Le Monde de L'Écriture

Coin écriture => Poésie => Discussion démarrée par: Claudius le 17 Février 2019 à 18:49:14

Titre: Versants impavides.
Posté par: Claudius le 17 Février 2019 à 18:49:14
Il y a longtemps que je n'ai pas posté de poésie, celui-ci j'aimerais avoir vos avis, d'une part sur le fond mais aussi sur la forme. Je l'avais inclus dans un hiver précédent, il s'ennuyait tout seul  :D


Sur la veine brûlée des montagnes arides
Le vent caresse en vain les ridules du temps
Cherchant sous les cailloux en ce jour de printemps
La source de l'espoir nourrissant les rapides.
 
Entre les rochers noirs, les lits demeurent vides
Le feu dans sa fureur a depuis bien longtemps
Tari l'eau des sentiers, tué sans contretemps
Les fleurs et les bosquets des versants impavides.
 
O Terre ! Éveille-toi ! Lance tes représailles,
Fais jaillir de ton sein le lait de tes entrailles
Le fluide nourricier, le ruisseau salvateur.
 
Blessée tu sais parfois laver tous les outrages
Pour combattre sans peur, tu sors de tes rivages
Et ton ventre se tend en flot dévastateur.
Titre: Re : Versants impavides.
Posté par: Aléa le 18 Février 2019 à 15:08:39
wesh !


Citer
Sur la veine brûlée des montagnes arides
j'aime bien ce premier vers, il est solide et me plait, même s'il fait déjà déjà lu plein de fois

Citer
Tari l'eau des sentiers, tué sans contretemps
il faut faire la diérèse de sentiers pour avoir 12 (mais du coup ca fait tomber l'hémistiche sur la diérèse et c'est pas très gracieux)

Citer
O Terre ! Éveille-toi ! Lance les représailles,
hm, normalement une ponctuation après un e muet ne fait pas prononcer ce e muet ? ô Terreuh ! éveilleuh-toi (ca ferait 13, et pas très joli non plus je trouve)



A part ces vers, tout le reste me semble niquel sur la forme, bravo d'avoir géré les hémistiches ^^
Et pour le fond aussi, c'est une solide description de nature, bien que très classique comme image le lait nourricier de la terre, ça fonctionne quand même bien et y'a une certaine puissance qui s'en dégage



A plus :)

Titre: Re : Versants impavides.
Posté par: Claudius le 18 Février 2019 à 15:47:09


Coucou Ben, merci pour ton passage.

Tu m'as fait douter.

La poésie neo-classique admet deux écoles, la diérèse et la synérèse. On peut opter pour l'une ou l'autre des formes, à condition d'être cohérent tout au long du texte.

J'opte souvent pour la synérèse.

Il y a pourtant des exceptions pour certains mots, dont la diphtongue et difficile à lier. Comme ceux ayant ces terminaisons : jouer, muer, duo ... la diérèse s'impose d'elle-même.

Dans ce vers là j'ai bien 12 pieds, en synérèse et la césure au sixième.

Ta - ri - l'eau - des - sen-tiers / tu -é - sans - con - tre - temps
 1      2      3         4        5       6       7    8    9        10       11      12

O Terre ! Éveille-toi ! Lance les représailles,

Non Ben, la ponctuation n'exclue pas la liaison et j'ai bien 12 syllabes.

 ;) ;) ;)



Titre: Re : Versants impavides.
Posté par: Aléa le 18 Février 2019 à 16:21:59
ah oui tu le fais sur tué...... j'avais pas capté  :facepalm: (je suis pas spécialiste en classique non plus j'avoue ^^ )

D'acc, j'étais persuadé que les virgules excluaient de fait la liaison (ce qui me semblait logique en vrai que c'est une pause), mais les points d'exclamation et suspension c'est vrai que parfois plus souple (est-ce qu'il faut pas mettre éveille en minuscule et pas muscule ?)
Enfin peut-être que comme tu dis y'a toutes les liaisons avec les ponctuations, j'ai sans doute de mauvais souvenirs ><
Titre: Re : Versants impavides.
Posté par: Claudius le 18 Février 2019 à 16:30:26


Pour avoir une idée. Un exemple classique, tiré de Phèdre de Racine.


Juste ciel ! Tout mon sang dans mes veines se glace !
Ô désespoir ! Ô crime ! Ô déplorable race !
Titre: Re : Versants impavides.
Posté par: B.Didault le 19 Février 2019 à 14:31:19
Bonjour Claudius,

Très joli sonnet !
Brutal, émouvant...
Mère nature dans toute sa splendeur !
J'ai eu l'impression de lire l'histoire de Pompéi, à partir du second quatrain.

