Le Monde de L'Écriture

Salon littéraire => Salle de débats et réflexions sur l'écriture => Discussion démarrée par: Tchi le 20 Mars 2019 à 12:16:24

Titre: Ecrire, entre techniques et émotions
Posté par: Tchi le 20 Mars 2019 à 12:16:24
Bonjour,
Encore nouvelle j'espère être au bon endroit pour m'exprimer.

Je plante le décor, je suis inexpérimentée dans le domaine de la littérature, dégoûté par mes professeurs de français s'entêtant à vouloir me faire analyser des textes mais refusant d'entendre mon interprétation. S’agaçant de me voir "refuser" de lire et dépité de mon incapacité à construire un texte comme ils l'entendaient.
C'est bien là l'origine de toutes mes questions sur ce qu'est un écrit, ce que l'on peu en dire et.... la technique la dedans?

Aaah, la technique. Je suis probablement tout ce que la technique dois détester. Suis-je la seule?
Mais au fait, qu'est-ce que écrire? Et puis, pourquoi écrit-on?

Mon point de vu? Ecrire est un art. Et comme tout art il est soumis à l'interprétation personnel prenant en compte le vécu et l'état émotionnel du sujet conforter à cette oeuvre. Partant de ce point de vu, peut-on analyser un texte? Oui. Oui.... MAIS! Mais cela reste personnel ou global. Mais cela peut, et dois être nuancé. Mais chacun dois pouvoir faire la sienne sans être jugé.
Sauf que l'auteur l'a préciser dans une interview, il disait bien ceci et a utiliser cela pour! Je répond et alors? Quand on dessine un chat on prend le risque que certains voient une panthère, est-ce mal? Quoi? le titre du tableau était "mon chat"? Mais moi je vois un panthère!
Alors pourquoi écrire? Si quand je dis blanc certains lisent noir? Je pense qu'il faut écrire pour suscité des émotions. Et la technique la dedans? Moi je ne la comprend pas. Je veux sentir, vivre, boire les mots, et si je dois faire cent phrases bancales pour une qui fait vibrer alors je le ferais. Et si mon chat ressemble à une panthère, j'en suis d'autant plus ravie. Car c'est probablement que j'ai quelque chose encore en moi a découvrir.

Et vous, quel est votre point de vu?
Au plaisir de vous lire
Titre: Re : Ecrire, entre techniques et émotions
Posté par: Dieter le 20 Mars 2019 à 12:30:31
Bonjour Tchi,

Personnellement, j'ai des convictions totalement opposées aux tiennes.
Si j'écris blanc, c'est pour que le lecteur lise blanc. Sinon, ça ne sert à rien d'écrire. C'est pour ça qu'il y a la technique. L'émotion que ça suscite, c'est la cerise sur le gâteau. Mais ça n'a rien à voir avec la technique, il s'agit de talent.
Titre: Re : Ecrire, entre techniques et émotions
Posté par: Alan Tréard le 20 Mars 2019 à 12:41:44
Ah ! Pour moi, la grammaire, c'est la base. Sans la grammaire, on n'est rien.

Mais après, une grammaire sans émotions, ce serait comme une sentence absurde et insignifiante : on s'ennuierait complètement.

Donc je veux bien qu'on emploie la grammaire, mais pourvu qu'on ne s'ennuie pas !! :ronchon:
Titre: Re : Ecrire, entre techniques et émotions
Posté par: Nocte le 20 Mars 2019 à 12:52:45
L'auteur donne les clés d'un univers qu'il a construit, le lecteur découvre l'univers avec ses propres yeux, mais ce qu'il ressent n'est pas totalement aléatoire, ça rentre dans un champ de possibilités qui ont pour origine le pouvoir évocateur des mots utilisés.
La technique c'est essentiel pour construire l'univers où se promène le lecteur, sinon tout paraît bancal et il n'y a pas d'émotion, justement.
Titre: Re : Ecrire, entre techniques et émotions
Posté par: Tchi le 20 Mars 2019 à 13:03:53
Bonjour Tchi,

Personnellement, j'ai des convictions totalement opposées aux tiennes.
Si j'écris blanc, c'est pour que le lecteur lise blanc. Sinon, ça ne sert à rien d'écrire. C'est pour ça qu'il y a la technique. L'émotion que ça suscite, c'est la cerise sur le gâteau. Mais ça n'a rien à voir avec la technique, il s'agit de talent.

Je vois, donc pour vous, quelqu'un qui écrit sans technique est un mauvais écrivain ?
Et vous écrivez donc en vous fermant donc au fait que certains pourrai interpréter vos mots différemment de ce que vous l'avez décidé ?
Si je comprend bien quelqu'un de talentueux peut susciter l'émotion mais sans technique il ne peut pas écrire ?
Pour moi la technique est un gros mot car je ne la comprend pas. Elle dénature ma pensé.

L'auteur donne les clés d'un univers qu'il a construit, le lecteur découvre l'univers avec ses propres yeux, mais ce qu'il ressent n'est pas totalement aléatoire, ça rentre dans un champ de possibilités qui ont pour origine le pouvoir évocateur des mots utilisés.
La technique c'est essentiel pour construire l'univers où se promène le lecteur, sinon tout paraît bancal et il n'y a pas d'émotion, justement.

Donc pour vous la technique indispensable pour écrire mais pas pour lire ? Comment ce fait-il que j'arrive a avoir des discordes sur des analyses de texte ? (je ne met pas d'exemples car cela date)
Titre: Re : Ecrire, entre techniques et émotions
Posté par: Ari le 20 Mars 2019 à 13:17:12
Je suis peut-être la seule à être à côté de la plaque mais ce serait possible de définir ce que vous entendez par "la technique" ? (parce que quelle que soit l'option que j'imagine, je vois pas en quoi ça change le fait d'accepter / apprécier / rechercher ou non que le lecteur puisse avoir une lecture différente de ce qu'imaginait l'auteur).
Titre: Re : Ecrire, entre techniques et émotions
Posté par: Nocte le 20 Mars 2019 à 13:26:42
Pour moi la technique c'est la maîtrise qu'a l'auteur de ce qu'il fait.
Mais du coup je veux bien savoir ce que entends par technique du lecteur.
Titre: Re : Ecrire, entre techniques et émotions
Posté par: Tchi le 20 Mars 2019 à 13:31:46
Je suis peut-être la seule à être à côté de la plaque mais ce serait possible de définir ce que vous entendez par "la technique" ? (parce que quelle que soit l'option que j'imagine, je vois pas en quoi ça change le fait d'accepter / apprécier / rechercher ou non que le lecteur puisse avoir une lecture différente de ce qu'imaginait l'auteur).

