Le Monde de L'Écriture

Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: Lemon le 23 Novembre 2018 à 14:02:42

Titre: La poubelle
Posté par: Lemon le 23 Novembre 2018 à 14:02:42
Voilà un petit texte qui m'est venu suite à une discussion sur ce forum portant sur les raisons qui peuvent nous pousser à écrire, sur ce coup là c'est une angoisse.
C'est bien connu, quand on s'imagine quelque chose il y a 98% de risque qu'il ne se produise jamais donc voici....

La poubelle
Cela faisait deux semaines qu'ils avaient mis en place ces horreurs dans le quartier à l'extérieur des immeuble : des poubelles. Des containers géants pour les ordures et le tri sélectif, dont la plus grande partie du réservoir en aluminium flambant neuf était enterrée.  Un homme viendrait une fois par semaine soulever avec une sorte de treuil la colonne  dont n’émergeait que le tiers en temps normal, et la viderait à l’aide d’une télécommande dans son camion : plus de poubelles en plastique qu’on fait flamber et moins de personnel pour l’entretien, c’était moins de frais pour la commune.
Pour les habitants, ce nouveau système était nettement moins intéressant : nous devions sortir par tous les temps pour jeter nos ordures au vu et au su de tous au lieu de les déposer tranquillement dans la cave. De plus, ces boites inesthétiques avait nécessité la destruction de nombreux arbres, réduisant à peau de chagrin l’espace vert entre les immeubles. Au moins avions nous eut la chance, contrairement au quartier d’à côté auquel on avait installé il y a un an un système similaire, d’avoir un sas d’ouverture plus large: de quoi caser deux sacs de 50 litres à l’aise dans l’ouverture avant de le laisser glisser au fond en le refermant.
J’avais dû m’y faire comme tout le monde, ce qui ne m’empêchait pas de grommeler, mes ordures recyclables à la main ce matin-là, en approchant de ces boites inesthétiques pour y vider mon sac avant d’aller travailler.

« Allez, prends-sur toi ma fille » me disais-je, « tu vas jeter ces ordures, puis marcher vers la gare, puis prendre ce RER miteux pour te rendre dans cet hôpital vieillissant bosser malgré ta fatigue, après quoi tu auras le plaisir et l’avantage de reprendre le même chemin pour rentrer chez toi, avec un peu de chance avant que la nuit ne tombe… »
 Oui, j’ai rarement été positive à 5 heures du matin… Mais ce programme peu réjouissant vola en éclats quand je mis en marche le système d’ouverture de ces poubelles maudites : alors que j’allais balancer mes cartons dans le sas en alu, j’entendis la poubelle pleurer.
Je retirais mon sac du sas brusquement, respirais un bon coup sans retirer mon pied du système d’ouverture et examinais le trou qu’il formait : le sas était pratique pour jeter ses ordures, mais visiblement on lui avait trouvé une autre utilisation. Il était aussi assez large pour y jeter quelqu’un pour peu qu’il soit menu, un enfant de 4 ans y entrerait sans peine… C’est alors que commença la discussion la plus étrange de mon existence.

-   Y a quelqu’ un ?
Les pleurs cessèrent instantanément.
-   N’aie pas peur, tu m’entends ?
-   T’es qui toi ? C’est Dieu ?
Mon cœur manqua un temps. Un enfant se retrouvait bien là, sur un tas d’ordure, au fond de cette colonne en aluminium, dans le noir.  Surtout ne pas crier, ne pas lui montrer ma peur pour lui.
-   Je m’appelle Jeanne, je suis juste au-dessus de toi. Ça fait longtemps que tu es là ?
-   J’sais pas, il m’a poussé et pis c’était tout noir, personne ne m’entendait, ça résonne tout le temps. J’ veux sortir ! Y a pas de porte ici ! Il fait tout noir et pis ça pue !
Je prenais mon portable, le mettais en mode torche et éclairais le sas. Par effet de miroir un peu de lumière entrerait par le passage.
-   Ah c’est mieux ! Mais j’suis où ?
-   Tu es tombé dans un trou mais on va venir te chercher, je vais appeler les pompiers.
Je reprenais mon portable pour appeler mais tous de suite le gamin se remit à pleurer: je l'avais privé de lumière.
-   Attends, il faut que j’appelle…
-   M’ laisse pas dans le noir !!! j’ai peuur…
-   Je comprends mais il faut que j’appelle…

Les pleurs reprirent de plus belle.  Je ne savais plus quoi faire à part remettre le mode torche, prononcer un flot de paroles rassurantes et prier pour que malgré l’heure plus que matinale quelqu’un passe me donner un coup de main.  Généralement, à une telle heure, j’avais horreur de croiser du monde : il faisait noir, on ne savait jamais sur qui on allait tomber, alors je frôlais les murs. Mais là il me fallait quelqu’un. Et pourtant pas une ombre en vue. Un silence oppressant.