Merci pour ce partage.
Titre: Re : Versants impavides.
Posté par: Become le 20 Février 2019 à 18:58:36
Je passais par là et puis j'étais pas sûre d'avoir déjà lu de la poésie de toi, et je pense pas que je pourrais donner un avis très constructif, n'étant pas une férue des règles de la poésie haha

Citer
Le vent caresse en vain les ridules du temps
j'aime bien les ridules du temps

Citer
Le feu dans sa fureur
hmm je sais pas, feu dans sa fureur ça fait un peu redondant ou lourd

Citer
O Terre ! Éveille-toi ! Lance les représailles,
Fais jaillir de ton sein le lait de tes entrailles
Le fluide nourricier, le ruisseau salvateur.
 
Blessée tu sais parfois laver tous les outrages
Pour combattre sans peur, tu sors de tes rivages
Et ton ventre se tend en flot dévastateur.
je trouve aussi qu'il y a une puissance qui se dégage de ces vers comme dit Ben, j'aime bien l'image du lait nourricier, enfin ça donne un côté charnel qui va bien avec le thème de la nature

Pour moi, le poème fonctionne bien :)
Titre: Re : Versants impavides.
Posté par: Vivi le 21 Février 2019 à 07:53:31
Entre les rochers noirs, les lits demeurent vides
dEUmEUrEU est moche.


Lance les représailles
ce "les" est bien seul entre tous ces tutoiements. Pourquoi ne pas mettre "tes" (il est plus naturel dans le contexte)


À part ça, ça roule tout seul ^^


Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.



J'aime bien thème feu/eau, bien exploité, tant dans le vocabulaire que les idées évoquées.



Par contre, je voudrais rectifier des bêtises proférées impunément dans les commentaires précédents :
Ben.G : il faut faire la diérèse de sentiers pour avoir 12 (mais du coup ca fait tomber l'hémistiche sur la diérèse et c'est pas très gracieux)
Claudius : Dans ce vers là j'ai bien 12 pieds, en synérèse et la césure au sixième.

Tout d'abord "sentier (http://"http://www.cnrtl.fr/definition/sentier")" fait naturellement 2 syllabes [sã/tje], donc on ne peut pas faire de synérèse sur ce mot ; juste une diérèse sur la deuxième syllabe qui entendra le mot a 3 syllabes (Sen/ti/é)
La synérèse, c'est comprimer deux voyelles contiguës pour en faire une seule. Ex : po/é/sie [pɔ/e/zi] deviendrait poé/sie [pwe/zi]
En cherchant la lecture phonétique des mots, on trouve rapidement le nombre de syllabes (unité phonétique) qui composent un mot (1 diphtongue = 1 syllabe).
Enfin, il n'y a pas de pieds en poésie française, juste des syllabes.
Merci pour votre attention :)
Titre: Re : Versants impavides.
Posté par: Fried le 21 Février 2019 à 08:43:32
Hello Claudius, j'ai aimé la simplicité du vocabulaire les images suscitées et l'énergie la fougue de la nature.
Merci pour la lecture.
Titre: Re : Versants impavides.
Posté par: elisabeth beaudoin homps le 21 Février 2019 à 16:19:16
Bonjour Claudius
J'ai bien aimé cette poésie, une promenade en terres aride qui me rappellent les garrigues assoiffées en été, tout est nu, les lits sont vides et puis brusquement l'eau jaillit en un flot effectivement dévastateur sur cette terre si sèche qu'elle ne peut pas l'absorber. J'aime l'idée de tension dans le ventre de la terre qui m'évoque des craquelures sur une peau tendue comme celle d'un tambour avant qu'elle ne sorte de ses gongs.
Lance "tes" représailles me paraitrait plus dans le ton du texte que "les" représailles" et poursuivrait le tutoiement.
A +
Titre: Re : Versants impavides.
Posté par: Lavekrep codaraque le 22 Février 2019 à 14:41:24
Salut Claudius,
j'ai beaucoup aimé.
Pour ce qui est de la technique ( d'ailleurs je ne suis même certain d'employer le bon terme), d'autres, plus érudits que moi s'en sont chargés.
Personnellement, je suis tombé dans le piège de la liaison (innocente) du " ! ". Comme quoi, il me reste bien du chemin à parcourir avant d'oser me rendre coupable de la moindre critique à ce sujet.
A+
Titre: Re : Versants impavides.
Posté par: Claudius le 22 Février 2019 à 15:19:20


Bernard merci pour ta présence fidèle.  ;D

Become merci à toi aussi pour cette première fois. Le feu dans sa fureur, j'ai voulu appuyer sur la force des incendies, surtout en montagne. J'y penserai pour changer peut-être.