Pour moi la technique englobe toutes les réflexions de construction de texte. Forme comme fond (plan, tournure grammaticale, figure de style.....)
Je comprends que l'utilisation consciente et réfléchie de la technique peu apporter de la richesse à un texte mais je trouve que chez moi, elle dénature complètement l'essence de ce que je veux faire passer. Je me demande donc, peut-on écrire sans technique? Et lire sans technique donne-t-il le même angle de vue que avec? Certains ne mettent-ils pas trop de technique dénaturant la spontanéité, peut-être maladroite mais si belle?
Et toujours dans ce sens la, analyser un texte par la technique employé ne ferme-t-il pas les portes à d'autres visions de cet art?
Titre: Re : Ecrire, entre techniques et émotions
Posté par: Alan Tréard le 20 Mars 2019 à 13:47:12
Pour moi la technique englobe toutes les réflexions de construction de texte. Forme comme fond (plan, tournure grammaticale, figure de style.....)

Ça veut dire quoi : « tournure grammaticale » ?

Non, parce que moi, si on me proposait une grammaire à deux poids deux mesures, je n'en voudrais pas.

Le style, il peut se libérer comme il veut, quelle que soit la technique, or il nous faut au moins une base grammaticale qui soit commune à toutes & tous, sinon on finit par s'y perdre.

Donc, on peut trouver des effets de style issus d'un détournement de la grammaire au sens où l'auteur s'éloigne des règles de base, je suis d'accord pour assimiler ça à de la technique parce que cela en demande quand même un peu, mais de là à appeler cela une « tournure grammaticale », alors là, non, je trouve ça excessif.

Lorsqu'une phrase s'éloigne de la base grammaticale, elle aurait beau être une technique rhétorique ou stylistique, elle n'est plus de la grammaire. Enfin j'aimerais bien qu'on ait quand même une référence commune qui soit la grammaire, après les auteurs peuvent s'en éloigner avec technique ou non, je l'entends.
Titre: Re : Ecrire, entre techniques et émotions
Posté par: Loïc le 20 Mars 2019 à 13:51:12
Si la technique c'est le fond et la forme, il reste quoi ?
De fait, une écriture maladroite est difficilement belle. Et je comprends pas non plus ce que signifie technique du lecteur
Titre: Re : Ecrire, entre techniques et émotions
Posté par: Nocte le 20 Mars 2019 à 14:31:07
La spontanéité c'est une technique, hein, ça s'entraîne avec la pratique.
Du coup tu me perds, je ne vois pas de quoi tu parles.
Titre: Re : Ecrire, entre techniques et émotions
Posté par: derrierelemiroir le 20 Mars 2019 à 15:03:40
Je suis aussi un peu perdue par le thème du sujet et la définition de "technique". Si ça englobe l'ensemble des réflexions qui ont trait à la formation d'un texte, je vois mal comment on peut en faire à moins. Comme dit Loïc, que reste-t-il?

Et comme dit WEG, on peut être spontané, ne pas forcément se retourner le cerveau chaque fois qu'il faut écrire quelque chose. A force d'écrire, on peut se permettre de réfléchir de moins en moins parce que justement on a acquis un certain savoir faire en matière d'écriture. Que se soit la transmission d'émotions, la fluidité d'un texte, la construction de dialogue, je pense que tout peut sortir d'un cerveau sans trop de reflexion au bout d'un moment. Comme la conduite d'une voiture (dit celle qui ne conduit justement pas  ><).

Perso, j'ai vraiment pas l'impression de beaucoup devoir réfléchir à la forme quand j'écris. Mais je ne dirais pas non plus que j'écris sans technique. Et puis des fois, je réfléchis beaucoup quand même.

Je pense que la réflexion vient quand on s'essaie à quelque chose de nouveau, quand on veut écrire avec un vocabulaire dont on n'a pas l'habitude, quand on écrit tout d'un coup à la troisième personne alors qu'en général on écrit à la première, etc. Et puis, il faut aussi un minimum de réflexion pour les textes longs, sans quoi ils s'essoufleraient vite, mais cette réflexion était-elle une technique? Plutôt une recherche de logique je dirais.
Titre: Re : Ecrire, entre techniques et émotions
Posté par: Miléna le 20 Mars 2019 à 15:43:01
Tchi, je pense que tu vois la technique comme un ensemble de norme académique, quelque chose de très scolaire et prescriptif, qu'il faudrait impérative respecté sans quoi le texte ne pourrait pas être perçut comme bon par les personnes importantes.
C'est souvent l'image que donnent les professeurs de la choses mais ça ne correspond pas à la réalité, en tout cas pas d'après l'expérience que j'en ai.

La technique est un savoir faire : elles ont été développé par d'autres auteurs, à d'autres époques, et elles ont démontrer leur efficacité dans certains domaines.

Je fais partie des personnes qui pensent que les prescriptions académiques qu'on nous inculque ne doivent pas être appliquer de façon aveugle. Un auteur doit créer un texte qui lui plait, de la façon que lui juge la meilleur (et tant pis si cela va à contre courant de la norme littéraire en la matière).

MAIS, la technique n'est pas un immense paquet inutile qu'il faut jeter à la poubelle. Il y a beaucoup à apprendre de leur étude.

Dans tout art il faut selon moi : partir du principe qu'on ne sait rien > apprendre le règle > comprendre pourquoi ces règles existes > comment elles se sont imposé et pourquoi (qu'est ce qui fait qu'on enseigne qu'il faut écrire de cette façon plutôt qu'une autre) > créer ses propres règles.
Sauter depuis la première marche jusqu'à la dernière c'est se priver soit même d'un parcours extrêmement formateur.

Tu as probablement eu de mauvais professeur mais ils te donnaient de bons conseils ;)
Titre: Re : Ecrire, entre techniques et émotions
Posté par: derrierelemiroir le 20 Mars 2019 à 15:45:12
Citer
Dans tout art il faut selon moi : partir du principe qu'on ne sait rien > apprendre le règle > comprendre pourquoi ces règles existes > comment elles se sont imposé et pourquoi (qu'est ce qui fait qu'on enseigne qu'il faut écrire de cette façon plutôt qu'une autre) > créer ses propres règles.
Sauter depuis la première marche jusqu'à la dernière c'est se priver soit même d'un parcours extrêmement formateur.
+ 1000  :coeur:
Titre: Re : Ecrire, entre techniques et émotions
Posté par: Tchi le 20 Mars 2019 à 16:35:50
Milena
Merci votre réponse m'éclaire beaucoup ! Je pense  en effet ne jamais avoir cerné l'utilité des règles en question.
En effet je ne connais rien c'est un fait et c'est pour ca que je veux commencer par le commencement, remettre en questions mes à priori.

J'utilise  beaucoup le mot technique comme un terme global et je vois bien que ca dérange, mais ne sais pas comment m'exprimer mieux que cela, le terme de règles me plais si cela vous conviens mieux.
Titre: Re : Ecrire, entre techniques et émotions
Posté par: Alan Tréard le 20 Mars 2019 à 17:16:54
Milena
Merci votre réponse m'éclaire beaucoup ! Je pense  en effet ne jamais avoir cerné l'utilité des règles en question.
En effet je ne connais rien c'est un fait et c'est pour ca que je veux commencer par le commencement, remettre en questions mes à priori.

