:mrgreen: C'est de l'écriture quasi-automatique ; amateurs de textes travaillés et développés, passez votre chemin ! Je me suis bien amusée en l'écrivant, donc j'ose espérer que quelqu'un s'amusera en le lisant.
allez je me lance...
L’âne se mit à braire.
-Tais-toi, bon sang, mais tais-toi ! Stupide animal ! siffla Jisk, excédée.
Je soupirai intérieurement. On faisait un beau trio. Jamais on n’arriverait à récupérer la Grande Montre du Monstrueux Mais Aimable Ogre Velu et Verruqueux. Pourquoi cette tâche nous était-elle revenue à nous, je vous le demande ! Le pays grouillait de jeunes gens beaux et naïfs, prêts à devenir des héros du jour au lendemain avec l’aide impromptue d’un quelconque vieillard mystérieux. Pour quelle obscure raison le Conseil nous avait-il dénichés, nous ? Jisk, jeune Humaine au caractère impossible ; moi, Truhurur, Faune doté d’une unique et minuscule corne sur le front, qui faisait de moi la risée de toute la forêt et cet âne borné dont la seule qualité consistait apparemment à tenir l’alcool mieux qu’un Orc. En quoi cela nous serait-il utile pour retrouver la Grande Montre, je me le demandais depuis notre départ de Capitale, la capitale du royaume des Humains.
La Grande Montre était détenue par Raspok, un seigneur fourbe et maléfique qui se cachait en permanence dans sa grande tour protégée par de nombreux sorts très puissants et très méchants. Elle était contenue dans une petite bourse, elle même enfermée dans un coffret situé dans une armoire en bois de cèdre, fermée à double tour, et Raspok avait la clé autour du cou.
Quand le Conseil nous avait expliqué la situation d’un ton grave, Jisk avait éclaté de rire et leur avait demandé s’ils n’avaient pas une idée de scénario plus originale. Rien à faire, ce n’était pas eux qui décidaient.
Moi, ce qui m’était tout de suite venu à l’esprit, c’était que personne ne nous avait dit comment ouvrir le coffret.
« Ah, mais on va pas tout vous dire, non plus ! Débrouillez-vous ! » m’avait-on répondu quand j’avais posé la question.
« Et elle se situe où, cette fameuse Tour ? » avait demandé Jisk avec lassitude.
C’était le moment qu’avait choisi l’âne pour débouler dans la salle du Conseil et pousser un hurlement strident. Vraiment, jamais un âne n’avait émis un bruit pareil. On aurait dit un cri de femme. Y voyant, comme toujours, un signe pour certains des Dieux, pour d’autres du Destin, les membres du Conseil avaient sur le champ décidé que cet âne nous accompagnerait dans notre périple. A ce moment-là, le valet personnel de l’âne (cet âne était le plus riche de Capitale, il pouvait donc se permettre de se payer un valet, deux femmes de chambre, une cuisinière et un lustreur de sabots) avait déboulé pour excuser son maître et expliquer qu’il était ivre mort (l’âne, pas le valet). Le Conseil n’avait pas apprécié ce revirement de situation, bien entendu. Un âne ivre mort, ce n’était pas très glorieux, en vérité… Mais baste ! « Quand on a le choix entre rien et un âne, on prend l’âne », comme on dit chez moi.
« Allez, et que les étoiles ne vous marchent pas sur les pieds ! »avait déclaré le chef du Conseil d’un ton solennel.
C’était la formule la plus courante pour souhaiter bonne chance à quelqu’un chez les Humains. Jisk s’en était offusquée :
« Vous auriez pu nous trouver quelque chose de plus classe, quand même ! Si on a même plus le droit à un peu de respect quand on part risquer sa vie pour le bien de tous… »
« Que jamais vos fleurs intérieures ne se fanent, et que la Lumière de notre Dieu tout puissant guide vos pas, comme ça vous ne vous casserez pas la figure dans le noir en montant les escaliers. » improvisa un membre du Conseil.
« Bah voilà ! Ca au moins, ça a de la gueule ! » avait approuvé Jisk.
