— Merde, je ne m’attendais pas à clamser comme ça ! La honte ! Moi, le grand Rocco, surnommé Monsieur X dans toute la profession, casser ma pipe en… En quoi d’ailleurs ? J’en sais foutre rien ! Tout ce que je sais, c’est que je suis maintenant couché là, sur cette putain de table en acier inoxydable, dans cette morgue de Budapest.
Penchée au-dessus de moi, cette femme médecin, dans une magnifique tenue d’infirmière qui n’aurait pas dénotée dans un des milliers de films où j’en ai culbutées. Sauf que d’habitude, lorsque les femmes se penchent sur moi, ce n’est pas pour me découper la bidoche avec un scalpel.
— Holà, doucement poupée ! Faudrait voir à pas me confondre avec mon ami John Bobbit ! J’aimerais bien entrer dans mon cercueil en intégralité. Je me doute bien que ça te démange de conserver cette partie de mon anatomie dans un bocal de formol en guise de trophée que tu pourras montrer à tes copines, mais c’est ce qui a fait de moi ce que je suis. Alors pose ton bistouri ailleurs et qu’on en finisse ! Voilà… Tout en haut de la cage thoracique, un beau Y. Allez, ouvre-moi tout ça, qu’on y voie un peu plus clair.
La thanatologue préleva les intestins, le foie, les reins. Elle étudia tout, mais elle savait d’avance qu’elle ne détecterait rien d’anormal dans ces morceaux du cadavre. Rocco avait toujours fait très attention à sa santé : même pas la moindre gonorrhée qui aurait pu dégénérer à signaler. En revanche, elle avait détecté au premier coup d’œil ce qui était sans aucun doute possible la raison de la présence de ce patient tant renommé sur sa table de dissection. Le cœur. Il n’y en avait pas. Ou plutôt si, il y en avait un, mais au lieu de ressembler à l’organe tel qu’on a l’habitude de le voir ou de le dessiner de façon infantile pour la Saint-Valentin, il n’y avait ici qu’une masse grisâtre et dure. En deux mots : une pierre.
Mais après tout, comment s’en étonner ? Cet homme avait construit sa réputation internationale en humiliant les femmes. Ils avaient même inventé un nom pour décrire sa technique artistique : le gonzo.
— Eh bien pour vous c’est fini, Monsieur X ! D’ailleurs, puisqu’il me faut maintenant expliquer comment votre sang pouvait arriver avec assez de pression dans votre membre viril pour vous permettre d’exercer vos talents, je n’ai d’autre solution que de l’amputer pour l’étudier tout à loisir. Au moins, je serai certaine que votre fantôme ne pourra pas continuer de jouir de ses facultés dans l’au-delà.
— Nooooon !!!
Mais l’esprit de Rocco, en lévitation au-dessus de son cadavre, eut beau s’époumoner : le médecin ne l’entendit absolument pas. Et d’un coup de lame rapide et bien placé, sectionna l’objet de nombreux fantasmes.