Texte commencé il y a au moins 3 mois et finit il y a 3 jours. Il change un peu de mes textes habituels. Je sais pas trop ce qu'il vaux. J'imagine qu'encore une fois, une tonne de fautes se sont immiscés. Et références que vous trouverez (ou du moins deux ou trois) sont totalement volontaires.
Bonne lecture !
Arrêt place Nationale
- Putain de gosses ! Prêts à faire n'importe quelles conneries pour impressionner la galerie.
- Quoi donc chéri ?
- Rien, juste des gamins qui préparent un mauvais coup. Ils trainent depuis près d'une demi-heure devant le magasin de Monsieur Kalhan.
- Mais arrête ça ! Tu n'en as pas marre de surveiller la place jour et nuit ?
Paul ne répondit pas et se concentra à nouveau sur le petit groupe d'adolescents nonchalamment appuyés sur le vieux mur décrépi de la façade de la librairie de M. Kalhan. Dans l'ombre des arcades de la place, il était impossible de les voir, et il fallait bien que quelqu'un s'occupe de cette tâche ingrate. Ce pauvre libraire avait déjà subi de nombreux vols, cambriolages et autres menaces. Le « Paradis livresque », malgré cela, avait survécu miraculeusement. Enfin, il semblait avoir survécu. Car dans cette vieille boutique, il n'y avait personne, sauf certains jours où un curieux s'engouffrait par la vieille porte usée et ressortait les bras chargés de livres.
Mais même ces rares personnes n'aiment pas Monsieur Kalhan. Perdu dans ses pensées, Paul avait fini par totalement oublier les jeunes. Ses yeux étaient maintenant posés sur l'imposante Mairie juste en face. Un magnifique laideron qui faisait tache au milieu de la place. Son immense porte, ses pierres apparentes trop blanches pour être vraies, ses statues imitant de grandes œuvres classiques, tout était là pour faire en sorte que les gens détestent cette façade. Et cette horrible balustrade, qui n'était même pas régulière et un minimum ornementée. Le pire, c'est qu'il n'y a même pas une histoire derrière ce bâtiment. Pas une personne célèbre, pas un fait divers sordide, rien ! Au milieu du bruit des voitures et des passants, le bâtiment n'était vraiment pas à sa place : le musée des horreurs aurait été plus approprié.
Puis, un petit bruit discret qu'il connaissait par cœur, infime, mais pourtant très important, lui signala qu'il était déjà dix-neuf heures trente. Le petit bruit de la voiture de M. Kalhan. La petite Coccinelle grise quitta sa place de parking habituelle et reprit le chemin de la maison. Les jeunes étaient toujours là, mais ostensiblement plus proches de l'objet de leur désir. Ils ne passeraient pas à l'action avant vingt-deux heures. Trop de témoins.
Tant mieux. Cela laissait un peu de répit à Paul, qui avait déjà passé plus de deux heures sans interruption sur la terrasse de son appartement. Toute sa vie se résumait presque exclusivement en ce rôle de commère masculine, scrutant le moindre petit mouvement de chacun de ses voisins, espionnant à travers les fenêtres laissées ouvertes et écoutant avec attention les éclats de voix ou de larmes des autres locataires. Rien de plus exaltant que de deviner la vie des gens avant tous les autres. C'est pour cela que depuis presque ans ans, il avait passé la majorité de son temps sur cette petite chaise en fer forgé, sur un minuscule balcon ombragé, sur la Place Nationale.
Il avait même décidé d'arrêter son job et de devenir homme au foyer, faisant à sa femme le plus magnifique des cadeaux empoisonnés. Car, en apparence, elle pouvait enfin faire ce qu'elle voulait et reprendre son métier de comptable. Son mari resterait au foyer et prendrait en charge leur fille de cinq ans, ferait à manger, s'occuperait du linge,...Mais Paul, par paresse et soucis d'espionnage, ne savait pas encore mettre en route un programme de la machine à laver, et le seul plat qu'il ne faisait pas brûler était le gratin de pommes de terres. Quant à leur fille, elle avait apprit à se débrouiller et à attendre, sagement, que sa mère sorte de son travail pour rentrer à la maison. Paul n'en avait rien à faire : son balcon ou rien.
