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Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: Eddiedu49 le 21 Avril 2019 à 20:15:39

Titre: Le vent d'autan
Posté par: Eddiedu49 le 21 Avril 2019 à 20:15:39
Le vent d'autan

Une forte odeur de térébenthine flottait dans l’air comme si chacun des murs de la maison en était imprégné. Ces effluves émanaient du sous-sol où l’atelier de papa était installé. Je détestais ces relents à force de vivre dedans. C’était comme tout le reste. La chambre minuscule sous les combles que les périodes estivales inondaient d’une chaleur suffocante. Le bus qu’on tentait d’attraper aux aurores, parfois en vain, pour se rendre à des cours sans intérêt. Ce petit village n’était ni laid, ni beau. Il me laissait indifférente, tout autant que le cursus universitaire que j’avais choisi par défaut. La maison à deux étages nous accueillait, froide comme la pierre. A l’image de notre famille déconstruite, désabusée et esquintée.
Pendant que papa trouvait un certain réconfort en s’enivrant, tu t’évertuais à t’échapper par le biais des cours et de ton amour de jeunesse. Quant à moi, j’apprenais à m’éloigner de ce foyer à travers les livres, la musique. Nous partagions une chambre où il régnait un perpétuel et joyeux désordre. Seul endroit où il ne faisait jamais froid. Les vapeurs de térébenthine n’osaient pas y pénétrer. Tout comme nous dans l’atelier de papa qu’on appelait familièrement « la grotte ». Notre esprit avait délimité des périmètres dans lesquels il était dangereux de mettre les pieds. Il ne s’agissait que de notre peur irrationnelle. Ou de notre volonté de nous préserver. Je ne le saurai jamais et je pense que toi non plus. Mais je me souviens de mon coeur serré lorsque je rentrais tard le soir, et de cette boule au fond de ma gorge, qui me coupait le souffle. Mes pas foulaient le pavé à un rythme effréné et à chaque fois, une remarque résonnait dans mon esprit : S’il est déjà trop tard, te hâter ne servira à rien. Ma démarche se transformait en course et je ne m’arrêtais qu’une fois devant la porte en bois. Heureusement, rien n’est jamais arrivé. Les jours se sont transformés en semaines, puis en mois. Rester m’était insupportable, mais partir l’était encore plus. Comment me résigner à te laisser seule ici ?
Un jour, alors que le vent d’autan soufflait toute sa mélancolie et que les branches d’arbres dans leur danse endiablée dessinaient des ombres effrayantes au sol, la tristesse m’a submergée. C'était un sentiment familier, mais il s'y ajoutait autre chose, cette fois. Une détermination.
Tu étais assise sur ton lit, penchée au-dessus de tes livres éparpillés sur la couette aux motifs floraux. Sourcils froncés, tu semblais contrariée. La maison, ébranlée par les bourrasques, tremblait. Je t’ai dit, alors :
—  Je vais partir.
L’expression de ton visage a subitement changé pour laisser place à la stupéfaction. Tes grands yeux bleus se sont assombris et tu as secoué la tête comme s’il t’était trop difficile d’entendre ces mots.
— Comment ça ?
Mes yeux se sont voilés et j’ai détourné le regard, la gorge nouée. J’étais à la fois délivrée et torturée. Le coeur douloureux de devoir te quitter pour trouver la joie de vivre. Les épaules plus légères d’avoir osé t’en parler. Un silence s’est installé, au cours duquel j’ai aussi songé à papa. La plaie dans mes entrailles ne s’en est qu’approfondie. Etait-il possible d’être heureuse sans faire souffrir ? Ton livre s’est refermé sous tes doigts sans même que tu ne le remarques et tu t’es approchée de moi en soupirant :
— Moi aussi. J’ai beaucoup réfléchi. Mais on fait quoi pour papa ? t'es-tu inquiétée avec un haussement de sourcils.
Etonnée de ta réponse, j’ai répliqué de manière irréfléchie et c’est peut-être ce qui me rongeait de l’intérieur :
— Tu sais, il est… tellement aigri. On a essayé, hein ?
L’assurance que je tentais d’afficher se fissurait à mesure que ces mots franchissaient le pas de mes lèvres. Les larmes me piquaient les yeux. Une autre bourrasque âpre a envoyé une branche d’arbre sur le vasistas et nous avons sursauté. Nous avions essayé, bien sûr, nous ne pouvions pas en douter et maintenant encore, j’en suis certaine. Malgré l’issue, je n’ai pas cessé de m’en persuader. Ma conscience endolorie a tenté de me faire vaciller, en vain.
— Il faut réussir si on reste. Tu crois qu’on peut réussir ?
Tu as froncé les sourcils et tes yeux répondaient d’eux-mêmes à ta question. Longuement, je t’ai sondée, stupéfaite de te voir aussi lucide et mature. Tristement lucide. Toutes ces années les difficultés m’avaient tant accaparée que je n’avais pas remarqué que tu étais devenue une jeune femme forte. J’ai pris une profonde inspiration :
— Il faut qu’on parte. Rien ne changera sinon.
Tu as hoché la tête comme si tu n’attendais que mon approbation. Si tu savais comme je t’ai aimée à cet instant précis. Bien sûr, je ne te l’ai pas dit parce que je ne savais pas comment l’exprimer. Dans ce climat d’incertitude et de violence nous avions grandi l’une contre l’autre. Il n’avait jamais été question d’amour, mais plutôt de survie. Que des preuves, pas de mot. Ce soir-là, le vent d’autan a emporté avec lui l’odeur de la térébenthine.
Titre: Re : Le vent d'autan
Posté par: Xaba le 21 Avril 2019 à 21:13:06
Bonsoir...juste un petit détail sur l'emploi du mot arôme. D'après le contexte, ce serait plutôt une odeur pénétrante et désagréable. Or c'est en général le sens contraire que l'on donne à ce mot. A moins bien sûr que l'insistance de cette odeur rappelle le narrateur à de bons souvenirs ce qui alors justifierait l'emploi. Je le disais..c'est juste un détail...
Titre: Re : Le vent d'autan
Posté par: Eddiedu49 le 21 Avril 2019 à 21:44:34
Bonsoir Xaba

