Ambition procréation
À G.
https://egosapiens.wordpress.com/2019/03/03/ambition-procreation/ (https://egosapiens.wordpress.com/2019/03/03/ambition-procreation/)
Tu sais jamais combien de temps ça va durer, cette énergie que tu rassembles par salves, par pulsions, irradiées de ton ambition moteur. C’est déjà fou, franchement, que tu trouves encore la force d’en générer à ce stade, t’as vu tous les ratés dont t’es le père ? Si tous n’étaient pas mort-nés, imagine la taille de ta famille aujourd’hui ? De quoi t’organiser des tournois de sport-co toute l’année et qu’à chaque tour les vainqueurs soient forcément de ton sang. Fierté facile. Pas un qui ait survécu cependant, de tous tes essais, de toutes tes créations, tous tes projets : pas un qui ait duré, pas un qui ait prévalu sur les autres, tous des échecs. Que t’arrives encore à garder la foi, à croire en toi tient du miracle, t’es pas d’accord ?
Je suspecte malgré tout qu’à chaque cycle, à chaque renouvellement d’inspiration, la concentration d’espoir que tu sais produire décline, diluée dans trop de flotte rationnelle. Ça corrompt le courage, tant d’actes inachevés et même ta soif de grandeurs connaît quelques limites. Sans une forme d’équilibre, un ratio succès / ratés pas trop nauséeux, tu peux difficilement être toujours à cent pour cent, c’est bien normal. Rappelle-toi, toute cette ambition qui te tient debout, qui te pousse à créer chaque fois, elle n’existe que dans ton crâne et même si tu pouvais en sonder l’intérieur, tu ne pourrais jamais vraiment en saisir la forme, la couleur, sorte de brouillard, fumée à particule d’un feu synaptique, prête à se disperser au moindre souffle de doute et dans ton esprit tempête, c’est surprenant que tu ne restes pas cloué au sol avec un goût prononcé pour rien, néant d’envie.
Tu ne continues pas par choix, pas vraiment, tu te fis juste à cet instinct qui te bouffe de l’intérieur, cette nécessité de procréer que tu t’imposes et sans même la comprendre tu as besoin d’y croire, t’as besoin de poursuivre l’effort, de sculpter, d’essayer, comme si ton intégrité mentale en dépendait, à pleines mains, mains rouges sang jetées contre ce bloc intérieur aux arêtes rigides, aux angles bruts qui lacèrent, contre cette matière première que toute ta bonne volonté parvient à peine à ébranler. Tu tapes dessus jusqu’à t’en briser les phalanges avec comme objectif d’en déloger un morceau à pétrir, à fouiller du bout des doigts pour accéder à son essence, le malaxer au coeur, lui donner silhouette et visage.
C’est pas sans coût comme processus ; quand tu fouilles en toi, à même tes entrailles, pour en extraire quelque chose de valeur, tu replonges dans une obscurité que la plupart évitent et fuient, tu retournes des vestiges souillés de rouille, de quoi te filer le tétanos au contact, à la recherche d’un truc précieux que tu pourrais faire remonter à la surface. Entre toi et moi, penses-tu un jour accoucher d’un « en-fond » dont tu puisses être fier ?
MG19