Mais même après des années d'observations minutieuses, il n'avait jamais eu l'impression aussi forte que quelque chose allait changer ce soir. Qu'enfin, il serait témoin d'un événement majeur. Mais pour le moment, il fallait bien aller manger. Sa femme avait, comme la plupart du temps, fait réchauffer une simple soupe aux épices, dont la pub n'arrêtait pas de passer à la télévision. Le temps d'avaler ce jus sans goût, d'engloutir un petit yaourt à la fraise, que déjà il revenait sur sa terrasse. L'air était plus frais. La nuit était en train de se préparer. Les jeunes aussi.
Un de ceux-là était allé acheter de la nourriture à toute sa meute, attroupée maintenant devant la vitrine de la librairie de Monsieur Kalhan. S'ils n'avaient pas été aussi malveillants, on aurait pu croire qu'ils protégeaient la boutique. Mais Paul savait que leurs intentions étaient mauvaises. Il ne pouvait pas en être autrement. Le dernier bus venait de déposer ses derniers passagers devant la Mairie et s'en allait par l'avenue Pascal. Les personnes glissaient comme des ombres et laissaient de côté les jeunes sous les arcades.
Comme prévu, vers vingt-deux heures trente, ils commencèrent à s'agiter, à vérifier si tous les gens dormaient paisiblement dans leurs chaumières. Pour être certains que, qu'importe le vacarme qu'il feraient, personne ne se doutent du forfait qu'ils commettraient. Mais ils oubliaient de vérifier ce petit balcon sombre, où une personne les épiait, attendant le moment d'agir. Paul se félicitait d'avoir dit à sa femme d'éteindre la lumière et de ne pas l'attendre pour se coucher. La nuit allait être longue, et il ne voulait pas en rater une miette.
Sur les coups de vingt-trois heures, ils passèrent effectivement à l'action. Paul avait quitté sa terrasse. Il venait de rentrer dans son appartement et se dirigeait vers la cuisine, la tête bouillonnante. Il avait enfin compris qu'il n'allait pas assister à l'évènement, mais qu'il en ferait partie à part entière. Il prit tout ce dont il avait besoin et descendit prudemment l'escalier étroit de l'immeuble. En passant la porte d'entrée, il vit qu'ils avaient réussi à s'introduire dans la librairie. « Mince, pensa-t-il, ils ont été plus rapides que prévu. » Il s'approcha malgré tout du magasin.
Il fit ce qu'il avait à faire. Oh, rien de bien spectaculaire, juste quelques paroles bien placées, des menaces soutenues par un regard impassible. Bref, tout ce qu'il fallait pour impressionner ces mauviettes. Il y en eut bien quelques-uns à se défendre. Mais il leur fit passer cette envie. Certains détalèrent alors sur la place Nationale, ou plutôt tous détalèrent sauf un. Paul passa donc à la vitesse supérieure. En arrivant dans son appartement, la première chose qu'il fit, ce fut de prendre une douche bien chaude. Puis il retourna à son poste d'observation et s'endormit paisiblement.
Quand il se réveilla le lendemain, il lui semblait que tous les événement de la veille n'avaient été qu'un rêve. Mais il eut bien vite la preuve du contraire. Une foule incroyable était réunie autour de la Mairie, les yeux rivés sur ce corps pendu, écorché de toutes parts. Un livre avait été glissé dans la poche droite de son manteau. Mais personne ne le savait encore, sauf Paul. Ce dernier avait les larmes aux yeux en contemplant son œuvre. Grâce à lui, cette place avait enfin une histoire et cette Mairie ne ressemblait à aucune autre.