Merl - je vais finir par me poser des questions, tu viens si rarement et toujours pour mette ton petit grain de sel sous mes écrits. Que dois-je en conclure ?

pour te répondre, je crois que tu dis différemment ce que je disais d'une manière plus concise.

Lorsque deux voyelles se suivent c'est une diphtongue. Si on les sépare il y a diérèse sinon c'est une synérèse. C'est simple non ?
Oui tes représailles, je corrige
Mais je te remercie des tes considérations et de l'honneur d'être sur la sellette du sieur Merle un peu moqueur.  ;D

Fried merci de ta gentillesse :)

Elisabeth, merci c'est tout à fait ça, ici aussi nous vivons ces extravagances de la nature. Je corrige tes représailles. Merci en tout cas de ton commentaire.

Lavekrep, oui on peut parler de technique, et oui on fait la liaison sans tenir compte de la ponctuation en milieu de vers.
Merci à toi également.

 :mrgreen: :mrgreen:


Titre: Re : Re : Versants impavides.
Posté par: Vivi le 25 Février 2019 à 10:16:13
Merl - je vais finir par me poser des questions, tu viens si rarement et toujours pour mette ton petit grain de sel sous mes écrits. Que dois-je en conclure ?
Si tu te considères persécutée, je m'abstiendrai. Pas de ma faute si y'a que ta poésie qui me parle...



Lorsque deux voyelles se suivent c'est une diphtongue. Si on les sépare il y a diérèse sinon c'est une synérèse. C'est simple non ?
Je crains qu'on ne parle pas de la même chose. Je parle de voyelles phonétiques, et non de voyelles écrites.

1) Les syllabes phonétiques comportant une des 3 semi-voyelles du français (j dans payer & fille ; w dans oui & loi ; ɥ dans huit) ont la valeur d'une seule syllabe (alors qu'il y a orthographiquement entre 1 et 3 voyelles) ; par conséquent, elles ne sont concernées que par la diérèse (di=diviser) afin d'en faire 2 syllabes (pai-ié ; fi-yeu ; ou-i ; lo-a ; hu-it). DONC, on NE peux PAS faire de synérèse, puisqu'il n'y a QU'UNE SEULE SYLLABE a la base (phonétiquement s'entend).

2) La synérèse est l'opération inverse : fusionner 2 voyelles phonétiques (de valeur unitaire une syllabe) contiguë un seule syllabe (et donc générer une semi-voyelle la ou il n'y en n'avait pas avant). Mon exemple : po/é/sie [pɔ/e/zi] devient poé/sie [pwe/zi].

Dans tous les cas, je ne pense pas qu'on puisse choisir de faire une diérèse ET une synérèse sur une même syllabe, ce que ta phrase que j'ai citée sous-entend. Soit la syllabe a une valeur naturelle de 1 divisible en 2 (une synérèse sur un syllabe, ca ferait une demi-syllabe ?) ; soit on a 2 syllabes/voyelles contiguës que l'on fusionne (une diérèse sur 2 syllabes, ca fait 4 ? ou une des 2 pour en avoir 3 ? Naaaannn...)


EDIT : petite précision supplémentaire avec le mot duo.
À l'écrit, il comporte 2 syllabes (du-o) ; dans ce cas-la on ne peut faire qu'une synérèse (dɥo)
Phonétiquement, il comporte la demi-syllabe ɥ (dɥo) et donc ne comporte qu'une syllabe phonétique ; on pourra donc appliquer une diérèse en 2 syllabes phonétique (du-o)
Cela ne dépend pas du mot mais de la façon dont tu le considères (écrit/phonétique).
Stricto-sensu, on peut choisir faire une synérèse sur les syllabes orthographiques de "duo" ou bien une diérèse sur la syllabe phonétique de "dɥo". Donc pour être correct, il faut considérer tout le poème soit selon l'orthographe/écrit, soit selon la phonétique/parle. Perso, je suis de la deuxième école (lire à voix haute). Si tu es de la première, on sera toujours en décalage :mrgreen:

Signé le Merlu, qui radote car ça l'botte (en touche lol)
Titre: Re : Versants impavides.
Posté par: Claudius le 03 Mars 2019 à 14:12:40
 ;D ;D

Bon je suis d'accord avec toi,  pour le premier exemple, mais là n'était pas mon propos dans le cas présent.