Merci pour cette remarque intéressante. En effet, j'ai hésité avec d'autres termes. En sachant que finalement la narrateur n'a rien réellement contre cette odeur, mais plutôt contre les souvenirs qu'il lui rappelle. Après, si je voulais appuyé sur le côté insupportable et désagréable de cette odeur, peut être que "relent" serait plus adéquat.
Titre: Re : Le vent d'autan
Posté par: Chouc le 21 Avril 2019 à 22:02:24
Bonsoir Eddie  :)

Au fil du texte :

Citer
où l’atelier de papa était entreposé
Pour moi, un atelier n'est pas quelque chose qu'on entrepose... Installé ?

Citer
ni laid ni beau.
Virgule après laid.

Citer
A l’image de notre famille
Manque un accent sur le A.

Citer
tu t’évertuais à t’échapper par le biais des cours et de ton amour de jeunesse
Je ne m'attendais pas à ce que la narration tourne à l'adresse directe à ce stade.

Citer
que de notre peur irrationnelle. Ou notre volonté de se préserver.
"Que de (...) ou de(...)"
Il faut ajouter un "de" devant "notre volonté", sinon ça me semble incorrect.

Citer
Un jour alors que le vent d’autan soufflait
Virgule après jour.

Citer
Moi aussi. J’ai beaucoup réfléchi. Mais on fait quoi pour papa ? S’est-elle inquiétée avec un haussement de sourcils.
T'es-tu inquiétée ? Sinon je pige rien à ta narration ^^
(ah, et pendant que j'y pense, c'est tiret cadratin ou semi-cadratin pour les lignes de dialogues, pas le - ).

Citer
Une autre bourrasque âpre a envoyé une branche d’arbre sur le vasistas et nous avons sursauté.
C'est mon imagination ou tu viens de changer le temps de la narration ?

Citer
Toutes ces années les difficultés m’avaient
Virgule après années.

Citer
Dans ce climat d’incertitude et de violence nous avions grandit l’une contre l’autre
Virgule après violence.