 :\? Mmh... Je dirais que si tu cherches à comprendre les bases, les fondamentaux ou ce genre de trucs, tu peux éventuellement te dire que l'émotion serait ce que tout le monde possède (nous avons toutes & tous des émotions, c'est ce qui nous permet de communiquer les uns avec les autres) tandis que la technique est relative à la pratique et à l'exercice.

Il existe des exercices de tout, en littérature, pour le style, pour la narration, pour les personnages, pour la ponctuation, pour les dialogues, pour le genre, pour la coproduction, pour la scénarisation, pour la chronologie, etc. etc.

Tu peux par exemple te focaliser sur une œuvre que tu aimes et qui t'inspire, et t'essaie de créer un peu le même genre de texte ou poème, pour voir si t'arrive à t'en rapprocher ; et si tout se passe bien, peut-être que tu commenceras à saisir quelques règles ou codes d'un genre ou d'une technique en particulier.

Le rire, par exemple, ben ça se travaille, malgré les apparences. Faire rire demande une certaine discipline, d'abord pour ne pas choquer ou alors pour ne pas être incompris ou encore pour ne pas être trop vulgaire, selon les préférences.

S'exercer permet de générer une certaine technique ; en revanche, les émotions, on en a tous depuis qu'on est tout petit, et c'est ce qui fait le ciment de la littérature (notre point commun).
Titre: Re : Ecrire, entre techniques et émotions
Posté par: Amor Fati le 20 Mars 2019 à 21:49:01
Hello  :)

Pour moi, l'écrivain doit savoir maîtriser les règles pour pouvoir s'y conformer, ou bien les transgresser. On sait tous que ce sont les auteurs qui savent le mieux se jouer des mots, des procédés stylistiques, de la grammaire qui nous séduisent le plus ! Un individu qui écrit sans rien respecter, sans que cela est du sens, écrit bien souvent un texte pauvre...
Prenons Céline dans Voyage au bout de la nuit, il s'amuse à imiter le parler populaire, en y ajoutant bien sûr parfois des tournures plus élégantes, s'amuse avec la ponctuation pour toucher le lecteur. En somme, il ne respecte pas grand chose, mais son texte est (selon moi) brillant parce qu'il maîtrise les codes, et sait les contourner etc.
En outre, je pense que l'émotion se transmet mieux quand les techniques sont maîtrisées... Je ne pense pas que techniques et émotions soient si opposées.

Enfin, pour les analyses de textes, j'aimais pas ça avant de comprendre en seconde qu'elles pouvaient être passionnantes ; on se rend vraiment compte en étudiant les textes de près du génie d'un auteur, de sa maîtrise des techniques, mais également de sa capacité à se détacher des normes et à produire un texte original et littéraire ! et puis, le sens d'un texte peut être compris différemment selon les sensibilités, évoqué différentes choses, mais à mon sens, son idée globale est commune à tous. Après, il peut toucher différemment !

bref, je sais pas si j'ai répondu, mais j'ai ajouté mon grain de sel!

 ::)
Titre: Re : Ecrire, entre techniques et émotions
Posté par: Léilwën le 20 Mars 2019 à 22:10:15
Citation de: miléna
Dans tout art il faut selon moi : partir du principe qu'on ne sait rien > apprendre le règle > comprendre pourquoi ces règles existes > comment elles se sont imposé et pourquoi (qu'est ce qui fait qu'on enseigne qu'il faut écrire de cette façon plutôt qu'une autre) > créer ses propres règles.
Sauter depuis la première marche jusqu'à la dernière c'est se priver soit même d'un parcours extrêmement formateur.

C'est exactement ce que je voulais dire (et il n'y a pas que moi apparemment :D).

De mon point de vue très personnel, pour pouvoir m'affranchir d'une technique, je dois la maîtriser pour comprendre pourquoi elle est utile au monde qui m'entoure, pour pouvoir ensuite comprendre ce qui me gêne avec cette technique et la transgresser. Ça me semble d'autant plus important que si je transgresse la/les technique/s, j'aurai sûrement  des interrogations de la part de mes lecteurs et que ça me frustrerait beaucoup de ne pas pouvoir expliquer pourquoi je transgresse plutôt que de respecter.
De manière plus large, j'ai l'impression que déclencher des émotions ne se fait pas au hasard à l'écrit. Bien sûr, avec un écrit "random" ça peut marcher, mais pas à chaque fois. Pour que ça marche le plus souvent possible, il me semble qu'il faille affiner sa technique, s'exercer, voir ce qui fonctionne bien ou moins bien etc... mais je ne crois pas au génie qui arrive de nulle part (je pense bien sûr que certain(e)s ont des prédispositions ; mais une prédisposition sans entraînement derrière ne mène à rien, à mon humble avis).

Mais ce n'est que mon point de vue !
Titre: Re : Ecrire, entre techniques et émotions
Posté par: Tchi le 21 Mars 2019 à 08:34:14
Merci

Vous avez exactement soulevé ce qui me manquait !
Ce nouveau regard me fait un bien fou et va je pense me permettre d'aborder la littérature plus sereinement.
Ca pourra vous paraître bête (si j'ose m'exprimer ainsi) mais parfois je sais que j'ai tord mais n'ai pas le declique pour autant.... Mais tout vos commentaires dédramatise complètement la chose qui me paraît finalement pas si terrible :)
Encore merci de vos réponses !
Au plaisir
Titre: Re : Ecrire, entre techniques et émotions
Posté par: Miléna le 21 Mars 2019 à 09:01:33
Ravi d'avoir put t'aider ;)

Enfin, pour les analyses de textes, j'aimais pas ça avant de comprendre en seconde qu'elles pouvaient être passionnantes ; on se rend vraiment compte en étudiant les textes de près du génie d'un auteur, de sa maîtrise des techniques, mais également de sa capacité à se détacher des normes et à produire un texte original et littéraire ! et puis, le sens d'un texte peut être compris différemment selon les sensibilités, évoqué différentes choses, mais à mon sens, son idée globale est commune à tous. Après, il peut toucher différemment !
Yep  :coeur:
L'analyse de texte c'est fascinant : quand on arrive à sortir du cadre trop scolaire et qu'on commence à se prendre au jeux, qu'on cherche à comprendre comment l'auteur s'y est prit pour construire son énoncé, ça devient vraiment fun à faire.
Titre: Re : Ecrire, entre techniques et émotions
Posté par: extasy le 21 Mars 2019 à 13:06:25
Bonjour, est-ce que je peux aussi poser une question ? Il y a quelque chose qui me dérange dans cette histoire de technique mais j'ai du mal à mettre les mots dessus. Je me pose une question sur le temps, le moment analysé quand on parle de technique. Quand on dit ah, il ou elle a de la technique, on se réfère à notre lecture d'un texte fini. Mais ça n'indique rien, à première vue pour moi, sur le moment de l'écriture elle-même. On contemple la forme achevée du texte, après la phase la plus... mouvementée, après qu'une personne ait fini son travail et présenté devant nous la forme achevée et stable de ce qui s'est passé en elle, pas le moment où la technique entre vraiment en jeu. Donc parler de technique, c'est en parler selon quel moment, et dans quel but ? En parler parce qu'on veut des clés pour mieux comprendre les textes (dans ce cas on s'intéresse à la forme finie d'un texte) ? Ou en parler pour apprendre soi-même à écrire (Alors c'est l'autre moment qui est intéressant, à première vue) ? Voilà, j'y pense depuis hier, et ce n'est toujours pas très clair. Si quelqu'un a un avis, ça m'intéresse  :)
Titre: Re : Ecrire, entre techniques et émotions
Posté par: Alan Tréard le 21 Mars 2019 à 13:17:26
 :\? Moi, je dirais que je ne comprends un texte que quand il m'émeut...

