Le Monde de L'Écriture
Coin écriture => Poésie => Discussion démarrée par: elisabeth beaudoin homps le 10 Mars 2019 à 17:03:06
-
J’avais envie de travailler une poésie plus classique mais j’ai le sentiment qu’il y a quelque chose qui cloche techniquement dans ce poème. Du coup, je suis prête à écouter la moindre critique sans susceptibilité aucune :D
Claudius, si tu lis ce texte, tu vas encore râler sur le A sans accent mais quand je fais A+183, il me sort une esperluette, no comprendo.
Chemin de rêverie
C’est un chemin discret, perdu dans le lointain
Un ruban de terre brute déroulant sa noirceur
Une route fermée à tous les randonneurs
Mais un passage secret pour rêveurs clandestins
A l’entrée du chemin, une pancarte précise
La couleur des virages et le tracé du temps
La voie est infinie, il faut être constant
Et ne pas s’attarder sur des crêtes indécises
Point d’escale, ni d’étape, pas d’aire de repos
Il faut marcher sans but, laisser faire le vent
Ne pas se retourner sur l’ombre qui étend
Sa silhouette de loup et son masque de peau
C’est un sentier d’errance où l’on n’arrive jamais
Le moindre carrefour convoque une chimère
La pensée n’est qu’un flot de lueurs éphémères
Où chaque voyageur croit trouver un sommet
Faut-il s’y hasarder ou passer, mine de rien ?
Le poète nous suggère de jouer l’insensé
Et de franchir la ligne de rêverie annoncée
Par ce petit chemin, aux allures de vaurien.
-
:D :D :D
Un poème tout doux, très bucolique et poétique, j'aime bien. Mais, pour la technique c'est pas encore ça ! Les alexandrins voulus (je suppose en lisant le tout) dansent la gigue avec ou sans jambe de bois et parfois les béquilles ! :D :D
Si tu le souhaites vraiment je fais un relevé détaillé ;)
Pour la À, tu es sur PC ou Mac ?
-
Merci beaucoup Claudius pour ta lecture, ça me convient de te faire rire, c'est toujours agréable d'amuser les autres. Enfin, c'est mon point de vue.
Pour l'ordinateur, je suis sur PC
Pour la poésie et les alexandrins voulus, bien sûr, c'est évident au premier coup d’œil :D, je veux bien des conseils techniques mais pour que ça ne te prenne pas trop de temps, tu peux le faire sur une ou deux strophes, j'aurai déjà une idée pour me remettre à l'ouvrage...cent fois.. :D
-
Et bien, moi je m'y égarerais bien dans ce chemin de rêverie, ou plutôt de traverse, sans retour et angoissant, juste par goût du risque et de l'interdit.
J'ai vraiment aimé voyager à travers ce sentier un peu maléfique, et surtout les passages suivants:
"un passage secret pour rêveurs clandestins"
"la couleur des virages et le tracé du temps" (ça, j'adore)
"ne pas s'attarder sur des crêtes indécises"
"C’est un sentier d’errance où l’on n’arrive jamais
Le moindre carrefour convoque une chimère
La pensée n’est qu’un flot de lueurs éphémères
Où chaque voyageur croit trouver un sommet"
Excellent ce quatrain, les images expriment bien l'idée de labyrinthe où il n'y a pas de sortie, où l'on erre définitivement, et où toute lueur d'espoir n'est qu'une hallucination.
Par contre, j'accroche moins aux deux derniers vers du poème. Je ne trouve pas le mot "vaurien" adapté, je verrais plus une idée de séduction diabolique, de fascination, qui fait que le chemin attire ses proies.
"franchir la ligne de rêverie", je trouve que l'image ne convient pas trop non plus, car elle sous-entend une idée de ligne d'arrivée, et puis ça n'est pas une vraie rêverie...le titre est un piège >:D.
En tout cas, bravo pour les rimes embrassées! Et en ce qui concerne les alexandrins, il y en a quand même pas mal qui sont bien réussis en rythme 6/6.
Je pense qu'il faut surtout revoir les vers où il y a 13 syllabes au lieu de 12, enfin, si tu tiens à faire un texte bien carré au niveau de la métrique.
En conclusion, ce poème mérite vraiment d'être peaufiné! Ce n'est que mon humble avis!
-
Le temps est le même pour tous, chacun l'utilise à sa manière et j'aime prendre le temps pour de la poésie, surtout quand elle me parle.
Tout d'abord le À - tu appuies sur la touche Alt (à gauche de la barre espace) tu maintiens et tu tapes 183, tu lâches la touche Alt et le À s'affiche normalement.
Revenons à nos moutons, ou plutôt cheminons dans tes mots, vers à vers, et pas à pas.
Les rimes sont quasiment parfaites, si l'on excepte la règle du singulier pluriel, mais ça c'est vraiment la prosodie rigide.
