Texte à deux écrit par Verasoie et moi-même.
L'idée est partie de msn, je parlais d'écrire sur un chapeau, nous parlions en même temps de la fameuse réforme et de l'OC de Loredan et du coup voilà, Benoît le chapeau chinois est né.
Que dire de plus ? Manifeste délirant et spéciale cassdédi à Loredan :huhu:
Benoît le chapeau chinois
Encore rêvassant et bâillant de sommeil, Benoît le chapeau chinois se hâtait vers l’école au plâtre jaunâtre. Il s'était apprêté de vêtements neufs pour être sûr d'envoûter son entourage, mais il avait laissé lâchés ses cheveux châtains qui étaient tout emmêlés, ce qui le fâchait quelque peu. Il blêmit en arrivant dans le bâtiment : ses camarades bûchaient déjà assidûment sous le regard brûlant du maître d'école au teint olivâtre. C'était un vieux gâteux au dos voûté, un fêlé moyenâgeux qui ne mâchait pas ses mots.
« Benoît ! Où traînais-tu ? Dépêche-toi ou tu finiras dans les geôles ! »
Résistant à l'envie d'étêter ce vieux croûton, Benoît se hâta de rejoindre son binôme. Une odeur infâme, saumâtre, flottait dans l'air.
« Vous allez disséquer des huîtres ! Je les ai pêchées moi-même.»
Aux premiers symptômes de mal-être, Benoît tout pâlichon, ouvrit la fenêtre. Son binôme tâtonnait avec grâce la pâte grisâtre, du bout de son crayon tout mâchonné. Ce n'était qu'un vil crâneur. Il remarqua la tête de Benoît, s'arrêta pour le montrer du doigt et demanda d’un ton enjôleur: « Un embêtement ? » Il lâcha, avec un rire d'âne : « Tu es bêtifiant de bêtise, gros benêt !
- Oh le benêt ! Oh le benêt » ânonnèrent ses compagnons.
Benoît sentit son crâne brûler de honte tandis qu'il dégringolait dans les abîmes extrêmes de l'humiliation. Il aurait voulu disparaître. Dans la classe, c'était la débâcle. Les autres se déchaînaient : bêlements, ânonnements fusaient, le frôlaient, tombaient sur lui en grêle, avec opiniâtreté, comme les piqûres de mille guêpes. Pour bâillonner leurs cris, le vieil acariâtre les menaça de moult châtiments. Mais ce blâme n'était accueilli que par le désintérêt. Le maître au teint olivâtre avait perdu le contrôle. La révolte était à son faîte montée et rien ne servait de se fâcher. Ce n'était qu'un gros lâche qui n'empêchait pas les autres élèves de l'insulter et qui même le leur jetait en pâture ! Benoît sauta par la fenêtre et courut vers la forêt. Il avait oublié sa boîte à goûter, et ses bourreaux se hâtèrent de se repaître des bons gâteaux du pâtissier. Sans son casse-croûte, il allait lui falloir jeûner.
Il eut une idée. Armé d'un bâton, il allait prêcher sa propre parole, trouver des apôtres à enrôler, prôner sur des épîtres sanglants sa vengeance entêtée contre ceux qui l'avaient indûment blâmé et conduit en disgrâce. Il trouva quelques mûres dont il se bâfra avant de commencer. À la fin de la journée, il avait enrôlé un flûtiste, un bûcheron, un châtelain déchaîné, un taulard armé de côtelettes défraîchies, un contre-maître amoureux d'une crêpière, une fillette avec sa dînette, un évêque grêlé flânant sous des frênes, une jeûneuse infâme au teint verdâtre, un môme à la mâchoire en forme de mâchicoulis, un maraîcher malhonnête et un vacher avec sa vache en plein vêlage. Il alternait, pour les convaincre, hâbleries et prêchi-prêchas. Ses suppôts jurèrent de le suivre dans sa quête.
Après un discours théâtral, Benoît lança ses apôtres sur les traîtres suprêmes (et lâches, de surcroît) qui l'avaient embêté. Ils allaient en pâtir, ils leur mettraient la pâtée du siècle à tous ces bâtards et les rendraient tous plâtreux. Armés de poêles, de râbles et de chaînettes affûtées, ils allaient leur faire tâter de la châtaigne. Personne ne traînait. Pas un ne renâcla à l'honnête tâche. Criant à tue-tête, l'armée fonça et la tempête se déchaîna. C'était une mêlée incroyable, ça traînait, ça grêlait de coups de poings, ça bâillonnait, ça rôtissait.... Ils n'eurent de trêve avant d'avoir traîné tous les corps sur le bûcher où ils brûleraient. La cour de l'école était encroûtée de traînées rougeâtres.
Benoît goûtait au doux goût de la victoire. Ses apôtres se firent des câlins puis partirent côte à côte dans la forêt de chênes et de hêtres. Ils fêtèrent leur succès à coup de gnôle et mirent toute la nuit à dessoûler. Le lendemain, trônant sur un pylône démâté, Benoît leur donna l'extrême-onction à brûle pourpoint, et leur fit jurer sur leurs môles de toujours se hâter d'empêcher la disgrâce de ceux dont ils seraient les ancêtres. Jamais ils ne disparaîtront ; au fond de la forêt, ils seront toujours prêts à étêter leurs ennemis, à leur faire tâter le bâton, à les cloîtrer, ou à les aplatir comme des crêpes.
Ceux qui les ont poussés à bout
En ont perdu leur cervelle
Depuis, l'écrivain qui a bon goût
Se hâte de chapeauter ses voyelles