Le chef du Conseil avait regardé l'autre d’un oeil mauvais. L’avait pas intérêt à lui piquer sa place…
Nous étions donc partis, avec pour seul bagage une énorme hotte en osier remplie de poivrons séchés. Allez savoir…
- Truhurur ?
J’émergeai de ma rêverie. Jisk semblait pétrifiée.
- Oui ?
- Re…regarde ! balbutia-t-elle en désignant quelque chose du doigt.
Je jetai un coup d’œil.
- Un buisson. Bravo, Jisk, tu t’améliores.
- Mais non, idiot ! Regarde derrière le buisson !
Je levai les yeux. Un Troll de trois mètres de haut nous faisait face. Sa peau était d'un gris très pâle, qui contrastait étrangement avec sa longue toge vert pomme. Chose rare chez ceux de cette espèce, sa tête était plutôt bien proportionnée par rapport à son corps ; comme si Mère Nature avait eu un manque d’inspiration pour le rendre laid. A la vérité, il était même plutôt séduisant. Il nous souriait et nous faisait signe avec son gourdin.
- Youhou ! Copains !
Jisk s’approcha de lui doucement, le bras tendu. Une expression de pur émerveillement se lisait sur son visage.
- Jisk, reviens ici tout de suite !
Elle ne m’écoutait pas, bien entendu. Je restai donc là avec l’âne et sa hotte et attendis de voir ce qui allait se passer par la suite.
Quand elle fut assez proche, le Troll eut un sourire étrange. Il leva son gourdin et…
- Jisk, attention !
… le lança en l’air avec une exclamation ravie :
- Copain ! Copain !
Le gourdin, après un court voyage dans le ciel, lui retomba sur la tête avec un craquement sinistre. Il s’effondra.
- Pauvre âme… Allez viens, Jisk, on s’en va.
La jeune Humaine ne me prêtait aucune attention. Elle regardait le corps du Troll avec stupéfaction. Quand elle prit la parole, des larmes contenues faisaient trembler sa voix.
- Copain ? Copain, réveille-toi ! Allez, copain ! T’es pas mort, dis ?
Le Troll déclara d’une voix atone :
- Si, je suis mort. Je suis mort par ta faute, toi que j’ai aimée dès le premier regard. Jamais plus je ne pourrai manger de tartes à la courgette, mon plat préféré. Maintenant que je suis mort, je n’ai plus qu’à rester là en attendant qu’un ange à clochettes veuille bien m’emmener au Walhalla.
- Nooon !!! s’écria Jisk, éperdue.
Je soupirai, excédé. On n’avait pas de temps à perdre en pleurnicheries, cette aventure était déjà assez nulle comme ça, merci. Je ramassai le gourdin du Troll avec difficulté (c’est qu’il faisait quand même deux bons mètres !) et, rassemblant toutes mes forces, le levai au dessus de ma tête pour en assommer Jisk, qui me dévisageait d’un air encore plus stupide que d'habitude.
Elle s’effondra comme une loque sur le Troll. Je me penchai et la pris dans mes bras. Surpris par son poids, je titubai un moment sur mes sabots avant de retrouver mon équilibre. Je la chargeai sur l’âne, qui me lança un regard de reproche.
- Et ben quoi ? Si t’es pas content je te laisse là avec tes poivrons séchés ! lui assénai-je d’un ton exaspéré.
Il baissa la tête et soupira tristement.
- Désolé, je voulais pas dire ça. C’est que c’est dur pour moi, tu vois… tout ça… enfin, quoi… tout ça, tu vois… C’est que, tu vois, tout ça, c’est dur pour moi ! Tu vois, quoi ?
L’âne avait couché les oreilles et s’était mis à taper du sabot.
- Quoi, tu t’en fous ? Bon d’accord, je n’en parle plus. En tout cas, je voulais te dire que ça m’a fait du bien de me livrer comme ça à un ami. On repart ? Copains ?
Jisk se réveilla en sursaut.
- Copain ? Où ça ?
Je lui assénai une bonne gifle. Son regard perdit sa fixité. Elle gémit en se massant le crâne.
- Oh, ma tête ! Que m’est-il arrivé ?
