Le Monde de L'Écriture

Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: andre48 le 26 Mars 2019 à 04:40:19

Titre: Jeunesse
Posté par: andre48 le 26 Mars 2019 à 04:40:19
Robert, vieux retraité vit avec moi, Max. Je suis une libellule IA connectée chargée de l’étudie. J’enregistre ses confidences et remarque ses cachotteries. De temps en temps, le soir, après deux petits verres d’alcool, Robert ouvrait sa boîte à souvenirs. Certains jours le feu passait au vert et il me racontait quelques tranches de sa vie, au compte-goutte.

« Tu sais Max. Mes parents faisaient les marchés ! Ils vendaient des vêtements, tout petit je traînais entre les étals. Regarde, sur cette photo je suis avec mon tricycle sur la place de l’église de Chécy. J’allais et venais presque à ma guise. Je pense que c’est pourquoi j’aime être dehors et baguenauder le nez au vent. Tous les commerçants me surveillaient du coin de l’œil. Tu crois qu’on laisserait les petits aussi libres aujourd’hui ?
— Une belle enfance ?
— Oh, juste la mienne, celle d’un enfant aimé mais unique, donc quelque peu solitaire.
— Et après. ?
— La maternelle, le premier coup de cloche qui met fin à la récré. Puis, s’aligner sur deux rangs, avant d’entrer en classe, faire voir si la paume et le dos de nos mains sont propres. Les buchettes de toutes couleurs aux formes variées pour apprendre à compter. Puis le B A  BA, B O  BO le tout en chantant. On trace des milliers de ronds et de pattes pour tracer les lettres. Puis, on apprend à lire, rien de global, du syllabique pur et dur. Vient la magie des mots, les histoires, mais aussi les premières dictées.
Par chance, le bic remplace déjà la plume sergent-major et son encrier. À la rentrée, on s’applique pour écrire l’année sur la première page de chaque cahier. L’instit qui nous dit : « Vous verrez l’an 2000 », un chiffre rond, si loin de nous, irréel. Fin juin, prélude aux grandes vacances, les jeux de billes à la récrée et l’entretien des pupitres avec l’odeur de la cire en note finale.
— Tu te souviens de tout cela ?
— Bien sûr et de certains maîtres d’école, des classes à trois niveaux…
— Et le collège ?
— Quel collège, à onze ans, examen d’entrée en sixième et direction le grand lycée. »
Robert était parti dans ses souvenirs.
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« À l’entrée en sixième, je reçois un vélo tout neuf pour faire mes trois kilomètres matin et soir. Je vois aussi arriver à la maison une grosse boule soyeuse, un chiot berger belge. Vite il est plus lourd que moi, il est magnifique avec ses longs poils noirs. Chaque soir à travers les rues désertes et sombres, les ruelles, les bords de Loire, je fais avec lui des promenades à n’en plus finir. Calme et imposant, mon chien me rassure quand je vais dans des endroits obscurs, presque effrayants.
Mais, d’abord les leçons, les devoirs et ces satanées cartes de géo à faire de mémoire. Avec mon copain, comme bien des garçons, ont fait ce qui est interdit. La nuit, on monte sur les toits, on tire avec nos lance-pierres, on se sauve en courant, on se fait punir. Ensemble, on pêche dans la Loire, avant même de savoir nager. Plus tard, un peu plus vieux, à la nuit tombée, jeu dangereux sur la voie ferrée. On s’allonge à raz des rails et arrivent le train, les  vibrations, le bruit sourd devient un long hurlement et la lumière des fenêtres des wagons courre sur le ballast. »
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De sa période de lycéen, Robert ne m’a raconté que les tours pendables faits avec des complices. Il a été soulagé lorsqu’il vit son nom sur la liste des reçus, indifférent à la mention passable.
« La fac ? Non, pas de fac, on trouvait du travail à la pelle et surtout je voulais être indépendant, quitter les parents. Vite je saute sur le premier boulot qui se présente et j’y reste six mois pour me payer le permis de conduite. Sans projet en tête, je travaille presque un an comme chauffeur livreur chez Texvet, la société de Marcel un des grossistes en vêtements d’Orléans.
Texvet, son entrepôt de la rue au Héron abrite une tonne de linge et deux jolies jeunes filles. Elles tournent inlassablement autour des tables où pulls, chemises, jeans sont entassés. Elles évitent les angles morts et bougent, autant pour aller d’un vêtement à replier à un autre que pour échapper au patron. À cette époque, les poursuites pour harcèlement sexuel sont presque inconnues ; la visite d’un père ou du copain musclé suffisent à stopper net le fluet Marcel.
Décorée de grosses bagues et de colliers multi-tours, depuis la caisse, la femme de Marcel surveille, limite les assauts. Elle doit aussi supporter les amabilités excessives de son mari envers chaque cliente venue renouveler le stock de sa petite boutique. Marcel fait crédit, Marcel porte les colis à l’auto, Marcel aide à acheter un petit fonds de commerce… Quelques fois il préfère livrer lui-même, pour remettre la marchandise à ces dames, en main propre, le plus souvent en tout début d’après-midi. Difficile de dire le taux de succès, mais malgré la concurrence, son petit commerce a tenu longtemps. Mes perspectives professionnelles ? Inexistantes, je quitte Texvet.
Durant trois ans, je seconde le patron de Flora45, tout en allant aux cours du soir pour obtenir la capacité en Droit. Petit bras droit du patron, je me charge de la paperasse. La dernière année, je prépare le concours de la fonction territoriale, objectif : entrer à la mairie.
Max. Ce sont les années aux micro-ordinateurs balbutiant affichant des caractères verts sur fond noir, sans internet, donc  opaques pour toi. Tiens, regarde ces vielles photos. Voici sur mon bureau de la mairie, l’IBM des familles et son imprimante à aiguilles
C’est une époque bénie, elle m’a apporté deux véritables amis, Antoine et Édouard. »
***
Que penser de ces confessions si partielles, il m’a caché certainement plein de choses, ses amours peut-être oubliés, occultées ? Comment savoir, dans sa jeunesse, rien de numériques, que du papier et des photos jaunies.
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Titre: Re : Jeunesse
Posté par: B.Didault le 26 Mars 2019 à 07:47:29
Bonjour André,