Alooooors...
C'est très bien écrit, l'ambiance est bien rendue, c'est à la fois triste et glauque. Seulement, il en manque à mon goût :

Citer
- Il faut réussir si on reste. Tu crois qu’on peut réussir ?

Je n'arrive pas à trouver le sens de cette phrase. Réussir quoi ? Et pourquoi évoquer l'idée de rester alors que la décision vient d'être prise de partir ? J'avoue que ça me chiffonne ^^ Mais après tout, c'est peut-être ta volonté de dérouter le lecteur, auquel cas c'est une franche réussite ! Je viendrais lire ta réponse  ;)

Merci pour le partage, à bientôt.
Titre: Re : Le vent d'autan
Posté par: Eddiedu49 le 22 Avril 2019 à 09:07:57
Bonjour Chouc,

Merci pour tes corrections, je vais m'y atteler de suite :) J'ai eu beau me relire 15 fois, quand ça ne veut pas, ça ne veut pas ^^.

Ici, la narratrice et sa soeur se trouvent dans une sorte "d'impasse" où effectivement, elles sont tiraillées entre ce qu'il faut faire pour leur propre bien-être et le mal que ça pourrait faire à leur entourage. En gros, c'est souffrir ou faire souffrir.
Ce côté "on en sait sans en savoir" est fortement voulu ;) J'ai préféré laissé le lecteur supposer, s'imaginer le pourquoi de cette fameuse question étrange "Si on reste, il faut réussir, mais en sommes-nous capable ?"
C'est toute une prise de "conscience" murement réfléchie qui amène la narratrice à ne plus hésiter à partir, et le fait que sa soeur admette qu'elle aussi y songe ne fait que la conforter dans ce choix difficile au possible, pour elle.
J'espère avoir répondu à ta question :) et merci d'avoir pris le temps de me lire et de m'avoir fait ce retour, c'est vraiment chouette !  :coeur:


Titre: Re : Le vent d'autan
Posté par: Chouc le 22 Avril 2019 à 09:17:34
Merci pour ta réponse Eddie, savoir qu'il s'agit d'une volonté de ta part et non pas d'une donnée que j'aurais zappée/mal assimilée suffit à me dé-frustrer  :D

A bientôt !
Titre: Re : Le vent d'autan
Posté par: Claudius le 22 Avril 2019 à 12:32:58
Bonjour,

Tout d'abord quelques corrections ou suggestions pour ce texte.

Le vent d'autan

Une forte odeur de térébenthine flottait dans l’air comme si chacun des murs de la maison en était imprégné. Ces effluves émanaient du sous-sol où l’atelier de papa était installé. Je détestais "ces relents" à force de vivre dedans. La maison à deux étages nous accueillait, froide comme la pierre. À l’image de notre famille déconstruite, désabusée et esquintée.

Un jour alors que le vent d’autan soufflait toute sa mélancolie et que les branches d’arbres dans leur danse endiablée dessinaient des ombres effrayantes au sol, la tristesse m’a submergée.


Tes grands yeux bleus se sont assombris et tu as secoué la tête comme s’il t’était trop difficile d’entendre ces mots.

Mes yeux se sont voilés et j’ai détourné le regard, la gorge nouée. J’étais à la fois délivrée et torturée. Le coeur douloureux de devoir te quitter pour trouver la joie de vivre. Les épaules plus légères d’avoir osé t’en parler. Un silence s’est installé, au cours duquel j’ai aussi songé à papa. La plaie dans mes entrailles ne s’en est qu’approfondie. Était-il possible d’être heureuse sans faire souffrir ?

Étonnée de ta réponse, j’ai répondu de manière irréfléchie et c’est peut-être ce qui me rongeait de l’intérieur :

L’assurance que je tentais d’afficher se fissurait à mesure que ces mots franchissaient le pas de mes lèvres.

Tu as froncé les sourcils et tes yeux répondaient d’eux-mêmes à ta question. Longuement, je t’ai sondée, stupéfaite de te voir aussi lucide et mature. Tristement lucide.

