Le Monde de L'Écriture
Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: Verasoie le 25 Mai 2010 à 15:04:24
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En rangeant ma chambre je suis tombée sur la pochette où je rangeais mes textes quand je les trouvais déjà très peu assumables. (Histoire de me griller pour de vrai, j'avouerai qu'une partie de cette pochette est intitulée "sorts, potions et rituels" et que j'avais recopié le cercle de craie rose de Sleepy Hollow au cas où ça me serve un jour).
Quelques uns avaient été postés sur PF mais il y a beaucoup d'inédits XD. Procrastination quand tu nous tiens, je vous les livre ici (tous ensemble, parce que ça vaut pas le coup de les séparer et qu'ils ne font que quelques lignes).
Edit : par ici (http://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=3106.msg70985#msg70985)
(L'alchimiste, c'est mon tout tout premier "texte", hors les rédacs et ma période contes quand j'étais petite. C'était à force de lire PF que j'avais voulu me lancer)
L'alchimiste
Elle regarde son Maître instructeur préparer la solution. Dans une bouteille de verre il met une fine poudre blanche, y ajoute une potion bleue comme le ciel. Puis quelques gouttes d'eau de source. Tout le monde a le regard accroché aux mains du Maître tandis qu'il tient le mélange au dessus de quelques braises. Elle griffonne une note dans son grimoire personnel, parchemin relié de cuir. Et soudain, merveille, le bleu de cristal se trouble et devient orangé, couleur d'ambre. Réaction d'alchimie. "Nous pouvons en déduire que la liqueur de Fehling réagit aux sucres." D'alchimie en chimie, tout s'efface. Devant elle se tient non son Maître, mais son professeur d'SVT. D'ailleurs le grimoire si précieux qu'elle a en main n'est autre que son classeur et quelques feuilles. Le professeur éteint le bec Bunsen, et souffle en même temps la flamme de ses rêves.
(Celui là n'a pas de titre, est trop glauque et trop nul XD)
Sans titre
« La princesse dansait et riait, tournant inlassablement… »
Cette voix est modulée par ce qu’on aurait pu appeler une petite fille, avant.
« … alors que ses cheveux ondulaient comme les champs de blé sous le vent… »
Aucun souffle d’air ne pénétrait ici, pas plus qu’une étincelle de lumière.
« … sa robe aussi dansait, et s’accrochait parfois à un rosier sauvage dans la prairie… »
Les murs ici étaient nus, pas un brin d’herbe ne poussait par terre.
« Elle se laissa tomber sur la mousse d’un sous-bois pour écouter les oiseaux dans leur nid… »
Le silence, seule la voix qui se brise à chaque mot, et les gouttes qui suintent ici et là.
« La reine vint la chercher pour lui offrir la robe qu’elle devrait porter… »
La fille frissonne de froid, sous les lambeaux souvenirs d’un tissu.
« Alors le prince et la princesse partirent dans leur carrosse… »
Depuis longtemps elle avait renoncé à une aide, et elle répétait faiblement ce conte.
« Et ils vécurent heureux… »
Car elle était seule,
« pour… toujours. »
Celui-là, personne avait rien compris ! En fait il faut savoir que l'affiche rouge est une affiche de propagande de 1944, avec les photos des membres du réseau de résistance Manouchian, les présentant tous comme des terroristes parce que la plupart étaient étrangers. Il y a un poème d'Aragon dessus (repris par Léo Ferré) et le film de l'année dernière, l'Armée du crime, raconte la même histoire. En fait elle m'a toujours beaucoup intéressée ^ ^
Rêve
Il y a un mur. Au loin, la cime d'une dizaine d'arbres, qui ondulent sous le vent. Je suis pieds nus dans une robe blanche. Derrière moi, ce mur. Maintenant je ne suis plus seule. Il y a des gommes, dos au mur comme moi. Un, deux, trois... vingt-trois. Sales, mal rasés, vêtus de vêtements déchirés. Et moi au milieu, avec la robe blanche qui flotte autour de moi. Le vent glacé soulève les cheveux, griffe les membres nus. Sous mes pieds, du gravier. Ma robe est en lambeaux. Leurs regards. Je suis à côté d'eux mais je vois leur regard. Une sorte d'incompréhension, mais aussi une ombre impénétrable. Qu'est-ce qu'ils regardent ?