Heureux de revoir Robert et Max.

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Max, mes parents faisaient les marchés
N’est-il pas nécessaire de mettre un point d’exclamation à la place de la virgule ?
À la première lecture j’ai bloqué sur Max étant « les » parents.

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Regarde, là je suis avec mon tricycle
Idem, mais là pour donner plus de vie (si tu le souhaites)

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Tu crois qu’on laisserait les petits aussi libres aujourd’hui ?

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mais unique et donc quelque peu solitaire.
Ne pourrait-on pas alléger la phrase en éludant le « et » remplacé alors par une virgule ?

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faire voir si la paume et le dos de nos mains étaient propres.
J’utiliserais le présent narratif.

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pour me payer le permit de conduite.
Est-ce une formulation régionale ?
Personnellement je dit : « Le permis de conduire »

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à ces dames en main propre,
Peut-être une virgule entre « dames » et « main » ?

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Max, Ce sont
Idem première ligne, d'ailleurs, sans doute par réflexe, tu à mis une majuscule après la virgule.

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Ce sont les années aux micro-ordinateurs balbutiant affichant des caractères verts sur fond noir, sans internet, donc  opaques pour toi. Tiens, regarde ces vielles photos. Voici sur mon bureau de la mairie, l’IBM des familles et son imprimante à aiguilles
Merci André pour ces souvenirs.   :coeur:
Dire que ce sont ces couleurs qui m’ont entraîné chez « Big Bue »

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Comment savoir, dans sa jeunesse, rien de numériques, que du papier et des photos jaunies.
Hé oui ! C’est dur à concevoir pour Max, mais la mémoire, il fut un temps, n’était que biologique et résidait dans la tête de chacun, alors que maintenant la même mémoire biologique est insérée dans des machines !

Merci André pour ce moment de nostalgie.