Le Monde de L'Écriture
Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: Verasoie le 17 Mai 2010 à 00:13:11
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Bon, c'est pas drôle, j'avais été facilement démasquée ! : D
Je l'ai écrit un peu à la bourre, en reprenant une idée que j'avais tenté d'écrire en 2007 d'après la date du vieux fichier word. Enfin j'ai repris l'idée sans me baser sur le vieux texte ^ ^
Les vers en allemand viennent du poème Die Lorelei (http://fr.wikipedia.org/wiki/Lorelei) (lien avec la traduction). J'aime bien les fées/ondines/nixes, c'est mon côté mignon non assumé xD. Ce poème on l'étudiait souvent en allemand mais j'avais pas calculé qu'on n'était pas très nombreux, nous les germanistes... du coup j'espérais vaguement qu'on accuserait Rain à cause de son sous pseudo sur msn, c'est débile je sais. :mrgreen:
Sinon, j'avais lu "desinit in piscem" dans un passage de l'Homme qui rit de Hugo, et j'avais trouvé l'expression trop cool (et le latin c'est classe) donc j'avais aussi envie d'en faire quelque chose.
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Elle finit en poisson.
Sie kämmt ihr goldenes Haar -
Elle avait les yeux verts comme les tessons de bouteille que je laissais sur la margelle des fontaines. Je ne l’avais jamais vue là. J’ai dansé avec elle, osant à peine toucher sa taille corsetée ; elle était petite, un sourire d’enfant, des dents de lait comme des cailloux polis. Ses lourds cheveux noirs s’agitaient autour de ses épaules, glacés chaque fois qu’ils caressaient mes mains, une eau sombre et froide. Ils auraient dû être blonds.
Sie kämmt ihr goldenes Haar - sie kämmt es mit goldenem Kamme, und singt ein Lied dabei
Elle virevoltait, pieds nus sur la piste de bois, elle évitait les petites filles emmêlées de rubans, prenait ma main pour m’entraîner dans la farandole de l’orchestre infatigable. Tout autour de nous le village faisait la fête, buvait, entretenait le feu de Saint Jean dont les étincelles se mêlaient aux étoiles. Je ne voyais qu’elle. Elle finit par me lâcher, s’éloigna des chapiteaux jusqu’à la limite de leur lumière, s’arrêta pour me regarder. L’ourlet de sa robe était mouillé, comme si elle était tombée dans une flaque. Je la suivis.
… des offrandes au bord des fontaines, bijoux, menue monnaie, perles nacrées, tessons de bouteille, pour les flatter et apporter la chance.
Ce sont leurs larmes qui alimentent les sources et elles se tarissent si on les offense.
D’anciennes comptines et des histoires qu’on nous racontait le soir de la Saint Jean. Curieusement les vers m’échappaient comme un écheveau qui se dévide à toute vitesse. Elle avait franchi la lisière de la forêt et s’était mise à courir, pieds nus ; je pensais aux branches qui me griffaient les joues, aux ronces et aux orties - pas elle. Les troncs élancés vers le ciel défilaient à son train effréné, masquaient la lune un instant puis la laissaient éclabousser le sol de grandes taches de lumière.
Leurs sœurs, couchées au fond de l’onde stagnante, regardent le soleil avec mélancolie,
(Jeunesse et beauté éternelles, pour qui s’y baigne aux premières heures du printemps)
Elles vivent dans des palais troublés par les jours de pluie
Ondines pour les eaux courantes, et pour les autres…
Nous avions laissé derrière nous la fête, le bruit et les chants. Elle s’arrêta si brusquement que je la percutai. C’était à l’orée d’une clairière, à quelques pas d’un petit lac. Elle se tourna, prit mon visage entre ses mains et m’attira contre elle. Il y avait quelque chose d’étrange dans sa façon de me regarder. Sa robe était trempée jusqu’au décolleté, gouttait sans bruit sur le sol de la forêt, mouillait ma chemise. Je sentais émaner de ses cheveux comme une odeur de mousse.
… les Nixes qui ne sortent qu’au soir de la Saint Jean
Je crois qu’elle n’attendait que de sentir ma peur avant de m’embrasser. J’ai essayé de m’écarter quand elle a souri avec ses petites dents de lait - démon, esprit malin qui séduit ceux qu’elle entraîne à sa suite, vers la noyade. J’ai voulu la repousser mais contre elle je n’avais aucune force. Elle a collé ses lèvres aux miennes, un goût de tourbe et de larmes, pointé sa langue froide comme une anguille. Et puis elle est partie. Elle m’a tourné le dos pour entrer dans le lac, tout doucement.