Tu as hoché la tête comme si tu n’attendais que mon approbation. Si tu savais comme je t’ai aimée à cet instant précis. Bien sûr, je ne te l’ai pas dit parce que je ne savais pas comment l’exprimer. Dans ce climat d’incertitude et de violence nous avions grandi l’une contre l’autre. Il n’avait jamais été question d’amour, mais plutôt de survie.

J'ai lu ton texte avec beaucoup de plaisir, même s'il draine une grande tristesse de ce que l'on ne peut pas endiguer.

Bonne continuation et à plus.



Titre: Re : Le vent d'autan
Posté par: Eddiedu49 le 22 Avril 2019 à 12:47:09
Hello Claudius,

Merci beaucoup pour ta lecture et tes corrections, ça me fait plaisir  :)
Titre: Re : Le vent d'autan
Posté par: Eddiedu49 le 22 Avril 2019 à 19:38:39
Salut Keanu,

Merci d'avoir pris le temps de me faire un retour très intéressant, c'est super.  :)
Citer
Ou de notre volonté de se préserver.

Maladroit voire incorrect, à mon avis. "notre volonté de NOUS préserver" ou alors "notre volonté de préservation" ?
Je me suis posé la question mais je pense que je vais du coup changer pour ta dernière suggestion :)

Citer
[...] et de la boule au fond de ma gorge qui me coupait le souffle. Mes pas foulaient le pavé à un rythme effréné [...]

Les expressions "boule au fond de ma gorge", "coupait le souffle" et "foulaient le pavé à un rythme effréné" me paraissent un peu clichés, toutes faites. Remplacer par des tournures plus expressives, moins rebattues ?

Je prends ^^je vais y réfléchir, mais si tu as des idées, pourquoi pas ;)

Citer
Tu étais assise sur ton lit, voûtée sur tes livres éparpillés sur la couette aux motifs floraux.

Je pense que cette phrase pourrait être plus fluide, certainement à cause de la répétition de "sur". A toi de voir !

"voûtée parmi les livres" peut-être, en tout cas, oui, la répétition de "sûr" est un peu gênante.

Citer
Je t’ai dit, alors :
- Je vais partir.

Si tu tiens à respecter les normes typographiques, tu peux insérer les répliques à l'aide de tirets cadratins ou demi-cadratins. Idem pour les prochaines occurrences, donc.

Tout à fait, Chouc me l'a aussi fait remarquer et j'ai mis un certaine temps à les trouver sur mon clavier ^^

Citer
Tes grands yeux bleus se sont assombris [...]Mes yeux se sont voilés [...]

Un peu redondant peut-être ?
"Tes grands yeux bleus se sont assombris tandis que le mien s'est voilé" me semble peut-être un peu moins lourd :) Merci

Citer
La plaie dans mes entrailles ne s’en est qu’approfondie.

Au-delà de la formulation que je trouve raide, je crois qu'il y a un problème syntaxique ici. Quelque chose ne peut pas s'approfondir d'autre chose. Si je reprends ce à quoi fait référence le pronom "en", ça donnerait en gros : "La plaie dans mes entrailles n'a fait que s'approfondir du silence [au cours duquel j'ai pensé à papa]" ? Ça ne fonctionne pas selon moi. 
Non, c'est vrai, je vais y réfléchir !

Globalement, merci pour ce disséquage qui m'a donné pas mal d'informations pertinentes.  J'ai encore un peu de mal à retranscrire de manière subtile les émotions et les approfondir. Malgré tout, si tu as passé un bon moment, j'en suis heureuse :) Merci beaucoup Keanu   :coeur:



Titre: Re : Le vent d'autan
Posté par: log0nEx le 24 Avril 2019 à 11:26:47
Merci pour ce texte, Eddiedu49.
J'aime beaucoup.
Titre: Re : Le vent d'autan
Posté par: Eddiedu49 le 24 Avril 2019 à 15:18:45
Bonjour logonEx,

contente que ça t'ait plu, merci de ton commentaire :)
Titre: Re : Le vent d'autan
Posté par: Ari le 15 Mai 2019 à 21:47:38
Salut Eddie,
Je ne sais plus si je t'ai déjà commentée, j'étais curieuse de te lire :) .

