premier abord, mais qui se "justifieraient" au regard du but qu'il se donne et du passé qu'il porte.

Donc désolé si j'ai mal utilisé certains termes et si j'ai du en choquer certains ^^. C'est dur de trouver les mots justes quand l'idée générale est là mais qu'on ne l'a pas poussée à fond, ni quand on n'a pas l'habitude d'expliciter ses idées à des personnes intéressées ;)

Mais du coup, en partant de ce que je viens d'expliquer, cela rejoint-il ce dont nous parlions plus tôt, à savoir une certaine responsabilité de l'image du protagoniste vis-à-vis des malades, en considérant à présent que je ne vise aucune maladie mentale (skysophrénie...) mais plutôt des "symptômes" (angoisse, déconnexion de la réalité...) ? Je peux pousser plus loin en laissant tomber les symptômes, je ne sais pas encore si cela génerait fondamentalement la vision de mon personnage.

Ca fait du bien en tout cas d'avoir un retour, je corrige un peu le tir grâce à vous. Merci

@Phillipe47, Le débat national...on se taira dans ce sujet sur son efficacité XD


Titre: Re : Représentation de la folie dans la fiction
Posté par: Ari le 16 Mai 2019 à 09:44:51
Citer
Je peux pousser plus loin en laissant tomber les symptômes, je ne sais pas encore si cela génerait fondamentalement la vision de mon personnage.

De mon point de vue :

Oui, laisse tomber les symptômes (edit : on me dit en off que je suis pas forcément claire :-[ je voulais dire : laisse tomber le fait de t'inspirer de symptômes de schizophrénie).
Ce serait cool que la schizophrénie ne soit pas à nouveau associée à "un impact sur la perception de la limite entre le bien et le mal" et "perdre petit à petit ses repères, ses valeurs et finalement ce qui fait de nous des hommes"  :sick: . Perte de repères oui, perte de valeurs NON, et perte d'humanité euh je crois que je ne vais même pas commenter à part mon gentil petit smiley.

Ton histoire peut être très chouette, mais effectivement je pense que le mieux c'est de laisser les patients en dehors de ça, si tu veux raconter l'histoire d'un type qui perd ses repères entre le bien et le mal (mais j'entends toute la finesse que tu souhaites y ajouter), eh bien raconte l'histoire d'un type qui perd ses repères entre le bien et le mal, sans embarquer d'autres personnes là-dedans.

C'est cool que tu sois ouvert à la discussion et tout, et si ma réponse est écrite sur un ton plus-que-blasé, ne le prends pas personnellement, c'est que ça me rappelle tout un ensemble d'images et de comportements et de regard sur la maladie qui me dégoûte. Je comprends très bien que tu n'aies pas eu l'occasion d'y réfléchir avant et je trouve ça chouette qu'on puisse en discuter calmement, et que tu sois ouvert à des changements d'approche dans ton histoire etc.
Titre: Re : Représentation de la folie dans la fiction
Posté par: ticreuch le 16 Mai 2019 à 10:49:58
Pas de soucis, je me documenterais quand même mais ce sera juste pour ma culture perso, sortir du stéréotype puisque je suis dedans à prioris ;)

Merci à tous pour vos réponses
Titre: Re : Re : Re : Représentation de la folie dans la fiction
Posté par: Erwan le 16 Mai 2019 à 11:51:50
@Ariane
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l'absence de diagnostic ou d'approche médicale ne suffit pas pour se détacher du champ de la psychiatrie. Les fictions véhiculent plus que ce qui est dit explicitement
Oui. Entièrement, complètement  d'accord  :)

Mais lorsque Erwan parle de l'anormalité de Golum, son approche a du sens : personne ne s'interrogera jamais sur le nom à mettre sur l'obsession vécue par Golum. Il suffit de "basculer" dans un univers de rites et/ou de magie pour que la folie ne soit plus qu'une question d'âmes perdues, d'immortelles sorcières maléfiques, de fantômes omniprésents et taquins ou de chamanes en contact avec des vénusiens cacochymes du 34ème siècle planqués dans leur maison de retraite sulfurique.
Dans le livre je ne me souviens plus, mais dans le film Gollum/Smeagol tombe vraiment en plein dans les clichés sur les double personnalités. C'est même un exemple typique.