Ich glaube, die Wellen verschlingen am Ende Schiffer und Kahn ; und das hat mit ihren Singen…
Elle fait en bougeant de grands cercles d’eau qui troublent le reflet de la lune. Autour d’elle sa robe blanche se déploie en corolle ; elle doit être gênée par les jupons et la dentelle. Je la regarde délacer le corsage, abandonner négligemment l’encombrant tissu. Je fais deux pas sans y penser, avance dans l’eau, dépasse sa robe qui sombre lentement.
Elle est juste devant ; je vois l’éclat de la lune sur son corps pâle et ses longs cheveux blonds. Elle finit en poisson, des écailles nacrées qui filent, insaisissables, de plus en plus bas. Nage vers une ville engloutie, de grandes tours décharnées. Le froid. Et elle chante ; une musique triste à se noyer.
Und das hat mit ihrem Singen…
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J'ai lu ce texte en écoutant Nacken och Jungfrun [The Water-Spirit and the Maiden] (http://www.amazon.com/gp/recsradio/radio/B0000516VE/ref=pd_krex_dp_001_007?ie=UTF8&track=007&disc=001), de Gjallahorn (je peux l'envoyer à ceux qui me la demanderont), et les deux se combinent à merveille. ^^
Il faut aussi savoir que je suis en pleine période de révisions et que "Desinit in piscem" est une phrase d'Horace à propos de la Chimère, et qu'elle a traversé tout le mouvement baroque, puis le courant romantique. L'expression me rappelle donc Nerval ou, comme tu l'as indiqué, Victor Hugo.
Elle avait les yeux verts comme les tessons de bouteille que je laissais sur la margelle des fontaines.
J'aime bien cette comparaison; elle se rattache à la thématique de l'ondine, mais d'une manière inattendue.
...des dents de lait comme des cailloux polis
Même remarque pour cette comparaison-ci.
Ses lourds cheveux noirs s’agitaient autour de ses épaules, glacés chaque fois qu’ils caressaient mes mains, une eau sombre et froide.
L'isotopie de l'eau est véritablement bien exploitée dans cet incipit. Tu réussis à l'inclure dans un monde aquatique sans se servir du terme "ondine", et c'est brillamment réussi.
Elle virevoltait, pieds nus sur la piste de bois, elle évitait les petites filles emmêlées de rubans, prenait ma main pour m’entraîner
La contextualisation est très chouette à lire. Tes formules sont très agréables.
L’ourlet de sa robe était mouillé, comme si elle était tombée dans une flaque.
Belle image. Et puis c'est assez mignon.
D’anciennes comptines et des histoires qu’on nous racontait le soir de la Saint Jean.
Je ne trouve pas que la phrase nominale soit très réussie. j'aurais préféré un "Je me souviens" introducteur, en l'occurrence.
Elle (...) s’était mise à courir, pieds nus ; je pensais aux branches qui me griffaient les joues, aux ronces et aux orties - pas elle
Cette phrase est très bien agencée, je trouve. On est vraiment plongés (Haha, c'est le cas de le dire! Humour ! Non? ) dans l'univers du conte. :)
Il y avait quelque chose d’étrange dans sa façon de me regarder. Sa robe était trempée jusqu’au décolleté, gouttait sans bruit sur le sol de la forêt, mouillait ma chemise. Je sentais émaner de ses cheveux comme une odeur de mousse.
J'aime bien ce passage, il est vraiment bien écrit. J'apprécie la dimension progressive de l'invasion de ses vêtements par l'eau, ainsi que la comparaison que tu emploies.
Je crois qu’elle n’attendait que de sentir ma peur avant de m’embrasser. J’ai essayé de m’écarter quand elle a souri avec ses petites dents de lait - démon, esprit malin qui séduit ceux qu’elle entraîne à sa suite, vers la noyade.
Là encore, me voici séduite par ton récit.
Elle a collé ses lèvres aux miennes, un goût de tourbe et de larmes, pointé sa langue froide comme une anguille.
Même remarque que pour les deux extraits précédents. Chouette style et belle métaphore. La comparaison aussi vaut le détour.
