Le Monde de L'Écriture
Coin écriture => Poésie => Discussion démarrée par: Angieblue le 20 Mars 2019 à 16:41:37
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Une rêverie psychédélique (en vers libres) en hommage à Charles Baudelaire et à Théophile Gautier...
Les yeux verts du hachisch
Le soleil sombre au bout du jour
S'écroule le temps sur la pendule
Encore une journée sans retour
Sonne le rouge du crépuscule
Un silence traverse la nuit
fragile comme un linceul de verre
Une vision apocalyptique
Des visages hurlant sur la mer
Le vert de ses yeux qui s'allument
Chante comme une forêt en hiver
Ce soir la nuit n'a pas de lune
Elle s'est noyée dans sa lumière
Un son bleu vient te réveiller
De ce sommeil au bois d'orient
Dans cette musique azurée
Dansent des farfadets riants
Et dans les vapeurs de la nuit
brillent les yeux verts du hachisch
Son parfum trouble qui t'enivre
Et tu t'envoles au paradis
Parmi les ombres de la nuit
Parée des plus beaux artifices
L'odeur du chanvre qui t'attire
Au gouffre de son paradis
Et dans les vapeurs de la nuit
Ses grands yeux verts qui t'éblouissent
Subtil venin qui t'assassine
Et tu t'envoles au paradis
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Bonjour Angieblue,
Que de mélancolie dans tes vers ! Je trouve que tu emploies un ton proche de l'individu et de la singularité des ressentis.
Alors, suite à ma lecture, je dirais que la progression du poème est super bien construire, en revanche tu utilises des effets assez surprenants en passant d'un extrême à l'autre :
Un silence traverse la nuit
fragile comme un linceul de verre
Une vision apocalyptique
Des visages hurlant sur la mer
>< Ouch ! Le contraste est vraiment très, très marqué, tu pousses la nuance à son absolu fort appuyé.
Et dans les vapeurs de la nuit
Ses grands yeux verts qui t'éblouissent
Subtil venin qui t'assassine
Et tu t'envoles au paradis
Et ta conclusion, c'est vraiment tout l'un ou tout l'autre. Tu étires chacune de ces idées à leur maximum : nuit/éblouissent ; venin/paradis : c'est un peu extrême.
Ça m'a quand même donné une impression d'instabilité. En fait, peut-être que tu assimiles le hachisch à l'instabilité de l'âme, donc je dirais que la forme pourrait s'expliquer par le fond : le propos. Pour autant, ça me laisse quand même une étrange impression, un quelque chose d'inhabituel, donc c'est ce qui ressort de ma lecture.
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Bonjour Alan,
ça me plaît bien cette sensation d'instabilité que t'a procurée la lecture de ce poème.
Je pense que mon but est d'emmener dans une sorte d'ailleurs, dans une sorte de monde parallèle où les repères ne sont plus les mêmes, comme sous l'emprise d'hallucinogènes.
ça m'étonne que quelqu'un qui aime les expériences verbales recherche une certaine rationalité ;).
Un grand merci pour ta lecture, et ce commentaire qui me ravit.
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ça m'étonne que quelqu'un qui aime les expériences verbales recherche une certaine rationalité ;).
:D Eh ! Bien, si je peux te surprendre, en plus de ça, c'est un plaisir.
Merci à toi pour cette lecture tout en contrastes.
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Je vais quand même lever un peu de mystère... ;)
Les contrastes c'est aussi parce que les drogues comme le hachisch ou l'opium sont à la fois un paradis et un enfer, et c'est ce que Baudelaire dénonce dans "Les paradis artificiels". Mais, les effets ont influencé les écrivains de cette époque dans leurs œuvres, comme l'analogie ou la correspondance entre les sons et les couleurs...
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C'est un sujet récurent à notre époque, notamment depuis la libération des années soixante et ce qu'on en retient.
Le recueil d’Apollinaire Alcools est pas mal aussi, dans le genre.
Les poètes n'ont pas toujours été ce symbole de liberté dans l'histoire de la poésie, mais c'est beaucoup ce que l'on retient du XIXeme et du XXeme, cela ne fait aucun doute.
Alors un poème qui se souvient mais aussi qui donne un regard d'actualité, ce serait ce que je retiens de ma lecture.
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bonjour Angieblue
Décidemment, tu es partie dans la fumée, après la cigarette, le haschich.. J'ai bien aimé ce texte bien que je n'en partage pas totalement le fond, comme pour celui sur la cigarette, car je suis un peu adepte de l'idée, "peut importe ce qui entre dans ta bouche, l'important est ce qui en sort" :D
J'ai bien aimé "les yeux verts du haschich" comme entrée en matière car cela me renvoie au livre de Gustav Merinck "le visage vert" et à toute la symbolique attachée à la couleur verte.