En gros, je me dis que si ce que je lis me fait l'effet d'un ennui mortel, ben je comprends pas trop pourquoi quelqu'un l'a écrit (mais je respecte, hein, je ne juge pas :huhu: c'est peut-être moi qu'ai rien compris, c'est tout). Donc je dirais que faut s'émouvoir pour comprendre et comprendre pour s'émouvoir, pas de technique dans le lot.

En revanche, pour savoir apprécier la beauté à sa juste valeur, il faut en savoir des choses (si l'on n'y connaît rien, on s'émeut de tout) ; mais savoir plein de trucs et être un technicien, c'est pas pareil. Je ne confonds pas théorie et pratique.

Donc, je n'ai pas vraiment de technique de lecture, plutôt un trop plein d'émotions qui se déverse sur mes bouquins...
Titre: Re : Ecrire, entre techniques et émotions
Posté par: extasy le 21 Mars 2019 à 13:34:55
Et maintenant tu m'as fait me poser une nouvelle question. Je ne lis plus de la même manière qu'avant. Je pense que je lis mieux maintenant, plus attentif. Est-ce que je suis devenu meilleur, ou est-ce que le texte "entre mieux" en moi ?
Titre: Re : Ecrire, entre techniques et émotions
Posté par: Alan Tréard le 21 Mars 2019 à 13:40:28
 :\? Une question qu'il va nous falloir exploiter de fond en comble, je dirais...
Titre: Re : Ecrire, entre techniques et émotions
Posté par: Miléna le 21 Mars 2019 à 13:41:20
Y'a une branche des études littéraire qui consiste à analysé les brouillon d'auteur pour voir justement les différentes étapes d'élaboration d'un texte et comment il en est arrivé à la forme final. Ca s'appel la génétique et c'est rigolo ^^
Pour moi étudier une version final c'est étudié la synthèse du travail d'un auteur (l'aboutissement de ses recherches et de ses réflexion). Du coup il me semble que, pour progresser ou comprendre un auteur, la forme final est la plus intéressante à étudier car tout se trouve à l'intérieur.
Mais d'un autre coté étudier les brouillon permet de comprendre l'origine des choix d'un auteur (certains de ses parties prit deviennent plus claire lorsqu'on sait ce qui les a motivé).

Toute façon il faut tout étudier, tout est passionnant  :D
Titre: Re : Ecrire, entre techniques et émotions
Posté par: extasy le 21 Mars 2019 à 14:36:07
C'est rigolo cette histoire de génétique. Et ta conclusion m'amène à une autre question, est-ce qu'on peut tout étudier seul ?
Pardon si je suis chiant  :mrgreen:
Titre: Re : Ecrire, entre techniques et émotions
Posté par: Miléna le 21 Mars 2019 à 15:27:58
Bin je dirais que oui mais c'est comme pour un peu tout, faire des truc à plusieurs c'est souvent plus fun que tout seul  :-¬?
Titre: Re : Re : Ecrire, entre techniques et émotions
Posté par: Meilhac le 21 Mars 2019 à 15:58:21
étudier les brouillon permet de comprendre l'origine des choix d'un auteur (certains de ses parties prit deviennent plus claire lorsqu'on sait ce qui les a motivé).


yep! en +, étudier les brouillons, les essais, etc., ça permet parfois de s'apercevoir que ce qui fait la qualité d'un texte, ça n'est pas principalement tels ou tels choix, mais ni + ni - qu'un style, un son, un rythme propre, qui sont là quels que soient les choix de construction, de narration, etc.
Titre: Re : Ecrire, entre techniques et émotions
Posté par: Alan Tréard le 24 Mars 2019 à 11:08:24
Je suis d'accord sur l'utilité d'étudier différentes techniques d'écriture, mais vu que c'est de l'ordre de la théorie, il faut quand même que ça ne définisse pas nos pratiques.

Non, parce que quand même lorsque des théoriciens dictent à des écrivains les bonnes pratiques et les mauvaises, je ne suis pas très à l'aise...

Donc je crois quand même que les chercheurs doivent apprendre à renvoyer le temps destiné à l'étude à son strict et juste temps d'études.

Je sais que certains lecteurs aiment bien se reposer sur des bouquins de chercheurs sur les techniques de narration ou autre, je ne dis pas que c'est mal, hein, je respecte, mais enfin attention à ne pas en faire des dogmes pour autant !!
Titre: Re : Ecrire, entre techniques et émotions
Posté par: EloiR le 26 Mars 2019 à 18:18:59
Je ne viens pas ici donner mon avis ; sans doute est-il trop arrêté pour ne pas décourager quelqu'un qui, comme point de départ, entend placer technique et émotion dans une confrontation. Je serai trop définitif. J'ai pourtant longtemps fantasmé sur l'hypothèse de la spontanéité du génie. Cette spontanéité précisément me semble aujourd'hui être davantage celle de la maîtrise et ensuite de la transcendance de cette maîtrise que celle de l'improvisation. Peu importe, beaucoup de choses ont été dites qui semblent avoir aidées au débat et je suis souvent d'accord avec elles. J'aurai volontiers nuancé, il y a beaucoup de notions qui ne sont pas définies. Enfin. J'apporte simplement la sentence de Luchini, très approximativement, je m'en excuse, il la change souvent, mais dont l'idée est très importante : "le génie français, c'est la liberté au milieu de la contrainte".

En ce qui concerne les études de brouillons littéraires, je conseille à tous les analyses de W. Benjamin sur l'œuvre de Proust ; il faut comprendre que la "peau laissée sur la table" dont parle Céline dans ses entretiens est une constante en littérature. La défaite de la mémoire chez Proust explique toute la psychologie de ses textes portée sur la mémoire involontaire (la fameuse madeleine), et sa méthode du tissage laisse transpirer (pour revenir au sujet de départ) une précision obsessionnelle et une rigueur "technique". Ce genre d'analyse questionne la distinction que beaucoup font entre le fond et la forme par-ailleurs, tant le style (c'est à dire le poinçon, étymologiquement, donc l'outil d'abord, et ensuite la main qui s'en sert et avec elle l'intention qui la dirige), est une combinaison complexe qui amène à l'œuvre achevée.