...elle doit être gênée par les jupons et la dentelle.
Joli. Finalement, c'est la sauvagerie de la petite ondine des bois qui l'emporte...
Elle est juste devant ; je vois l’éclat de la lune sur son corps pâle et ses longs cheveux blonds. Elle finit en poisson, des écailles nacrées qui filent, insaisissables, de plus en plus bas. Nage vers une ville engloutie, de grandes tours décharnées. Le froid. Et elle chante ; une musique triste à se noyer.
Cette chute est tout simplement sublime. J'aime bien le changement de couleur de cheveux, ainsi que la transformation achevée. La "ville engloutie" et les "grandes tours décharnées" sont elles aussi bien vues, de même que le chant létal.
En bref, j'ai adoré ce texte. Bravo pour ce petit bijou littéraire! ::)
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Je ferai moins détaillé qu'Ambre !
Oui, t'as été facilement démasquée, Vera, mais c'est que le texte est à la hauteur de ce que tu fais d'habitude. Très bien écrit, glauque à souhait, il fait froid dans le dos... ! J'aime bien la dégradation de l'ambiance, qui passe du joyeux au super sombre...
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Au début, je l'avais attribué à Pehache, puis à Rain, il me semble. Mais bon, c'est vrai que le côté glauque te correspond plus ^^
Bon, il y a juste les trucs en allemand que je n'ai pas compris mais sinon, j'aime bien.
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Haha, le texte de ma pourriture, qui a osé mettre et du latin et de l'allemand ! heureusement que les texte est cool, XD
Elle avait les yeux verts comme les tessons de bouteille que je laissais sur la margelle des fontaines.
j'adore l'idée
ça ferai trop bien dans un poème "Elle avait les yeux verts comme des tessons de bouteille"
Ses lourds cheveux noirs s’agitaient autour de ses épaules, glacés chaque fois qu’ils caressaient mes mains, une eau sombre et froide.
je trouve que le participe passé gêne un peu le rythme, enfin j'ai du mal à lire "glacés chaque fois", c'est peut-être moi
et peut-être enlever l'article "eau sombre et froide" ?
(j'aime le détail de la robe mouillée)
je pensais aux branches qui me griffaient les joues, aux ronces et aux orties - pas elle.
j'aime (le détail, le fait que ce soit pas la fille qui s'inquiète de l'état de sa robe, etc)
J'aime beaucoup l'idée, le thème ! Après certains passages pèchent un peu, un peu répétitif peut-être ou moins bien écrits, mais l'idée est cool ^^
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Bon, je vais être moins enjoué que les autres, peut être du fait que l'allemand m'horripile, et je ne le SUPPORTE PAS ! Bref, j'ai bien aimé le thème,comment le sujet est traité, le vocabulaire, la fin un peu glauque. Mais j'accroche pas...
C'est fou comme un détail nous gâche la lecture....
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Ambre : oh, merci ! Tiens, je fais des figures que je connais même pas (je parle d'isotopie :mrgreen:). Ça me fait très plaisir que tu l'aies trouvé bon. (J'aime bien la musique au passage). Et ok pour la citation ! ^ ^
Mil : huhu ça m'a fait rire que ce soit ta certitude (bouée de sauvetage :mrgreen:) du blind test. Mais ça fait plaisir aussi d'un côté, en fait : D
Krap : il y a la traduction sur le lien wiki, en fait le poème allemand parle de la Lorelei sur un rocher du Rhin, qui fait chavirer les navigateurs (un peu comme les sirènes d'Ulysse). Du coup c'est pas tout à fait la même "histoire" non plus. Pour les deux que j'ai mises, c'est "Elle peigne ses cheveux blonds, elle les peigne avec un peigne en ivoire, et elle chante aussi", et la fin "je crois que les vagues engloutissent le navigateur et sa barque, et voilà ce qu'avec son chant..." ("... a fait la Lorelei" dans la fin du poème que j'ai pas mise)
ernya : ok pour le participe passé (il m'embête un peu aussi). (Mdr t'as le don pour relever chaque fois que je me dis "boah, c'est moche mais je laisse quand même" xD). J'avoue que le latin avec l'allemand, en plus c'est même pas des langues qui ont la même origine, je suis démoniaque haha. xD
Zephyr : dommage pour l'allemand ! Il y a une raison pour cette haine ? Huhu ^ ^. Enfin merci d'avoir lu quand même : P
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L'atmosphère un peu glauque me plaît, les mots sont bien choisis... L'allemand ne me dérange pas ^^
C'est comme la musique du silence.