C'est intéressant ça. Dans le film, c'est un peu plus caricatural que dans le livre, car les films simplifient toujours les intrigues (sinon ce serait trop long, il y aurait fallut en faire dix et non trois). Cependant, je ne comprends pas ce que tu dis sur les clichés sur les doubles personnalités. Tolkien a créé son personnage fantastique sans réfléchir à ces questions de double personnalité, j'en ai peur. Gollum n'est pas affecté d'une pathologie mentale quelconque, mais perverti pas un pouvoir (l'anneau) et c'est son ambivalence qui est mis en scène par ces "dialogues" internes. Dans le livre (je pense aussi dans une moindre mesure dans le film), Gollum reste "humain" (façon de parler pour une créature non-humaine, hein  ;)), et ce qu'à voulu rendre Tolkien, c'est la lutte d'un personnage contre la perversion du pouvoir (que représente l'anneau). C'est une métaphore, je pense, bien plus qu'une description psychiatrique. Je pense qu'il ne faut pas "psychiatriser" trop les personnages, sauf si c'est volontairement mis en avant par l'auteur. Pour moi, Gollum n'est pas diagnosticable, et doit le rester. Il n'y a pas d'éléments suffisants qui permettent de parler de personnalité multiple dans son cas, ce serait abusif, même si son comportement traduit une souffrance. Je crois qu'il y a ce que l'auteur dis (en l'occurrence Tolkien ici) et dont il est responsable, et ce que le lecteur interprète (par exemple le supposé trouble psychique de Gollum) avec ses propres craintes et préjugés. De cela, l'auteur ne peut-être tenu pour responsable, sans quoi on ne pourra plus jamais rien écrire, j'en ai peur, sous peine de toujours trouver quelqu'un qui va l'interpréter de travers. Les gens qui causent du tort aux patients sont ceux, comme dans l'article dont je parlais, qui veulent diagnostiquer Gollum, c'est à dire que le tort je trouve viens du fait de psychiatriser les personnages. Et dans le cas de Tolkien, ce n'est pas l'auteur qui le fait, en l'occurrence. Quand une personne parle de préjugés sur la maladie mentale, alors que l'auteur n'a pas parlé de maladie mentale (et il est probable que Tolkien s'en foutait un peu, et perso à la lecture l'idée ne m'est même pas venue), c'est cette personne qui crée le lien entre les deux, pas l'auteur. La création de préjugés demande d'attacher une représentation à une classe de population, c'est ce lien qui cause du tort. Or Tolkien se garde bien de le faire, car il ne cite ni la population (malade psychique avec telle pathologie, par exemple), ni ne cite de symptômes qui relèvent de la psychiatrie (même les dialogues internes de Gollum peuvent prendre plusieurs sens). Pour moi, l'erreur que tu fais ici, c'est de "lire" médicalement un livre fantastique, un récit, une aventure. Je ne suis pas sûr que beaucoup de lecteurs vont partager cette vision des choses. Combien ici se sont demandés le diagnostic possible de Gollum lors de la vision du film ou la lecture du livre ? L'idée me paraît tellement saugrenue, pour ma part... Je me rappelle aussi d'une héroïne de Stephen King, une ancienne infirmière tortionnaire bien barrée, elle aussi... Jamais au grand jamais je ne me suis demandé quel pouvait être son "diagnostic". Je m'en fous, et le bouquin était bien malgré tout.

Après, Ticreuch, ne te détourne pas de ton idée, ce serait dommage, et dis-toi bien pour apaiser ton devoir de responsabilité que tant que tu n'es pas publié et vendu à dix-mille exemplaires au moins, ton impact pour les patients restera supportable :D
Titre: Re : Représentation de la folie dans la fiction
Posté par: Ari le 16 Mai 2019 à 12:11:31
Citer
Pour moi, l'erreur que tu fais ici, c'est de "lire" médicalement un livre fantastique, un récit, une aventure.
Je pense que tu te trompes sur ce point.
Les préjugés ne se nourrissent pas d'analyses détaillées et argumentées. Pas besoin qu'un psychiatre analyse un bouquin en disant ce dont souffre le personnage, pour que ce personnage imprime une certaine image de la folie dans l'esprit du lecteur. C'est même plus souvent l'ignorance qui nourrit les préjugés d'ailleurs. Pour pousser à l'extrême, si ça peut t'aider à comprendre mon propos : si dans un certain type d'oeuvres tous les personnages "barges" sont des serial killer, eh bien les lecteurs lambdas qui n'ont que cet aperçu-là de la "bargitude" vont avoir peur de fréquenter des malades psychiatriques. Pour la notion de responsabilité de l'auteur, on en revient toujours à la même chose, libre à toi de choisir de ne pas t'en préoccuper ; mais pour moi comme tu as un certain contrôle là-dessus (jamais absolu, mais on peut éviter de faire de tous les "fous" des serial killers), c'est délicat de t'en dédouaner complètement.