- Je n’en sais rien, je n’étais pas là, affirmai-je.
- Ah bon, tant pis alors. Mais qu’est ce que je fais sur l’âne, moi ?
Elle sauta à terre et proposa d’un ton joyeux :
- On repart ?
- Allons-y !
Nous marchâmes toute la journée en direction du nord. Le chemin que nous suivions traversait un charmant petit bois quand l’âne pointa soudain les oreilles en avant et se mit à trotter. Il s’enfonça entre les arbres.
- Hé, attends-nous !
Nous nous lançâmes à sa poursuite. Habitué comme je l’étais à vivre en forêt, cette course dans un fouillis de ronces et de racines ne me posait pas de problème, mais c’en était tout autrement pour Jisk. Elle peinait à avancer et trébuchait sans cesse.
L’âne s’arrêta net et je faillis lui rentrer dedans. Je contemplais le paysage qui s’étalait sous mes yeux, éberlué, quand la jeune Humaine nous rejoignit.
L’âne nous avait amenés en lisière de forêt. Au-delà, tout n’était que désolation. Le sol noir était parcouru de failles gigantesques au fond desquelles sifflait de la lave en fusion. Aucun arbre, aucun buisson n’avait réussi à survivre sur cette plaine. Le ciel était d’un gris de fer, et pesait sur nous comme une chape de plomb. Au loin, la tour de Raspok se dressait, immense et menaçante. Un frisson me parcourut.
- C’est vachement sympa, comme déco, tu ne trouves pas ? s’exclama Jisk d’un ton enthousiaste. On se croirait presque dans un film !
- Un quoi ?
- Euh, je ne sais plus. Un mot qui m’était venu, comme ça… c'est pas grave.
- Bon, au moins, on sait où est la Tour, soupirai-je.
- Et tout ça grâce à l’âne ! Merci, mon vieux, c’est toi le meilleur !
Elle gratifia l’âne d’une bourrade amicale. Ce dernier semblait plutôt fier de lui.
- On devrait lui trouver un nom, tu ne crois pas ? Après toutes ces aventures, il a bien le droit qu’on l’appelle autrement que « l’âne » !
- Oh, tu sais, j’ai connu quelqu’un qu’on a appelé « le bouffon » toute sa vie, et il ne s’en offusquait pas !
- Tu en es sûr ?
- A vrai dire je n’en sais rien, je ne l’ai pas vraiment connu, c’était l’ami du cousin d’un ami de mon grand-père.
L’âne secoua la tête et tapa du sabot. Je fis semblant de comprendre ce qu’il entendait par là :
- Tu vois, ça ne le dérange pas ! Et puis, dis-moi, quel nom peut-il mieux lui aller que « l’âne » ? dis-je d’un ton raisonnable.
- Tu as raison.
Après plusieurs jours de marche éreintante sans boire ni manger, nous arrivâmes frais et dispos au pied de la Tour Maléfique. Jisk s’écria :
- Ha ha, nous sommes enfin parvenus à notre but ! Méfie-toi, sale sorcier stupide et sclérosé ! Nous sommes venus récupérer la Grande Montre du Monstrueux Mais Aimable Ogre Velu et Verruqueux !
Une voix perçante lui répondit :
- Non non non ! Vous l’aurez jamais, vous êtes que des gros nuls ! Nananananèère !!!
Quel culot ! Après tout ce chemin, il pensait pouvoir nous impressionner avec sa voix de fillette et ses paroles de
lâche ?
- Rira bien qui rira le dernier, Raspok ! m’écriai-je.
L’âne poussa un brame approbateur. Je m’approchai de la Tour d’un pas de conquérant. Un éclair blanc jaillit et je me retrouvai projeté plusieurs mètres en arrière. Je me relevai, furieux.
- Un sort de protection ! T’es vraiment une mauviette !
De nouveau, la voix suraiguë retentit :
- Il faut bien se protéger, non ? Qu’est ce que tu crois ! C’est pas pour rien que je suis devenu sorcier ! Déjà, à l’école, tout le monde faisait rien que se moquer de ma voix de fille ! Mais maintenant, je suis le plus fort ! Rien ne peux m’arrêter ! Hahahaha !!
