Dans sa tête tournait « ma mère est morte hier », et pourtant il marchait, il prenait ce chemin qu'il connaissait si bien. Il allait arriver chez cette fille qu'il fréquentait parfois, il composera le code, puis activera l'interphone, il la verra et il sourira parce qu'il sera heureux de la voir, comme chaque fois, et ils s'embrasseront et peut-être qu'ils sortiront, en se tenant la main, et qu'ils se promèneront en parlant de sujets qu'ils ne partageaient pas et, comme chaque fois, ils ne se comprendront pas, mais ça leur fera plaisir de se voir passionnés, et ils regarderont les amoureux sur les quais de la Seine, et les péniches passer, et les oiseaux s'envoler, et les mendiants mendier ; ou bien ils resteront sur le canapé et ils se raconteront leur journée, et ils riront, et ils s'embrasseront, et ils feront l'amour parce qu'ils faisaient toujours l'amour, quand ils étaient seuls, sur ce canapé ; et toujours il y aura ces petits mots qui planeront dans son crâne, « ma mère est morte hier », mais juste les mots, pas l'idée, l'idée elle est encore loin, l'idée elle n'est pas encore là, l'idée elle est moche, alors qu'aujourd'hui il fait beau, et ce chemin est beau, même s'il le connait par cœur, et elle sera belle en ouvrant la porte, et il sera beau cet après-midi passé avec elle, et ils sont un peu jolis ces mots aussi, « ma mère est morte hier », on dirait le début d'un roman.
Salut salut,
D'abord les détails
Il allait arriver chez cette fille qu'il fréquentait parfois, il composera le code, puis activera l'interphone, il la verra et il sourira parce qu'il sera heureux de la voir, comme chaque fois, et ils s'embrasseront et peut-être qu'ils sortiront,
la subite arrivée du futur en milieu de phrase m'a un peu déboussolé. Je suis pas contre l'idée, et même carrément pour, mais là j'ai trouvé que la transition marchait pas très bien. Trop nette à mon goût.
en se tenant la main, et qu'ils se promèneront en parlant de sujets qu'ils ne partageaient pas et, comme chaque fois, ils ne se comprendront pas, mais ça leur fera plaisir de se voir passionnés, et ils regarderont les amoureux sur les quais de la Seine, et les péniches passer, et les oiseaux s'envoler, et les mendiants mendier ;
Je suis peut-être un peu biaisé parce que j'aime globalement pas les "et" précédés d'une virgule, mais là je trouve qu'il y en a un peu trop, par endroits l'anaphore marche bien, mais par endroits je crois que je supprimerais le "et" (c'est valable pour tout le texte).
ou bien ils resteront sur le canapé et ils se raconteront leur journée, et ils riront, et ils s'embrasseront, et ils feront l'amour parce qu'ils faisaient toujours l'amour,
typiquement ici, je vois bien le rôle des deux premiers "et", par contre les suivants me paraissent plus créer un effet de lourdeur qu'autre chose.
dans son crâne, « ma mère est morte hier », mais juste les mots, pas l'idée, l'idée elle est encore loin, l'idée elle n'est pas encore là, l'idée elle est moche, alors qu'aujourd'hui il fait beau, et ce chemin est beau, même s'il le connait par cœur, et elle sera belle en ouvrant la porte,
J'aime beaucoup cette phrase, y a juste à un endroit où j'ai tiqué: "l'idée elle est encore loin": c'est subitement beaucoup plus familier (ce qui se poursuit ensuite), et vu la construction de la phrase, j'aurais imaginé ça plus progressif. Par exemple, "mais juste les mots, pas l'idée, l'idée est encore loin, l'idée elle n'est pas encore là, l'idée elle est moche" (en fait, du coup, juste la suppression du premier "elle", je trouve que ça amène mieux le côté familier). Très jolie phrase sinon (oui, j'aime les phrases longues).
En dehors de ces petits trucs sur lesquels je pinaille, j'ai beaucoup aimé la petite musique et la progression de ce texte.
Merci pour le partage ! :)
Chapart