Des visages hurlant sur la mer
:coeur:
Le vert de ses yeux qui s'allument
Chante comme une forêt en hiver
Ce soir la nuit n'a pas de lune
Elle s'est noyée dans sa lumière
C'est très joli
Un son bleu vient te réveiller
De ce sommeil au bois d'orient
Dans cette musique azurée
Dansent des farfadets riants
Bien vu le son bleu, j'aime l'association des mots et des couleurs
En tous les cas, tes écrits sont en train de m'inspirer un texte sur l'alcool, qui est une problématique que je rencontre fréquemment dans mon métier avec son cortège de violences, de drames familiaux et de déchéance absolue. Merci pour l'inspiration Angie et à bientôt.
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Bonjour Elisabeth,
Merci pour ton commentaire, et ça me fait vraiment plaisir si mes textes t’inspirent :mrgreen:.
Alors, pour la couleur verte, je vais te raconter la petite histoire.
J’ai lu dans « Les paradis artificiels » de Baudelaire, qu’à l’époque, le hachisch se consommait sous forme de confiture verte que l’on prenait à la petite cuillère. Les effets étaient beaucoup plus forts que celui qui se fume : hallucinations, synesthésie, etc.
Cette histoire de couleur verte, et toute la symbolique diabolique qu’il y a autour, a donc été le point de départ de mon texte. Et puis, c’était le thème idéal pour créer des images un peu fantastiques et expérimenter une écriture qui joue sur les correspondances entre les sons et les couleurs, comme l’ont fait Baudelaire et Rimbaud.
Le thème, le fond du texte, n’est donc qu’un prétexte pour travailler sur la forme. Tout ce qui tourne autour du psychédélisme me passionne aussi, et après, j’aimerais m’orienter vers le surréalisme.
Ah! je viens seulement de comprendre ta petite blague:
"Peu importe ce qui entre dans ta bouche, l'important est ce qui en sort" :jubile: _/-o_
C'est excellent! ;)
Encore merci Elisabeth pour ton commentaire, ça m'aide à prendre confiance en moi, et ça va me motiver à continuer... :)
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Bonjour,
Sur la forme :
C'est le deuxième texte que je lis de toi et j'aime beaucoup ton style.
J'ai trouvé l'écriture très fluide, très musicale, je visualise très bien toutes les images et cela d'une façon plutôt originale, que j'arrive à m'approprier (j'ai pas l'impression de lire un truc impersonnel ou bien écrit mille fois).
C'est intéressant aussi de lire le fruit de tes recherches, dans les commentaires que tu ajoutes.
NB :
Il y a une chose qui me gêne, c'est que lorsque tu parles de synesthésies, tu sembles associer cela systématiquement à la drogue... or il y a (beaucoup ? je n'en sais rien) des personnes qui ont des synesthésies de base, perpétuellement. J'avais entendu dire que Baudelaire avait des synesthésies, et je n'avais pas été chercher plus loin je te l'avoue :-[ spontanément j'avais imaginé qu'il s'agissait de synesthésies au sens habituel du terme (donc qqch de perpétuel), pas uniquement sous toxiques.
Sur le fond :
J'ai beaucoup aimé les images et impressions déposées par ton texte. Les synesthésies y sont sûrement pour beaucoup car j'adore les textes qui en utilisent. Je me suis demandé si sans le titre, j'aurais pensé tout de suite à une consommation de toxiques. En tout cas ça ne m'évoquait pas particulièrement le cannabis, peut-être + l'opium ou un hallucinogène ; mais comme tu dis qu'à l'époque la manière de le consommer rendait les symptômes plus forts... c'est cohérent.
Les passages que j'ai préférés :
(haha, je vais presque tout citer je crois ^^ )
"Le soleil sombre au bout du jour
S'écroule le temps sur la pendule
Encore une journée sans retour
Sonne le rouge du crépuscule
Un silence traverse la nuit
fragile comme un linceul de verre
Une vision apocalyptique
Des visages hurlant sur la mer"
=> ici comme Alan j'ai été très surprise par le contraste apporté par les deux derniers vers, mais j'aime bien quand même tout l'ensemble.
"Le vert de ses yeux qui s'allument
Chante comme une forêt en hiver
Ce soir la nuit n'a pas de lune
Elle s'est noyée dans sa lumière
Un son bleu vient te réveiller
De ce sommeil au bois d'orient
Dans cette musique azurée
Dansent des farfadets riants"
=> (surtout surtout cette dernière strophe).
Voilà voilà, merci pour cette lecture !
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Bonjour Ariane,
Merci pour le commentaire détaillé :mrgreen:.
Alors, pour le mot « synesthésie », je t’avoue que je l’ai utilisé ce terme scientifique sans bien en connaître la signification.