C’est un chemin discret, perdu dans le lointain (joli - césure parfaite à 6)
Un ruban de terre brute déroulant sa noirceur (14 ça fait beaucoup - les E ne sont pas muets)
Une route fermée à tous les randonneurs (ça va, césure correcte, hiatus minime)
Mais un passage secret pour rêveurs clandestins (13 - il suffit d'enlever le Mais)
A l’entrée du chemin, une pancarte précise (13 - césure correcte - un de trop 2ème hémistiche)
La couleur des virages et le tracé du temps (13 - virages le ES n'est pas muet - césure incorrecte)
La voie est infinie, il faut être constant (12 - presque parfait, sauf le hiatus i - il)
Et ne pas s’attarder sur des crêtes indécises (13 - ES encore "crêtes z'indécises - césure correcte)
Point d’escale, ni d’étape, pas d’aire de repos (14 - les E non muets, césure à 7)
Il faut marcher sans but, laisser faire le vent (12 joli - césure correcte)
Ne pas se retourner sur l’ombre qui étend (12 parfait)
Sa silhouette de loup et son masque de peau (13 - encore le E non muet)
C’est un sentier d’errance où l’on n’arrive jamais (13 - toujours le E - la césure est bonne)
Le moindre carrefour convoque une chimère (joli - 12)
La pensée n’est qu’un flot de lueurs éphémères (itou - 12 et bien)
Où chaque voyageur croit trouver un sommet (parfait !)
Faut-il s’y hasarder ou passer, mine de rien ? (13 - un E récalcitrant - césure correcte)
Le poète nous suggère de jouer l’insensé (15 - le E et les diérèses po/è/te (pouet pas joli) et jou/er).
Et de franchir la ligne de rêverie annoncée (13 - E)
Par ce petit chemin, aux allures de vaurien. (13 - E)
Un petit truc si tu veux savoir si le rythme est bon dans des alexandrins, tu déclames à haute voix (loin des voisins) et tu penses aux liaisons, tu te rendras compte plus facilement où ça pèche.
Et enfin pour le fond c'est super chouette, de belles images, un poème, comme je le dis plus haut, qui me parle et m'enchante.
;) ;) ;)
-
Merci beaucoup, vraiment, Claudius et Angieblue pour vos commentaires détaillés
Angieblue, je suis d'accord avec toi, le dernier quatrain ne colle pas, vaurien ne me plaisait pas non plus mais rimait avec rien pour ne pas donner grand chose :D au final.
Je vais donc revoir ces derniers vers.
Et comme j'ai compris que tu n'étais pas là depuis bien longtemps, bienvenue sur le forum, j'ai beaucoup aimé ton premier texte ;)
Claudius, merci mille fois pour ta patience et pour toutes ces précisions qui vont me permettre de revoir ma copie
Il y a du travail mais je ne vais pas renâcler devant cet ouvrage beaucoup plus intéressant que le ménage, le repassage et autres joyeusetés ;)
-
Dis-moi, Claudius, pourquoi dans:
"La couleur des virages et le tracé du temps"
le "e" de "virages" n'est-il pas muet?
Est-ce en raison de la marque du pluriel?
De plus, ce "s", ça n'est pas joli de le prononcer, ça ferait:
"La couleur des virages zé le tracé du temps".
Après, si la règle dit que la marque du pluriel ne rend plus muet le "e", Elisabeth pourrait peut-être remplacer "virages" par "tournants", ce qui donnerait:
"La couleur des tournants et le tracé du temps". En plus, ça ferait une belle allitération en "t" :mrgreen:.
J'insiste parce que j'aimais beaucoup ce vers dans son texte ;).
-
Angie la règle du E est simple :
- si le e est suivi d'une consonne il n'est pas muet (sauf en fin de vers) il compte pour une syllabe
- si le e est suivi d'une voyelle il s'y marie et s'oublie (même en cas de ponctuation entre les deux) il ne compte pas pour une syllabe.
Et oui, ce n'est pas joli la liaison, on peut l'élider mais il faut prononcer le E de virages. C'est pour cette raison qu'il faut éviter au maximum de placer des mots terminant par E à la césure.
Ton idée de tournants est bonne.
:)
-
Claudius, bien sûr que je la connais la règle, ma question portait sur la marque du pluriel. Donc si j'ai bien compris, elle oblige à prononcer le "e", même si le mot suivant commence par une voyelle? Je me demandais si dans notre exemple, il ne pouvait pas y avoir une exception, en raison de la prononciation du "s" qui n'est pas jolie.
La liaison me semble logique entre un nom et un adjectif, mais là, comme le mot qui suit est la conjonction "et", j'ai un doute. Lors d'une lecture à l'oral, je ne dirais pas les virageu zé le tracé...Par contre, la liaison passe mieux si l'on ne prononce pas le "e": "Les virag' zé le tracé".
Je ne suis pas sûre qu'il faille toujours faire la liaison avec la marque du pluriel..