Si tu as un doute sur l'amalgame Gollum - troubles psychiques, tape "Gollum schizo" sur internet et tu verras le nombre de memes (et même de t-shirt  :o ). Et ça ne vient pas d'une analyse psy, aucun psychiatre n'ira te dire que Gollum est schizophrène. Tu peux aussi taper Gollum - double personnalité et tu verras que peu de gens s'embarrassent d'une analyse médicale pour lui affubler d'office cette étiquette, le film a tout fait pour la rendre criante.

Au final oui c'est le public qui risque (selon sa sensibilisation au thème) de créer ces amalgames, et pour toi du coup l'auteur s'en dédouane ; pour moi non. (cf. ce que j'écrivais plus haut sur la comparaison avec le racisme).
Titre: Re : Représentation de la folie dans la fiction
Posté par: Alan Tréard le 16 Mai 2019 à 13:19:23
Alors, je dois admettre que la discussion sur la folie n'est pour moi pas à assimiler avec une discussion sur la maladie (savoir discerner maladie et folie me semble être une base essentielle), mais je ne souhaitais ni faire de tort aux défenseurs de la psychiatrie, ni faire de tort aux défenseurs des récits fantastiques.

Pour autant, puisque je vois qu'il y a une certaine confusion qui naît dans la considération des genres, je m'en vais remettre au cœur de la discussion l'un de mes grands poètes favoris qui traitait les marginalités et étrangetés avec un mystère à couper le souffle : Maurice Rollinat qui a écrit Les Névroses (et qui n'était donc pas psychiatre mais poète).

Je me permets d'introduire d'abord sa poésie comme une poésie fantastique (l'un des poètes du Chat Noir) à la volonté sciemment mystique ou morbide, il puise dans les peurs et préjugés pour alimenter les turpitudes de ses lectrices & lecteurs. Son intention est donc plus celle d'impressionner ou de faire peur voire rire que de réfléchir rigoureusement un état d'âme/de psychisme. Le genre fantastique étant évidemment assumé, il s'en réfère à l'évidence à une multitude de préjugés et non à une réalité analytique ou psychanalytique.

Un exemple de ce qu'il a fait de plus atroce :


Citer
Le fou

Je rêve un pays rouge et suant le carnage,
Hérissé d'arbres verts en forme d'éteignoir,
Des calvaires autour, et dans le voisinage
Un étang où pivote un horrible entonnoir.

Farouche et raffolant des donjons moyen âge,
J'irais m'ensevelir au fond d'un vieux manoir :
Comme je humerais le mystère qui nage
Entre de vastes murs tendus de velours noir !

Pour jardins, je voudrais deux ou trois cimetières
Où je pourrais tout seul rôder des nuits entières ;
Je m'y promènerais lugubre et triomphant,

Escorté de lézards gros comme ceux du Tigre.
- Oh ! fumer l'opium dans un crâne d'enfant,
Les pieds nonchalamment appuyés sur un tigre !

Les Névroses, Maurice Rollinat



Ici, il n'hésite pas à présenter son poème à la première personne du singulier afin de se mettre dans « le rôle du fou » comme l'ont souvent fait les artistes qui, pour traiter un thème, se mettent eux-mêmes en position d'imitation et de mise en scène.

Il est remarquable de constater que le genre fantastique permet de marquer clairement la différence entre ce que ressentirait vraiment une personne folle et ce qu'on imagine qu'elle ressent (Maurice Rollinat joue explicitement l'exagération théâtrale afin de donner un genre bien particulier à sa poésie).