« A l’aide !!! » me mis-je à crier soudain dans la rue déserte, prise de panique à mon tour dans ce silence pesant.
C’est un aboiement qui me répondit. Yes !  Vive les chiens qui obligent leur maître à des balades matinales ! Deux minutes plus tard je voyais arriver un husky qui tirait sur sa laisse un jeune homme un peu voûté : pas encore vraiment réveillé.
Le gamin avait paniqué à mon cri et je le rassurais à présent de mon mieux, le bombardant de questions pour l’occuper.  Il s’appelait Loyane, avait 5 ans et allait à l’école d’une ville voisine.  Je lui demandais de me réciter la chanson qu’il avait apprise à l’école, pendant ce temps le maître du chien s’était approché et je lui expliquais à mi-voix la situation. Je continuais à distraire Loyane : le maître du chien s’éloigna pour  appeler les pompiers, puis une fois qu’il se fut présenté à Loyane (et aussi à moi), il me remplaçait pour maintenir ouverte et  allumer l’ouverture pendant que je prévenais mon employeur que j’aurais un sacré retard.
Nous passâmes une heure à parler au gamin avant que les secours n’arrivent.  Entre temps d’autres voisins étaient sortis. Certains nous aidèrent : une femme remonta dans son appartement voisin pour prendre une corde et une bouteille de lait qu’elle descendit par le sas pour que le gamin puisse boire un peu, par le même système on lui avait descendu quelques biscuits : après tout c’était l’heure du petit déjeuner et ça l’occupait un peu. D’autres passaient, indifférents, les plus nombreux restaient sans rien faire juste pour voir comment ça allait finir.  Je me promettais de casser la gueule du premier qui sortirait son appareil photo pour filmer le sauvetage, en espérant qu’il aurait lieu à temps. La police avait été prévenue, on avait signalé la veille la disparition d’un Loyane enlevé et le père se mit en route aussitôt pour nous rejoindre.

Je n’ai jamais autant aimé entendre le bruit d’une sirène de pompiers : occuper l’esprit d’un gamin dans ces circonstances est une gageure mais heureusement je n’avais plus à m’en charger. Les pompiers vinrent avec le camion des éboueurs : ils allaient devoir vider la colonne par le bas : s’ils attaquaient le sas à la scie le risque était trop grand que des étincelles viennent mettre le feu à la réserve de vieux cartons sur laquelle le gamin était assis.  L’un d’entre eux bloqua le passage du sas avec un cric, y accrocha une lampe de poche pour que Loyane ait toujours de la lumière, en fit descendre une corde avec un harnais, réussi avec une patience infinie à le persuader de l’enfiler (une chance qu’il soit assez grand pour cela !), testa l’accrochage à plusieurs reprises en lui présentant ce qui allait suivre comme une attraction digne de Disney. Il savait s’y prendre pour rassurer un enfant.  Le gamin, pendant les tests, était donc hissé le long de la colonne puis redescendu et il le prenait comme un jeu.

Quelques minutes plus tard, on soulevait la colonne, vidait son contenu dans une benne et doucement, je vis descendre à son tour, du bas de la colonne, les pieds puis le corps puis la tête de Loyane, bien différent de ce que j’avais imaginé pendant cette heure (je l’imaginais métisse il était blanc et trisomique), le sourire aux lèvres quand il vit derrière moi son père qui venait tout juste d’arriver :
« Papa !  J’ai eu un toboggan géant juste pour moi ! »
Il sauta dans les bras de son père qui le serra comme un fou.  Ce pauvre homme avait des cernes monstrueuses et les yeux rouges. Loyane devenait intarissable de paroles, je m’éloignais un peu pour parler à la police qui me confirma qu’avant de pouvoir partir je devrais, en tant que témoin des faits, les suivre pour faire une déposition.