Et finalement, pour conseil d'écriture : il faut regarder à quel point Picasso était doué dans le travail académique pour comprendre qu'il a pu y échapper toute sa vie par de multiples moyens dans sa peinture. C'est cette capacité qui ouvre ses travaux à l'ambiguïté des analyses. Une ambiguïté saine, en l'occurence. Il en va de même en littérature ; les interprétations ne sont pas toujours celles imaginées par l'écrivain (le célèbre "Je est un autre" suggère que l'œuvre n'appartient pas, plus tout à fait, à son auteur), et en ce sens le travail scolaire paraît souvent délicat, mais il faut, pour autoriser une interprétation valable (parce que oui, à mon sens, un bon texte est un texte qui impose d'abord, et non qui autorise sa lecture sans aucune circonscription, et donc nous pouvons dire "interprétation valable" ou non) offrir à son travail une structure stable et maîtriser sa direction pour qu'ensuite il s'émancipe. Sans cela, l'interprétation (puisqu'on évoque la valeur des interprétations dans l'analyse de textes) n'est plus le résultat d'un échange réciproque (et j'aime assez la notion architecturale d'atmosphère pour évoquer cela) entre deux corps actifs (le texte et le lecteur) mais la seule projection émotionnelle du lecteur sur un texte incapable de se confronter à lui pour l'influencer, et donc rendu passif. Pour préciser mon emploi du terme d'atmosphère comme synonyme d'interprétation en littérature : "l'atmosphère, c'est ce qui se diffuse à partir de la manière dont les choses nous affectent".
Titre: Re : Ecrire, entre techniques et émotions
Posté par: Erwan le 27 Mars 2019 à 14:34:16
Je vois souvent cette question des règles et de la spontanéité/émotion, un peu comme deux voies d'approche, quoi. Je suis dubitatif. Ce que je vois dans la réalité, c'est qu'il y a des artistes dont le style cognitif les mène plus vers l'apprentissage via des règles, d'autres qui sont plus foisonnants, bordéliques parfois, en tout cas spontanés. Les deux manières d'apprendre se valent, je crois. Les enfants apprennent leur(s) langue(s) maternelle(s) avant sa grammaire, les adultes font souvent l'inverse pour apprendre une langue étrangère. L'un ne vaut pas mieux que l'autre. Le coup d'apprendre les règles pour mieux s'en départir ensuite me fait aussi beaucoup rire, car c'est une règle en elle-même, et que je trouve que les gens qui disent cela sont justement des profils cognitifs qui aiment apprendre avec des règles... Bref, le serpent se mord un peu la queue, quoi.

Après, je n'ai jamais vu une œuvre qui soit faite de pure technique, ni d'autres qui soient faites de pures émotions. Est-ce que ça existe seulement ?  :???:
Titre: Re : Ecrire, entre techniques et émotions
Posté par: Nocte le 27 Mars 2019 à 14:47:07
Les deux cas se prennent tôt ou tard un mur.
Les artistes plus cognitifs doivent à un moment mettre de côté les règles pour évoluer car l'expression de soi passe par quelque chose de plus personnel. Les bordéliques ont aussi besoin à un moment de s'intéresser aux règles pour prendre ce qui leur plaît ou pas.
C'est toujours un équilibre à trouver.
Titre: Re : Ecrire, entre techniques et émotions
Posté par: Alan Tréard le 27 Mars 2019 à 14:59:20
Beh, en fait, ça dépend complètement de dans quel sens tu abordes une œuvre : tu peux trouver certains théâtre très classiques tout comme tu peux tomber sur de l'absurde ou ce genre de chose inventive.

Dis-toi un truc très simple : la poésie a toujours été très codifiée avec des règles qui ont évolué selon les époques et selon les langues. Si on devait comparer à d'autres modèles d'écriture, la poésie reste celle la plus sensible aux normes et aux codes d'usage en vigueur, alors que c'est justement celle aussi qui bien souvent fait évoluer la règle (parce que, dans sa relation constante, elle les fait évoluer avec les mœurs). Et ça dépasse tout à fait la prosodie : aujourd'hui si tu ne te rapproches ni du surréalisme ni du romantisme, tu es quasiment hors-jeu. Il y a quasiment des codes pour les « sujets poétiques » et les « sujets qui ne seraient pas poétiques ».

Pourtant on dit que les poètes sont émotifs... Alors déjà, ça pose question...

Mais en fait, si tu reviens à des textes beaucoup moins poétiques comme la science-fiction, c'est hyper technique au niveau de la connaissance scientifique et de l'évolution de la recherche alors que c'est ce qui fait le plus sauter les normes. La science-fiction est bien souvent le domaine de l'évolution et de la technique révolutionnée, et c'est le lieu de la théorie, mais aussi de l'imaginaire le plus créatif. Dans l'histoire : des mouvements sur la théorie, les savoirs ou la philosophie ont complètement bousculé les règles en leur temps en proposant un regard révolutionnaire sur leur époque.

Alors qu'on dit souvent que philosophes et scientifiques sont très rigoureux...

Comme quoi, y'a de quoi se poser des questions.

Dans le journalisme, aussi, on trouve des oppositions entre le « sensationnalisme » d'une part et « l’investigation » (ou l'enquête journalistique) d'autre part. Ça génère plein de débats, et franchement, dans le journalisme, il y a de tout, faut pas croire.
Titre: Re : Ecrire, entre techniques et émotions
Posté par: Aléa le 27 Mars 2019 à 20:18:04
Citer
Et ça dépasse tout à fait la prosodie : aujourd'hui si tu ne te rapproches ni du surréalisme ni du romantisme, tu es quasiment hors-jeu. Il y a quasiment des codes pour les « sujets poétiques » et les « sujets qui ne seraient pas poétiques ».
J'interviens juste pour dire que c'est totalement faux, et que pour le savoir il suffit d'ouvrir un bouquin de poésie qui a moins de 50 ans. Les règles évoluent encore actuellement en poésie.




Sinon je plussoie totalement ce qui a été dit, tout est une question d'équilibre entre technique et spontanéité. En fait tout le but c'est pas de collectionner des techniques, des règles et ensuite les enfiler en collier de perles (ce que beaucoup font, parfois avec succès), mais de comprendre une grande variété de techniques et de règles pour les intégrer en soi. Comprendre c'est intégrer à soi. Pour ça que les analyses au lycée ou collège, avec multitudes de termes techniques pour définir l'analyse, ça donne quelque part une vision fausse de l'écrivain. Le fameux "Je suis sûr qu'il a jamais pensé à mettre telle figure de style sciemment en écrivant ça". Parce qu'en effet, l'écrivain s'en fout bien de placer telle figure de style constamment à chaque ligne, c'est des choses qui finissent par se sentir, par habitude de lecture, par habitude d'écriture, par habitude de se lire soi aussi. Et viennent des moments merveilleux, où après s'être souvent cassé la gueule sur des textes et des tournures, tu commences à écrire des passages (le type de passage que tu connais, pour en avoir écrit des similaires, ou une idée, ou un truc dont tu sais que ça marche parce que des gens d'un forum par exemple t'ont dit que ca marchait ; bref) et où tu sais que tu peux te faire confiance. Où tu peux te lâcher de telle manière, parce que t'as acquis assez de technique pour venir à bout d'un passage comme ça, tu peux enfin te jetter de l'avion parce que t'as passé du temps à coudre ton parachute.