Je dois bien remarquer, concernant Le Seigneur des Anneaux, que si le livre respecte particulièrement des codes proches de la littérature fantastique, il est vrai que le film est plutôt dans une dimension cinématographique (pas d'analyse du tout, une mise en scène spectaculaire, imagée, primaire et non réfléchie). Je ne doute pas que les amoureux de cinéma s'indigneront que je dise que le cinéma n'est pas très réfléchi, mais je tiens à marquer ma position sur le fait qu'un film est avant tout un divertissement, une œuvre de spectacle, un socle populaire qui n'atteint jamais le degré de perfectionnement du théâtre ou de la littérature classique. Je ne crois pas que le cinéma soit une référence adaptée pour traiter du genre du roman épistolaire (désolé si mon ton semble un peu dur, il se veut apaisant), cependant le livre lui-même pourrait faire sens si ticreuch souhaite assumer la part fantastique de sa démarche d'écriture (en revanche, comme chacune & chacun l'entend, il est de bon ton que ticreuch puisse faire le discernement entre une étude scientifique d'une part et une fiction fantastique d'autre part, sans quoi je l'invite effectivement à se questionner sur ce thème, à travailler sur le genre et j'espère que ce débat le fera réfléchir à ce sujet).

Enfin, le fantastique est bien un genre à part entière, donc j'aimerais que les enjeux relatifs au fantastique ne soient pas assimilés à « toute la littérature », si le genre fantastique interprète des thématiques comme la folie d'une certaine manière (c'est dans les mœurs), ce n'est pas le cas de toutes les fictions, entendons-nous.
Titre: Re : Représentation de la folie dans la fiction
Posté par: Miléna le 16 Mai 2019 à 13:49:37
J'ai mis un peu de temps à répondre car je voulais pouvoir construire mon propos correctement.

Tout d'abord :
Comme le disent Milena et Ariane, si tu te risques dans une approche plus psychopathologique (donc avec un notion de diagnostic, de comportement identifiés, de pathologie au sens médical - donc au sens "souffrance" - du terme), là je crois indispensable d'être vigilant quant au respect pour le malade.
Non je n'ai pas dis cela (j'ai même dis l'exacte inverse).
D'une manière général, je rejoint l'avis d'Ariane en de nombreux point, mais je pense être plus catégorique qu'elle.
Mon opinion est que, quelque soit ton approche de la "folie" (et quelque soit le sens que tu souhaite donner à ce terme), tu dois te documenter sur la psychiatrie et la psychologie en général.

L'ignorance est le bus par le lequel les stéréotype et les clichés entrent dans un récit.
Que tu en ais conscience ou non, tu es imprégné de clichés sur la psychologie et les pathologie psychique (véhiculé par la culture populaire, ton entourage, les témoignages que tu as reçut, etc). Tu as probablement intégrés ces clichés de façon inconsciente et tu ne pourra t'en défaire qu'à condition de remplacer l'ignorance par la connaissance.

Si tu te documente sur la psychologie, au moins un peu, tu pourras réellement choisir ce que tu incorpore à ton récit. Tu pourras choisir plus finement la façon dont se manifeste la folie de ton personnage, tu pourras choisir de t'éloigner ou de te rapprocher de pathologie connut. Sinon tu ne feras que reproduire de la folie ce que tu en a intériorisé (et donc, des stéréotype).
Se documenter avant ou pendant l'écriture d'un livre n'est pas une contrainte c'est un condition de la liberté de création de l'auteur. Refuser de se documenter c'est laisser la porte ouverte aux stéréotype inculqué par la société.

Erwan encore une fois je suis en total désaccord avec ta vision des choses.
De plus, Tolkien était un universitaire, il faisait partie d'un club d'universitaire essentiellement écrivain, linguiste ou historien, le Inklings. Ils se lisaient et critiquaient mutuellement leur oeuvre, un peu comme nous le faisons ici. Je serais très étonnée que parmi tous ces imminent chercheur, pas un seul n'ait eu au moins quelques notions de psychologie dont ils pussent discuter, et que l'état mental de Gollum n'ait succité aucune discussion entre eux.
Donc lorsque tu affirmes :
Citer
Tolkien a créé son personnage fantastique sans réfléchir à ces questions de double personnalité, j'en ai peur. Gollum n'est pas affecté d'une pathologie mentale quelconque

Tout d’abord je ne vois pas sur quoi tu t'appuis pour faire cette affirmation, et ensuite je ne vois pas en quoi ça pourrait être vrai.

Pour faire une petite digression qui expliquera peut-être mieux mon avis sur la question :
Si un homme, aujourd'hui, ne connaissant absolument rien de la pensée féministe, écrivait un livre d'héroïc fantasy, il y a de forte chance que son livre montre une image sexiste de la femme et macho de l'homme. Et en tout cas, je ne crois pas qu'il soit possible d'affirmer que sa non-connaissance serait un gage de l'objectivité de son discourt. Bien au contraire, je pense que son livre sera d'autant mieux le véhicule des stéréotype qu'il aura inconsciemment intégré, du fait même que, n'ayant pas connaissance de la pensée féministe, il n'aura pas conscience d'avoir intériorisé une vision biaisé de l'homme, de la femme et de leur rapport.