Puis je les vois. En face, toute une bande d'hommes en uniforme impeccable avec des fusils à la main. Le vent a cessé. Tout retient son souffle. Aucun n'a fermé les yeux. Ils veulent voir. Moi aussi. Les armes se lèvent, puis la main qui va commencer... et finir tout. Mes mains sont maculées de charbon, comme mes jours et ma robe en haillons. Un déclic. Des doigts pressent la détente.
Je me réveille en sursaut. Même moment, même rêve depuis la fin du mois de février. Où suis-je ? Mars 1944. Un coup d'oeil à travers mes rideaux. En face de ma fenêtre, il y a les visages figés de l'Affiche rouge.
Celui là s'appelle Cauchemar mais il n'a rien à voir avec Rêve. XD
Cauchemar
Émerge des profondeurs, accroche-toi à cet espoir abandonné, aspire l'air stagnant qui t'entoure. Mais cet oubli glauque t'enveloppe encore une fois. Tourne, tourne dans cette danse infernale, le feu de tes joues contre la pâleur de ta mort. Effondre-toi, puisque l'obscurité te prend à la gorge. Saigne, meurs pour te réveiller encore. Vide-toi de tout pour tout me donner. Égare-toi jusqu'à ce que le jour t'arrache à mon étreinte. Ce mirage qui t'aveugle. Pars. Je t'attends dans l'ombre. Je t'attends comme je l'ai toujours fait, et je t'attendrai encore autant de fois qu'il le faudra.
Je te tuerai.
Et le dernier date de la seconde. Je l'ai écrit en Allemagne après un tour à Hannovre où un violoniste jouait trop bien. Il y en a deux versions, je mets la première non retravaillée (j'aime encore moins la deuxième)
Hanoviolin / Le violoniste
J'avais connu des personnes chez qui la timidité et le charisme étaient si étroitement enlacés que, lors de leur discours ou pièces en public, je ressentais moi-même la détresse qu'elle ne pouvaient contrôler alors.
Que racontait ce violoniste ? Le son qui s'évadait de son instrument était si mélancolique qu'en passant près de lui je n'osai le regarder. Cet homme se noyait et je ne voulais pas sombrer avec lui. je regardai alors le ciel. Il était blanc, la rue, grise, les bâtiments, hauts. J'imaginai une fine pluie purifiant ce monde et laissant la grande ville fantôme, hantée par la complainte d'un violon.
J'écoutais le violoniste qui se noyait. Chaque mouvement de son archet l'enfonçait un peu plus tout en appelant le suivant. J'avais presque dépassé le SOS lancinant quand je me tournai et regardai enfin le naufragé dans les yeux. Je me sentis aspirée par le même vide qui louvoyait dans la ville que j'avais vue, jusqu'au moment où lui aussi, sans arrêter de jouer, me considéra.
Ce fut tout. J'étais hors de portée maintenant de la détresse du violoniste, retenue captive dans sa musique que je n'entendais plus. Seulement, j'espérais que pour toujours un peu de ma tristesse chanterait avec elle...
Voilà ! Vous avez le droit de vous moquer, c'est même conseillé :mrgreen: il m'en reste un peu cachés partout dans la chambre, genre "l'usine" que je n'ai pas encore retrouvé et qui en tenait une couche aussi. À la prochaine !
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C'est laconique...
la chute du premier est très drôle xD
Et je trouve pas le 2ème si raté que tu le dis, il faudrait le re-raconter mais l'idée et l'entrelacement, et les descriptions sont bonnes, quand même.
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Moi c'est le dernier que j'aime bien (bon il serait à réécrire mais tout de même). Et la chute du premier.