-
Mais si Angie, le e suivi d'une consonne, collée ou pas. Le pluriel en est une. Je comprends que tu doutes, mais je suis sûre de ça. Même si ce n'est pas musical à l'oreille.
Tu sais quand les poètes marquaient la diérèse des mots féminin comme : joli-e ce n'était pas beau non plus !
Donc, je répète, à éviter en poésie les mots en es en milieu d'alexandrin, et choisir un mot commençant par une consonne derrière.
;) ;)
-
D'accord, merci Claudius ;).
Au moins dans la chanson, ils ont l'oreille plus musicale :mrgreen:, et la prononciation du "e", c'est en fonction de ce qui sonne le mieux, ou de ce qui colle le mieux au rythme de la mélodie. En fait, la chanson, c'est plus proche du langage parlé ;).
-
Bonjour Elisabeth,
Ce poème est très intéressant à plus d'un titre.
Par les commentaires avisés d'Angieblue.
Par ceux éclairés de Claudius, que l'on pourrait nommer Prosodius, ;D
Mais tout d'abord par le poème lui-même, son rythme équilibré. S'il ne l'est pas parfois, alors je suis aussi déséquilibré.
Par le vocabulaire également.
Personnellement je trouve que le dernier mot "vaurien" ouvre sur d'autres idées :
- Les voyous peuvent susciter des sentiments
- La beauté n'est pas l'apparence
- La carte n'est pas le territoire" (Alfred Korzybski))
- ... et sans doute d'autres
J'apprécie cette ambiance bucolique ramenée à la réalité humaine ! :coeur:
Merci, Elisabeth, pour ce partage.
-
Merci beaucoup Prosodius :D et Angieblue pour cet échange entre vous qui fait progresser mes méninges et ouvre mon esprit à une certaine technique qui me fait défaut. Je ne savais pas pour le e suivi d'une consonne mais il y a tellement de choses que je ne sais pas que c'est un plaisir d'apprendre en vous lisant.
Merci aussi à Bernard d'avoir trouvé le rythme du texte équilibré (il est beaucoup question d'équilibre en ce moment, je me réfère à ton opéra saynette, sur l'équilibre des femmes supérieur à celui des hommes pour d'obscures raisons :D ), les débuts sont laborieux et je fais ce que je peux pour ne pas trop vaciller ;)
Le vaurien ne semble pas te gêner, je ne sais pas pourquoi, il me pose problème ainsi qu'à Angieblue. Je n'avais pas pensé au voyou mais il aurait pu me faciliter une rime en" ou", plus facile à trouver qu'une rime en "rien". J'ai quand même trouvé que dans sa forme le dernier quatrain est inférieur aux autres, il y a quelque chose qui cloche sans qu'il soit vraiment moche :D
Amicalement et à bientôt
-
Je vais changer de pseudo ! :D :D :D
Le dernier vers ne me gêne pas, parce que chez moi "espèce de vaurien" c'est à connotation amicale et même tendre. Maman disait ça souvent à mes deux frères, mais toujours à la rigolade. Ce qui ne va pas c'est "aux allures de". Je te soumets une idée, mais normalement je ne devrais pas, nous sommes là pour aider, donner un avis, mais pas pour réécrire à la place d'un autre.
Par ce petit chemin, charmeur comme un vaurien. (pour garder les sens du quatrain).
-
Claudius,
je me permet de m’immiscer...
Donner une idée par un exemple ce n'est pas réécrire, c'est juste être plus précise !
Dans mon petit groupe lorsqu'on relit, les idées fusent et l'auteur est suffisamment têtu pour n'en faire qu'à sa tête.
Sur un forum, il est plus difficile de tous écrire dans le même commentaire, d'où cette impression de réécrire.
Heu... voilà, voilà... Je retourne à mon bureau !
-
Bonjour Bernard et Claudius
Alors, pour la rime avec le vaurien (le veau issu du texte de Bernard aurait sa place dans cette affaire car rien ne vaut un veau qui revient :D) au départ j'avais pensé "par ce petit chemin perdu comme un vaurien" car je reprenais l'idée de la première ligne avec le chemin perdu et le vaurien m'évoque aussi les enfants perdus. Mais j'ai eu peur de la répétition du mot perdu, peut être ai-je eu tort. Qu'en pensez vous ?
Bon, je vais retravailler ce texte qui le veau bien :D
Et merci pour les conseils ;)
-
Elisabeth,
N'oublie pas que les vers précédents sont également à réécrire, et donc que tu n'es pas obligée de garder la rime en "rien".
Oublie le mot "vaurien", ferme les yeux, visualise, ressens, et ça viendra...et pense au rythme 6/6
Tu pourrais commencer ce dernier quatrain par:
Faut-il s'y attarder, ou passer son chemin
Le poète insensé...
-
Ta suggestion est intéressante Angieblue, je la retiens et te remercie beaucoup pour ta lecture attentive ;)
Oui, oublions un peu le vaurien et allons donc flâner sur ce petit chemin qui sent le romarin :D
A bientôt