Le Monde de L'Écriture
Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: elisabeth beaudoin homps le 21 Novembre 2018 à 10:30:47
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A QUOI ASPIRE L’ASPIRATEUR ?
Il aspire l’aspirateur, il aspire tout et rien, les particules de terre, la poussière, les miettes de pain, les petits bouts de papier qui trainent, les minuscules graviers et les vestiges de feuilles mortes charriés par les courants d’air, les mouches desséchées et les toiles d’araignées. Il aspire aussi ce qu’il ne devrait pas. Une chaussette qui tirebouchonne sa flemme sur le parquet, une bague perdue derrière un meuble, un billet doux tombé d’une poche de pantalon.
On sait ce qu’il aspire mais on ne sait pas à quoi il aspire. Qui peut se targuer de connaitre les rêves de l’aspirateur ? Qui peut prétendre avoir l’empathie nécessaire pour entendre ses désirs derrière le bruit assourdissant de son moteur en pleine action ? Personne. Et pour une raison très simple, personne ne l’estime. On le trouve bruyant, peu maniable, prompt à se débrancher quand on tire sur son fil pour gagner quelques centimètres supplémentaires de nettoyage, on déteste changer ses sacs, ses filtres, on dit qu’on va passer l’aspirateur pour montrer qu’on va faire vite, qu’on ne va pas s’y attarder sur cette passe ou ce passage d’aspirateur.
Aussi, nul ne me contestera que tout le monde se fout comme d’une guigne des aspirations secrètes de l’aspirateur. Pourtant, à bien le regarder, on voit qu’il n’est pas juste un ventre, des tubes et des balais à ajuster sur les embouts des tubes. On voit qu’il aspire à autre chose. Qu’il en a marre de faire semblant de n’aspirer à rien mais de tout avaler. Il aimerait qu’on prête l’oreille, que l’on entende, dans ses tuyaux, des rafales de vent drainant des poussières de verre, et, au loin, une bise si aigue qu’elle se transforme en cri et s’étrangle dans le suceur sans que personne ne s’en offusque. En deçà du cri qui s’étrangle, nous noterons ici combien il est vexant pour un aspirateur de se retrouver affublé d’un suceur, horrible nom destiné à désigner son embout le plus fin, celui qui circule aisément sous les meubles et dans les recoins. Mais revenons aux rêves et tentons de saisir à quoi l’aspirateur aspire une fois rangé dans le placard, son tuyau en accordéon mollement enroulé autour de son bloc moteur. Observons le quand il repose, tranquille, dans la pénombre, quand il est au pays des songes. De ses songes. De ses rêves les plus fous. Ceux où il aspire notre ombre, petit à petit ou, brutalement, d’un coup sec, comme il le ferait d’une écharpe de fin tissu noir trainant sur le sol. Observons ces petits moments de bonheur où notre aspirateur aspire les lâchetés, les cruautés, les perversions humaines diaboliquement tissées dans les mailles de ce tissu de malheur. Ne ratons, surtout pas, ces parenthèses enchantées où il n’aspire, finalement, à rien d’autre qu’à notre bonheur.
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Bonjour. Ben, on peur dire qu'il ménage la peine de son utilisateur (trice)... Texte sympa.
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Bonsoir,
Le titre de ce texte m'a happée au passage. J'y pressentais un texte "humoureux", décalé et sympathique. J'ai lu, je ne suis pas trop déçue. Pas trop, oui seulement, il est chouette et j'aime bien les détails du travail acharné de cet appareil bien utile. Mais, j'aurais aimé plus de liberté dans ce jeu, plus de rêves, plus de déjanté, plus de développement dans la dernière partie. Un aspirateur volant au secours du monde poussiéreux en détresse... je ne sais. Du coup, oui j'ai aimé mais je suis restée sur ma faim.
:D :D il est super ton texte sinon. J'ai eu une larme, et je regarderai mon aspirateur d'un autre oeil la prochaine fois que je le sortirai du placard.
:mrgreen: :mrgreen:
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Bonsoir Elisabeth !
Comme Claudius, j'ai été attirée par le titre. Ça m'a fait sourire, et ton texte aussi. J'ai trouvé ça bien sympathique !
Merci pour ce petit moment ^^