C'est toujours trop marrant de ressortir ses vieux textes je trouve :D Je me souviens du premier texte que j'ai posté sur PF... une histoire de chat, très, très mal écrite XD
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Je croyais que tu n'aimais pas les textes courts ? >:D :-¬? ^^
J'ai bien aimé le premier, pour son côté tellement vrai ! :mrgreen: (la liqueur de Fehling j'en ai tellement bavé que dès que j'entends quelqu'un dire "liqueur" je complète automatiquement par "de Fehling"... ça m'est arrivé chez une amie...)
J'ai également aimé le deuxième, pour l'idée du parallèle et tout !
Sinon les autres, ben j'aimais moins, c'est moins mon truc sans doute... :-[ ^^
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Haha tu as parfaitement raison ambriel xD C'est pour ça qu'avec le recul je les aime encore moins :mrgreen:
Je dis pas, j'ai parfois pensé à réécrire le premier (oui j'étais fière de ma chute. XD) mais bon j'aurais pas réussi à le faire plus long. Qu'il reste un Revers ! :mrgreen:
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Je trouve ça vraiment pas mal, pour de vieux textes courts poussiéreux. ^^
La fin du premier est sympa, même si je m'y attendais dès la mention de Fehling et de "sucres", même si je m'attendais à un cours de chimie pas de biologie. ::)
Très sympa à lire vraiment. :D
On devrait faire un blindtest de revers. :P
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Je recherchais des écussons dans mon grenier. Je me suis dit "allez, un dernier sac et j'abandonne", et... ils n'y étaient pas, par contre il y avait de vieux textes. Je pense qu'ils sont plus récents que ceux que j'ai postés l'année dernière, enfin ils doivent dater de la seconde (il y a cinq ans donc).
C'est surtout le côté psychanalytique qui me fait marrer. On constatait déjà une légère obsession des usines et des verres de lait. En plus de l'évident manque de dynamisme que j'avais manifestement à l'époque. :mrgreen:
L'Usine
Pour ceux qui ont lu Sarah / Tellement de feux éteints, j'avais dû découvrir le clip peu avant d'écrire ça.
De la fumée grise. Ou de la brume ? Cet endroit est désaffecté depuis un demi-siècle. Les cheminées, brandies vers le ciel comme les mains de mourants cherchant à effleurer la lune une dernière fois. Et les bâtiments, aussi gris, aussi froids. Pourtant, le temps semble suspendu aux lèvres des tuyaux tordus qui gisent par terre. Les secondes s'attardent, attristées et mélancoliques, sur le désert de ferraille. Ici le monde est ailleurs, la vie et la mort n'ont plus de sens. On y est, et c'est tout. Depuis 50 ans, les ouvriers ont laissé place à des enfants, venant trouver ici une place pour jouer, ou une éternité pour exister. un rire éclate dans ce lieu de silence. Peut-être était-ce cela que tout attendait ? Dans cet endroit, le rire ne sonne pas faux, pas hypocrite. Si la lumière et le miel avaient été des sons, ils se seraient unis pour créer ce chant de bonheur passager. Le temps, réticent, continue à passer avec la même lenteur, et les adolescents qui sont passés par là s'assoient dans un coin, tête contre épaule, coude contre coude. Ils sont peut-être 7, peut-être 12, mais ils ne sont qu'un seul, et leurs poitrines se soulèvent au même rythme que celles des fantômes. D'ailleurs peut-être en font-ils déjà partie ? La brume empêche la différence d'apparaître, seule la chaleur de leurs corps peut servir de preuve. Mais en ce lieu si bref et si éternel, si triste et si regorgeant de souvenir, seul le vent pour se vanter d'être vivant, et seule la brume d'être morte. Les autres ne sont qu'âmes et pensées, dans un océan de sentiments.
Sans titre
Ce jour-là, j'avais marché le long de la ligne de chemin de fer, sans vraiment d'autre intention que de marcher. Mais j'ai vite compris que je ne m'arrêterais pas avant d'avoir un certain but. J'ai su lequel quand j'ai aperçu une usine après un virage, puis le vieux panneau qui me disait où j'étais. J'ai quitté les rails pour traverser le champ qui me séparait de la ville. Il commençait à faire nuit. Il était encore tôt, mais pour une journée d'hiver, le crépuscule était normal. J'ai avancé un peu. Il devait faire froid, car je ne me souviens pas avoir croisé quelqu'un. D'ailleurs, un flocon a aterri sur mon nez quand je suis passée devant la Rue du Quai. Je m'y suis engouffrée et j'ai continué à avancer. Je pouvais toucher les deux rangées de maisons en tendant ls bras. Arrivée devant le 145, je me suis arrêtée. J'ai levé les yeux vers les fenêtres aux carreaux brisés, et la porte au travers de laquelle était clouée une planche.