Au fil de la lecture (ne t'inquiète pas, j'ai l'habitude de beaucoup pinailler) :

Citer
émanaient du sous sol
sous-sol
Citer
pour se rendre à des cours sans intérêts
intérêt
Citer
Il me laissait totalement indifférente, tout autant que le cursus universitaire que j’avais choisi par défaut.
Préférence personnelle : j'aurais enlevé le "totalement", qui fait trop véhément pour de l'indifférence... ^^
Citer
Ou de notre volonté de se préserver
J'aurais écrit "de nous préserver"...
Citer
et de la boule au fond de ma gorge qui me coupait le souffle.
Les déterminants me gênent un peu, mais j'ai du mal à expliquer pourquoi :/ .
J'aurais envie de proposer : "cette boule au fond de ma gorge, qui me coupait le souffle".
Citer
Mes pas foulaient le pavé à un rythme effréné et à chaque fois, une remarque résonnait dans mon esprit « s’il est déjà trop tard, te hâter ne servira à rien ».
J'aime beaucoup cette phrase qui instaure pas mal de suspense... :/
Citer
que les branches d’arbres dans leur danse endiablée
Soit : "les branches d'arbre" soit : "les branches des arbres"
Citer
dessinaient des ombres effrayantes au sol,
Préférence personnelle : j'aurais écrit "sur le sol"
Citer
la tristesse m’a submergé
Ailleurs tu conjugues au féminin, il me semble que c'est une narratrice => submergée
Citer
Ça m’était familier, mais il y avait autre chose cette fois.
Je trouve la tournure un peu maladroite, un peu trop orale.
Suggestion : "C'était un sentiment familier, mais il y avait autre chose, cette fois-ci" (j'ai essayé de rester simple pour me calquer sur la phrase d'origine). Ou bien "C'était un sentiment familier, mais il s'y ajoutait autre chose, cette fois-ci."
Citer
voûtée sur tes livres éparpillés sur la couette aux motifs floraux.
Je pense pas que ça se dise, "voûtée sur". C'est peut-être un effet de style mais il ne me convainc pas. Pourquoi pas simplement "penchée sur" ?
Citer
La plaie dans mes entrailles ne s’en est qu’approfondie.
J'aime bien l'idée mais je trouve les sonorités pas terribles. "n'en a été que plus profonde ?" bof je suis pas sûre non plus... :/
Citer
T'es-tu inquiétée avec un haussement de sourcils.
Il faut enlever le "t" majuscule.
Citer
— Tu sais, il est…tellement aigri.
Il faut une espace après les points de suspension.
Citer
à mesure que ces mots franchissaient le pas de mes lèvres.
J'ai du mal à visualiser "le pas de mes lèvres". Pourquoi pas juste "mes lèvres" ?
Citer
Une autre bourrasque âpre avait envoyé une branche d’arbre sur le vasistas et nous avions sursauté.
Pour la concordance des temps il faut du passé simple : a envoyé, avons sursauté.
Citer
te voir aussi lucide et mature. Tristement lucide.
J'aime bien les répétitions volontaires mais ici je ne suis pas convaincue, j'aurais préféré un adjectif différent à la place du premier "lucide".
Ici je suis d'accord avec Chouc :
Citer
Citer
- Il faut réussir si on reste. Tu crois qu’on peut réussir ?
pourquoi évoquer l'idée de rester alors que la décision vient d'être prise de partir ? J'avoue que ça me chiffonne ^^
J'ai pile poil le même ressenti.
Citer
Toutes ces années les difficultés m’avaient tant accaparées
accaparée
J'aime bien ce moment où la narratrice réalise que sa petite soeur a grandi...
Citer
Si tu savais comme je t’ai aimé à cet instant précis.
aimée
Citer
Dans ce climat d’incertitude et de violence nous avions grandi l’une contre l’autre. Il n’avait jamais été question d’amour, mais plutôt de survie.
Je trouve ça très très juste.
Citer
Que des preuves, pas de mots
Il me semble que si on veut être strict il faudrait écrire "pas de mot" (mais spontanément j'aurais eu envie comme toi de le mettre au pluriel...).
Citer
Ce soir-là, le vent d’Autan a emporté avec lui l’odeur de térébenthine.
Ailleurs tu n'as pas mis de majuscule à "autan", je pense pas qu'il en faille.
Je ne sais pas trop pourquoi, j'aurais écrit "l'odeur de la térébenthine"...