Puis j’entendis Loyane derrière moi dire :
« Elle est où Dieu ? » son père lui répondit mais sa réponse ne lui convenait pas « je veux voir Dieu Jeanne ! » J’éclatais de rire : après tout, à aucun moment je ne l’avais dissuadé du fait que cette voix et cette lumière qui venait au-dessus de lui n’était pas divine, et une occasion de rire après des évènements aussi dramatiques était plus que bienvenue. 
Je me présentai donc à lui, entrainant avec moi Marcus, le maître du husky Snow (un chien de sauvetage à la retraite d’où sa réaction vive à mon cri) qui en avait autant fait que moi.Il nous regarda avec des yeux surpris, sa langue sortant de sa bouche, puis nous laissâmes là cette famille pour faire notre déposition dans une camionnette voisine et enfin reprendre le chemin du travail.
La chance que j’eus, dans cette situation, c’est celle de travailler dans un hôpital psychiatrique : le temps de rejoindre mon poste j’étais effondrée psychologiquement, réalisant peu à peu toute l’horreur de ce que Loyane avait vécu et l’angoisse qu’elle avait créé chez moi, que je n’avais pas pu exprimer pour ne pas l’effrayer davantage.  La psychiatre de l’unité avec qui je m’entendais bien me pris à part de suite, me fila une boite de calmants et m’ordonna de rentrer chez moi dans un des taxis VSL qui transportaient les patients.
Je passais le reste de la journée à comater sur mon canapé en rattrapant mon retard de séries, puis à échanger quelques textos avec Marcus qui m’avait donné son numéro et subi le même contrecoup que moi.

Le lendemain, dans le journal local que je lisais dans mon RER en route vers le travail, j’apprenais les circonstances de la mésaventure de Loyane : la mère avait abandonné le domicile familial en emportant son fils mais l’homme pour qui elle était partie ne l’entendait pas ainsi. Après lui avoir ordonné de l’abandonner, comme elle ne s’exécutait pas, il avait jeté l’enfant dans le vide-ordure géant une fois arrivé dans son quartier.  J’avais donc un tel voisin…  Un frisson parcouru mon échine.
La mère s’était suicidée dans la nuit, Loyane se trouvait donc orphelin de mère. On précisait que si je n’avais pas ouvert ce foutu sas une demie heure à peine après que Loyane y soit tombé, il serait mort asphyxié. L’homme aux cernes aurait perdu femme et enfant le même soir.

En allant travailler, je découvrais les nouvelles poubelles scelées. Je passais devant elles en essayant de ne pas trop repenser à la veille, rassurée qu’un tel accident ne se reproduirait plus. Nous eûmes ensuite le même système que le quartier voisin qui avait fait ses preuves mais ce fut toujours avec angoisse que j’y déposais mes déchets : le sas était plus petit et sans l’ouverture intermédiaire qui m’avait permis de laisser entrer air et lumière pour Loyane.  Plus petit oui.  Juste la place d’y déposer un nouveau-né…
Titre: Re : La poubelle
Posté par: Ambriel le 25 Novembre 2018 à 20:38:29
Salut,

J'ai lu ton texte mais je ne sais pas trop quoi en dire.  :-[ C'est une tranche de vie, un fait divers virtuel c'est bien ça ?  :)

Il se lit plutôt bien mais il pourrait très bien être la partie d'un texte plus long ^^. La "chute" est pas mal  :)
J'ai trouvé un peu exagéré qu'elle râle à ce point là de devoir faire 3 pas de plus pour sortir ses poubelles mais pourquoi pas :D


Quelques remarques sur le style :

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Je me présentais donc à lui, entrainant avec moi Marcus, le maître du husky Snow (un chien de sauvetage à la retraite d’où sa réaction vive à mon cri) qui en avait autant fait que moi, il nous regarda avec des yeux surpris, sa langue sortant de sa bouche, puis nous laissâmes là cette famille pour faire notre déposition dans une camionnette voisine et enfin reprendre le chemin du travail.
Je me présentai (passé simple, pas de s).
Cette phrase est trop longue et un peu maladroite. Je te conseille de mettre un point à "autant que moi" et démarrer une nouvelle phrase à "il nous regarda". D'ailleurs tu peux aussi couper avant "puis nous laissâmes" et reprendre directement une nouvelle phrase avec "Nous laissâmes" sans le puis.



A plus !
Titre: Re : La poubelle
Posté par: Claudius le 25 Novembre 2018 à 22:36:04
Hello !

J'ai lu ton texte hier, et j'ai apprécié l'histoire, mais je voulais être précise dans mon commentaire.
Je ne suis pas experte, je vais te donner mon ressenti et ce que je pense sincèrement, avis tout à fait subjectif.
 :D :D

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Cela faisait deux semaines qu’ils avaient mis en place ces horreurs dans le quartier : des poubelles – containers géantes pour les ordures et le tri sélectif, à l’extérieur des immeubles, dont la plus grande partie du réservoir un aluminium flambant neuf était enterré.
containers géants - enterrée - en aluminium.
La construction de cette phrase me gêne un peu et sa longueur du coup : Cela faisait deux semaines qu'ils avaient mis en place ces horreurs dans le quartier à l'extérieur des immeuble : des poubelles. Des containers géants pour les ordures et le tri sélectif, dont la plus grande partie du réservoir en aluminium flambant neuf était enterrée.