Normal, depuis le temps qu'il était mort. Que j'étais morte.
Une brise emporta ce qui restait de moi, laissant derrière elle deux larmes écrasées sur le macadam.
Sans titre non plus
J'ai jamais écrit la fin, mais je vous la raconterai.
J'ai passé cet été-là dans l'appartement de mes parents, qui habitaient encore en ville à l'époque. Comme ils travaillaient tôt le matin et rentraient tard le soir, je me suis retrouvé livré à moi-même durant toutes ces journées. A partir de la deuxième semaine de juillet, un morne train-train s'était installé en moi : à onze heures je me levais, j'allumais l'ordinateur. Gardant pyjama et pantoufles, je m'installais devant avec un verre de lait. Vers une heure de l'après-midi, j'allais ouvrir la boîte aux lettres, en vain le plus souvent, car elle était toujours vide. Plus personne dans l'immeuble ne s'étonnait de voir passer un gamin de treize ans en pyjama. Ils étaient comme moi : moins ils avaient besoin de réfléchir et mieux ils se portaient. Je mangeais vers quinze heures, puis le soir, toujours devant mon écran, je vidais un paquet de chips. A onze heures et demie, prévoyant que mes parents rentreraient, je m'allongeais dans mon lit avec un roman. Ils ne venaient jamais vérifier si je dormais, alors j'ai pris l'habitude de ne m'arrêter que vers deux heures.
Pourtant, un jour - ce devait être début août, mais j'avais perdu toute notion du temps - j'ai entendu une voix fluette de l'autre côté de la cloison. J'ai d'abord cru qu'une fenêtre de publicité s'était ouverte, mais après avoir vérifié, j'ai collé mon oreille contre le mur. Et je l'ai entendue une deuxième fois. Ce devait être la voix d'une enfant de quatre ou cinq ans. Je ne distinguais pas trop ce qu'elle disait, mais comme je n'entendais pas de réponse, j'ai pensé qu'elle parlait à des peluche ou à des poupées, comme je le faisais parfois, plus petit. Mais ce n'était pas mon habitude d'écouter aux portes et je suis retourné devant mon jeu. Pourtant, j'avais du mal à me concentrer, et j'ai arrêté de toucher au clavier pour écouter. Elle parlait toujours. J'ai installé ma chaise contre le mur. On entendait une petite chanson de l'autre côté. Bercé, je me suis endormi quelques heures. Je me suis réveillé en entendant un bruit de clés dans la serrure, j'ai éteint l'ordinateur en vitesse et j'ai filé me coucher. Plus de petite voix, naturellement. Les enfants dorment tôt... Je suis d'ailleurs immédiatement retombé dans le sommeil.
Le lendemain matin et les jours suivants, j'ai continué à écouter, de plus en plus souvent. J'entendais des bribes de phrases : "bien dormi ?" chaque matin, "si on prenait le thé ?" ou "
Ça s'arrête là. Après il devait continuer à entendre la fille, vivre en parallèle d'elle, l'apprécier trop. C'était une grand-mère qui y vivait donc il imaginait sa petite-fille. Avant la rentrée des classes il allait frapper à la porte de l'appartement et une femme adulte lui ouvrait, elle disait qu'elle ne connaissait pas de X (quel qu'aurait été le nom de la gamine). Il rentrait déçu. Et à l'école tout le monde parlait d'un programme radio qui avait eu beaucoup de succès l'été, c'était une petite fille qui parlait aux auditeurs comme si elle jouait avec. Fin.
(J'édite plus tard, il en reste deux, je vais voir Blairwitch à la télé u_u)