Et je crois aussi que quelque part, les "grands" écrivains du XIXèm avec leurs chefs d'oeuvres classiques, leurs longues fresques sociales où l'on savait qu'ils construisait tout et pensaient tout, bref ce qu'on pourrait appeler les chefs d'oevures constructivistes de Zola et compagnie, ont aussi fait du mal à la perception qu'on a de la technique d'écriture, en s'imaginant qu'il fallait vraiment tout milimetrer au poil de cul près, alosr qu'en fait c'est souvent le lâché prise (et la confiance qu'on a en ce lâché prise) qui crée les passages les plus émouvants et prenants.

Titre: Re : Re : Ecrire, entre techniques et émotions
Posté par: Alan Tréard le 27 Mars 2019 à 21:01:22
Citer
Et ça dépasse tout à fait la prosodie : aujourd'hui si tu ne te rapproches ni du surréalisme ni du romantisme, tu es quasiment hors-jeu. Il y a quasiment des codes pour les « sujets poétiques » et les « sujets qui ne seraient pas poétiques ».
J'interviens juste pour dire que c'est totalement faux, et que pour le savoir il suffit d'ouvrir un bouquin de poésie qui a moins de 50 ans. Les règles évoluent encore actuellement en poésie.

J'ai quelques connaissances dans la poésie, Ben.G, je sais que les choses ont progressivement évolué en poésie (dans les milieux cultivés). Maintenant, l'évolution est lente, une progression au gré des mœurs, quelqu'un qui se mettrait à faire quelque chose en rupture totale avec les deux cents dernières années aurait beaucoup plus de difficultés à s'intégrer. Et cinquante ans, c'est court.

Je vais te demander quand même un exemple pour vérifier que ce que tu dis correspond à quelque chose de réel :

Pourrais-tu me donner une règle en particulier qui diffère de la poésie surréaliste ou romantique dans un bouquin de ta bibliothèque issu des cinquante dernières années ? Pourrais-tu me donner des exemples ou citations pour que je comprenne le fond de ta pensée ?

J'aimerais comprendre ce que tu entends par « évolution de la règle » des cinquante dernières années.

Voilà, merci à toi, ça nous permettra de nous faire une idée plus précise de la chose, cela permettrait de comprendre l'évolution des techniques.
Titre: Re : Ecrire, entre techniques et émotions
Posté par: Miléna le 28 Mars 2019 à 10:45:01
J'avais envie de rebondir là-dessus :
Pour ça que les analyses au lycée ou collège, avec multitudes de termes techniques pour définir l'analyse, ça donne quelque part une vision fausse de l'écrivain. Le fameux "Je suis sûr qu'il a jamais pensé à mettre telle figure de style sciemment en écrivant ça". Parce qu'en effet, l'écrivain s'en fout bien de placer telle figure de style constamment à chaque ligne, c'est des choses qui finissent par se sentir, par habitude de lecture, par habitude d'écriture, par habitude de se lire soi aussi.
Je pense qu'une part des idées reçut sur ce qu'est réellement la technique en littérature provient justement du fait que les professeur ne la présente pas correctement au collège et au lycée (ce qui est normale : ils n'ont pas le temps, pas les moyens, pas le public adéquat pour véritablement entrer dans les détails, mais malgré tout il faut garder en tête que beaucoup de personnes n'ont jamais eu d'études sur la littérature en dehors des cours de lycée, très peux de gens ont l'occasion d'étudier la littérature à la fac). Je pense aussi que certains professeurs n'ont pas la bonne approche et qu'ils faussent du même coup la vision des étudiant.

Je vais essayé d'exprimer ce que je crois être l'erreur de certains professeur dans leur approche de la technique pour les cours de lycée, mais comme je ne suis pas certaine d'y arriver, je laisse chacun juge (et comme je sais qu'il y a des professeurs ici, je ne présume rien de vos compétence en particulier  ;) je ne m'appuis que sur mon expérience personnelle, ce que j'ai pu ressentir dans mon parcours, je ne doute pas que vous êtes de très bons profs !).

Pour moi la technique d'analyse des textes qu'on enseigne au lycée n'est pas mauvaise en soit (je la trouve même excellente et je n'ai d'ailleurs jamais apprit de meilleurs méthodes d'analyse, même à la fac, je n'ais fait que complété et affiné la méthode acquise au bas de français), mais les professeurs définissent mal ses fonctions : ils ont trop tendance à donner l'impression que l'auteur "a voulut" chacun des détails qu'on analyse (chaque figure de style, chaque jeu phonique, chaque détail, etc), ce qui n'est généralement pas vrai. Pour moi, la technique du commentaire de texte correspond davantage à une méthode d'analyse pour comprendre un phénomène. C'est comme un chimiste qui essai de comprendre le pourquoi du comment d'une réaction chimique : il observe une réaction chimique et cherche à comprendre quels processus, quelles interactions entre les molécules sont à l'origine de la réaction qu'il observe. De la même façon, un commentateur observe un phénomène (un texte qui produit une émotion) et il va chercher à comprendre, mécaniquement, comment s'est produit ce phénomène (par quels procédés est-ce qu'on est parti d'un matériau linguistique, le langage, brut simple, fonctionnel, pour aboutir à un matériau poétique, un texte faisant naitre un émotion chez le lecteur).

Pour moi, la principale erreur de beaucoup de professeur est d'avoir une approche en quelque sorte théiste : il présente le résultat d'analyse comme si l'auteur en avait voulu les moindres détails (ce qui est inexacte la majorité du temps : l'auteur à voulut certains éléments, mais rarement tout ce que le commentaire décèle à l'analyse).
Si je reprend ma comparaison : pour moi, faire un commentaire de texte c'est analysé un phénomène comme un chercheur tente de comprendre les subtilité d'une réaction chimique. Et l'erreur de beaucoup d'enseignant est de faire croire que l'auteur à voulu tout cela : comme si les molécules voulaient cette réaction, comme si les animaux voulaient la théorie de l'évolution -> cela revient à supposé la toute puissance d'un grand architecte : l'auteur et son génie.
Je ne crois pas en cette représentation. Pour moi l'analyse du texte reste une analyse du texte, pas une analyse de l'auteur, ni une analyse de ce qu'a voulu l'auteur.
Titre: Re : Ecrire, entre techniques et émotions
Posté par: Alan Tréard le 28 Mars 2019 à 11:34:31
Alors, moi personnellement, j'ai une technique pour apprécier ce genre de choses, mais c'est assez artisanal et pas très poussé (et puis je ne fais ça que rarement, ce n'est pas vraiment ce qui oriente ma lecture des œuvres, à titre personnel) ; donc ce n'est pas un exemple, mais c'est une façon de montrer comment je vois les choses.