- Il est nul, ton rire maléfique, on croirait entendre glousser une gamine de six ans ! se moqua Jisk.
- Oh, ça va, hein ! Vous allez pas vous y mettre !
Une idée lumineuse me vint alors :
- Dis, Raspok, est-ce-que tu aimes les poivrons séchés ? lançai-je.
- Les… les poivrons séchés ? balbutia-t-il. Tu en as apporté ?
- Toute une hotte ! Les meilleurs poivrons séchés qui soient au monde ! renchérit la jeune Humaine.
- Rien que pour toi ! On a voulu te faire un petit cadeau.
Raspok reprit la parole d’un ton ému :
- Oh, c’est trop gentil ! Personne ne me fais jamais de cadeau, vous savez… Les gens ont peur de moi. Ils disent que je suis tellement méchant que je vendrais père et mère pour un peu plus de pouvoir.
- Et c’est pas vrai ?
- Non ! Par contre, pour des poivrons séchés… mais comment puis-je vous remercier ?
- Il nous faudrait juste la Grande Montre du Monstrueux Mais Aimable Ogre Velu et Verruqueux !
-Oh, ce vieux truc moche ? Je l’avais volée pour m’entraîner à la télékinésie. Si c’est vraiment ce que vous voulez, pas de problème ! Je vais la chercher tout de suite…
Jisk se tourna vers moi en souriant.
- Finalement, il est plutôt gentil, ce Raspok ! C’est un incompris.
- Si tu le dis...
La voix criarde se fit entendre une nouvelle fois :
- Tenez !
La bourse contenant la Grande Montre fut projetée du haut de la Tour et tomba à nos pieds avec un craquement sinistre.
- Je crois qu’elle est cassée… murmura Jisk avec sa perspicacité habituelle.
- Tu m’étonnes ! Une chute de cinquante mètres, ça laisse pas indemne !
J’étais atterré. Qu’allait-on dire au Monstrueux Mais Aimable Ogre Velu et Verruqueux ? On ne pouvait pas rentrer à Capitale avec une Montre cassée, quand même !
- Dis donc, Raspok ! s’écria Jisk. Tu ne pourrais pas nous réparer cette Montre ? Tu es sorcier, après tout !
- Non, je ne suis pas spécialisé en guérison, désolé. Par contre, je peux remonter le temps juste avant qu’elle ne soit cassée, mais c’est un sort…
- Oh, fais-le, s’il te plaît ! Nous ferons attention à la rattraper, cette fois !
- Je n’ai jamais essayé, je ne sais pas si ça va marcher !
- On tente le tout pour le tout !
- Vous l’aurez voulu… Attrackto…
La Montre commença à se soulever dans les airs.
- Zut, ça c’est la formule d’attraction, désolé… Ah, je m’en souviens ! Trezad’o vearii jün’as, trabistok’é, lala, doubidou !
Tout devint noir…
La voix criarde se fit entendre une nouvelle fois :
- Tenez !
La bourse contenant la Grande Montre fut projetée du haut de la Tour et tomba à nos pieds avec un craquement sinistre.
- Je crois qu’elle est cassée… murmura Jisk avec sa perspicacité habituelle.
- Tu m’étonnes ! Une chute de cinquante mètres de haut, ça laisse pas indemne !
J’étais atterré. Qu’allait-on dire au Monstrueux Mais Aimable Ogre Velu et Verruqueux ? On ne pouvait pas rentrer à Capitale avec une Montre cassée, quand même !
- Dis donc, Raspok ! s’écria Jisk. Tu ne pourrais pas nous réparer cette Montre ? Tu es sorcier, après tout !
- Non, je ne suis pas spécialisé en guérison, désolé. Par contre, je peux remonter le temps juste avant qu’elle ne soit cassée, mais c’est un sort…
- Oh, fais-le, s’il te plaît ! Nous ferons attention à la rattraper, cette fois !
- Je n’ai jamais essayé, je ne sais pas si ça va marcher !
- On tente le tout pour le tout !
- Vous l’aurez voulu… Attrackto…