Je disais simplement que l'on peut faire un choix pour les diphtongues, diérèse ou synérèse, mais que dans certains cas on devait obligatoirement séparer les deux syllabes comme dans "duo, jouer, etc..." et les mots qui s'y apparentent. Je n'aurais pas l'idée de ne considérer que deux syllabes à poésie, pour moi po-é, doit être séparé c'est presque logique "pouet ! pouet!" poète.

Je ne vois pas en quoi ma phrase incite à mêler synérèse et diérèse. Ce n'est pas du tout ce que j'ai dit.

Il me semblait avoir été claire, deux voyelles = diphtongue. Considérons : piété - si on sépare - pi-é-té c'est une diérèse, si on ne sépare pas -pié-té - c'est une synérèse.

Je reprends ma phrase :
 Lorsque deux voyelles se suivent c'est une diphtongue. Si on les sépare il y a diérèse sinon c'est une synérèse. C'est simple non ? Où tu vois le mélange des deux ? C'est l'un OU l'autre.

Je pense que nous parlons de la même chose, mais tu l'as dit avec bien plus de précision que moi.

Pour ma remarque sur ton passage en poésie, c'était un pied de nez (ou une boutade)...

Bonne continuation et merci de ces précisions hautement détaillées.
Titre: Re : Versants impavides.
Posté par: Angieblue le 05 Mars 2019 à 20:52:42
Bonsoir,

C'est un très beau poème avec de belles allitérations, comme celle en "v" contenue dans le titre et dans tout le texte.
Il y a aussi une belle personnification des différents éléments, comme le vent ou le feu, et j'aime beaucoup la métaphore qui établit une analogie entre la terre et une mère nourricière et salvatrice.
Le texte est musical, fluide, et l'emploi de l'impératif lui donne de la personnalité ainsi qu' un caractère incantatoire.
Vous avez vraiment une belle plume, c'est à la fois technique et inspiré.
Titre: Re : Versants impavides.
Posté par: Claudius le 05 Mars 2019 à 20:57:17
Bonsoir Angie, je suis vraiment touchée de cet honneur d'être la première à recevoir un commentaire. De plus aussi élogieux, j'en suis émue !

Grand merci, vraiment.  :-[

En espérant lire des textes de votre cru, à très bientôt.

Et nous pouvons aussi nous tutoyer, tout le monde use du tu ici, c'est plus convivial et simple. Mais ceci est un choix, chacun est libre.

 :) :)
Titre: Re : Versants impavides.
Posté par: Marcel Dorcel le 13 Mai 2019 à 18:07:48
Je ne commenterai pas ton poème par rapport à la forme pour plusieurs raisons :

1) Parce que j'y connais que dalle...

2 ) Ca ne m'intéresse guère.

3) Depuis Baudelaire, la versification a pris du plomb dans l'aile. 

Ceci étant dit, j'ai vraiment trouvé de belles images, la dernière strophe est magnifique. Et pour un lecteur qui n'accroche pas à la poésie versifiée, je dois reconnaître que ton poème possède beaucoup d'attraits.
Titre: Re : Versants impavides.
Posté par: Claudius le 18 Mai 2019 à 21:36:12
Bonsoir Marcel,

Désolée du retard à répondre mais parfois la vie prend le pas sur la poésie et le virtuel.

Pour le 1 et  le 2, je ne vois pas quoi dire sinon merci de m'avoir lue malgré ta réticence naturelle.

Par contre pour le 3, j'aurai un petit commentaire à faire : il est évident que la poésie, que ce soit de Baudelaire ou d'autres poètes de l'époque à changée. Comme elle n'était pas la même du temps de Baudelaire par rapport à des poètes plus anciens. On appelle ça l'évolution, enfin je crois ! D'une part, le vocabulaire n'est plus le même, mais la manière de déclamer non plus. Je suis très attachée à la prosodie classique ou néo-classique mais je trouve aussi du charme à la poésie contemporaine. On ne compare pas, on ne peut pas.

Mise à part cela, j'aime beaucoup Baudelaire, mais aussi Verlaine, et encore Prévert, Brassens ou Bonnefoy... et d'autres encore

Merci en tout cas d'avoir pris la peine non seulement de me lire mais d'avoir laissé ce commentaire si franc.

 ;) ;)