Je distingue le style du reste de la forme. Par exemple, l'alexandrin classique, ça fait des années qu'on l'utilise, pourtant ça ne veut pas dire que tous les poètes et auteur de théâtre avaient le même style. Donc, déjà, j'assimile plutôt le style à la signature de l'auteur (on va dire que ce serait l'accumulation des techniques et particularités réunies donc par l'auteur dans sa vie) et, pour le reste, grammaire (surtout je n'oublie pas si je lis une traduction ou non, ça change mon regard), pour le lien entre le propos et les mots qui sont choisis (bien souvent on peut dire la même chose de différentes manières : contourner ou être plus direct), le genre (où souvent l'émotion est traitée différemment selon les époques, plus d'exaltation ou plus de retenue ; certaines émotions ou sentiments sont des tabous à certaines époques : cela dépend tout à fait des mœurs), ou encore le contexte avec les codes de l'époque (comme la règle des trois unités au théâtre ou le sonnet qui ont des codes assez marqués) et comment l'auteur se positionne face à ces codes de l'époque en vigueur (certains grands auteurs les respectent à la lettre, d'autres non).

Donc je ne considère pas que le style soit le seul et unique sujet relatif à la forme d'un écrit, je considère que le style est la signature de l'auteur, mais que celui-ci avait aussi d'autres paramètres à prendre en compte en même temps (qui ne relèveraient pas du style). Quelque part, c'est comme faire la différence entre les mœurs et émotions d'une époque, et là où se situe l'auteur dans son traitement technique.

Bon, c'est un peu complexe et pas très populaire, donc c'est plus pour donner une façon que j'ai d'identifier une œuvre et son rôle, j'ai conscience que ce n'est non seulement pas très poussé mais en plus assez fragile par rapport à des analyses de texte plus poussées sur l'histoire de la technique en littérature. J'ai conscience que la recherche universitaire est beaucoup plus ordonnée dans son exploration historique des méthodes et documents d'origine.
Titre: Re : Ecrire, entre techniques et émotions
Posté par: extasy le 28 Mars 2019 à 13:34:51
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
Titre: Re : Ecrire, entre techniques et émotions
Posté par: Angieblue le 28 Mars 2019 à 19:21:41
Je pense qu'un auteur doit maîtriser les techniques, ne serait-ce que pour comprendre et apprécier ce qu'il fait. C'est aussi la connaissance de la technique qui permet de s'en éloigner pour créer de nouvelles formes cohérentes et esthétiques, et pas du n'importe quoi.
 Le vers libre ou la poésie en prose se sont éloignées du mètre classique, mais ils ont conservé le jeu sur les assonances et les allitérations, ainsi que la recherche d'images évocatrices.
Quand on cherche à faire quelque chose de beau, on ne peut pas renier l'importance de la technique. Je pense aux parnassiens qui pratiquaient l'art pour l'art.
Après, bien sûr que d'autres paramètres entrent en compte, comme, en effet, le style, l'univers de l'auteur. Mais il y a  surtout le talent, le don, qui est une prédisposition innée, on le découvre souvent pendant l'enfance. Mais, le talent sans travail n'est pas suffisant, il faut toujours apprendre pour évoluer.
Transmettre de l' émotion, faire voir et ressentir des choses, c'est la cerise sur le gâteau, le cadeau offert avec le talent, le petit truc, en plus, que possèdent les hypersensibles, ceux qui sont dotés de l' instinct poétique.
Quand on détient toutes ces compétences, bien sûr, que l'on n'écrit pas de manière rigide, focalisé sur la technique. Elle devient tout simplement inconsciente, et se mêle à l'inspiration. Mais elle est bien omniprésente, et c'est pour cela que les auteurs retravaillent souvent leur texte après le premier jet.
Titre: Re : Ecrire, entre techniques et émotions
Posté par: Xaba le 07 Avril 2019 à 22:39:21
Bonsoir

Je me permets de mettre mon grain de sel, moi qui ne suis ni technicien, ni écrivain, ni professeur de grammaire.

La technique est à mon sens ce qui reste une fois qu'elle a disparu. C'est une habile touche de fard sur le bord d'une paupiére, sur la courbe d'un visage, et qui doit mettre en relief mais sans même être vu.

Alors oui la technique doit être apprise mais, si il existe des gestes de base qu'il faut absolumente maîtriser, elle doit être surpassée et chaque fois reinventée...pour ne pas rester dans le carcan de styles qui ont le mérite d'exister mais à peine, parce qu'un jour ils furent inventés...

Titre: Re : Ecrire, entre techniques et émotions
Posté par: Philippe47 le 24 Avril 2019 à 16:24:20
Bonjour Tchi,
Il est possible que dans ce post je te semble couper les cheveux en douze. Ce n'est d'ailleurs pas impossible. N'y vois aucune attaque à ton encontre. L'une des fonctions d'un langage est de (faire) partager des signes (les lettres associées en mots eux-mêmes associés en phrases) afin qu'une communication puisse être établie. Et pour que cette communication passe, il est indispensable que le sens des signes utilisés soient convenus. Et c'est bien là le problème : les mots ont le plus souvent plus d'un sens dans leur poche. "La connaissance des mots conduit à la connaissance des choses" disait Platon. Et d'un seul coup ton questionnement ouvre la porte à bien d'autres. Je vais essayer de ne pas être trop long.

Citer
Ecrire, entre techniques et émotions
Comment ça "entre" ?  :o
Aux techniciens la maîtrise techniciste et aux émotifs "élus" le talent voire le génie ?  8)
Je en suis pas d'accord mais ta façon de poser le sujet a un très grand mérite : celui de distinguer les deux grands aspects d'un écrit : le contenu et la forme, c'est à dire le(s) sentiment(s) suscité(s) et la mise en scène de ce(s) sentiment(s). Au même titre que deux spectateurs ne verront pas forcément la même chose en regardant le même film, deux lecteurs ne distingueront / percevrons pas la même chose du même texte. Il ne suffit pas de dire "il fait beau" pour que le lecteur voit le soleil qui sèche la rosée, le vent qui agite doucement le feuillage et le ruisseau qui coule en murmurant. Et décrirais-tu un tableau champêtre que tout le monde ne retiendra pas la même chose, voire ne "verra" pas la même chose. Selon comment il fait beau à tes yeux d'écrivante tu vas restituer une gamme de sensations que le lecteur s'appropriera...ou pas. Le contenu pourra bien être le même, le formalisme distinguera celles et ceux qui ressentent sur un diapason comparable au tien...et les autres, qui seront inégalement sensibles à ta façon d'écrire.

Citer
dégoûté par mes professeurs de français s'entêtant à vouloir me faire analyser des textes mais refusant d'entendre mon interprétation.
J'ai bien connu  ;D
Ca m'a valu une note pourrie au Bac français  :mrgreen:
Ce n'est pas d'un problème technique dont il s'agit, en l'occurrence, mais d'une question pédagogique.
Et l'enseignement du Français n'est pas le seul concerné. L'Histoire, l'Economie ou la Biologie le sont aussi, pour ne prendre que trois exemples.