Citer
Pour les habitants, ce nouveau système était nettement moins intéressant : nous devions sortir par tous les temps pour jeter nos ordures au vu et au su de tous au lieu de les déposer tranquillement dans la cave, et ces boites inesthétiques avait nécessité la destruction de nombreux arbres, réduisant à peau de chagrin l’espace vert entre les immeubles.
Phrase longue encore, je mettrais un point après cave et j'enlèverais le et repartant sur Ces boites...

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Mon cœur manqua un temps. Un enfant se retrouvait bien là, enterré sur un tas d’ordure, dans le noir.

"enterré sur ?" je ne suis pas sûre de la justesse de cette association de mots

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Je reprenais mon portable pour appeler mais tous de suite les pleurs reprirent : j’avais privé le gamin de lumière.
Les pleurs reprenaient de plus belle.
.
reprenais - reprirent  - reprenaient.

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C’est un aboiement qui me répondit. Yes ! Vive les chiens qui obligent leur maîtres à des balades matinales ! Deux minutes plus tard je voyais arriver un husky qui tirait sur sa laisse un jeune homme un peu vouté : pas encore vraiment réveillé.
leurs maîtres  ou leur maître" - voûté (je crois bien)

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...testa l’accrochage à plusieurs reprise en lui présentant ce qui allait suivre comme une attraction digne de Disney. Il savait s’y prendre pour rassurer un enfant.

plusieurs reprises

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La chance que j’eu, dans cette situation, c’est celle de travailler dans un hôpital psychiatrique :
que j'eus.

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La psychiatre de l’unité avec qui je m’entendait bien me pris à part de suite, me fila une boite de calmants et m’ordonna de rentrer chez moi dans un des taxis VSL qui transportaient les patients.
je m'entendais

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La mère s’était suicidé dans la nuit, Loyane se trouvait donc orphelin de mère.
suicidée

Citer
En allant travailler, je découvrais les nouvelles poubelles celées.
scellées

 
Citer
le sas était plus petit et sans l’ouverture intermédiaire qui m’avais permis de laisser entrer air et lumière pour Loyane.
qui m'avait.

Plus globalement, ton texte m'a plu, mais il est difficile à lire. Des phrases trop longues un peu tarabiscotées parfois. Tu emploies l'imparfait quasiment tout du long, certains passages auraient mérité du passé simple, plus vif, plus marquant et nécessaire pour exprimer des situations rapides et non qui durent. Je n'ai pas relevé en détail dans le texte.

Un fait divers tragique, du coup ça manque un peu de pep pour faire frémir le lecteur, des phrases courtes, qui font haleter, des mots forts... Pas mal de répétitions aussi.

Ce texte mérite d'être repensé, parce que malgré tout il m'a plu.
Si tu le souhaites je peux y revenir.

 :mrgreen: :mrgreen:

Titre: Re : La poubelle
Posté par: Lemon le 26 Novembre 2018 à 13:06:21
Ambriel, merci pour ton commentaire. J'ai corrigé la lourdeur de ma phrase comme tu me l'as conseillé et comme je complèterai avec les remarques de Claudius que je remercie également.

Pour répondre à la question non, ce ,n'est pas arrivé, ce qui est arrivé c'est l'installation dans mon quartier de ce genre de poubelle qui ont créé ma crainte qu'effectivement, les gamins du quartier par jeu y tombent ou que des personnes mal intentionnées s'en servent de cette façon.  J'ai appri depuis qu'un gamin de Roms s'était retrouvé dans une poubelle comme ça dans un aéroport : je n'avais pas pensé à cette version.
Et perso je râle contre ce systèmequi m'oblige effectivement à vider mon tri sélectif plusieurs fois par semaine au lieu de le faire une fois, au chaud, dans ma cave.

Claudius j'ai honte quand je vois les fautes grossières que j'ai laissé...  Effectivement dans ma précipitation de me "débarrasser" de cette idée dérangeante j'ai été un peu lourde, je vais essayer de retravailler le texte à froid.

Merci pour votre aide!
Titre: Re : La poubelle
Posté par: Claudius le 26 Novembre 2018 à 16:46:25
 ;)

T'inquiète pas on laisse tous (ou presque) passer des fautes, et plus souvent on voit celles des autres et pas les siennes.

Bon courage  ;D