Par contre je vois que plusieurs fautes d'orthographe t'avaient déjà été signalées... C'est un texte que tu ne souhaites pas retravailler ? (je m'en aperçois après coup >< ).

Sur le fond j'ai bien aimé l'histoire que tu retranscris, notamment le lien entre les deux soeurs, et l'atmosphère avec la présence en pointillés du vent. Pour moi il n'y a rien à changer pour ce qui est de la balance pudeur / déballage d'émotions ^^ ça me plaît comme ça. Quelques formules me semblent un peu maladroites, et notamment le petit passage cité par Chouc. Je crois que je fais souvent ce commentaire mais j'aurais peut-être envie aussi que tu prennes un tout petit peu plus le temps, ou alors que le récit soit plus long, ce qui est plutôt bon signe ^^ .

Au plaisir de te lire :) .

Titre: Re : Le vent d'autan
Posté par: Eddiedu49 le 16 Mai 2019 à 11:28:24
Salut Ariane,

Effectivement, c'est la première fois que tu commentes un de mes textes, j'en suis honorée  :)
Merci d'avoir relevé les fautes d'orthographe, il est vrai qu'on me l'avait déjà fait remarquer mais je n'avais pas pris le temps de tout corriger, merci de ta relance ;) Maintenant, c'est chose faite !

Citer
et de la boule au fond de ma gorge qui me coupait le souffle.
Les déterminants me gênent un peu, mais j'ai du mal à expliquer pourquoi :/ .
J'aurais envie de proposer : "cette boule au fond de ma gorge, qui me coupait le souffle".
Merci pour cette suggestion pertinente, j'ai effectué le changement  :)

Citer
Ça m’était familier, mais il y avait autre chose cette fois.
Je trouve la tournure un peu maladroite, un peu trop orale.
Suggestion : "C'était un sentiment familier, mais il y avait autre chose, cette fois-ci" (j'ai essayé de rester simple pour me calquer sur la phrase d'origine). Ou bien "C'était un sentiment familier, mais il s'y ajoutait autre chose, cette fois-ci."
Pareil pour ici, merci pour cette reformulation, ça me semble mieux construit

Citer
voûtée sur tes livres éparpillés sur la couette aux motifs floraux.
Je pense pas que ça se dise, "voûtée sur". C'est peut-être un effet de style mais il ne me convainc pas. Pourquoi pas simplement "penchée sur" ?
Alors, il me semble qu'à l'origine, j'avais mis "penchée" mais que pour je ne sais plus quelles raisons, j'ai changé le terme. Du coup, après relecture, je ne comprends pas ce changement, j'ai remis penchée ^^

Citer
te voir aussi lucide et mature. Tristement lucide.
J'aime bien les répétitions volontaires mais ici je ne suis pas convaincue, j'aurais préféré un adjectif différent à la place du premier "lucide".
Clairvoyante, voire perspicace, peut-être ?

Citer
pourquoi évoquer l'idée de rester alors que la décision vient d'être prise de partir ? J'avoue que ça me chiffonne ^^
J'ai pile poil le même ressenti.
Ici, ça fait un peu ambivalent, et c'est un peu voulu. En fait, c'est l'hésitation des deux soeurs qui ont enfin posé des mots sur leur futur départ. Le fait d'avoir exprimer leur souhait les fait finalement hésiter. Les conséquences du départ, tout le reste, elles hésitent même si là, le projet s'ancre bien et elles partiront. Peut-être cherchent-elles aussi simplement à se rassurer l'une envers l'autre.