C'est juste superbe.
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J'ai bien aimé, mais, peut-être, aussi, parce que, au contraire de Zéphir, je suis germanophone et phile.
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Heureusement que tu m'avais dit que tu faisais de l'allemand. :mrgreen:
Pour ce qui est du texte je n'ai pas grand chose à dire. Je remarque juste que plus je te lis plus je vois une belle plume derrière. ^^
C'est très agréable à lire ! Tchuss !
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Je ne sais pas si le latin est classe.
Je ne sais pas si les fées et les ondines sont qqch de mignon.
Après ces remarques d'usage :mrgreen:, passons au texte.
Elle avait les yeux verts comme les tessons de bouteille que je laissais sur la margelle des fontaines.
un petit côté La Falaise dans la narration
le feu de Saint Jean
Saint-Jean plutôt ? je crois que la règle, c'est : saint Jean pour le personnage, Saint-Jean pour le jour de l'année, les noms d'église etc. (idem plus loin)
Elle s’arrêta si brusquement que je la percutai.
bof ? pour le choix du verbe peut-être (le 2ème). Bousculai ?
Nage vers une ville engloutie, de grandes tours décharnées. Le froid. Et elle chante ; une musique triste à se noyer.
trop beau
D'une manière générale, j'ai trouvé que c'était le seul texte (de ceux qui ont été repostés) qui s'autonomisait vraiment de l'exercice du BT (avec celui de Zach peut-être, même s'il est assez court).
J'ai trop kiffé ce texte. D'ailleurs je crois me souvenir t'avoir dit sur msn, pendant que je feuilletais le topic du BT, "le 3ème texte est ouf. Kathya est trop forte. [...] haha grillé toi tu as écrit le 9ème" xD
Ca fait très Klimt en fait. Peut-être par l'entremise des goldenen Haar (oui je sais je suis censé décliner au génitif pluriel, eh bien tant pis).
T'avais dit que t'avais pas eu le temps de le développer comme tu voulais, moi je le trouve très bien comme ça (enfin j'ai pas pu voir ce que tu en aurais fait uhu).
Je vais pas commencer à l'analyser, voilà je l'aime beaucoup, on avait pas encore eu ce genre de textes, visuellement à la Klimt, sur le forum o/
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Merci à vous quatre !
D'ailleurs je crois me souvenir t'avoir dit sur msn, pendant que je feuilletais le topic du BT, "le 3ème texte est ouf. Kathya est trop forte. [...] haha grillé toi tu as écrit le 9ème" xD
Oui, je m'étais bien marrée :mrgreen:
C'est noté pour Saint-Jean, j'éditerai à l'occasion. ^ ^
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Sûrement l'un de mes préférés du blindtest. :D
Même si par contre tu fais partie des rares que j'avais démasquée. :P
Elle avait les yeux verts comme les tessons de bouteille que je laissais sur la margelle des fontaines.
J'adore ce passage.
Ce texte est vraiment... immersif. *sort*
Le style est fluide et agréable, les images et les mots sont super bien choisis, bravo. o/
Accessoirement j'avais l'allemand en première langue au collège-lycée, ce qui fait que ça ne m'a pas fait fuir en courant... :P
Et pour Lo' : Mdr. Pour écrire un texte potable pour un blindtest, faudrait déjà que j'arrête de les écrire la veille. :D
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Elle finit en poisson.
MDR j’ai lu poison… ca commence bien ! XD
Elle avait les yeux verts comme les tessons de bouteille
Sympa comme image. Enfin, original ^^. Et puis ça en dit long sur le personnage, de voir les comparaisons qu’il peut faire.
Ils auraient dû être blonds.
Ca met trop mal a l’aise, cette simple phrase !
entretenait le feu de Saint Jean
De « la » Saint Jean ?
masquaient la lune un instant puis la laissaient éclabousser le sol de grandes taches de lumière.
J’aime cette image.
Elles vivent dans des palais troublés par les jours de pluie
* cœur *
Nage vers une ville engloutie, de grandes tours décharnées. Le froid. Et elle chante ; une musique triste à se noyer.
Ha, tu as vraiment le don de trouver les mots qu’il faut !