Pour moi c'est la même chose avec la folie.

Le fait de vouloir s'affranchir du domaine médicale n'est pas non plus une garantie de ne pas donner une mauvaise image des malades. En reprenant mon exemple : écrire un texte fantastique, où il n'y a pas d'humains mais des Skuhf, mâle ou femelle, n'est pas une garantie d'avoir des rapport non-sexiste entre les Skuhf mâle et les Skuhf femelle. Sans être humain, ils pourraient même au contraire reproduire à l'identique les rapport de domination des hommes sur les femmes que nous avons dans notre monde. Le fait qu'ils ne soient pas humains mais Skuhf pourraient même être encore plus pernicieux en donnant l'impression d'une certaine universalité de ce type de rapport (comme si c'était dans l'ordre naturel que les mâles domines les femelles).
En tout cas, le fait de ne pas avoir d'humain mais uniquement des Skuhf ne pourrait pas être un argument valable pour affirmer que l'histoire s'affranchie des stéréotypes sexistes.

Et je dis "tu" Ticreuch, mais j'espère que tu as compris que pour moi le débat à maintenant largement dépasser la question initial ;)
Il ne faut pas que tout ce qu'on puisse dire ici t'empêche d'écrire.
Pour moi le plus important pour un écrivain est de se poser des questions et de ne rien prendre pour acquit.

Titre: Re : Re : Représentation de la folie dans la fiction
Posté par: Erwan le 16 Mai 2019 à 22:07:16
Et ça ne vient pas d'une analyse psy, aucun psychiatre n'ira te dire que Gollum est schizophrène. Tu peux aussi taper Gollum - double personnalité et tu verras que peu de gens s'embarrassent d'une analyse médicale pour lui affubler d'office cette étiquette, le film a tout fait pour la rendre criante.

Au final oui c'est le public qui risque (selon sa sensibilisation au thème) de créer ces amalgames, et pour toi du coup l'auteur s'en dédouane ; pour moi non. (cf. ce que j'écrivais plus haut sur la comparaison avec le racisme).
Je suis partiellement d'accord. Cependant, on retrouve ceci sur le wiki anglophone : https://en.wikipedia.org/wiki/Gollum#Personality (https://en.wikipedia.org/wiki/Gollum#Personality), c'est écrit tout en bas de la section "personality". Donc, si, ça peut arriver que des gens posent des diagnostics à la gomme sur des personnages, malheureusement. Je ne crois pas que ça n'a pas d'importance, puisque ce sont des gens avec une assise certaine, et que ça se retrouve sur Wikipédia, en l'occurrence. Mais bon, là n'est pas le vrai problème à mon avis. Pour moi, le soucis, c'est surtout que de mon point de vue, un personnage "barge" n'est pas atteint de maladie mentale pour autant. Il y a des malades psychiques qu'on dira "barges", d'autres non, et des gens sans maladie psychique qu'on dira "barges" ou non. Je veux dire que je ne fais pas le lien entre les deux notions, et du coup je ne comprendrais pas que mes lecteurs en fasse.

Après, pour certains symptômes plus fortement connotés, comme les hallucinations par exemple, qui sont plus souvent associées à une pathologie, alors là c'est plus souhaitable d'être prudents, mais sans excès non plus.


L'ignorance est le bus par le lequel les stéréotype et les clichés entrent dans un récit.
Que tu en ais conscience ou non, tu es imprégné de clichés sur la psychologie et les pathologie psychique (véhiculé par la culture populaire, ton entourage, les témoignages que tu as reçut, etc). Tu as probablement intégrés ces clichés de façon inconsciente et tu ne pourra t'en défaire qu'à condition de remplacer l'ignorance par la connaissance.