En fait, j’ai découvert ce phénomène grâce à Jimi Hendrix, dont j’ai étudié les chansons. Cet artiste m’a vraiment passionnée. Il disait jouer à la guitare des couleurs et non des notes, et son imaginaire m’a fascinée. Dans ses chansons, comme « Purple haze », il décrit un univers coloré et fantastique, et il fait souvent allusion aux anges, comme dans « Angel » ou « Little wing ».
Je me suis donc aussi intéressée au rock psychédélique et au mouvement artistique, le psychédélisme. C’est également en rapport avec les effets des psychotropes sur les perceptions visuelles et sonores. Un médecin, dans les années 60, a même étudié les effets du LSD et écrit un livre sur le sujet où il parle des perceptions acoustiques qui se transforment en perceptions visuelles.
Ainsi, les artistes des années 50 et 60 ont été influencés par les effets de la drogue dans leurs créations artistiques, comme Jimi Hendrix dans ses chansons.
Tout ça m’a fait penser aux poètes du XIXème, et c’est pour cela que j’ai relu « Les paradis artificiels » de Baudelaire, ainsi que « Le club des hachischins » de Théophile Gautier. Je compte aussi lire les auteurs américains de la beat génération, en espérant y trouver de nouvelles sources d'inspiration.
Enfin, voilà le cheminement qui m’a amenée à écrire ce texte, et j’espère bien d’autres…
Encore un grand merci pour ton intérêt pour mon texte et les procédés stylistiques que j’ai essayé d’utiliser: les correspondances, les analogies, le jeu sur les oppositions… :)
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Angie,
Les yeux verts du hachisch
Je comprend parfaitement, maintenant, ton commentaire sur les titres en MP.
Tu as déjà eu tous les commentaires, et je ne saurais les écrire aussi bien.
Je vais suivre le fil d'Ariane et pareillement je citerais tout le texte.
C'est aussi pourquoi je cite le titre qui en est un parfait résumé.
J'ajouterais simplement : Même la poésie, avec l'usage de métaphores, peut développer des capacités synesthésiques.
Mercie Angie pour ce partage.
P.our S.ourire :
Tous les acteurs joueraient-ils sous l'emprise du hachis.
Ce serait la raison pour laquelle le vert n'ai pas apprécié sur scène : Tout s'emmêle dans la même couleur ! :D
Ma seule drogue : l'Humanisme !
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Bonsoir, Bernard,
Je te cite:
"J'ajouterais simplement : Même la poésie, avec l'usage de métaphores, peut développer des capacités synesthésiques".
ça me plaît vraiment ce pouvoir que tu attribues à la poésie. C'est vrai que quand c'est réussi, il y a comme une magie, une alchimie qui s'opère, et l'on peut voir des images, des sons, des couleurs...
Et tout ça, c'est une question d'hypersensibilité liée au mystère de l'imagination créatrice.
Et je terminerai en citant Théophile Gautier quand il a quitté le club des hachischins:
" (...) le vrai littérateur n’a besoin que de ses rêves naturels, et il n’aime pas que sa pensée subisse l’influence d’un agent quelconque. »
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bonsoir Angie,
j'entends certains qui disent qu'on veut nous enfumer :-¬?.
Moi je suis d'accord pour suivre cette brume envoûtante, pour me laisser griser et voir même planer vers les précipices de tes vers vaporeux
bonne soirée. :) :D
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Angie Bonsoir
J'ai lu et relu, un très bel exercice sur la forme.
Je ne vais pas revenir sur le détail, cela a déjà été largement fait par d'autres.
Juste un petit détail orthographique "haschisch" bien qu'on admette aussi hachich ou haschich.
Belle écriture en tout cas j'aime beaucoup, c'est fluide et très imagé.
;) ;)
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Lavekrep,
Hey hey, voilà un ressenti bien inspiré, et tu as brillamment résumé ce que l'on appelait à l'époque le" kief oriental" ;).
Claudius,
En fait, je l'ai écrit comme Baudelaire dans "Le poème du hachisch" ;).
Merci à tous les deux pour le petit commentaire :).
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"Un son bleu vient te réveiller
De ce sommeil au bois d'orient
Dans cette musique azurée
Dansent des farfadets riants"
Cela beau être un peu fou et le sujet me mettre un peu mal à l'aise, j'ai été agréablement surprise parce que parfois bercée par tes vers, pour exemple par cette strophe ci-dessus.
Au plaisir de te lire encore,
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Très touchée que mes vers aient pu te donner cette sensation de bercement :). C'est le pouvoir magique de la poésie qui peut agir comme un psychotrope. Et puis, précisément sur ce texte, c'était le but recherché ;).
Un grand merci pour ton commentaire:mrgreen: