Le Monde de L'Écriture
Coin écriture => Poésie => Discussion démarrée par: Lavekrep codaraque le 30 Mars 2019 à 16:42:10
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Athée, croyant, sectaire
Casque bleu, béret vert
Vue sur mer ou Mont-blanc
Assassin, innocent
Vaudou des mers du sud
Missel, Coran, Talmud
Le choix au bout du doigt
Pouce en l'air
Pouce en bas
Pour faire parti de ceux
Qui se prennent pour des dieux.
Aujourd'hui, faudrait-il
À l’argent trop facile
Vouloir vouer un culte ?
Proférer des insultes ?
Le choix au bout du doigt :
Pouce en l'air,
Pouce en bas.
On snappe, on facebooke
On émissaires un bouc.
On twitte et on textote
On attribue des notes.
Pseudonyme dans la foule
Sur écran, se défoule.
Le choix au bout du doigt :
Pouce en l'air,
Pouce en bas.
Être gloire avant tout.
Des “J'aime” de partout.
Le Fan est versatile
L’ardent devient l'hostile.
Clique, clique la clique
O cruels jeux du cirque
Le choix au bout du doigt :
Pouce en l'air,
Pouce en bas.
Hé ! Combien de minutes,
D’un enfant que l’on bute,
Dans cette foutue mosquée
As-tu pu regarder ?
Pour pleurer, combien d’temps ?
Pour couper, combien d'temps ?
Hé ! Au bout de ton doigt,
Pouce en l’air ?
Pouce en bas ?
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C'est une "belle" (au sens artistique) dénonciation de la déshumanisation et de la lâcheté engendrées par les réseaux sociaux où il y a cet horrible système de pouces.
Le gimmick "Pouce en l'air, pouce en bas", est bien trouvé, car cette répétition traduit bien l'aliénation que symbolise un tel système de notation et de jugement d'autrui. Et puis ça renvoie à César et ses sentences impitoyables...
J'apprécie ton texte aussi bien pour la forme que pour le fond. C'est de la poésie engagée, en fait. C'est subtilement bien écrit et imagé. Et tellement juste et véridique dans l'analyse.
Mention spéciale à:
"Clique, clique la clique
O cruels jeux du cirque"
Ce passage est vraiment très fort, ça symbolise bien le côté mouton, et voyeurisme. L'aveuglement est le même que celui d'une foule lors d'une corrida ou d'une exécution.
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Salut Krep
J'ai au départ pensé à un texte nostalgique sur l'autostop et sur ces années enchantées où on pouvait lever le pouce sans risque. Mais non, c'est autre chose, quoique, il y a une nostalgie dans ce texte et un engagement (je suis d'accord avec Angie sur ce point) couplé à une réflexion bien menée à propos des réseaux sociaux et de ce système de pouces qui sonnent comme une sentence. C'est joliment décrit, tu as le sens de l'image à travers tes mots ;)
A +
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Bonjour Lavekrep,
Je retrouve à nouveau le thème de la culpabilité dans un de tes écrits, mais cette fois-ci tu sembles dénoncer plutôt une culpabilisation ou un quelque chose qui amènerait à faire une sorte de justice 2.0.
C'est un sujet tout à fait actuel, certains estiment pouvoir utiliser les réseaux sociaux pour régler leurs soucis personnels avec quelqu'un, et on ne compte plus les adversaires commerciaux ou politiques qui préfèrent utiliser le biais des réseaux sociaux pour flinguer un concurrent plutôt que de s'en remettre humblement à une procédure judiciaire habituelle.
Certains acteurs de la politique internationale sont aujourd'hui favorables à ce type de développement (les États-Unis sont très ambigus sur le sujet, on voit Donald Trump régler ses soucis persos via twitter au même titre que des affaires d'État), alors qu'il représente très clairement une menace pour l'amitié ou l'entente cordiale entre des acteurs distincts, d'origines variées ou diversifiées.
J'ai trouvé toutes ces questions à travers ton poème : je trouve que tu cherches des mots qui font sens dans cette actualité préoccupante et qui posent les bonnes questions (sans forcément y apporter de réponses... mais c'est normal, ce sont des sujets qui demandent une consultation importante et une éthique avant tout).
Merci beaucoup pour cette lecture de notre époque et de notre quotidien.
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bonjour Angie, Bonjour Beth, Bonjour Alan,
merci de votre passage sur un texte qui a mûri suite au massacre de Nouvelle Zélande et, surtout, d'un micro trottoir dans lequel on entendait un lycéen regretter de ne pas avoir pu voir la vidéo en direct.
Bien entendu je n'ai, ni la solution, ni le pouvoir de changer tout ça. J'essaie d'apporter un grain de sable à l'édifice, celui qui vous gratte le coin de l’œil ou entre les doigts de pied et qui peut rappeler de juste faire attention.
Je suis très pessimiste, ma pensée vaut ce qu'elle vaut,
hier, si un simple battement d'aile, venu d'un papillon, pouvait changer le monde, je pense qu'aujourd'hui, le chant d'un oiseau bleu pourrait bien le détruire.
Désolé de plomber l'ambiance. :( |-|
A+
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Bonsoir, ce n'est pas du pessimisme c'est un sentiment de culpabilité. On voudrait pouvoir agir, se soulever, créer une émulation pour sauver la planète de toute violence, de toute injustice. Mais on ne le fait pas. Alors on écrit pour crier sa colère. Les mots sont un peu faibles pour résoudre ces fléaux-là.
;) ;)
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Oui je rejoins Claudius, il y a un sentiment de culpabilité de se contenter de mettre des mots sur ce qui nous révolte sans pour autant agir. Tu n'es pas pessimiste Krep, mais, peut être, normalement triste et chagrin de constater que depuis la préhistoire l'homme n'est jamais sorti d'un mode psycho-relationnel dominant /dominé qui détermine toutes les horreurs de ce monde. Moi, quand je lis tes textes je partage ton point de vue et je trouve que ce que fu appelles ton pessimisme est plutôt de la lucidité.
A bientôt