Un mot, des milliers de fissures.
Je ne l’ai pas accueilli, il n’est pas mon invité. Il s’est imposé dans nos vies sans demander la permission. J’essaie de le repousser de toutes mes forces, je lui hurle de partir mais il a posé ses valises déterminé à ronger notre quotidien. Il était là depuis longtemps mais on l’ignorait, on passait à côté de lui sans y prêter attention, en l’occultant volontairement ou non. Il est arrivé insidieusement, sans crier gare.
L’accepter. C’est un chemin périlleux qui demande du courage. Je ne suis pas courageuse. Mes bras sont baissés, mes yeux sont rouges, mes pensées sont confuses. Je ferme les yeux. Tout ça n’existe pas, il n’est pas là, tout va bien.
Prise de conscience douloureuse mais nécessaire. Il est à nos côtés, inévitablement. Je respire, je prends une grande inspiration et j’ose lui entrouvrir ma porte. Je le regarde, le scrute, il est laid, affreux, abominable mais il est, il existe. Se rapprocher de son ennemi pour mieux l’appréhender, c’est la stratégie que j’ai choisi d’adopter. Je le mépriserai à vie mais mieux je le connaîtrai, mieux je pourrai connaître ses faiblesses et m’en servir.
Ça va aller maman, il n’est pas toi, tu n’es pas lui.
Je suis en train de la perdre, elle commence à nous échapper. Le temps la kidnappe. Otage de la vie, elle s’enfuit dans l’orage et les éclairs frappent nos têtes. C’est douloureux. On aperçoit encore la lumière à travers ses yeux, une étincelle pleine d’espoir qui appelle à l’aide, qui crie une présence quand nous on pleure l’absence.
Ta mémoire s’envole, mes souvenirs restent. Parfois j’aimerais entrer dans ton monde, percevoir la vie à travers tes yeux et comprendre. Je ne te trouve plus au présent alors je te cherche dans mon passé, reviens maman. Je sais que t’es pas loin. Je me raccroche à ça, à la dernière branche de l’arbre. Je peux voir ses nombreuses fêlures mais je suis persuadée que la base est solide, dis moi qu’elle l’est ! Les feuilles tombent depuis quelques années mais ne repoussent pas. Le vent les emporte une à une et je fais le deuil de chacune d’elles.
Ne pars pas maman. Tu possèdes cette force qui t’empêche de fléchir et qui pourrait déraciner une forêt entière. Je sais que même affaiblie elle est toujours présente. Bats-toi ! Encore ! Je t’aiderais le plus possible mais ne baisse surtout pas les bras maman.
J’ai peur du noir. quand je me réveille la nuit, l’obscurité anime mon esprit d’images sombres. J’ai peur que ma vie, même éclairée, ne soit remplie de ces tableaux orageux si tu t’en vas définitivement maman.
Alzheimer. Je te hais