Citer
Dans ce climat d’incertitude et de violence nous avions grandi l’une contre l’autre. Il n’avait jamais été question d’amour, mais plutôt de survie.
Je trouve ça très très juste.
Merci  :)

Merci pour ce retour très intéressant, Ariane.
Effectivement, j'étais très tiraillé, en écrivant ce texte. Il est difficile, sur un texte aussi court, d'en mettre un peu plus, sans que ça ne soit trop, finalement.
Et, je ne sais si ça aurait été judicieux d'en rajouter, enfin, c'est discutable, bien sûr  :)
Merci beaucoup  :)







Titre: Re : Le vent d'autan
Posté par: Ari le 16 Mai 2019 à 11:33:03
Citer
Ici, ça fait un peu ambivalent, et c'est un peu voulu. En fait, c'est l'hésitation des deux soeurs qui ont enfin posé des mots sur leur futur départ. Le fait d'avoir exprimer leur souhait les fait finalement hésiter. Les conséquences du départ, tout le reste, elles hésitent même si là, le projet s'ancre bien et elles partiront. Peut-être cherchent-elles aussi simplement à se rassurer l'une envers l'autre.
Oui, sur le fond, je comprends très bien. C'est la manière de retranscrire cette ambivalence qui me paraît peut-être un peu brutale. Peut-être même une simple inversion : "Si on reste... il faudra réussir. Tu crois qu'on peut réussir ?" Bref je sais pas trop comment mais que le lecteur dès le début de la phrase comprenne qu'elles se remettent dans l'hypothèse de rester. Alors que là la phrase commence avec déjà cette hypothèse en tête. Bref c'est des nuances très fines, désolée je pinaille.  :-[
Titre: Re : Le vent d'autan
Posté par: Eddiedu49 le 16 Mai 2019 à 11:45:09
Citer
Oui, sur le fond, je comprends très bien. C'est la manière de retranscrire cette ambivalence qui me paraît peut-être un peu brutale. Peut-être même une simple inversion : "Si on reste... il faudra réussir. Tu crois qu'on peut réussir ?" Bref je sais pas trop comment mais que le lecteur dès le début de la phrase comprenne qu'elles se remettent dans l'hypothèse de rester. Alors que là la phrase commence avec déjà cette hypothèse en tête. Bref c'est des nuances très fines, désolée je pinaille.  :-[
Non, pas du tout, tu fais bien de me le dire, c'est important de savoir le ressenti des lecteurs.
Je n'avais pas fait attention à ça, mais si tu le dis, toi aussi, c'est qu'il y a matière à retravailler la retranscription. Peut-être la rendre plus subtile, allusive.
Du coup, l'inversion, ça semble intéressant aussi, si ça a cet effet !  :)
Titre: Re : Le vent d'autan
Posté par: zevoulon le 16 Mai 2019 à 14:45:19
Bonjour Eddiedu49,

Ma remarque va peut-être te sembler bête, mais je suis resté coincé sur la première phrase avec cette histoire de térébenthine. C'est très con, mais je n'arrive pas à dégager la moindre odeur avec ce terme, contrairement à huiles essentielles ou odeur de pin. Là, je sens bien les choses, si j'ose dire. Comme quoi, le choix d'un terme parfois...

Sinon, j'aime beaucoup l'atmosphère qui se dégage de ton texte, même si j'ai eu un peu de mal à rassembler les morceaux au début. Maintenant, et c'est toujours la difficulté de ce genre d'exercice, c'est de savoir si le texte se suffit à lui-même. De mon point de vue, c'est un peu juste. J'ai envie de connaître la suite, ce qui finalement est plutôt bon signe !

Bien à toi,
Zevoulon
Titre: Re : Le vent d'autan
Posté par: Eddiedu49 le 16 Mai 2019 à 16:34:37
Salut Zevoulon !

Ah oui, comme quoi, les odeurs, ce n'est pas simple à retranscrire, à transmettre finalement. Je pense que c'est propre à chacun, à son histoire de vie  ;)
J'ai choisi ce terme, en particulier, pour faire le lien avec "l'atelier" du père au sous-sol et ce qu'il y faisait. Après, peut-être que j'aurais pu tout simplement parler d'odeur de pin, ça aurait été plus parlant (et suffisant)
Je n'avais pas du tout pensé à ça  ;) Ta remarque n'est pas bête, au contraire, c'est très intéressant à savoir !

Je me voyais mal aller plus loin sur ce texte, sans que ça ne soit trop, l'équilibre n'est pas simple à trouver.

Merci beaucoup de ta lecture et de ce retour !