Je suis d'accord avec cela, non seulement j'ai des clichés et des stéréotypes sur les maladies mentales, mais j'en ai même sur tout ce que je n'ai pas vécu/connu moi-même, mais qu'on m'a rapporté ou que je me représente comme je peux, c'est à dire à peu très tout hormis ma petite expérience de vie ridicule. Même les professionnels de santé, y compris en santé mentale, fonctionnent avec des stéréotypes, la plupart ne savent pas ce qu'est réellement une hallucination, par exemple, pas plus que moi, car ils n'en ont jamais vécu. Ils se représentent la chose, comme ils le peuvent, avec plus ou moins de précision. Alors, oui, on peut se renseigner, si on a envie, c'est un choix, pas une obligation, ni une "responsabilité", je veux dire, je trouve important que les gens écrivent, même s'ils n'y connaissent rien. C'est une vision non élitiste et ouverte sur l'écriture, je veux dire sinon, beaucoup de gens peu cultivés (par exemple), ne pourront pas écrire, faute de pouvoir avoir assez de connaissances ou de se sentir assez compétents. Là aussi, c'est une question de regard personnel sur les choses, mais j'aime que la pratique artistique soit accessible, même à la personne la plus inculte, la moins informée qu'il soit. Je trouve préférable qu'elle écrive, même beaucoup de conneries, mais qu'elle apprenne au moins une ou deux choses en passant, et surtout qu'elle s'enrichisse en écrivant. C'est un point de vue, on peut voir tout autrement, je te l'accorde. Après, rien n'empêche de signaler gentiment à la personne qu'elle a écrit une connerie, elle en prendra compte ou pas, mais je préfère qu'elle ait écrit sa connerie que rien du tout, pour ma part. C'est surtout pour ça que je rejette cette notion de responsabilité, non pas que je trouve souhaitable en soi de propager des stéréotypes.
Titre: Re : Représentation de la folie dans la fiction
Posté par: Ari le 18 Mai 2019 à 08:31:02
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Je veux dire que je ne fais pas le lien entre les deux notions, et du coup je ne comprendrais pas que mes lecteurs en fasse.
Ben oui mais malheureusement c'est le cas, la majorité des personnes ne réfléchissent pas comme toi et assimilent les deux ("folie" et maladie psychiatrique). Je comprends que tu vois une différence et même si pour moi le terme "folie" est totalement flou et je ne saurais pas le définir, je suis d'accord avec Alan sur le fait qu'il faut absolument le différencier de la maladie mentale. Si je ne le fais pas dans cette discussion-ci c'est justement parce que je me place d'un point de vue extérieur et je pense que pour la majorité des gens tout cela se regroupe dans un grand flou. C'est ce qui ressort de toutes les conversations que j'ai avec... n'importe qui en fait, dès que je parle de mon métier, je t'assure que pour presque tout le monde les termes fou ou folie sont employés à la place des maladies. Donc oui bien sûr si ton personnage est juste marginal ou atypique il est possible qu'il ne soit pas assimilé à cette folie ni à la psychiatrie, mais s'il expérimente n'importe quelle distorsion du réel, il risque très vite d'être concerné par toutes ces associations et préjugés.

Si tu as un doute sur les préjugés dont je te parle, une simple recherche google : si tu commences à taper "personne schizophrène" dans le moteur de recherche, on te propose en deuxième choix "est-elle dangereuse ?". Pour bipolaire ça survient en troisième choix. Tu peux voir aussi sur le forum le nombre de nouveaux qui veulent attribuer un diagnostic de maladie mentale à leur "grand méchant". Bien sûr que les gens font des amalgames, et je suis ravie que dans ton esprit ce ne soit pas le cas et tout soit très structuré mais je pense que tu ne peux pas compter sur ça chez la majorité de tes potentiels lecteurs.

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Alors, oui, on peut se renseigner, si on a envie, c'est un choix, pas une obligation, ni une "responsabilité", je veux dire, je trouve important que les gens écrivent, même s'ils n'y connaissent rien. C'est une vision non élitiste et ouverte sur l'écriture, je veux dire sinon, beaucoup de gens peu cultivés (par exemple), ne pourront pas écrire, faute de pouvoir avoir assez de connaissances ou de se sentir assez compétents. Là aussi, c'est une question de regard personnel sur les choses, mais j'aime que la pratique artistique soit accessible, même à la personne la plus inculte, la moins informée qu'il soit. Je trouve préférable qu'elle écrive, même beaucoup de conneries, mais qu'elle apprenne au moins une ou deux choses en passant, et surtout qu'elle s'enrichisse en écrivant. C'est un point de vue, on peut voir tout autrement, je te l'accorde. Après, rien n'empêche de signaler gentiment à la personne qu'elle a écrit une connerie, elle en prendra compte ou pas, mais je préfère qu'elle ait écrit sa connerie que rien du tout, pour ma part. C'est surtout pour ça que je rejette cette notion de responsabilité, non pas que je trouve souhaitable en soi de propager des stéréotypes.
C'est un point de vue - que je ne partage pas. Je ne pense pas qu'écrire "des conneries" sur une population vulnérable / déjà sujette à la discrimination, sans rien y connaître, soit préférable à rien du tout. Et je ne comprends pas comment l'auteur pourrait "apprendre une ou deux choses en passant" s'il ne se renseigne pas, l'écriture en autarcie ne me semble pas propice à apprendre des choses sur des groupes de personnes dont on ne sait rien.

