Le Monde de L'Écriture

Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: Lavekrep codaraque le 03 Mars 2019 à 18:02:57

Titre: L'usure
Posté par: Lavekrep codaraque le 03 Mars 2019 à 18:02:57
Il m’arrivait souvent de descendre la voir.
Je quittait la maison sans faire trop de bruit pour ne pas qu’on m’entende aller lui rendre visite.
Elle était l’évidence.
Comme s’impose la lenteur d’un courant qui suivrait en méandres une plaine.
Quand je l'ai aperçu pour la première fois, elle exposait en grâce sa silhouette dorée au soleil couchant.
Sans vouloir se presser, elle suivait les berges qui vont vers l’océan pour rejoindre par les failles les indiens d”Amérique avant qu’ils disparaissent.
La falaise, blanche de lumière, sublimait son image et ses courbes arrondies reflétant le désir dans lequel plonger juste pour s’y noyer ne peut être un péché.
Les jours, l’un après l’autre, devinrent le rendez-vous de l’enfant qui s’étonne de la grande embellie au milieu des tourments.
Quand nous eûmes fait confiance, la méfiance disparue, elle me mit connaissance de ses jardins secrets.
À l’hiver, fade et froid, succédèrent le printemps, parfumé et joli, que le promeneur parcours jusqu’à tard dans le jour, l’été et le soleil qui tarissent la fontaine puis qui noient les trottoirs, lorsqu’ils se mettent orage, l’automne aux feuilles d’or et les enfants qui pleurent, abandonnées par maman, dans la cour de l’école et,
l’hiver fade et froid.
Qu'elle soit de Stanislas ou bien de l'opéra, à force d'habitude, la place magnifique qu'on traverse trop souvent perd de sa magie.
Vint le matin cruel où le soleil pâlit.
Face à l’indifférence et à moins d’attention la passion disparaît. Les plus belles fleurs se fanent, comme la marguerite qui se trouve sans pétale et ne laisse plus de choix au joli mot “aimer”. Il fallut que je la quitte pour éviter qu’un jour se conjugue la haine plutôt que le désir.

Je reviendrais un jour pour lui rendre visite.
Pas tout de suite mais plus tard,
quand ma mémoire usée voudra bien le permettre.
Je retournerais dans l’espoir
de l’apercevoir comme
la première fois
j’aperçus la Dordogne.
Titre: Re : L'usure
Posté par: B.Didault le 04 Mars 2019 à 11:06:45
Lavekrep,

Ça devient presque gênant malheureusement je n'ai que ce faible vocabulaire à ma disposition et pas assez d'imagination pour user de métaphore... Ton texte est sublime !

Quelle poésie !
Quelles images !

Une paire de coquilles toutefois :
Citer
indiens d”amérique
Là, tu les as bien apostrophés !

Citer
elle me mit connaissance
Du bas de mon ignorance crasse, je ne connais pas cette formulation, seulement "elle me fit connaissance" et encore ça me dérange un peu.

Citer
Les plus belles fleurs se fanent, comme la marguerite qui se trouve sans pétale et ne laisse plus de choix au joli mot “aimer”
  :coeur: :coeur: :coeur: :coeur:
C'est beau !

Merci Lavekrep, tu fais ici la démonstration que la Nature est la seule Maîtresse qu'on est heureux de partager !
Titre: Re : L'usure
Posté par: jeannesansarc le 04 Mars 2019 à 11:18:58
(petit poème réponse,)  émue !

Aux émotions peuplées
Entre Silence et Attente
N'avoir que les larmes pour mot
Quel drôle de langage !

Titre: Re : L'usure
Posté par: Lavekrep codaraque le 04 Mars 2019 à 12:01:50
Bonjour Bernard, bonjour Jeannesansarc,
Merci à tous les deux de votre passage et de votre aide.
Je savais, Bernard que ce passage allait faire débat ( de soie ça va de soi), mais j'avais le choix entre :" Elle  me mit au courant " ou inventer un truc. Je pense que tu commences à un peu me connaître, il ne m'a pas fallut deux secondes pour trancher. ;)
A+
Titre: Re : L'usure
Posté par: B.Didault le 04 Mars 2019 à 15:26:09
Lavekrep,

Effectivement "Elle me mit au courant" est un peu trop simple.
Dommage être mis au courant par un rivière est tellement réaliste.
Je ne me fais pas de souci. Une fois retirer ce qui va de soi(e) je suis sûr que tu trouvera une solution qui glissera comme sur du velours.
A bientôt
Titre: Re : L'usure
Posté par: elisabeth beaudoin homps le 06 Mars 2019 à 15:14:40
Salut Krep
C'est très joli, ça glisse sur du velours  ;), les images s'imposent , il y a du rythme, des rimes un peu partout , bref j'aime beaucoup.
Je ne sais pas si c'est un texte court, il y a tellement de poésie que la question se pose.
Mais je ne voudrais pas t'angoisser en te la posant  :D
Titre: Re : L'usure
Posté par: B.Didault le 06 Mars 2019 à 15:33:04
Heu ! Lavekrep,

je relisais bucoliquement ton texte lorsqu'une anomalie (Attention à ne pas confondre un âne africain ! D'ailleurs on dirait une ânesse au Mali)

Citer
     Je retournerais dans l’espoir
     de l’apercevoir comme
     la première fois
     j’aperçus la Dordogne.
Un petit "s" s'il-te-plaît.
Titre: Re : L'usure
Posté par: Lavekrep codaraque le 06 Mars 2019 à 15:50:33
Salut Beth,
tu crois pas si bien dire quand tu parles d'angoisse. Je me suis déjà fait punir et mettre en cage un de mes textes pensant qu'il s'agissait plus d'une scénette en vers plutôt que d'un poème.( un truc genre inclassable si on naît pas Jean-Baptiste)
Me voilà bien déçu si tu me dis que, croyant faire de la prose voilà que je versiffle.( je sais ce mot n'existe pas, mais il a tort).
en attendant, merci de me faire croire que j'ai touché au but.
encore un jour de peine pour Carmen :'(

Salut Bernard,
c'était demandé si gentiment que je n'ai pu résister à te servir un "s". d'habitude je ne cède pas au raquette.
A+
Titre: Re : L'usure
Posté par: B.Didault le 06 Mars 2019 à 15:57:34
Lavekrep,
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voilà que je versiffle.( je sais ce mot n'existe pas, mais il a tort)
Je te donne entièrement raison (pas de quoi, c'est ma générosité naturelle), d'ailleurs la signification pourrait être :
Verbe du premier groupe (les autres attendront) désignant naturellement un verre que l'on vide, mais également un vers que l'on siffle comme une chanson. Les deux à la fois est un exercice plus difficile, mais ne sont pas incompatibles

Pour tenter de redevenir sérieux (?), tu fais de la prose poétique ce qui, à mes yeux est tout aussi difficile et beau.