Citer
C'est bien là l'origine de toutes mes questions sur ce qu'est un écrit,
Un écrit, c'est d'abord et avant tout une sorte de cri, un truc qui veut sortir et on ne sait pas comment le faire sortir. On peut discuter à l'infini de la forme qu'il peut ou doit prendre, mais ne t'interdit jamais de crier, s'il te plaît.  :)

Citer
Aaah, la technique. Je suis probablement tout ce que la technique dois détester. Suis-je la seule?
Je souhaite juste souligner que tu as, ici, personnifié "la technique" pour l'accuser de te détester.
Comment se fait-ce ?
Et "non" tu n'es pas la seule à entretenir des relations conflictuelles avec la technique.

Citer
Mais au fait, qu'est-ce que écrire? Et puis, pourquoi écrit-on?
Mon point de vu? Ecrire est un art.
Ok. Mais puisque tout le monde écrit, alors nous sommes tous des artistes. Donc toi aussi.

Citer
Mais chacun dois pouvoir faire la sienne sans être jugé.
On peut discuter longtemps sur les ressorts qui fonderaient la liberté de jugement, mais chacun(e) d'entre nous est légitime à avoir un jugement sur une oeuvre d'autrui. Le jugement d'une oeuvre artistique est quelque chose de culturel et personnel. Et les professionnels du jugement (les critiques d'art) sont une espèce assez particulière, que l'on retrouve surtout dans l'entresoi des salons. Qui dit jugement dit lois, tribunal et avocat, mais la morale fait ça très bien aussi. Nul n'est légitime à contester ton droit à écrire (à quelques règles près), mais interdire tout jugement est impossible. Il faut donc s'en remettre à la bienveillance lorsqu'elle est présente (je suis nouveau ici, mais il me semble que cette bienveillance est très présente sur ce forum)

Citer
Quand on dessine un chat on prend le risque que certains voient une panthère, est-ce mal? Quoi? le titre du tableau était "mon chat"? Mais moi je vois un panthère!
1) Sauf que si je dessine une cuiller et que tu me dis "C'est un carburateur", je pressens que l'on va avoir des difficultés à se comprendre. Si les mots et les symboles n'ont pas le même sens, on pensera depuis deux univers différents.
2) Un certain René Magritte a peint un jour un tableau intitulé "Ceci n'est pas une pipe".
https://img.fotocommunity.com/ceci-nest-pas-une-pipe-e98b5143-41d5-4246-9e50-8a86f302700a.jpg?height=1080

On ne peut pas se passer d'une culture commune pour des symboles communs. Ce qui n'exclut pas de jouer avec cette culture et ces symboles.  ::)

Citer
Si quand je dis blanc certains lisent noir?
On s'en fout. Tu écris d'abord pour faire sortir quelque chose. C'est toi qui est important(e).

Citer
Je pense qu'il faut écrire pour suscité des émotions.
Et les faire partager, un peu, non ?

Citer
Et la technique la dedans? Moi je ne la comprend pas.
Ca viendra. Et peut-être la nommeras-tu autrement. Et ce n'est pas important.

Citer
Car c'est probablement que j'ai quelque chose encore en moi a découvrir.
Te voilà arrivé(e) à ce qui me semble être l'Essentiel : l'écriture comme catalyseur d'une aventure intérieure.
Et donc du coup, de ce fait, et par conséquent : les jugements inutiles, les morales toxiques et les techniques qui ne te parlent pas...poubelle. Les outils qui te parleront se découvriront au fil de ton cheminement. Tu les appelleras "techniques", "effets de style" ou même "schtroumpfateurs". Peu importe le nom que tu leur donneras, l'essentiel sera que tu en perçoives l'utilité et qu'ils t'aident pour aller au bout de ce que tu attends de ton texte.

Citer
Et vous, quel est votre point de vu?
Il existe autant de façon d'écrire que de rapports à l'écrit. J'écris, comme je lis, d'abord pour me faire plaisir.
Titre: Re : Ecrire, entre techniques et émotions
Posté par: Dot Quote le 19 Mai 2019 à 19:56:20
Technique : moyen(s) mis à disposition pour effectuer un processus...
Emotion : ressenti biologique et/ou métaphysique de l'ordre de la psyché...

disons que pour moi la culture du premier sert à la culture du second et inversement.

la grammaire est la technique de construction linguistique, mais je ne crois pas qu'elle soit seule dans l'élaboration d'une quelconque littérature en tant que telle...
- les conventions de construction du langage permettent de se faire comprendre, mais je rejoins les avis contradictoires à propos d'une chatte qu'on nommerait chat, évidemment, mais qui peut être tout autre chose...

de fait : entre autres, des techniques psychologiques permettent d'accéder au sens :
- si la table est bleue, il n'est pas grammaticalement faux d'écrire 'la table est verte', mais y'a un truc bizarre qui ne relève pas de la grammaire... mais bon, le bizarre c'est pas non-émotions pour autant, donc la question n'est pas résolue... poursuivé :

c'est là qu'intervient la méthode, je suppose, à savoir la manière d'utiliser la ou les techniques :
- 'j'aime les toasts' est une méthode où 'je' commence par retranscrire directement son émotion
- 'les toasts me plaisent' est une méthode pour dire la même chose avec une émotion différente

ceci dit, il m'apparait d'après l'exemple juste au dessus, que lire un roman en 'je' est généralement moins émotionnellement bénéficié par le lecteur que peut l'être un roman écrit en 'toasts'... je conclurais pour l'instant que le côté théorique de la méthode, usage des techniques, est une condition sine qua non à l'élaboration du contenu émotionnel...

pour prendre l'expérience de pensée à l'extrême, même en suivant, grâce à la technique de pianotage du clavier, avec une méthode chaotique pure genre singe qui tape frénétiquement sans savoir ce qu'est une lettre, on pourrait effectivement créer une émotion valable dans un art conceptuel expliqué, mais au delà, j'suis pas sûr que beaucoup s'émeuveraient d'un 'adhfbqrçvêe,nfhbqlh'...

j'aimerais bien apporter d'autres nuances, mais j'ai l'impression d'avoir épuisé mes cartouches... et surtout de m'être un peu perdu dans une question que je me suis jamais posé avec pertinence...
Titre: Re : Ecrire, entre techniques et émotions
Posté par: Feather le 15 Septembre 2019 à 21:10:10
L'écriture est un médium pouvant intensifier ou minimiser une expression.
La maîtrise de la technique permet de démultiplier la manière expressive, et permet à l'usager d'acquérir de l'amplitude artistique. L'expérience s'inscrit dans une contexture propre, il est donc profitable d'en connaître un minimum pour rendre l'art communicable.
Titre: Re : Ecrire, entre techniques et émotions
Posté par: Dot Quote le 16 Septembre 2019 à 00:24:13
en gros, l'émotion et la technique sont un tout genre... 'information artistique' ?
je nuancerais bien, mais ainsi la distinction articulée m'apparait claire, je n'en rajoute donc pas.