Par curiosité et sans présumer de ta réponse, est-ce que tu écrirais la même chose si on parlait de stéréotypes racistes ?
Titre: Re : Re : Représentation de la folie dans la fiction
Posté par: Erwan le 18 Mai 2019 à 15:20:07
C'est un point de vue - que je ne partage pas. Je ne pense pas qu'écrire "des conneries" sur une population vulnérable / déjà sujette à la discrimination, sans rien y connaître, soit préférable à rien du tout. Et je ne comprends pas comment l'auteur pourrait "apprendre une ou deux choses en passant" s'il ne se renseigne pas, l'écriture en autarcie ne me semble pas propice à apprendre des choses sur des groupes de personnes dont on ne sait rien.

Par curiosité et sans présumer de ta réponse, est-ce que tu écrirais la même chose si on parlait de stéréotypes racistes ?

Pour ce qui est de se renseigner, la question est jusqu'où. Je veux dire, on peut toujours être plus compétent qu'on ne l'est. Du coup, ne pas écrire car on se pense trop peu compétent risque de devenir sacrément bloquant. Ensuite, l'information et la réflexion peuvent venir soit pendant l'écriture elle-même, soit après, via des retours sur le texte, comme sur ce forum.

Pour la question que tu poses, si je prends comme exemple un polar où les criminels seraient tous sans exception des personnes issus de l'immigration et identifiées comme telles, et les gentils policiers des gaulois de bonne souche, et bien je pense que mon raisonnement serait le même... C'est comme le port du casque à vélo, faut-il le rendre obligatoire ? Je pense que non, car les bénéfices de l'activité physique du vélo sans casque sont clairement supérieurs, et de beaucoup, aux risques encourus. Ici, je trouve préférable d'écrire un truc (involontairement) raciste que de ne rien écrire du tout. Je me dis que ça pourra créer l'échange, que l'auteur aura une opportunité de réfléchir dessus, les lecteurs aussi (car ils ne gobent pas passivement ce qu'on leur montre). D'autant plus qu'une seule petite minorité d'auteurs vendent des best-seller, je le rappelle, et donc le risque est d'autant plus limité. A la limite, un auteur déjà très reconnu pourrait avoir une responsabilité plus significative, je le concède. Mon raisonnement est donc, comme pour le vélo, que la pratique artistique (ici l'écriture) est éminemment plus enrichissante et bénéfique qu'elle ne porte d'effets secondaires négatifs (ici de véhiculer des préjugés). Bien sûr je ne dis pas non plus qu'il est souhaitable de s'en foutre absolument, voir d'adorer les stéréotypes racistes ou tournés contre des populations vulnérables, mais juste qu'en cas de doute, il est préférable d'écrire quand même plutôt que de s'auto-censurer... Ca peut paraître con, mais je préfère un raciste qui écrit à un raciste qui n'écrit pas, car je me dis qu'il a plus de chance d'évoluer en bien en écrivant, malgré tout.
Titre: Re : Représentation de la folie dans la fiction
Posté par: ticreuch le 21 Mai 2019 à 14:33:58
J'avoue être un peu dépassé par le débat lancé là ^^. Je suis toujours le fil de discussion cependant. C'est vrai qu'il est difficile de se placer dans cette cascade d'argumentaire car je comprend les points de vues des différentes parties. Cela ne m'empêche pas d'avancer, je vous soumettrait le tout quand je le sentirai.
Titre: Re : Représentation de la "folie" dans la fiction
Posté par: Aizenmajnag le 23 Février 2021 à 14:25:23
j'ai entendu parler d'une histoire réelle et non fictive d'une jeune femme qui allait se marier et que son mari a laisser tomber au dernier moment, elle serait devenue skyzo mystique entendant des voix (pour l'anecdote)